Marco Lodoli

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Marco Lodoli

Message par Bédoulène le Lun 5 Déc - 9:45

Marco Lodoli
Né en 1956




Marco Lodoli est né à Rome en 1956, où il vit et enseigne dans un lycée de banlieue.

Entré en littérature par la poésie, il s’est lancé dans le roman avec succès, a écrit des nouvelles, des chansons et des articles dans La Repubblica.

En 1986, il a reçu le prix Mondello « première œuvre » pour son roman Chronique d’un siècle qui s’enfuit.

Collaborant régulièrement au quotidien La Repubblica, il rédige des chroniques de société, souvent à propos de la jeunesse, à partir de son expérience d’enseignant, ou encore des textes sur Rome, qui ont été regroupés dans le recueil Îles : guide vagabond de Rome.

Il est également critique de cinéma pour l’hebdomadaire Diario.

Oeuvres traduites en français :

Chronique d'un siècle qui s'enfuit
Boccacce (grimaces)
guide vagabond de Rome
Les Prétendants
Les Promesses
Grand cirque déglingue







Les Prétendants

subjuguée par l’écriture de Lodoli, la tournure des phrases, les métaphores étonnantes, étranges, la poésie, le chant des mots même quand il s’agit d’évoquer la Mort.

Les trois histoires,  se déroulant dans la ville éternelle, qui composent le livre : La nuit, le Vent, les Fleurs  sont toutes de noir vêtues ; la mort  à petits pas , suit les personnages, discrète pour ne pas les heurter. Constantino, Luca, Tito emportés sur le tapis roulant de la vie ne peuvent plus retenir leur destin, ni le diriger, chacun à son « maître » ; le Fou pour l’un, le romancier pour l’autre et le Poète pour le dernier. Ils sont piégés, mais ils ont accepté d’entrer dans le piège.
Dans les plus  tristes destins l’amour et l’amitié volent leur  part à la mort.

Ces histoires sont absurdes, mais  les mots et les pensées pour les conter sont magiques, et il ne faut point en révéler le contenu sous peine d’abolir le charme. Ne pas oublier aussi Rome partenaire des personnages.

La première histoire m’a un peu déroutée, mise mal à l’aise, j’ai pensé abandonner le livre malgré l’attrait de l’écriture.

« En amont du fleuve, vers le nord, la ville devient plus clairsemée, moins dense. Seules quelques personnes sont restées sur les berges pour saluer les amants, l’obélisque du Foro Italico ressemble à la barrière levée d’un passage à niveau désaffecté : Constantino et Serena le franchissent en un effort ultime. Mais elle est trop loin la source, un filet d’eau entre des montagnes dont on distingue même pas les sommets, et qui n’existe peut-être que dans le paysage du cœur. »


Bien m’a pris de persister, la seconde histoire « le vent » m’a emportée dans son souffle. Et Lodoli lui-même se met en jeu et en peine, c’est le Maître, mais à regarder vivre ses personnages il ne les maîtrise  plus.

«Quand l’esprit carbure, il s’emballe tout seul, il récupère les vieilleries dissimulées dans les recoins habituels, il récite jusqu’à la nausée ce qu’il sait et qui ne lui sert à rien. Il passe du vernis incolore et il répète avec application, le même geste, obstinément, deux, trois, dix mille couches de vernis incolore, l’une sur l’autre, aller et retour sur l’enduit de façade. »

« J’ai dans l’idée que Dieu est un fichu commerçant, un vieux renard pour tout dire : nous lui achetons la vie à prix d’or, traite après traite, jour après jour, nous nous épuisons pour lui donner un sens et une valeur et puis nous la lui restituons pour pas un rond dans un râle. »


Les fleurs :  C’est  après des années de patience à regarder cette fenêtre qui luit la nuit que Tito prendra possession du   destin qui lui était annoncé, lequel était   niché la-haut  au dernier étage de la maison.  Il aura un ami Aurelio,  une femme Morella, tous deux des blessés de la vie et une bande de chiens errants pour compagnons.

« Je n’aurais jamais imaginé que mon existence puisse changer. C’était une existence à ma taille, du prêt-à-porter qu’il ne fallait ni  agrandir, ni rétrécir. En été, pourtant, quand j’allais nager le soir dans le lac, je pensais que ce puts obscur était, à sa manière, relié à la mer, qu’une veine d’eau s’écoulait souterrainement jusqu’à l’océan pour y faire flotter les navires, les corps de femmes, les cadavres, les dauphins. Alors je pissais, je larguais un peu de ma chaleur, je la laissais voyager. »

« La musique d’un orgue s’est engouffrée telle la bise dans l’église, les notes gerçaient. »

« Le fleuve courait devant nous gonflé d’eau, aussi livide qu’un noyé »

Conclusion de Tito
« Je sens que la tristesse est une insulte faite à la vie, qu’elle est un résidu d’orgueil qui veut imposer son pourquoi à ce qui n’a pas de pourquoi. Je sais qu’il me serait impossible d’expliquer tout cela à quelqu’un, je n’aurais pas les mots pour me faire comprendre, je pourrais seulement dire : « c’est ainsi, c’est monstrueux, et je ne désire pas qu’il en soit autrement. »


J’espère que ces extraits vous inciteront à la lecture de ce livre.



"message rapatrié"



mots-clés : #fantastique #nouvelle


Dernière édition par Bédoulène le Dim 20 Aoû - 11:37, édité 3 fois

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Re: Marco Lodoli

Message par bix_229 le Mer 7 Déc - 18:24



LES  PRETENDANTS. - P.O.L. Traduction de Louise Boudonnat

"A quoi sert la poésie ? A maintenir en vie ce que la vie nous promet en vain."

Noir est la couleur de Lodoli et  les courts romans qui forment une trilogie romanesque n'échappent pas à la règle. Meme quand l'action ne se passe pas la nuit.
Autre point commun, Rome. Ses places, ses rues et ses ruelles, ses venelles, ses faubourgs.
Jamais peut-être, depuis  Pasolini, Rome n'avait servi de matière littéraire avec autant d'intensité.

Les personnages aussi ont des points communs. Costantino, Luca et Tito, les  protagonistes de La Nuit, Le Vent, Les Fleurs sont des anti héros, des vélléitaires, des chasseurs de chimères.
Ils cherchent, ils prétendent à l'impossible. Rien de moins.

Prétendre, c'est aussi vouloir, désirer, et c'est ce qu'ils font au nom de leur volonté, de leurs exigences intérieures tout autant que de leur crédulité.
Ils poursuivent ainsi leur chemin à l'aveugle. Jamais en ligne droite mais par des chemins de traverse.

Leur logique est celle du rêve. De leurs rêves. Une logique qui nie l'absurdité de la vie et qui tend à la remplacer.
Dans leur errance, ils associent parfois à leur recherche  des gens de rencontre qui deviennent aussitot tout aussi chimériques. Dans Le Vent, Lodoli lui-même intervient, mais il est aussitot dépassé par la situation et ses personnages qui exigent de lui qu'il les guide. En vain.
Ces histoires, les siennes, n'ont vraiment "ni queue ni tête" !

Ils s'imaginent parfois que quelqu'un les observe, les épie dans l'ombre, sans nom et sans visage.
Qu'il les manipule comme des pantins, et qui les laisse à leur fatale perplexité.

Tout cela, histoire, personnages ne seraient rien ou sinon un assemblage grotesque, s'il n' y avait le style de Lodoli, tour à tour lyrique, imagé, métaphorique, onirique.
Et d'un humour bien à lui.

En fin de compte, ces trois histoires m'ont rappelé les contes de l' enfance. Des histoires qui nous faisaient extraordinairement peur et plaisir à la fois. Qui incendiaient notre imagination et se fixaient dans notre mémoire.

Et c'est ainsi que nous cheminons à travers les livres, à la recherche d'une enfance perdue et que nous recherchons. Inconsolés à n'en plus finir.

Rapatrié. Ah mes écrivains italiens, exilés injustement...
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