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Emile Nelligan

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Message par Arturo le Mar 22 Aoû - 13:52

Emile Nelligan
(1879-1941)


Emile Nelligan Emile_10

Émile Nelligan, né le 24 décembre 1879 à Montréal et mort le 18 novembre 1941 dans la même ville, est un poète québécois influencé par le mouvement symboliste ainsi que par les grands romantiques. Souffrant de schizophrénie, Nelligan est interné dans un asile psychiatrique peu avant l'âge de vingt ans et y reste jusqu'à sa mort. Son œuvre est donc à proprement parler une œuvre de jeunesse. Ses poèmes, d'abord parus dans des journaux et des ouvrages collectifs, sont publiés pour la première fois en recueil par son ami Louis Dantin sous le titre Émile Nelligan et son œuvre (1904).

Ce recueil constitue un ensemble inégal sur le plan de l'authenticité créatrice – nombre de poèmes sont des pastiches ou des reflets de plumes bien connues –, mais révèle néanmoins un poète original au talent indéniable. La musicalité des vers est très certainement l'aspect le plus remarquable de la poésie d'Émile Nelligan. Les principaux thèmes abordés sont l'enfance, la folie, la musique, l'amour, la mort et la religion.

Au fil des ans, sa figure prend de plus en plus d'ascendant et il est généralement vu comme le point de départ de la poésie québécoise moderne, rompant avec la thématique patriotique de son époque pour explorer plutôt son espace intérieur. Depuis plus d'un siècle, Nelligan a inspiré chansons, films, tableaux, pièces de théâtre et même un opéra ; nombre de critiques, d'écrivains et de cinéastes ont exalté son génie, sa folie ou son martyre. Le phénomène a atteint une telle ampleur que sa figure a pris la dimension d'un « mythe » populaire, qui conjoint la figure romantique du poète maudit et celle de l'éternel adolescent. En tant que tel, il a aussi suscité la controverse et certains ont tenté d'attribuer son œuvre à un  « compositeur de génie » de ses amis.

Plusieurs de ses poèmes sont « parmi les plus réussis de la littérature québécoise, et mériteraient d'être intégrés au patrimoine de la littérature d'expression française. »
source wikipédia

En ce qui concerne la bibliographie, elle est brève puisque ses poésies complètes tiennent en un seul recueil.

Mot-clef : #poésie
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Message par Arturo le Mar 22 Aoû - 13:56

Jack en parle sur le fil poésie. Nelligan semble constituer le point de départ de la poésie québécoise. En tout cas, il est une référence incontournable.
Son parcours de vie est forcément touchant, émouvant.
Ses poésies sont celles de jeunesse, et on peut percevoir l'évolution au fil des poèmes.
Il y a certaines redondances, il use d'un style classique, métré. Et j'y ai trouvé une profonde intériorité, une forme de génie indéniable.
Je le relirai avec plaisir.


J'aime son poème Le voyageur, qui me parle, tant pour les idées que les images.

Le voyageur - (A mon père)

Las d'avoir visité mondes, continents, villes,
Et vu de tout pays, ciel, palais, monuments,
Le voyageur enfin revient vers les charmilles
Et les vallons rieurs qu'aimaient ses premiers ans.

Alors sur les vieux bancs au sein des soirs tranquilles,
Sous les chênes vieillis, quelques bons paysans,
Graves, fumant la pipe, auprès de leurs familles
Ecoutaient les récits du docte aux cheveux blancs.

Le printemps refleurit. Le rossignol volage
Dans son palais rustique a de nouveau chanté,
Mais les bancs sont déserts car l'homme est en voyage.

On ne le revoit plus dans ses plaines natales.
Fantôme, il disparut dans la nuit, emporté
Par le souffle mortel des brises hivernales.
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Message par Tristram le Mar 22 Aoû - 17:08

Eaux-fortes funéraires

Les vieilles rues
Que vous disent les vieilles rues
Des vieilles cités ?...
Parmi les poussières accrues
De leurs vétustés,
Rêvant de choses disparues,
Que vous disent les vieilles rues ?
Alors que vous y marchez tard
Pour leur rendre hommage :
– « De plus d’une âme de vieillard
Nous sommes l’image, »
Disent-elles dans le brouillard,
Alors que vous y marchez tard.
« Comme d’anciens passants nocturnes
« Qui longent nos murs,
« En eux ayant les noires urnes
« De leurs ans impurs,
« S’en vont les Remords taciturnes
« Comme d’anciens passants nocturnes. »

Voilà ce que dans les cités
Maintes vieilles rues
Disent parmi les vétustés
Des choses accrues
Parmi vos gloires disparues,
Ô mornes et mortes cités !

_________________
« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
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Message par bix_229 le Mar 22 Aoû - 17:28

Mon âme




Mon âme a la candeur d'une chose étiolée,

D'une neige de février...

Ah ! retournons au seuil de l'Enfance en allée,

Viens-t-en prier...




Ma chère, joins tes doigts et pleure et rêve et prie,

Comme tu faisais autrefois

Lorsqu'en ma chambre, aux soirs, vers la Vierge fleurie

Montait ta voix.




Ah ! la fatalité d'être une âme candide

En ce monde menteur, flétri, blasé, pervers,

D'avoir une âme ainsi qu'une neige aux hivers

Que jamais ne souilla la volupté sordide !




D'avoir l'âme pareille à de la mousseline

Que manie une soeur novice de couvent,

Ou comme un luth empli des musiques du vent

Qui chante et qui frémit le soir sur la colline !




D'avoir une âme douce et mystiquement tendre,

Et cependant, toujours, de tous les maux souffrir,

Dans le regret de vivre et l'effroi de mourir,

Et d'espérer, de croire... et de toujours attendre !



Un coté tendre et nostalgique chez Nelligan qui me fait penser à Jules Laforgue.
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Message par Jack-Hubert Bukowski le Mer 23 Aoû - 9:01

Émile Nelligan était également influencé par Baudelaire. Nous pouvons prendre à témoin ce poème :

«La passante»

Hier, j'ai vu passer, comme une ombre qu'on plaint,
En un grand parc obscur, une femme voilée:
Funèbre et singulière, elle s'en est allée,
Recélant sa fierté sous son masque opalin.


Et rien que d'un regard, par ce soir cristallin,
J'eus deviné bientôt sa douleur refoulée;
Puis elle disparut en quelque noire allée
Propice au deuil profond dont son coeur était plein.


Ma jeunesse est pareille à la pauvre passante:
Beaucoup la croiseront ici-bas dans la sente
Où la vie à la tombe âprement nous conduit;


Tous la verront passer, feuille sèche à la brise
Qui tourbillonne, tombe et se fane en la nuit;
Mais nul ne l'aimera, nul ne l'aura comprise.

Merci pour avoir ouvert le fil, Arturo. J'aime bien l'esprit qui anime cet espace de découvertes.
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Message par Jack-Hubert Bukowski le Mer 23 Aoû - 12:39

Voilà un autre poème :

«Le vent, le vent triste de l'automne!»


Avec le cri qui sort d'une gorge d'enfant,
Le vent de par les bois, funèbre et triomphant,
Le vent va, le vent court dans l'écorce qu'il fend
Mêlant son bruit lointain au bruit d'un olifant.

Puis voici qu'il s'apaise, endormant ses furies
Comme au temps où jouant dans les nuits attendries;
Son violon berçait nos roses rêveries
Choses qui parfumiez les ramures fleuries!

Comme lui, comme lui qui fatal s'élevant
Et gronde et rage et qui se tait aussi souvent,
Ô femme, ton amour est parallèle au Vent:

Avant de nous entrer dans l'âme, il nous effleure;
Une fois pénétré pour nous briser, vient l'heure
Où sur l'épars débris de nos coeurs d'homme, il pleure!
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Message par Jeremy. le Ven 25 Aoû - 13:55

C'est Baudelaire par moments, c'est Rimbaud par d'autres. Soir d'hiver, je trouve, est très verlainien. Mais autant lire justement Baudelaire, Rimbaud ou Verlaine.

J'ai du mal à saisir l'influence de Nelligan sur la poésie québécoise, j'ai l'impression qu'on s’enorgueillit d'une fulgurance rimbaldienne bien de chez nous, mais je vois difficilement en quoi elle fait socle à la poésie québécoise. Tu en penses quoi, Jack ?
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Message par Jack-Hubert Bukowski le Mar 29 Aoû - 12:24

Il y a eu comme une espèce de cassure historique quand Nelligan - ou Louis Dantin, selon certaines hypothèses - s'est mis à écrire de la poésie. On sortait des poncifs à Octave Crémazie qui établissait le tout comme une littérature plus «canadienne-française» d'inspiration. Ce dernier s'est d'ailleurs exilé en France et mourut dans un oubli relatif.

Emile Nelligan demeure très influencé par la littérature française. Il a cependant une quête qui peu à peu donne des motifs et des thématiques qui sont intrinsèques aux caractéristiques d'une poésie qui se révèle québécoise avec le temps. Il est important dans ce cadre-là de considérer que la poésie n'est pas du tout teintée d'un esprit de patriotisme et qu'elle se tourne vers l'intériorité. Dans ce cadre-là, nous pouvons dire qu'il y a eu un avant- et un après-Nelligan.

Donc, oui, Jérémy, il y a cette espèce de figure du poète rebelle que Nelligan a assumé à travers la mythologie. Il a été interné pendant de longues années à cause d'une schizophrénie. Il avait fait une forte impression dans les débats littéraires de son époque à l'École littéraire de Montréal. Nous en avons retiré cette impression du fils prodigue. Les rumeurs sont tout de même assez fortes pour attribuer la paternité de ses poèmes à Louis Dantin.
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Message par animal le Mar 29 Aoû - 12:42

@Jack-Hubert Bukowski a écrit:des motifs et des thématiques qui sont intrinsèques aux caractéristiques d'une poésie qui se révèle québécoise
tu as des exemples ?

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Message par Jack-Hubert Bukowski le Mar 29 Aoû - 13:16

Pour te répondre ça dans une tournure de langue, Animal, juste de même, c'est difficile à trouver comme caractéristiques. Il y a un ensemble de thèmes. Je dirais que la façon d'aborder la mort est caractéristique de la littérature québécoise. On utilise par exemple les motifs des os, des fenêtres, des visages dans un usage qui est spécifiquement québécois et qui renvoie à un univers de significations culturelles qui est plus propre au registre québécois.
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Message par Bédoulène le Dim 29 Oct - 9:01

Ducharme le cite dans l'un de ses livres :

La romance du vin
Émile Nelligan
Tout se mêle en un vif éclat de gaîté verte.
Ô le beau soir de mai ! Tous les oiseaux en chœur,
Ainsi que les espoirs naguères à mon cœur,
Modulent leur prélude à ma croisée ouverte.

Ô le beau soir de mai ! le joyeux soir de mai !
Un orgue au loin éclate en froides mélopées ;
Et les rayons, ainsi que de pourpres épées,
Percent le cœur du jour qui se meurt parfumé.

Je suis gai ! je suis gai ! Dans le cristal qui chante,
Verse, verse le vin ! verse encore et toujours,
Que je puisse oublier la tristesse des jours,
Dans le dédain que j’ai de la foule méchante !

Je suis gai ! je suis gai ! Vive le vin et l’Art !...
J’ai le rêve de faire aussi des vers célèbres,
Des vers qui gémiront les musiques funèbres
Des vents d’automne au loin passant dans le brouillard.

C’est le règne du rire amer et de la rage
De se savoir poète et l’objet du mépris,
De se savoir un cœur et de n’être compris
Que par le clair de lune et les grands soirs d’orage !

Femmes ! je bois à vous qui riez du chemin
Où l’Idéal m’appelle en ouvrant ses bras roses ;
Je bois à vous surtout, hommes aux fronts moroses
Qui dédaignez ma vie et repoussez ma main !

Pendant que tout l’azur s’étoile dans la gloire,
Et qu’un hymne s’entonne au renouveau doré,
Sur le jour expirant je n’ai donc pas pleuré,
Moi qui marche à tâtons dans ma jeunesse noire !

Je suis gai ! je suis gai ! Vive le soir de mai !
Je suis follement gai, sans être pourtant ivre !...
Serait-ce que je suis enfin heureux de vivre ;
Enfin mon cœur est-il guéri d’avoir aimé ?

Les cloches ont chanté ; le vent du soir odore...
Et pendant que le vin ruisselle à joyeux flots,
Je suis si gai, si gai, dans mon rire sonore,
Oh ! si gai, que j’ai peur d’éclater en sanglots !




_________________
"Lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal" Le Club des incorrigibles optimistes de J.M. Guenessia "

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Message par Jack-Hubert Bukowski le Jeu 21 Fév - 11:23

Emile Nelligan est assez connu comme poète. J'ai tendance à revenir à ce lieu obligé de la poésie québécoise, en raison de la murale au métro Crémazie à Montréal.

«Clair de lune intellectuel»

Ma pensée est couleur de lumières lointaines,
Du fond de quelque crypte aux vagues profondeurs.
Elle a l'éclat parfois des subtiles verdeurs
D'un golfe où le soleil abaisse ses antennes.

En un jardin sonore, au soupir des fontaines,
Elle a vécu dans les soirs doux, dans les odeurs ;
Ma pensée est couleur de lumières lointaines,
Du fond de quelque crypte aux vagues profondeurs.

Elle court à jamais les blanches prétentaines,
Au pays angélique où montent ses ardeurs,
Et, loin de la matière et des brutes laideurs,
Elle rêve l'essor aux céleste Athènes.

Ma pensée est couleur de lunes d'or lointaines.
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Message par Jack-Hubert Bukowski le Sam 24 Aoû - 11:49

Je viens d'en voir un autre que j'apprécie. Les corbeaux sont toujours porteurs de poésie, même lugubre sous certains aspects...

«Les corbeaux»

J'ai cru voir sur mon coeur un essaim de corbeaux
En pleine lande intime avec des vols funèbres,
De grands corbeaux venus de montagnes célèbres
Et qui passaient au clair de lune et de flambeaux.

Lugubrement, comme en cercle sur des tombeaux
Et flairant un régal de carcasses de zèbres,
Ils planaient au frisson glacé de mes vertèbres,
Agitant à leurs becs une chair en lambeaux.

Or, cette proie échue à ces démons des nuits
N'était autre que ma Vie en loque, aux ennuis
Vastes qui tournant sur elle ainsi toujours,

Déchirant à larges coups de bec, sans quartier,
Mon âme, une charogne éparse au champ des jours,
Que ces vieux corbeaux dévoreront en entier.

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