Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot


James Joyce

Page 2 sur 2 Précédent  1, 2

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

James Joyce - Page 2 Empty Re: James Joyce

Message par Aventin le Mar 26 Juin 2018 - 23:04

Finnegans Wake

James Joyce - Page 2 Finneg10

Roman (?) publié en 1939, écrit de 1922 à 1939, 900 pages environ.



Un lien vers le site Wake in Progress pour anglophones.

Quelle lecture.
C'était ma énième tentative, mais il me faudra continuer à tourner ces pages, j'ai dû passer à côté de pas mal de choses primordiales.
Comme [j'ai lu que] c'était recommandé, j'ai entamé par le chapitre 6, poursuivi par le 9.

Les conseils s'arrêtant à peu près là, j'ai calé le 7, histoire d'en placer un qui soit situé entre le 6 et le 9. Puis le dernier, puis le premier, puisque là où le livre s'arrête, il peut être recommencé au début, on peut écrire que c'est même une invite à le faire.

Le chapitre 3 achevé, j'ai arrêté de me servir du marque-pages, tentant de ne lire que par chapitre entier, uniquement en étant très disponible, très en forme, ce qui m'a obligé à délaisser le livre parfois plusieurs jours d'affilée.
Puis j'ai essayé de lire sans prise de lecture à un endroit (là où le livre était laissé, un début, quoi) ni m'arrêter pile sur une fin de chapitre.

Du coup j'ai un doute, je me demande si j'ai lu toutes les pages.
En tous cas, pas sorti d'affaire avec cette lecture, il me faudra y revenir.

Revenir à quoi ?
Et bien à ce magma, cette logorrhée verbale truffée de coqs-à-l'âne, jeux de mots, truismes qui sont peut-être un peu piégés (et donc n'en sont pas toujours) cette veillée des Finnegan est une lecture épuisante, en plus on y trouve des références de haute culture, dont beaucoup me sont étrangères.
Revenir ? Cela signifierait replonger dans cet état trouble de lecteur ayant lâché prise mais sous veille hypnotique, non loin de l'épilepsie parfois (je précise n'être pas sujet à l'épilepsie).
Je suis canné.
Trois semaines en immersion était peut-être un peu optimiste de ma part aussi, sachant que Joyce a mis dix-sept ans à l'écrire et certains traducteurs...à peu près autant pour le traduire, il faut accepter d'accorder un temps de lecture à la hauteur.
Au reste un traducteur de Finnegans Wake vers le français souligne cette impossibilité de lecture, et le risque que celle-ci fait encourir à l'ouvrage, André du Bouchet, affirme dans Lire Finnegans Wake ? (Fata Morgana, 2003) - c'en est l'entame, que:

André du Bouchet a écrit: La parole arasée en quoi, indéfiniment, sombre Finnegans Wake se précise lorsque nous cessons de lire. Et c'est contre l'injonction d'un livre qui entend abolir fin et commencement, de guerre lasse, - au premier tournant où, soudain, il se découvre impénétrable, que nous suspendons notre lecture. Cette fin de non-recevoir que ne manque pas à la longue de nous signifier la dernière œuvre de Joyce tient de notre part à un refus plus encore qu'à son épaisseur propre. La phrase qui surgit, illisible, et dont nous tirerons argument pour interrompre notre lecture n'est pas toujours plus obscure que celles que nous avons déjà parcourues. Mais notre refus, à lui seul, convertit la page déchiffrable en page illisible, quand bien même nous savons que, avec le temps, elle n'échapperait pas à notre prise. Et ce refus qui, pour nous, sur-le-champ fait de Finnegans Wake cet astre mort que peut pressentir aussi celui qui ne l'abordera jamais, traduit, à sa manière, l'essentiel de l'œuvre désertée.  

Ce livre peut certainement s'avérer fétiche.

Pas sûr que ce soit un livre à conseiller, c'est un peu par démarche personnelle qu'on se lance dans un tel truc; je n'ai pas compté mes échecs précédents, sans cesse repoussé, qualifions l'ouvrage d'awkward si vous voulez.

En préface d'Anthologie Nomade, de Michel Butor (Gallimard / Poésie) Frédéric-Yves Jeannet attribue ce propos à l'auteur, "se frottant les mains après l'achèvement de Finnegans Wake", propos immodeste et ne cadrant pas avec ce que les témoignages et biographes affirment de James Joyce (je ne l'ai pas trouvé ailleurs, du reste), à prendre avec précautions:
Frédéric-Yves Jeannet a écrit: Maintenant, les critiques ont du travail pour trois cents ans.

Et que dire de nous autres humbles partageurs de forum, n'est-ce pas ?
Aventin
Aventin

Messages : 1118
Date d'inscription : 10/12/2016

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

James Joyce - Page 2 Empty Re: James Joyce

Message par Tristram le Mar 26 Juin 2018 - 23:32

@Aventin a écrit:Du coup j'ai un doute, je me demande si j'ai lu toutes les pages.
Bravo en tout cas pour cette ballade obstinée dans l'oeuvre-univers en expansion (comme dit Eco : )
« L’univers est devenu mobile et changeant : contradiction et opposition ne sont plus le mal qu’il faut éliminer par les formules abstraites de l’ordre, mais le ressort même d’une vie qui exige sans cesse de nouvelles explications de la part de qui veut s’adapter pas à pas aux formes mouvantes que prennent les choses à la lumière de la recherche.
En ce sens, Finnegans Wake apparaît comme le livre d’une période de transition : la science et l’évolution des rapports sociaux proposent à l’homme contemporain une vision du monde qui ne répond plus aux schémas d’époques plus achevées et plus stables, sans que pourtant on possède les formules qui permettraient d’élucider ce qui est en train de se produire. Selon une attitude culturelle caractéristique qui, on vient de le voir, a des équivalents dans le passé, le livre tente paradoxalement de définir le monde nouveau par une chaotique et vertigineuse encyclopédie du monde ancien, pleine de toutes les explications qui autrefois s’excluaient l’une l’autre, et dont on découvre maintenant qu’elles peuvent coexister en une opposition dont il devrait néanmoins sortir quelque chose. »
Umberto Eco, « L’œuvre ouverte », 6, « De la "Somme" à "Finnegans Wake" », III

_________________
« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
Tristram
Tristram

Messages : 8476
Date d'inscription : 09/12/2016
Age : 63
Localisation : Guyane

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

James Joyce - Page 2 Empty Re: James Joyce

Message par Aventin le Mer 27 Juin 2018 - 22:47

Merci Tristram, je ne saurais affirmer que je souscris au propos d'Eco, pour la bonne raison que je n'ai pas vu cela, autrement dit je suis sans nul doute passé à côté.

Un tel constat est peut-être déduit par Eco des domaines référentiels archi-compliqués, avec pas mal de racines gaéliques, et empruntant à diverses autres traditions (on distingue sans trop d'effort -parfois- pour un béotien de mon acabit des sources latines, bibliques, grecques, saxonnes, corniques, scandinaves, etc...).

Tout ceci s'entrelace, est-ce comme l'affirme Eco une "chaotique et vertigineuse encyclopédie du monde ancien" je n'en suis pas si certain, je crois que cela se fond, tel un alliage de métal dans un creuset, et existe encore, pas seulement de façon métaphorique ou, osons, de façon bornée à un "culturel" révolu, champ d'investigation pour érudits.

De sorte que je n'aperçois pas le paradoxe qu'évoque Eco.

--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Ajout, à propos de Finnegans Wake:
J'ai songé aux chants interminables des bardes, à leurs duels de poètes faisant que la langue, la soirée avançant, ne produisait ni queue ni tête, le verbe utilisé comme glaive perdait le sens commun de représentation, d'harmonies, de prosodies, de mise en valeur d'une histoire pour n'être que ferraille de joute.

J'ai cru subodorer çà ou là de la substantifique moelle épandue par exemple par des Lewis Caroll, des Jonathan Swift, voire des Gilbert Keith Chesterton, quelque chose d'intrinsèque aux insularités britanniques, de l'humour, de l'absurde, de l'imaginatif, du flot de verbe, du non-sense, du populaire [mais] raffiné.

Je ne sais si Finnegans Wake a fait l'objet d'études orientées par des éminences versées dans la sémiotique, la sémiologie voire la linguistique, ça a probablement dû arriver (mais pas jusqu'à moi, si quelqu'un a une ou plusieurs références à conseiller, je suis preneur), en tous cas il y a là un gisement paraissant inépuisable.
Aventin
Aventin

Messages : 1118
Date d'inscription : 10/12/2016

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

James Joyce - Page 2 Empty Re: James Joyce

Message par Quasimodo le Sam 9 Fév 2019 - 11:00

Tu le lis dans la langue, Aventin ?

Je me contenterai pour longtemps de ton commentaire, très intrigant, car il faut s'armer avant pareille lecture.
(d'ailleurs, ton commentaire montre étonnamment ce qu'on fait tous de façon implicite en parlant d'un livre : réfléchir sur les trajectoires qu'on y a suivies, plutôt que sur une supposée matière inerte commune à tous)

_________________
Entre les deux coups de feu qui décidèrent de son destin, il eut le temps d'appeler une mouche : "Madame".
Quasimodo
Quasimodo

Messages : 3370
Date d'inscription : 02/12/2016
Age : 24

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

James Joyce - Page 2 Empty Re: James Joyce

Message par Aventin le Lun 11 Fév 2019 - 15:10

@Quasimodo a écrit:Tu le lis dans la langue, Aventin ?
Moins souvent qu'avant - je tente parfois de faire l'effort, sur l'anglais et l'espagnol uniquement, Joyce par exemple c'est exclu, je ne me sens pas de taille - déjà c'est une telle entreprise en français...

En fait j'arrive à bien m'y tenir pour la poésie, le roman (& assimilés) nettement moins.
Pourtant, ça a le charme de celui qui chemine à pied, à petits pas, par rapport à celui qui prend l'autoroute, on voit et rencontre beaucoup plus.
Je ne détesterais pas, j'avoue, retenter en latin et en occitan aussi, mais pour ces deux dernières langues c'est en catégorie "projets pour une hypothétique retraite"... Very Happy .
Aventin
Aventin

Messages : 1118
Date d'inscription : 10/12/2016

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

James Joyce - Page 2 Empty Re: James Joyce

Message par Aventin le Dim 19 Mai 2019 - 19:04

Du (bref) recueil Pomes Penyeach:


A Memory Of the Players In a Mirror at Midnight

They mouth love's language. Gnash
The thirteen teeth
Your lean jaws grin with. Lash
Your itch and quailing, nude greed of the flesh.
Love's breath in you is stale, worded or sung,
As sour as cat's breath,
Harsh of tongue.

This grey that stares
Lies not, stark skin and bone.
Leave greasy lips their kissing. None
Will choose her what you see to mouth upon.
Dire hunger holds his hour.
Pluck forth your heart, saltblood, a fruit of tears.
Pluck and devour !

                                                                             Zürich, 1917.          

Traduction (à la sauce perso):


En souvenir des acteurs dans un miroir à minuit

Ils ont la langue de l’amour à la bouche. Grincent
Les treize dents,
Tes mâchoires minces en sourient. Cingle
Ta démangeaison et tressaillement, nue rapacité de la chair.
La respiration de l’amour en toi est périmée, parlée ou chantée,
Aussi aigre que l’haleine du chat,
Aussi râpeux que sa langue.

Ce gris qui regarde fixement
Ne ment pas, peau et os flagrants.
Laisse aux lèvres lippues leurs baisers. Nul
Ne la choisira pour poser sa bouche sur ce que tu vois.
L'extrême inanition tient son heure.
Arrache ton cœur en avant, sang-salé, fruit de pleurs.
Arrache et dévore !


La correspondance évidente Gnash / Lash attire d'emblée le regard, et la sonorité à première lecture.
Sur ce dernier mot (lash) vient s'accorder flesh: mais au vers précédent, intercalé en finale entre gnash et lash c'est le sifflant teeth, les dents, qui font mâchoires (jaws).
Pourquoi treize ? Allusion à la superstition liée à ce nombre ? Je ne sais.  

Le jeu complexe des S, des A, des T, du -th et du -sh nous donne un bref passage splendide à prononcer avec le gong de tongue final:
 As sour as cat's breath,
Harsh of tongue.


Beaucoup de mal à traduire:

None
Will choose her what you see to mouth upon.

Il faudrait donner davantage l'image des lèvres s'apposant, éventuellement se superposant.

Et même difficulté pour:
Pluck forth your heart, saltblood

En pis-aller, restituer par "Arrache ton cœur en avant, sang-salé" c'est du mot-à-mot de bas étage, désolé.


mot-clé suggéré: poésie.
Aventin
Aventin

Messages : 1118
Date d'inscription : 10/12/2016

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

James Joyce - Page 2 Empty Re: James Joyce

Message par Arturo le Mar 27 Aoû 2019 - 18:56

A relecture des commentaires d'Aventin, j'hésite à me prendre Finnegans Wake en VO ou traduction. scratch
ç'a l'air d'un sacré monument, déjà qu'Ulysse était assez fou.

En attendant je lis Gens de Dublin, recueil de nouvelles. ça se lit vraiment très bien, dans une veine assez naturaliste.
Arturo
Arturo

Messages : 3112
Date d'inscription : 09/12/2016
Age : 33
Localisation : Par-delà le bien et le mal

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

James Joyce - Page 2 Empty Re: James Joyce

Message par Tristram le Dim 17 Nov 2019 - 12:21

Un article intéressant parce qu'il parle de Joyce et de Dublin, qui sont inséparables, et aussi parce qu'il est écrit par un écrivain irlandais, et encore pour la statue funéraire de Joyce :
https://www.courrierinternational.com/article/litterature-irlande-faut-il-rapatrier-les-restes-de-james-joyce-lauteur-qui-hante-dublin

_________________
« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
Tristram
Tristram

Messages : 8476
Date d'inscription : 09/12/2016
Age : 63
Localisation : Guyane

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

James Joyce - Page 2 Empty Re: James Joyce

Message par églantine le Dim 17 Nov 2019 - 21:53

J'ai sorti Les gens de Dublin ce matin de mes PAL et voilà le fil qui remonte .
églantine
églantine

Messages : 4297
Date d'inscription : 02/12/2016
Localisation : Savoie

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

James Joyce - Page 2 Empty Re: James Joyce

Message par bix_229 le Dim 17 Nov 2019 - 21:58

@églantine a écrit: J'ai sorti Les gens de Dublin ce matin de mes PAL et voilà le fil qui remonte .
Là, tu peux y aller, c'est sans danger de migraine, au contraire !
bix_229
bix_229

Messages : 10655
Date d'inscription : 06/12/2016
Localisation : Lauragais

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

James Joyce - Page 2 Empty Re: James Joyce

Message par Tristram le Dim 17 Nov 2019 - 22:29

« Au bout de trois semaines, elle avait trouvé la vie d’épouse fastidieuse et plus tard, quand elle commença à la trouver insupportable, elle devint mère. »
James Joyce, « De par la grâce », in « Gens de Dublin »

_________________
« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
Tristram
Tristram

Messages : 8476
Date d'inscription : 09/12/2016
Age : 63
Localisation : Guyane

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

James Joyce - Page 2 Empty Re: James Joyce

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Page 2 sur 2 Précédent  1, 2

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

 Des Choses à lire :: Lectures par auteurs :: Écrivains européens de langues anglaise et gaéliques

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum