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Georges Brassens, Lettre à Toussenot


Guy Goffette

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Message par Jack-Hubert Bukowski le Lun 21 Aoû - 10:50

Guy Goffette
(Né en 1947)

Guy Goffette Guygof10

Poète avant tout, même lorsqu'il écrit en prose, Guy Goffette est né en 1947. Il est l'aîné de quatre enfants d'une famille ouvrière. Durant son enfance campagnarde, il a observé la nature et les gens qui composent le monde rural : ses recueils de poèmes l'attestent.

Il sera instituteur pendant 28 ans à Harnoncourt, à la pointe méridionale de la Belgique, où il a construit sa maison à flanc de colline. […] Il sera même un temps critique littéraire, mais le son du blues noir américain et une profonde remise en question lui feront lâcher toutes les amarres, comme pour un voyage initiatique:

« Je me disais aussi : vivre est autre chose que cet oubli du temps qui passe et des ravages de l'amour, et de l'usure (...). Il fallait fuir aussi la cruauté de l’amour. »

[…]

Sa poésie vous tutoie instantanément, elle est traversée d’une couleur d’automne, d’un regret de l’enfance qui nous la rendent familière, nous l’avons déjà entendue au fond de nous-mêmes il y a toujours. Elle s’attarde au niveau des choses quotidiennes et simples et semble une nappe de dimanche sur une table en bois.

Sources : esprits nomades : clic et Les filles du Loir : clic

Maintenant que je vous ai soumis des extraits-fragments de la biographie de Guy Goffette, il est important de noter qu’il est considéré comme un flâneur littéraire dans son approche de l’écriture et de la poésie. Jacques Réda a rédigé une poésie dans sa préface de l’édition Gallimard introduisant Un manteau de fortune suivi de L’adieu aux lisières et de Tombeau du Capricorne. Guy Goffette a tâté du roman en s’adonnant à la contemplation des amours déçues dans Un été autour du cou. Il compte plus d’une vingtaine de recueils de poésie à son actif dont Éloge pour une cuisine de province.

Bibliographie non exhaustive


Poèmes
• Quotidien rouge, éd. de la Grisière, 1971
• Nomadie, éditions Saint-Germain-des-Prés, 1979
• Huit muses neuves et nues, poèmes sur des photos de Miloslav Stibor, éd. de la revue Objectif, 1983
• Solo d'ombres, éd. Ipomée, 1983
• Prologue à une maison sans murs, éd. Qui vive, 1983
• Le Dormeur près du toit, éd. Cahiers du confluent, 1983
• Pour saluer André Frénaud, ouvrage collectif, Centre national des lettres, 1987
• Le Relèvement d'Icare, en collaboration avec Yves Bergeret, éditions La Louve, 1987
• Éloge pour une cuisine de province, Champ Vallon, 1988
• Chemin des roses, en collaboration avec Bernard Noël, L'Apprentypographe, 1991, Illustrations de Colette Deblé
• La Vie promise, Gallimard, 1991
• Le Pêcheur d’eau, Gallimard, 1995
• Icarus (avec trad. du français par Tucker Zimmerman), Éd. Signum, 2000
• Un manteau de fortune, Gallimard, 2001
• Sur le fil des collines, Le Petit Poète illustré, 2001
• Le Seul Jardin, avec des sérigraphies de François-Xavier Fagniez, Rencontres, 2001 ; édition revue et corrigée sous le titre Solo d'ombres précédé de Nomadie, Gallimard, 2003
• Poètes pour le temps présent, anthologie - ouvrage collectif, Gallimard Jeunesse, 2003
• L'Adieu aux lisières, poèmes, Gallimard, 2007
• Petits riens pour jours absolus, Gallimard, 2016

Romans
• Un été autour du cou, Gallimard, 2001
• Une enfance lingère, Gallimard, 2006
• Presqu'elles, Gallimard, 2009
• Tombeau du Capricorne, Gallimard, 2009
• Géronimo a mal au dos, Gallimard, 2013  

Nouvelles et récits
• L'Ami du jars, Théodore Balmoral (avait d'abord paru dans la N.R.F., no 462-463, juillet/août 1991), 1997
• Partance, éd. L’Étoile des Limites, 1995
• Verlaine d’ardoise et de pluie, Gallimard, 1996
• Elle, par bonheur et toujours nue, Gallimard, 1998  
• Partance et autres lieux suivi de Nema problema, Gallimard, 2000
• Tacatam blues, Cadex Éditions, 2000
• Jean Dieuzaide : Corps et Âmes, avec Hervé Le Goff, galerie Aittouarès, 2006
• L'Autre Verlaine, Gallimard, 2007

Essais
• Achille Chavée, éd. Tribune poétique, Ambly, 1972
• Mémorial de la tendresse (J. Borel), N.R.F., no 467, décembre 1991
• D'exil comme en un long dimanche, Max Elskam, La Renaissance du livre, 2002
• Auden ou l'œil de la baleine, Gallimard, 2005
• Albums de la Pléiade : Paul Claudel, Gallimard, 2011
• Mariana, Portugaise, Cognac, Le Temps qu'il fait, 1991
• L'Agencement du monde ou le voyage rêvé du marquis de Sy, Bibliothèque municipale de Charleville-Mézières, 1996

Préface et livres d'artistes
clic:
Livres d'artistes
• Semois, les derniers planteurs, éd. L’Octogone, Bruxelles, 1995, photos de J.-D. Burton
• Oiseaux, en collaboration avec Hervé Coffinières, Gallimard, Paris, 2001, coll. Nouveaux Loisirs
• Traversée, photographies de Dun Hayon, éd. D.H., 2006
• L'Adieu aux lisières, gravures de Jean-Marie Queneau, éd. de la Goulotte, 2006
• Lumière d'épicerie, illustrations de Wanda Mihuleac, éd. Transignum, 2006
• Le Journal de l'instituteur, peintures de Joël Leick, Fata Morgana, 2006
• Ulysse ébloui, peintures et collages de Joël Leick, éd. Rencontres, 2007
• La Chambre des nues, peintures de Julius Baltazar, éd. H.C., 2007
• Éloge de Robert Frost, mon voisin, peintures de Georges Badin, coll. « Mémoires d'Éric Coisel », 2012

Préface
• Max Elskamp : La Louange de la vie, poèmes choisis et présentés par Guy Goffette, Paris, La Différence, coll. « Orphée » no 62, 1990

source : d'après Wikipédia
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Message par Jack-Hubert Bukowski le Lun 21 Aoû - 11:03

Un manteau de fortune :

Guy Goffette Guygof11

J’ai pris le temps de lire une première fois le recueil dans l’édition qui paraît en couverture. J’y ai trouvé une quête qui se trouvait dans les déplacements et le mouvement tumultueux des amours comme des choses de la vie. Je n’ai pas beaucoup noté d’extraits et le dernier extrait se trouve dans Le relèvement d’Icare. J’imagine que la sagesse de mes lectures de poésie m’a dicté de marquer un temps de pause au milieu du recueil. J’ai été très sélectif dans ce que je dévoile comme extraits.
Tout d’abord, je vous cite la première de trois lettres à l’inconnue d’en face :

V

(Lettre à l’inconnue d’en face, 1)

Rideaux, tentures, voilages, non rien,
Madame, pour dérober à votre œil
de cyclope dans l’ombre qui m’épie
ce long corps nu de faux gisant recru
d’intempérances, et ce qui se pâme aussi
devant votre balcon où sèche toute
une lingerie de nonne aux abois -
fleurs vénéreuses pour le solitaire
que la mort affole dresse démoelle
dans la nuit, rivé à vos blanches cuisses.

Puis, je me suis dit que cet extrait aller vous arracher des sourires :

ROUTE

Comme un grand animal
la route s'est assise et souffle

Le cantonnier complice
partage l'unique cigarette

on est près de parler
mais la terre s'abat
d'un coup d'aile

midi vient de sonner

Dans la thématique de la ville, ce poème illustre bien la métaphore :

Première partie de l’amoureuse sur les toits

La nuit peut bien tomber sur la ville
endormie et, tempête, emporter les toits,
les arbres et les enseignes mortes,
je ne céderai pas, dit-elle,

comme ceux qui, voyant venir la fin
de la partie, s’effacent et consentent
à mourir avant que le joueur baisse
le pouce. J’ai une carte secrète

qui me bat sous les côtes un air si vif
que je vole et que la terre en tremble,
précipitant la nuit dans la nuit,
hier dans ses décombres.

J’aime, et le jour est tout neuf.

Pour clore le tout, un autre poème désenchanté point le jour dans l’œuvre de Guy Goffette, désenchantement que je qualifierais plutôt de terre-à-terre dans l’approche des événements de la vie :

Extrait du chant du ravi

IV

Comme vous j’ai vu le jeune homme grimper
dans le soleil sur ses ailes de cire, vu
comme il y croyait, l’impudent, comme
il était sûr d’avoir gagné

sur la vieille sagesse et sur l’air et
sur le poids du corps, et comme son visage
riait aux anges alors que tout déjà
avait repris son cours dans l’indifférence

des vivants pour les vivants, le pêcheur
ses filets, la vigie la barre de l’horizon,
et la mort sous le boisseau des feuilles,
des larmes, des regrets éternels,

son trou dans la terre.

Il y a une bonhomie qui émane de l'œuvre de Guy Goffette, mais nous sentons qu'il a vécu et mûri une quête. Les commentateurs qualifient son écriture. Je pense pour ma part que nous entrons en contact avec cette écriture et même si elle voisine souvent avec la prose poétique, nous sentons les écorchures qui émanent de cette expérience rendue à l'écrit.

mots-clés : #poésie
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Message par ArenSor le Jeu 12 Juil - 19:16

Elle, par bonheur, et toujours nue

Guy Goffette Elle_p10

Bien sûr, le titre m’a attiré en premier. Puis l’image de couverture représentant ce magnifique nu de Pierre Bonnard, ruisselant de lumières et de couleurs. Car il s’agit bien ici de Pierre Bonnard, le peintre, et de Marthe, la compagne, le modèle, l’égérie.
Un jour de canicule, Guy Goffette se réfugie au musée de Bruxelles, il y découvre ce tableau et tombe amoureux de Marthe, la femme, la femme peinte. Comment lui donner tort ?
On se dit que certains sujets n’ont le droit d’être abordés qu’avec talent. Je vous rassure tout de suite, Guy Goffette est à la hauteur de ses modèles. C’est un poète qui navigue avec bonheur parmi les mots : « Elle par Bonnard, et toujours nue » « nue par bonheur, par Bonnard nue ».
Son récit est bref, scandé en plusieurs parties et chapitres courts, rédigé d’une écriture limpide, émaillée d’images fortes.  C’est léger tout en offrant une analyse subtile du couple Marthe et Pierre et de la peinture de ce dernier.
Une envie de jardin, de soleil, de mer, de peinture de Bonnard pour l’été ?
Bref, j’ai beaucoup aimé.

« Il sait déjà et ne sait pas encore que l’eau, quand elle monte d’un regard de femme, peut tout renverser, et qu’il n’y a pas de mur qui tienne, surtout si le mur est un homme qui vit et vibre dans l’azur comme un violoncelle. Il sait déjà et ne sait pas encore que l’eau est première et femme et nue, qu’en elle toutes les couleurs se lavent de la nuit et fleurissent dans la lumière. »

« Qu’est-ce qu’on peut faire quand on n’est rien qu’une brûlure sous la peau qui crie, contre cette maîtresse plus forte que toutes : la peinture ? sinon devenir sa couche même, ses draps de lin, sa sueur, la beauté insoumise de son œil et son désir dévorant. »

« Il aime cette attente et ce geste de verser l’eau bouillante, tandis que l’eau du temps coule sur les toits où seuls encore, tels des cris de coqs, percent les cous rouges des cheminées. Le café passe lentement, noir comme un coup de poing : la nuit est morte.
Pierre, qu’il soit ou non amoureux, se lève tôt. De peur de manquer ce premier rendez-vous avec la lumière, quand l’œil, encore mal débarbouillé des songes, n’est qu’un œuf sous la paille des cils. »

« Toujours ce qui manque à nos vies, cet innommable vide tout à coup derrière la nuque, qui nous remplit de regrets, de remords, de nostalgies, toujours à la forme d’un jardin. Il y a des arbres, de l’herbe, des parterres de fleurs et peut-être un coin d’ombre où nous ne sommes jamais allés, qui nous faisait peur parce qu’il nous attirait avec trop de violence. C’est là sans doute que le secret de notre destin fut scellé, et nul ne peut le connaître sans mourir aussitôt. »

« Tous les jardins vont à la mer, il suffit de leur lâcher bride et hop, ni une ni deux, comme les galopins qu’ils n’ont cessé d’être sous leurs airs sages, ils sautent la clôture, les hauts murs du temps, prestes malgré les pommes et les prunes qui leur gonflent les poches. Tous les jardins, tous, vous dis-je, à condition de les laisser faire, d’arrêter de les fixer avec l’air d’une tondeuse à gazon, un rictus de sécateur ou le sourcil froncé de l’architecte planté dans la verdure comme un compas sur une carte de géographie. »

« Ce qu’il y a de plus excitant dans le bas, c’est le haut. Cette ligne où la chair montre son museau blanc comme à la lisière du bois le lièvre tout à coup qui met le chasseur en émoi, et sens dessous-dessus celui qui n’a pas encore vu le loup. »

« Une femme aimée, les couleurs du jour, des chats parmi les livres, quelques amis et la beauté du monde alentour, que demander de plus, quoi d’autre ? »

« Longtemps regarde et longtemps écoute comment la lumière parle aux couleurs et ce qu’elle dit à ce vert qui voudrait être bleu quand le rouge tout contre invite à prier plus bas. Puis en silence, le cœur plein de toutes ces choses bruissantes, Pierre s’en va mélanger les couleurs dans l’assiette de porcelaine. »

Et pour terminer, une citation de Pierre Bonnard que j’ai souvent à l’esprit lorsque je visite un musée :

« Ce qu’il y a de plus beau dans les musées, ce sont les fenêtres »
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Message par Tristram le Jeu 12 Juil - 23:04

Encore un auteur qu'il me fau(drai)t lire, semble-t-il...
Mais attention à l'orthographe dans sa présentation, qui va de Gofrette à Goffrette, en passant par Goffette (qui est la bonne).
Il a aussi écrit un Verlaine d'ardoise et de pluie, qui me tente également !

_________________
« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
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Message par animal le Ven 13 Juil - 6:13

j'ai corrigé dans le titre et la présentation. Guy Goffette 1252659054

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Message par Tristram le Ven 13 Juil - 6:56

Merci pour lui !

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Message par Bédoulène le Ven 13 Juil - 7:34

de très beaux et parlant extraits, merci Arensor !

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Message par ArenSor le Ven 13 Juil - 8:48

@Tristram a écrit: Mais attention à l'orthographe dans sa présentation, qui va de Gofrette à Goffrette, en passant par Goffette (qui est la bonne).  

Oups ! Peut-être avais-je envie de manger des gaufrettes hier soir ? Very Happy

Merci à Bédoulène et Animal d'avoir corrigé et fusionné les deux fils Smile
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Message par Quasimodo le Ven 13 Juil - 8:58

Oui, ça m'a amusé cette gaufrette, et m'a rappelé des petites coquilles familiales : Boulevard et Pécuchet (dont je suis responsable), Bouvard et Perruchet, Mesure pour Mercure (de Shakespeare)… Guy Goffette 1390083676
Maintenant on déforme les titres et les noms volontairement, l'heure de la revanche a sonné !

En tout cas, ça m'interpelle ce livre, je vais me le trouver.

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Message par Jack-Hubert Bukowski le Sam 14 Juil - 10:40

Puisque le ton est à la rigolade, je continuerai quand même sur cette erre d'aller. Je vous livre deux extraits d'Éloge pour une cuisine de province suivi de La vie promise :

«Le palier»

Le soleil debout dans le vert
avec les troupeaux frais
réapprend pas à pas la rondeur du monde
et l'équilibre au convalescent
qui va sous ta propre chemise.
Main posée sur l'échine du jour
il gravit lentement chaque marche du ciel
jusqu'à ce palier derrière ta nuque
où ce qui est advenu
et ce que tu attends
partagent la même ombre.

Je reprendrai un bout de la présentation qui est la citation partielle d'un de ses poèmes que voici :

« Je me disais aussi : vivre est autre chose que cet oubli du temps qui passe et des ravages de l'amour, et de l'usure (...). Il fallait fuir aussi la cruauté de l’amour. »

Ce poème qui ouvre La vie promise s'énonce ainsi :

I

Je me disais aussi : vivre est autre chose
que cet oubli du temps qui passe et des ravages
de l'amour, et de l'usure - ce que nous faisons
du matin à la nuit : fendre la mer,

fendre le ciel, la terre, tour à tour oiseau,
poisson, taupe, enfin : jouant à brasser l'air,
l'eau, les fruits, la poussière; agissant comme,
brûlant pour, marchant vers, récoltant

quoi? le ver dans la pomme, le vent dans les blés
puisque tout retombe toujours, puisque tout
recommence et rien n'est jamais pareil
à ce qui fut, ni pire ni meilleur,

qui ne cesse de répéter : vivre est autre chose.
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Message par bix_229 le Sam 14 Juil - 16:26

C' est bien choisi, Jack Hubert !
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Message par Tristram le Lun 8 Juil - 22:58

Verlaine d’ardoise et de pluie

Guy Goffette Verlai10

Dédiée à Jacques Réda, voilà une suite de six textes à propos de la vie de Verlaine.
Un pays sur la route fait référence au poème Va ton chemin et a pour thème la marche-cheminement du poète, au moment de son agonie. Celle-ci sera le fil conducteur des textes :
« On dit que la mémoire, avant de tourner la page, dresse encore sa table des matières et trace un vivant résumé. Toutes les scènes marquantes sont reprises et serrées comme un poing. Le film se déroule au ralenti dans le temps d’un éclair. C’est l’heure où les aveugles voient, où les sourds entendent, et Caïn même, au fond de sa retraite, a beau se fermer les yeux, il voit ce qu’il a fui. »
Les bocals sont ceux où sa mère conservait ses trois aînés mort-nés, comme un répons visionnaire de ses trois amours, Elisa, Arthur, et Lucien (la cousine-grande sœur, « l’ange dromomane »-« homme aux semelles de vent », le protégé-fils adoptif).
Une infusion de Verlaine, c’est celle qui tua son grand-père apoplectique, poivrot invétéré ‒ bon sang ne saurait mentir…
« Parce qu’un vieux fond de mélancolie (d’où tenu ?) l’a traîné sur des chemins de fortune et jeté dans les bras de mille fées vertes sans vergogne. »
La mort de la vierge, c’est la Saskia de Rembrandt, que Verlaine reconnaît en Mathilde sa future épouse ; et la « vierge folle », c'est aussi Verlaine avec « l'époux infernal »...  
De schiste et de pluie : l’incipit, déjà, évoquant l’ardoise sous la pluie, renvoie à l’Ardenne, région originaire pour Verlaine et l’auteur :
« Le schiste est un soleil refroidi, enfermé dans la pierre. C'est une fleur aussi, plusieurs fois millénaire, quelque chose entre le coquelicot et le chardon, en plus éteint, mais qui s'irise encore à certaines heures du jour, les plus fragiles. Au petit matin, par exemple, et à l'entrée du soir. »
La Maison des couleuvres : comme une fidélité définitive, au bout de la route, au pays d’origine...

A la lecture de cette biographie poétique qui se réfère sans cesse à l'œuvre de Verlaine, mais aussi de Rimbaud, j’ai rapidement songé à Michon, pour le thème comme pour le style.


Mots-clés : #biographie #poésie

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Message par Bédoulène le Mar 9 Juil - 8:08

Je sens que cela peut me plaire. merci Tristram !

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Message par Jack-Hubert Bukowski le Mar 9 Juil - 10:06

Guy Goffette est un bon poète. Il y a quelque chose dans sa quête qui revient vers un esprit de flânerie, mais il raconte quelque chose de grave, mais ça reste magique...


«Le poids du silence»

Les commencements sont nombreux, mais c’est
toujours la même histoire,

celle d’un homme que le petit matin dans la rue
saisit par le col,

alors qu’il était sorti pour acheter une baguette
à la boulangerie.

Et voilà que ce qu’il croyait établi dans sa vie,
le chemin tracé, une femme avec un chat parmi
les livres,

voilà que la rue humide et riante sous le premier
soleil avec son odeur de nouveau-né,

flanque tout par terre, le petit matin, le ciel, le
chemin, la boulangerie,    

et lui ne sait plus rien tout à coup,

ni qu’il avait faim, ni que l’amour existe et qu’il
eut dans sa vie la place du soleil, rien.



Quelque chose comme l’aile d’un ange ou d’un
oiseau vient de le toucher,

et c’est comme s’il avait trébuché sur son ombre
invisible à cette heure,

et la terre en le recevant ne l’a pas reconnu.

Son corps s’en va devant lui tout seul et il le
regarde sans étonnement ni effroi,

longer les couloirs de la ville et se perdre,

avec une sorte de demi-sourire, comme celui
de l’ange du porche dont il ne se souvient plus.

Il pèse tout juste le poids de son silence.

Tiré de Tombeau du capricorne
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Message par Jack-Hubert Bukowski le Mer 10 Juil - 11:26

Je reviens avec deux extraits d'Éloge pour une cuisine de province :

Qu'est-ce qui résiste sous la poigne des mots
comme une ombre que le désir n'enflamme pas
à vouloir célébrer toute la femme est-ce
la peur d'affronter le fleuve même
ou la terre sous le pied déjà qui se dérobe
à seulement l'évoquer comme s'il s'agissait
de rentrer nu dans le ventre maternel je ne sais
pauvre de sens tout à coup découvrant la langue veuve
à dire
je t'aime au-delà de la lisière du corps
comme si toujours entre la main usurière
et la courbe des hanches coulait le Styx

«Envoi»

Prendre langue dans une histoire
qu'on aura vécue du bout du coeur à peine
Si riche d'aimer qu'on se dise en poèmes
on manque de mots pour louer l'Autre
de jour en jour plus poignante piège ouvert
ou porte sur notre propre désert
Ainsi consens-tu au premier visage
qui s'arrête fût-ce une photographie
que le voyage d'écrire au moins se poursuive
et que la voile d'horizon
linceul de tant de vies
un vent furieux la déchire

J'imagine que Guy Goffette a expérimenté des choses durant sa vie. Il arrive à mettre des mots sur ce qui est perceptible et il en vient à garder une expression simple. C'est le signe d'une capacité de poétiser la condition quotidienne. Il évoque quand même des choses pas toujours jojos, mais il garde une vue dégagée.
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Message par Jack-Hubert Bukowski le Ven 4 Oct - 8:33

Après vous avoir cité «Bureau de tabac» de Fernando Pessoa hier, je suis tombé sur ceci - et Dieu sait que j'aime la poésie de Cavafy :

«À Cavafy»

Que d'impatience et pour quoi si demain
n'est qu'une barque sans voile ni rame,
un pont sur le vide ? Pense au vieil homme
d'Alexandrie, à ses trésors enfouis

dans un tiroir parmi les clefs, un reste
de tabac, le profil usé d'un roitelet déchu.
Il suffisait d'un klaxon dans la rue,
d'un pas plus vif dans l'escalier

pour réveiller la chambre, le corps voluptueux
de l'ange, la cinglante et fragile
beauté de l'amour, et sa voix dans le noir
comme du sel

jeté sur une plaie, en passant.

Extrait de La vie promise
Jack-Hubert Bukowski
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Guy Goffette Empty Re: Guy Goffette

Message par ArenSor le Ven 4 Oct - 18:43

Bel hommage Very Happy
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