GAO Xingjian

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GAO Xingjian

Message par Arturo le Dim 20 Aoû - 10:26

Gao Xingjian
(né en 1940)



Gao Xingjian, né le 4 janvier 1940 à Ganzhou en Chine, est un écrivain, dramaturge, metteur en scène et peintre français d'origine chinoise qui a obtenu le Prix Nobel de littérature en 2000. (Devenu français, plutôt. Je le classe pour ma part chez les Chinois.)

Gao Xingjian grandit durant les répercussions de l'invasion japonaise en Chine orientale. Son père est banquier et sa mère actrice amatrice. C'est elle qui éveille très tôt l'intérêt de son fils pour les arts de la scène et l'écriture.

Il reçoit une formation de base dans les écoles de la République populaire et obtient un diplôme de français en 1962 à l'Institut des langues étrangères de Pékin. Il lit Nathalie Sarraute et traduit en mandarin des auteurs comme Eugène Ionesco, Jacques Prévert et Henri Michaux qui font découvrir les thèmes et l'esthétique de la littérature occidentale contemporaine à ses compatriotes : des flux de conscience à l'absurde.

Lors de la Révolution culturelle, il est envoyé durant six ans en camp de rééducation à la campagne et se voit forcé de brûler une valise dans laquelle il avait dissimulé plusieurs manuscrits. Il n'est autorisé à partir à l'étranger qu'après la mort de Mao, en 1979. Il se rend alors en France et en Italie. Entre 1980 et 1987, il publie des nouvelles, des essais et des pièces de théâtre mais son avant-gardisme et sa liberté de pensée lui attirent les foudres du Parti communiste chinois. Ses théories littéraires, exposées dans Premier essai sur l'art du roman (1981) vont délibérément à l'encontre des dogmes d'État et du réalisme révolutionnaire prôné par le régime. Plusieurs de ses spectacles, expérimentaux et influencés par Bertolt Brecht, Antonin Artaud et Samuel Beckett sont montés au Théâtre populaire de Pékin et trouvent un large écho auprès du public (comme Signal d'alarme en 1982). La pièce absurde à grand succès Arrêt de bus (1983), virulente satire de la société pékinoise, est condamnée lors de la campagne contre « la pollution spirituelle ». Le caractère subversif de ses œuvres le confronte inéluctablement à la censure.

En 1985, L'Homme sauvage fait l'objet d'une grande polémique et suscite l'intérêt de l'opinion internationale. En 1986, L'Autre Rive est interdit de représentation. Pour éviter les représailles, il entreprend un périple de près d'un an dans la province du Sichuan et descend le cours du Yang Tsé Kiang jusqu'à la mer. En 1987, il est contraint à l'exil et est depuis déclaré persona non grata sur le territoire chinois. Il vit en France depuis 1988, où il a obtenu l'asile politique. En 1989, il quitte définitivement le Parti communiste chinois après la répression du mouvement étudiant par les chars sur la Place Tian'anmen. En 1998, il obtient la nationalité française.

Il est fait chevalier des Arts et des Lettres en 1992.

Œuvres traduites en français

Romans et nouvelles
Une canne à pêche pour mon grand-père (nouvelles), 1989
La Montagne de l'âme (roman), 1990
Le Livre d'un homme seul (roman), 1999
L'Ami (nouvelle), 1981 (traduction française 2012 dans le recueil La Montagne de l'âme. Une canne à pêche pour mon grand-père. Le Livre d'un homme seul. L'Ami. Vingt-cinq ans après. aux éditions du Seuil)
Vingt-cinq ans après (nouvelle), 1982

Pièces de théâtre
Signal d’Alarme, 1982
Arrêt d’autobus, 1983
L’homme Sauvage, 1985
L'Autre rive, 1986
La Fuite, 1992
Dialoguer interloquer, 1992
Au bord de la vie, 1993 [écrite en français]
Le Somnambule, 1995 [écrite en français]
Quatre quatuors pour un week-end, 1999 [écrite en français]
Théâtre I, 2000
Le Quêteur de la mort, 2003 [écrite en français]
Ballade nocturne, 2010 [écrite en français]
Chroniques du classique des mers et des monts, 2012 [écrite en français]

Essais
Premier essai sur l'art du roman moderne, 1981
Au plus près du réel (Dialogues avec Denis Bourgeois), 1998
La Raison d'être de la littérature (discours prononcé devant l'académie suédoise le 7 décembre 2000)
Pour une autre esthétique, 2001
Le Témoignage de la littérature, 2004 [écrit en français]
De la Création, 2013
L'Art d'un homme libre, à paraître en octobre 2017

Poésie
L'Errance de l'oiseau, 2003 [écrit en français]
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Arturo

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Re: GAO Xingjian

Message par Arturo le Dim 20 Aoû - 10:29



La montagne de l'âme :



Le regard (l'auteur est aussi peintre)

(lu après un retour du Sichuan ... )
Je n'ai pas été perturbé par la narration particulière. Au contraire j'ai trouvé le style très plaisant. Je me suis laissé porté au gré de ces histoires, sans chercher à tisser un lien entre elles.
J'ai eu l'impression que l'auteur était constamment dans la métaphore, dans l'introspection. Cette quête de la montagne est surtout une quête personnelle, un chemin invisible, un appel dans la nuit.
Ce livre m'a particulièrement parlé, peut-être car les lieux me sont souvent familiers, et me ramènent à certaines émotions, et que les questionnements rejoignent les miens.
C'était le bon moment pour lire ce livre, qui traînait depuis fort longtemps sur mes étagères. Je continuerai avec Le livre d'un homme seul.

Tu marches droit devant toi sur le sentier sinueux. Dans ta vie, tu n'as jamais eu de but précis, les objectifs que tu t'étais fixés se sont modifiés avec le temps, ils n'ont cessé de changer et finalement tu n'en a jamais eu. Si l'on y réfléchit, le but ultime de la vie humaine est sans importance, il est comme un essaim d'abeilles. Le laisser provoque des regrets, mais le prendre entraîne le plus grand désordre chez les insectes, mieux vaut l'abandonner là où il est et l'observer sans y toucher. A cette pensée, tu te sens plus léger, peu importe où tu vas, à la seule condition que le paysage soit beau.

Je suis incapable de faire la cour à une jeune fille aussi candide, en fait je suis sans doute incapable d'aimer vraiment une femme. L'amour, c'est trop lourd, je veux vivre avec légèreté et gaieté, sans avoir à assumer des responsabilités. Le mariage et toutes les tracasseries et rancœurs qui s'ensuivent sont trop épuisants. Je deviens de plus en plus distant, personne ne pourra plus provoquer mon enthousiasme. Je suis déjà vieux, et il ne me reste de goût que pour quelque chose qui ressemble à de la curiosité, sans toutefois chercher à obtenir un résultat qui est parfaitement prévisible et, de toute façon, trop pesant. Je préfère errer de-ci de-là, sans laisser de trace. Dans ce monde immense, il y a tellement de gens, tellement de destinations, je n'ai aucun lieu où m'enraciner, installer un petit nid pour vivre tranquillement, rencontrer toujours les mêmes voisins, leur dire les mêmes choses, bonjour, bonsoir, et replonger dans les minuscules imbroglios de la vie quotidienne. Avant même de commencer, je suis déjà dégoûté. Je le sais, je ne peux plus donner le bonheur.

Toi, tu continues à gravir les montagnes. Et chaque fois que tu t'approches du sommet, exténué, tu penses que c'est la dernière fois. Arrivée au but, quand ton excitation s'est un peu calmée, tu restes insatisfait. Plus ta fatigue s'efface, plus ton insatisfaction grandit, tu contemples la chaîne de montagnes qui ondule à perte de vue et le désir d'escalader te reprend. Celles que tu as déjà gravies ne présentent plus aucun intérêt, mais tu restes persuadé que derrière elles se cachent d'autres curiosités dont tu ignores encore l'existence. Mais quand tu parviens au sommet, tu ne découvres aucune de ces merveilles, tu ne rencontres que le vent solitaire.

mots-clés : #autobiographie #contemythe #spiritualité

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Re: GAO Xingjian

Message par Tristram le Dim 20 Aoû - 12:25

Sympa Arturo, on a noté de mêmes passages !
J'en rajoute (notamment ces intéressantes réflexions sur les pronoms personnels)...

À cette époque, l'individu n'existait pas, on ne différenciait pas le "moi" et le "toi". Le "moi" est apparu tout au début à cause de la peur de la mort ; la chose étrange qui n'est pas "moi" s'est transformée en ce que l'on appelle le "toi". L'homme était alors encore incapable d'avoir peur de lui-même, sa connaissance de soi venait uniquement de l'autre. Seul le fait de prendre ou d'être pris, d'être soumis ou de soumettre, le confirmait dans son existence.

Je pense que ce "nous", étrange et hypocrite, est vraiment superflu.
[…] Rien n'est plus trompeur que ce "nous".
[…] C'est pourquoi j'évite toujours ce "nous", affecté et hypocrite, qui ne cesse de gonfler. Si un jour j'en arrivais à l'employer, ce serait le signe d'une lâcheté st d'une stérilité incommensurables.

En dernière analyse, la philosophie est aussi un jeu de l'esprit, elle se situe aux confins que les mathématiques et les sciences exactes ne peuvent atteindre, elle fournit des structures et des cadres raffinés de toute nature. Lorsque les structures sont achevées, le jeu s'arrête.
La différence entre le roman et la philosophie vient de ce que le roman est une production de la sensibilité, il plonge dans un mélange de désirs les codes des signaux arbitrairement construits, et, au moment où ce système se dissout et se transforme en cellules, la vie apparaît. On en voit alors la gestation et la naissance, ce qui est encore plus intéressant que les jeux de l'esprit, mais, comme la vie, il ne répond à aucune finalité.

J'en ai encore plus sorti de Le livre d'un homme seul :

« Les hommes ne peuvent comprendre ce monde, tandis que l'existence de ce monde repose entièrement sur la perception des individus ; quand un homme meurt, le monde devient flou ou même cesse d'exister, que signifie réellement vivre dans ce cas ? »
chapitre 3

« Un homme seul est tellement peu de chose, tout ce qu'il peut faire c'est s'exprimer, rien d'autre. »
chapitre 6

« Sachant bien que l'utopie de la nouvelle société constitue au même titre que l'homme nouveau un mythe moderne, aujourd'hui, chaque fois que tu entends les gens soupirer en disant que les idéaux sont détruits, tu te dis qu'il vaut mieux qu'il en soit ainsi. Tu comprends bien que ceux qui continuent à proclamer leurs idéaux sont de nouveaux vendeurs de poudre de perlimpinpin. Et ceux qui veulent te convaincre par d'intarissables flots de paroles, qui te donnent des leçons, tu te hâtes de leur dire, ça va, ça va, vieux frère, à demain _ et tu files à l'anglaise. »
chapitre 18

« Il s'est éloigné à la hâte, les beaux jours l'effraient, avant que les beaux jours n'arrivent, il préfère filer à l'anglaise. »
chapitre 58

Un auteur qui ouvre bien des perspectives, y compris métaphysiques...
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Re: GAO Xingjian

Message par Arturo le Dim 20 Aoû - 13:58

Merci pour le complément ! (mouarf les utopies).

Une belle découverte que cet auteur pour ma part.
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