Russell Banks

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Russell Banks

Message par topocl le Lun 5 Déc - 9:46

Russel Banks
Né en 1940


Né le 28.03.1940, dans le Massachusetts. Il passe son enfance dans le New Hampshire. Vit quelques temps en Jamaïque. Et habite désormais dans le New Jersey.

Il est très actif politiquement, notamment il fonde le Cities of refuge North America, qui a pour mission d'établir aux Etats-Unis des lieux d'asile pour les écrivains menacés ou exilés, et adhère au comité de parrainage du Tribunal Russel sur la Palestine.
©Wiki et Evene

Bibliographie en français

Romans
1975 : Vie de famille
1978 : Hamilton Stark
1980 : Le livre de la Jamaïque
1983 : La Relation de mon emprisonnement
1985 : Continents à la dérive
1989 : Affliction
1991 : De beaux lendemains
1995 : Sous le règne de Bone  
1998 : Pourfendeur de nuages
2005 : American darling 
2008 : La Réserve
2012 : Lointain souvenir de la peau

Recueils de nouvelles
1975 : Survivants
1975 : Le Nouveau Monde
1981 : Trailerpark
1986 : Histoire de réussir
2000 : L'Ange sur le toit
2015 : Un membre permanent de la famille

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Re: Russell Banks

Message par topocl le Lun 5 Déc - 9:49

Lointain souvenir de la peau



Le Kid, 22ans , un homme (ou un gamin?) qui n’ a plus de nom, et plus d’existence aux yeux de la société, mais marqué à vie et fiché sur internet. Condamné pour déliquescence sexuelle, il a purgé une peine de prison, et est assujetti pour 10 ans au port d ‘un bracelet électronique, à l’interdiction d’habituer dans un lieu où il pourrait côtoyer des enfants et figure  sur un site répertoriant les délinquants sexuels des Etats Unis, accessible à tous. Rejeté et quantité négligeable dans le monde réel, suivi et surveillé dans le monde virtuel... Dans cette presqu’île de Calusa noyée sous le béton, le seul lieu habitable est un espace vague sous une bretelle d’autoroute , en compagnie d’autres délinquants sexuels. Ayant grandi dans un désert affectif puis une misère sexuelle complets, n’ayant jamais eu pour  ami qu’un iguane apprivoisé, il a intégré cette image de lui que la société veut donner, et fini par accepter comme juste et logique cette exclusion absurde.

Sa vie va cependant être bouleversée, durant les quelques jours que dure le roman, par une descente de police, une tempête qui ravage la ville et son lieu de vie, mais surtout parce que quelques individus, par intérêt et/ou ( ?) compassion vont le regarder autrement que s’il était une chose (repoussante qui plus est), le regarder, l’écouter, lui parler : un Professeur de sociologie géant et obèse qui élude en gloussant les questions d’ordre privé, un couple dont le femme n’est autre que Dolorès, l’attachante conductrice du bus de De beaux lendemains, qui a refait sa vie et garde sa vision du monde lumineuse et chaleureuse, et l’Ecrivain, un type qui ressemble à Hemingway (et peut-être bien aussi à Russell Banks ?). Avec eux , le Kid va se découvrir une identité, s’expliquer à lui-même, mieux comprendre le monde ; il va découvrir , et nous avec, le sens profond de la vérité , du mensonge et du secret, un autre rapport au bien et au mal que par la culpabilité ou la honte

Voilà un livre d’une grande intelligence, peut-être parfois un peu trop grande et qui peut par moment glacer. La première partie est distante et froide, lisse d’une certaine façon, comme le Kid qui n’a jamais appris à vivre et à aimer. Puis l’intrigue se noue, les affects se déchaînent, et Russell Banks  nous propose une démonstration magistrale où rien n’est jamais acquis, tout est perpétuellement remis en question, au contraire du monde simple mais inhospitalier du début. L’émotion monte au fur et à mesure que les personnages gagnent en complexité , au delà de leur aspect premier et des étiquettes qu’on leur   attribue . Il y a quelques moments un peu glauques, mais parfaitement justifiés par le sujet.

Un roman qui gagne en ampleur au fil des pages, des personnages uniques, un style narratif ciselé, des descriptions de paysages , de sites urbains, de phénomènes naturels… Russell Banks revient à son meilleur avec un roman d’aventure personnelle plein de messages et de profondeur.


(commentaire rapatrié)



mots-clés : #criminalite


Dernière édition par topocl le Mer 14 Déc - 18:06, édité 1 fois

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Re: Russell Banks

Message par Bédoulène le Lun 5 Déc - 9:59



Lointain souvenir  de la peau

Sous le viaduc de Claybourne – dans la ville de Calusa en Floride – vivent relégués loin de la société , les délinquants sexuels, bracelets aux chevilles, sous la menace éventuelle d’un retour en prison à la moindre incartade.

Kid un jeune homme de 21 ans est de ceux-là ; il vit isolé parmi tous ces réprouvés avec pour ami un iguane nommé Iggy. Ce « camp » dérange les « honnêtes » gens de la ville, bien qu’il soit situé en dehors, et les élections qui s’annoncent  forcent la répression policière.

La plupart de ces délinquants sexuels trouvaient leurs « proies » sur Internet, là où figurent d’ailleurs leurs coordonnées , lieu de vie, degré de leur condamnation et leur photo, ce qui fait dire au Kid qu’un jour quand il aura rejoint la société des Hommes  et  sera libre de ses pas, qu’enfin il sera en 3 D. Comme tous les citoyens. Il sera visible aux yeux de tous et surtout de lui-même.

Un professeur d’université qui souhaite étudier ces délinquants convaint Kid de se prêter à des interviews et d’ accepter son aide. Il veut prouver que les délinquants sexuels sont les victimes de leur situation sociale, le Kid devrait être guéri de son addiction à la pornographie grâce à une position sociale où il serait dominant .

Le Professeur a un passé trouble qu’il confiera à Kid auquel il demandera un service : donner en mains propres à sa femme une video dans le cas, qu’il prévoit, où il disparaitrait.

Ce  récit est  clairvoyant, l’auteur sait montrer sans charge la vie « en suspens » de ces délinquants sexuels qui sont évidemment contraints par la société à vivre en marge des villes.
C’est vrai que Kid dans l’échelle de cette délinquance particulière  ne fait pas partie des  cas les plus graves, les plus répugnants  ( d’ailleurs son enfance auprès d’une mère nymphomane a certainement contribué à son addiction). Il s’en rend d’ailleurs compte et s’isole des autres.  Si l’attention que lui porte le Professeur  a contribué à façonner son univers et pour un temps celui du « camp » c’est quand Kid prendra conscience, notamment grâce aux paroles de l’écrivain rencontré brièvement, que ses à priori, son jugement sur les autres  ne s’appuient pas sur des réalités mais sur ce qu’il veut croire vrai, qu’il pourra se dessiner un avenir pour  rejoindre les gens « normaux » à la fin de sa peine.

Le Professeur est  addict lui à la nourriture et par sa stature, son intelligence on peut le considérer aussi en dehors de la normalité.

Extraits :

« ….personne ne le croira innocent de quoi que ce soit. Ne serait-ce que d’être en vie. De ça aussi il est coupable. D’être en vie. »

Propos des délinquants le Professeur dit :
« il y a quelque chose dans notre civilisation en général qui s’est modifié au cours des dernières années, et ces hommes là sont comme le canari dans le puits de la mine, ce sont les premiers d’entre nous à réagir à la modification, comme si leur système immunitaire social et éthique, ainsi que ce qui régule leur comportement, avait été endommagé ou rendu vulnérable d’une façon ou d’une autre. »
« pour lui, les forces sociales sont les premiers déterminants du comportement humain. »

« chacun de ses passés a été conçu à son heure strictement pour nier l’existence des autres, de même que sa vie présente nie l’existence de toutes ses vies antérieures, ce qui lui donne la liberté  de les inventer à son gré. »

« Il déroule un câble électrique fin et noir, en introduit une extrémité dans la prise du bracelet et l’autre dans une prise vissée au mince cadre en bois de la table. Le bracelet en métal comprime la peau nue de sa jambe, et le Kid sent le courant s’écouler, non pas de la batterie vers l’intérieur de son corps, mais de son corps vers la batterie, comme si au lieu de le remplir de courant électrique, c’était lui qu’on drainait. »
« Il se peut qu’Internet soit le Serpent et que la pornographie soit le fruit défendu, parce que la première chose à propos de laquelle le Kid se rappelle avoir menti, c’est sur le fait de regarder des trucs porno sur Internet. »

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Re: Russell Banks

Message par topocl le Ven 16 Déc - 9:35

Un membre permanent de la famille


 
 Elle a compris. « On se sent un peu seul, a-t-elle dit.
   -Ouais, bon. On peut se sentir seul n'importe où, je suppose. Même dans une foule comme ici.
   -Peut-être surtout dans une foule. Les foules peuvent te pincer le cœur quand tu es seule au monde. Comme moi. »
   (…)
   « Allez, tu n'es pas vraiment seule au monde. Une belle femme indépendante financièrement, dans une ville aussi exotique que Miami, et cetera.
   - Pas mariée, pas d'enfants, pas de famille proche dans le coin, et cetera. Pas de vrai petit ami. Rien qu'un  chat du nom de Spooky pour m'accueillir quand je rentre du travail. Ça veut dire être seule au monde, Stanley.
   -Et ça ne te pèse pas, la solitude ? »
   Elle a haussé les épaules : « Pas plus que toi, je pense, avec ta femme,  tes gosses et ton monospace.
   -Peut-être bien »


Russell Banks nous propose douze nouvelles qui parlent de la classe moyenne américaine, arrivant à l'âge de la retraite, l'âge des bilans, des regrets, l'âge où de derniers projets peuvent encore changer quelquechose, espère t'on.

Je me suis identifiée à ce barman de la dernière nouvelle, celui qui dit :


 
 Je suis barman, je prends les gens comme ils viennent. Je ne crois rien de ce qu'ils racontent, et je les oublie quand ils s'en vont.


Oui, pour moi, décidément, un recueil de nouvelles c'est un peu comme les gens qui passent pour ce barman. Un moment d'attention portée, mais qui ne peut s'ancrer en moi. Et j'ai du mal, en littérature, à me contenter de ce plaisir de l'instant, chassé par un autre. Ce livre me laissera donc sans doute peu de traces même si j'ai souri à certains traits d'humour,  admiré sa façon d'être au cœur des gens, de ce qu'ils ont raté et qui fait qu'ils sont eux-même, si j'ai vu quelques belles étincelles avec des  gestes simples et des non-dits.
Par contre, pour les amateurs de nouvelles, c'est puissamment troussé.

(commentaire rapatrié)


mots-clés : #nouvelle

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Re: Russell Banks

Message par Bédoulène le Ven 6 Jan - 23:03



"Trailerpark"

une très bonne lecture où se retrouve effectivement la vision pessimiste et les sentiments dont parle l'auteur lors d'une interwiew  (Télérama)


[…] j’ai une vision très pessimiste de la capacité des hommes à contrôler leur existence, à dépasser les entraves que la vie oppose à leurs désirs et à leurs actions, accablés qu’ils sont par les conditions économiques dans lesquelles ils vivent et par la marche de l’histoire. Sans doute ce pessimisme traverse-t-il toute mon œuvre romanesque. Mais elle est aussi habitée par la colère – la colère de voir l’inhumanité avec laquelle les hommes agissent les uns envers les autres.


[…] je crois de moins en moins à la capacité de l’homme à vaincre ces forces insurmontables qui l’oppressent. Chacun de nous prend la mesure du monde en fonction de ses origines, de sa propre expérience. C’est peut-être, d’ailleurs, la seule façon de dépasser ses propres limites.

Ce livre de 13 nouvelles forme dans sa construction un véritable roman. En effet dans la première nouvelle le lecteur découvre l'ensemble des habitants des caravanes de ce park à travers plus précisémment la locataire du n° 11 surnommée par cette communauté "'la Dame aux cochons d'inde"
Le parcours de vie des habitants du park se dévoile dans les autres nouvelles. Le lecteur rencontre chaque locataire et a connaissance alors des évènements qui les ont conduit à vivre dans les caravanes de ce park situé en dehors de la ville de Catamount.


mots-clés : #nouvelle


Dernière édition par Bédoulène le Jeu 18 Mai - 14:56, édité 1 fois

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Re: Russell Banks

Message par Tristram le Ven 6 Jan - 23:52

Pas (encore) lu les livres ci-dessus, mais Le Livre de la Jamaïque, Affliction, De beaux lendemains, Sous le règne de Bone, American darling et La Réserve.
Tous de bons livres, à tendance pessimiste, critiques d'une certaine société américaine (donc une anticipation à court terme de la nôtre dans la mesure où elle est généreusement exportée et imposée). Des personnages très attachants, et complexes :

Voici une citation de Bone, le petit jeune égaré dans les rues et le monde (le titre me paraît particulièrement mal traduit) :
« Et je me disais qu’étant donné mon passé, le fait que je sois blanc, américain et tout ça, j’avais particulièrement besoin d’un peu de sagesse si je voulais en grandissant vivre un peu mieux ma vie que la plupart des adultes que j’avais connus jusqu’alors. »
Russell Banks, « Sous le règne de Bone », 18, « Bone l’indigène »

Et deux autres, d'une ex-révolutionnaire déchirée entre son passé et ses convictions d'une part, et la réalité du Liberia de l'autre (pour info, c'est un pays créé par les Etats-Unis pour y installer des esclaves noirs libérés _ d'où le nom ; sans risque d'exagérer, on peut dire que c'est aussi un pays où il n'a jamais vraiment fait bon vivre, y compris pour les indigènes et les singes) :
« En vain. Tout cela en vain. Les choses se sont toujours passées de la même façon, et pourtant nous continuons. Depuis des dizaines de millénaires, bien avant les temps bibliques, depuis que notre espèce a appris à fabriquer des armes et à apprivoiser le feu, les femmes ont fui les carnages et sont revenues plus tard contempler les décombres de leurs maisons pillées ; et là, abasourdies par la violence de la destruction et par sa force, elles ont essayé de comprendre pourquoi, s’il n’y a rien d’autre à voir en ces lieux, nous, les femmes, y retournons quand même ; et en premier lieu pourquoi nous avons fui, puisque nous ne pouvons faire autrement que de revenir et que rien ne nous attend là qu’un chagrin éternel et l’évidence de ce que nous avons perdu. »
Russell Banks, « American Darling », I

« Mais si l’on compare les relations entre hommes et femmes aux relations entre Blancs et Noirs, ou entre handicapés et non-handicapés, ou entre primates humains et primates non humains, on peut établir d’utiles parallèles. Nous, qui avons davantage de pouvoirs dans le monde que d’autres et sommes bien intentionnés, nous tentons d’entrer en empathie avec ceux qui ont moins de pouvoir. Nous essayons de vivre le racisme comme si moi, qui suis blanche, je pouvais être noire ; de percevoir le monde comme si moi, dont la vue fonctionne, j’étais aveugle ; de raisonner et de communiquer comme si moi, qui suit un être humain, je ne l’étais pas. »
Russell Banks, « American Darling », IV
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Re: Russell Banks

Message par simla le Mer 15 Mar - 4:50



Lointain souvenir de la peau

Je ne détaillerai pas le sujet du livre ça a été très bien fait ci-dessus.

Un très bon roman sur l'exclusion notamment....tous ces parias mis au ban de la société, qui essaient de survivre comme ils le peuvent.

Il semble que la société américaine soit très dure envers, notamment, les pervers sexuels...contraints à vivre quasiment en reclus, traqués, leur profil mis en ligne..pas beaucoup de chance de s'en sortir.

Néanmoins, je note que Russel Banks a pris soin de choisir comme principal personnage de son roman (excellent) le Kid, un jeune homme évidemment élevé par une mère quelque peu irresponsable....et ayant comme principale occupation le visionnage de films pornos en dehors des soins prodigués à son iguane Iggy, son seul véritable ami, un personnage très attachant, mais n'ayant pas commis d'actes criminels vraiment ignobles comme les hommes qui l'entourent sous le viaduc, le seul emplacement qu'ils peuvent occuper, loin de toute structure pouvant abriter des enfants....à savoir, des pédophiles en puissance...

Un roman qui dénonce cette société punitive, mais que je qualifierais plutôt de protectrice envers les plus faibles...je n'aime pas que l'on s'apitoie davantage sur les coupables que sur les victimes, un des gros travers de notre société actuelle.

Néanmoins, j'ai beaucoup aimé ce roman, très bien documenté, très bien écrit, mais après tout...c'est du Russel Banks  Wink
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Re: Russell Banks

Message par églantine le Sam 12 Aoû - 17:19

Un membre permanent de la famille





Douze nouvelles aussi décapantes les unes que les autres , qui enchanteront les amateurs du genre !
Rares sont les recueils de nouvelles où l'on peut s'accorder le droit de penser qu'elles sont toutes de même qualité :J'étais sceptique donc en me lançant dans cet ouvrage , Russels Banks n'a pas une réputation assise de nouvelliste , il est davantage connu pour ses romans .
Agréable surprise donc !
Si l'écriture de Russells Banks ne brille pas d'un éclat ostentatoire ,cet effacement conduit à mieux toucher le lecteur qui s'immerge immédiatement dans ses tranches de vie douloureuses de ces héros du banal dont nous faisons partie ......
Chaque nouvelle apporte un éclairage particulier , soulignant les faiblesses et blessures de ces personnages parvenus à l'automne de leur vie .
Des fragments de vie de monsieur tout le monde , choisis pour appuyer sur les failles de l'homme , sa noirceur , sa fragilité , souvent sur le fil du rasoir ...........
Comment l'être humain est acculé à des retranchements irréversibles ,
comment le regard d'autrui peut définitivement vous isoler ,
combien l'être humain est prisonnier du "politiquement correct " ,
combien l'effet miroir peut devenir douloureux lorsque le temps n'est plus là pour laisser encore un peu de chance de reprendre sa vie en main et échapper à la médiocrité ,
combien il est difficile d'assumer la puissance de la gloire et la notoriété acquise avec l'ostracisme en prime qui vous isolera sous les feux des projecteurs ....
comment nous passons à côté de nous mêmes sans en avoir conscience alors que le temps se chargera de vous rappeler cette opportunité jamais saisie et qu'il est définitivement trop tard ,
comment la cohésion d'un groupe et son bon fonctionnement peut être anéanti en un quart de seconde par un souffle de vent qui aura l'effet d'un tsunami ,
et combien l'être humain est désespérément seul, victime de lui -même , victime d'un système , tout autant que bourreau de lui-même et des autres ...
Russels Banks enlève le masque de ces personnages , et nous voilà dérangés par un effet miroir violent de nos propres démons , nos propres manques , la boue que l'on tente de cacher pour "faire propre sur soi " .
Point de psychologie là-dedans ,juste la nécessité de montrer sans jugement , mais avec beaucoup d'empathie , ce que nous sommes, au delà du masque social : Russels Banks de par sa position de retrait bienveillante semble vouloir bercer ses personnages comme "dieu le père là haut au plus haut des cieux ".........
Finalement on en ressort lavés , comme sous l'effet d'une absolution .
J'ai adoré !

Commentaire rapatrié


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Et, de nouveau, elle se sentit seule en présence de sa vieille antagoniste, la vie.
La promenade au phare . Virginia Woolf .
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