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Georges Brassens, Lettre à Toussenot


Thomas McGuane

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ruralité - Thomas McGuane Empty Thomas McGuane

Message par Tristram le Ven 25 Aoû 2017 - 21:07

Thomas McGuane

Né le 11 décembre 1939

ruralité - Thomas McGuane Mcguan10

La pêche à la mouche, la vie en plein air et l’amour des chevaux (trois fois champion de rodéo du Montana) sont à la base de son existence, en plus de l’écriture.

Plus:
Thomas McGuane est né le 11 décembre 1939 de parents irlandais catholiques qui avaient déménagé du Massachusetts vers le Midwest. Son enfance est marquée par le travail dans un ranch du Wyoming, la pêche et la chasse un peu partout, et des relations difficiles avec un père alcoolique qui sera présent par la suite dans une grande partie de ses écrits.
Depuis son plus jeune âge, il se projette comme auteur, admirant ce qu’il perçoit comme la vie aventureuse d’un écrivain tout autant que la perspective de l’écriture. Il commence à se consacrer sérieusement à l’écriture vers l’âge de 16 ans. Il étudie à la Michigan State University, où il rencontre son ami de longue date, Jim Harrison. À l’université Yale, il étudie l’écriture théâtrale et dramatique, et une bourse de la Wallace Stegner Fellowship pour l’université Stanford (1966-67) lui fournit le temps et les ressources pour finir son premier roman publié, The Sporting Club (édité en 1969 avec le soutien de Harrison).
Avec la bourse de la Stegner Fellowship, McGuane et son épouse, Rebecca Portia Crockett, s’installent à Livingston, dans le Montana, et grâce à la vente des droits d’adaptation au cinéma de The Sporting Club, il investit dans l’achat d’un ranch. Son second roman, The Bushwhacked Piano, une comédie picaresque décrivant les activités sportives, professionnelles et sentimentales de Nicholas Payne, se baladant du Michigan au Montana et à la Floride et saupoudré de commentaires grinçants sur l’état de l’Amérique d’alors, est publié en 1971 et reçoit des critiques délirantes.
Le troisième roman de McGuane, Ninety-Two in the Shade (publié en 1973), est perçu comme la confirmation de ce potentiel et c’est peut-être son livre le plus connu ou du moins le mieux apprécié dans les milieux littéraires.
Ninety-Two in the Shade est nommé au National Book Award et représente la fin du premier chapitre de la vie littéraire de McGuane : suite à un accident de voiture, il décide de lâcher son obsession monastique pour l’écriture des romans et de signer un nouveau contrat avec la vie, décision qui s’appuie sur des offres lucratives d’écriture de scénarios pour Hollywood.

Ainsi commence dans la carrière de McGuane un interlude où il est connu sous le nom de “Captain Berserko” (appellation à rapprocher sans doute du terme vieux norrois berserker  un guerrier-fauve qui entre dans une fureur sacrée) et il écrit les scénarios de “Rancho Deluxe” (1973), tourné à Livingston, Montana ; Missouri Breaks (The Missouri Breaks) d'Arthur Penn (1976), interprété par Jack Nicholson et Marlon Brando ; coscénariste de Tom Horn (1980) avec Steve McQueen dans le rôle-titre, et rélisateur pour l’adaptation de “ Ninety-Two in the Shade” (1975).
Les excès de ces années se reflètent dans la liaison tumultueuse de McGuane avec l’actrice Elizabeth Ashley, son divorce d’avec sa première femme Becky Crockett, son mariage avec l’actrice Margot Kidder, la naissance de leur fille Maggie (aujourd'hui auteur elle-même sous le nom de Maggie Kirn) et un second divorce, le tout en moins d’un an.

En 1978, McGuane publie son roman le plus autobiographique, Panama. C’est son premier et unique roman écrit à la première personne, et l’histoire est celle d’une rock star appelée Chet Pomeroy, qui va d’illusion en désillusion et ne peut plus imaginer le salut qu’en la personne de Catherine, incarnation littéraire des sentiments de McGuane pour sa troisième épouse, Laurie Buffett, sœur de son ami de Key West, Jimmy Buffett.
Il s’ensuit un conflit entre McGuane et ses critiques au sujet de leurs attentes respectives quant à sa fiction, et leur perception de l’intrusion de McGuane-la-célébrité dans son propre travail. Le bouleversement de cette période s’achève avec la mort, en l’espace de 30 mois, du père de McGuane, de sa mère et de sa sœur – et avec son aveu qu’il n’avait plus envie de produire de romans comiques comme l’étaient ses trois premiers.
Après Panama, les romans de McGuane changent considérablement. D’abord avec Nobody’s Angel en 1981, le décor est constamment fixé dans le Montana, habituellement dans la ville fictive de Deadrock (probablement un jeu de mots sur Livingstone). Bien que l’esprit et l’œil alerte à voir la comédie dans les choses humaines persistent, le problème des relations humaines – et notamment familiales – est pris beaucoup plus au sérieux que dans ses premiers romans.
Parmi ses romans les plus récents, Nothing But Blue Skies paraît présenter l’expression la plus large de la pensée de McGuane sur la vie en Amérique et notamment dans l’Ouest américain.

L’écriture de McGuane est renommée pour sa maîtrise du langage (notamment dans ses premiers livres), son appréciation comique du noyau irrationnel des entreprises humaines, ses allusions multiples à la contre-culture des années 60 et 70, et une dévotion croissante envers les relations familiales et les rapports avec le monde naturel changeant de l’Ouest américain et essentiellement le Montana, où il réside depuis 1968 et où il a situé au moins ses cinq derniers romans et la plupart de ses essais.
(Wikipédia remanié)

Bibliographie (je l’ai faite moi-même, les éditeurs n’ayant pas toujours la décence de spécifier le genre, et/ ou la date de première édition)

Le Club de chasse, roman, 1969 – éd. Christian Bourgois, 1992 Page 1
Embuscade pour un piano, roman, 1971 – éd. Christian Bourgois, 1990, rééd. 2012
33° à l’ombre, roman, 1973 – éd. 10/18, 1999
Panama, roman autobiographique, 1978 – éd. Christian Bourgois, 1992
Outsider, récits autobiographiques, 1981 – éd. Christian Bourgois, 1996
L’Ange de personne, roman, 1981– éd. Christian Bourgois, 1997
In the Crazies: Book and Portfolio (1984, signed vary rare limited edition of 185), Winn Books
La Source chaude, roman, 1985 – éd. Christian Bourgois, 1994
Comment plumer un pigeon, nouvelles, 1986 – éd. Christian Bourgois, 1990
L’homme qui avait perdu son nom, roman, 1989 – éd. Christian Bourgois, 1990 Page 1
Rien que du ciel bleu, roman, 1992 – éd. Christian Bourgois, 1994
Best American Sports Writing, 1992 (articles)
Live Water (1996) (sur la pêche)
Some Horses (1999) (essais)
Upstream : Fly Fishing in the American Northwest (1999) (non-fiction)
The Longest Silence : A Life in Fishing (2000) Intempéries (Cherche-Midi, 2003) Le long silence (Éditions Gallmeister 2016) (récit autobiographique)
À la cadence de l’herbe, roman, 2002 – éd. Christian Bourgois, 2004 Page 1
Horses (2005) (essais)
En déroute, nouvelles, 2007– éd. Christian Bourgois, 2006
Sur les jantes, roman ‒ éd. Christian Bourgois, 2012 Page 1
La Fête des corbeaux, nouvelles ‒ éd. Christian Bourgois, 2015

màj le 18 avril 2019


Dernière édition par Tristram le Ven 19 Avr 2019 - 16:59, édité 3 fois

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Message par Tristram le Ven 25 Aoû 2017 - 21:27

L’homme qui avait perdu son nom (Keep the change)

ruralité - Thomas McGuane L-homm10

Joe Starling ("étourneau") est originaire du Montana (état de faible densité démographique, mais prolifique en écrivains, notamment nature writers ‒ de Rick Bass, James Crumley, Richard Brautigan et Jim Harrison, continuateurs du pionnier Henry David Thoreau ‒ Walden ou la vie dans les bois).

Cow-boy sur le ranch de son père devenu banquier (et alcoolique), il l’a quitté pour réaliser son rêve de peinture, avec un certain succès. Mais il abandonne l'art, devient... illustrateur de notices d’appareils électroménagers ! à Key West, Floride (à l’autre bout des États-Unis, un peu comme l’auteur, dont les œuvres sont souvent teintées d’autobiographie). Subitement, il retraverse les US (beau road movie en voiture), et se lance dans la reprise en main du ranch dans le Far West (belle séquence d’approche d’un chien redevenu sauvage). Mais la suite de son histoire oscillante n’est pas là…

De longues séquences (pas toujours dans l’ordre chronologique) permettent de suivre ce déroulement, mais surtout, par une juxtaposition de touches disparates (paysages, dialogues, et même pensées du personnages principal), d’établir une atmosphère assez morose, de vacuité désabusée, un peu cynique, nostalgique, hésitante, dérangeante (un peu comme son humour).

Pareillement, les autres personnages (Ellen, son premier flirt, qui lui aurait donné une fille sans qu’il le sache, Astrid, son amour cubain, qui le rejoint au Montana, la tante Lureen et l’oncle Smitty, respectivement dépositaire et pochard dilapidateur du ranch), sont campés en peu de mots, mais saisissants de présence humaine, ni anges ni démons. De même, la vie en ville, artifice et consommation, et celle dans la nature, ne sont pas absolument détestables ou parfaites.

À la fois un peu perdu et attachant, Joe recherche son identité, partagé entre deux pôles. C’est le rêve américain typique, caricatural, mais questionné, avec quelque chose qui grince et n’est jamais explicité de façon tranchée (ce qui constitue peut-être le propre de la littérature _ et la justification de ses commentaires).

McGuane aborde notamment les thèmes de la propriété/ appropriation (de la nature), de l’alcoolisme, de la violence. Les extraits ci-dessous ont pour but de donner une idée de son style, qui se prête pourtant peu à la décortication citationnelle…

« Le temps tourna progressivement à l’orage ; le conflit entre l’hiver et le printemps engendra d’immenses cascades de lumières qui donnèrent à Joe l’impression de léviter chaque fois qu’il entrait dans de vastes zones d’ombre, ou qu’il les quittait. Les camions de la sécurité routière de l’État paraissaient embrasés d’une fabuleuse lumière jaune. Les messages brutaux des panneaux routiers se ruaient vers lui en un éclat sauvage. Sur les voies de chemin de fer, les cheminots étaient éclairés comme des acteurs sur une scène de Broadway. Une bourrasque surgit soudain de ce décor mouvant pour se dresser devant lui comme le roi mort dans un opéra. Un camion de ferme déglingué passa, un smoking accroché à la vitre arrière. Il y avait des tatous écrasés sur la chaussée. »

« Il passa près d’un petit bayou où un jeune homme en bermuda de surfer couvert de publicités pour des marques de bière surveillait un bouchon sur le miroir de l’eau. Ce spectacle anodin recelait à ses yeux un grand mystère. Il y eut un splendide paysage liquide près de la rivière Pascagoula, strié de courbes argentées visible jusqu’à très loin à travers les salicornes, tandis que la route le traversait en décrivant de larges virages bas. Il s’arrêta pour regarder des pêcheurs décharger des bateaux pleins de crabes. Il descendit à pied et s’assit sur un pilier brisé. Une femme tendait à un vieux pêcheur une pinte de whisky dans un sac en papier.
‒ Si tu me bats encore comme le week-end dernier, lui dit-elle, je t’achète plus d’ce machin-là. »

« Ici, le monde devenait une planète réelle, il n’était plus le simple appendice physique de la civilisation. »

« Quand on est jeune et qu’on croit vivre toujours, on pense volontiers que la vie n’a pas de sens. »

« Il regarda la prairie magnifique en se demandant si elle avait jamais appartenu à quelqu’un. »

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Message par Tristram le Ven 25 Aoû 2017 - 21:35

À la cadence de l'herbe

ruralité - Thomas McGuane A_la_c10

@ Billiethefall : ce livre passionnera les amateurs de chevaux et de Grand Ouest, mais pas que…

C’est la saga d'une famille : Sunny Jim Whitelaw, propriétaire d’une usine, le patriarche qui a toujours tenu les siens d'une main de fer et qui, venant de mourir, a trouvé le moyen de les maintenir sous sa coupe après sa mort ; Alice, sa femme, qu’il a écrasée comme leurs deux filles, Evelyn et Natalie, ainsi que les deux beaux-fils : Paul, le prédateur plein de charme en qui Jim a reconnu un congénère sans en être dupe, et le modeste, gentil Stuart, perpétuellement brimé tant par son beau-père et employeur que par sa femme Natalie, artificielle et instable, aussi amante de Paul. Et Bill Champion, taiseux cow-boy d'un autre âge, qui s’échine sur un ranch non loin (et presque aussi peu rentable que l’usine, le tout appartenant à un monde condamné), et qui excelle avec chevaux et bovins. Evelyn y passe beaucoup de temps, et le vieux Bill, plus proche de la famille qu’on le croirait, compose avec elle le cœur du roman, en contrepoint du défunt omniprésent et de l’ambitieux Paul.
Le nœud de l'imbroglio, c’est le testament qui lie la disposition de l’héritage ‒ l’affaire familiale, dont la direction est remise à Paul ‒ à la vie en couple de ce dernier avec Evelyn, qui a divorcé dans un effort d’échapper à sa funeste fascination.
La narration de l’intrigue, juxtaposition calculée de séquences sans grand respect de la durée ou du déroulement chronologique des événements, fait monter crescendo l’intérêt du lecteur, d’un aspect, d’une révélation à l’autre (telle la stupéfiante péripétie de la transplantation de rein).
Mais c’est aussi l’observation incisive du monde âpre de ces Américains des grandes plaines sous les contreforts du Montana, laminés par l’évolution économique.
Irrésistibles épisodes du bar avec son chanteur à la manque, du drag queen champêtre bloqué par la neige avec ses parents et s’apprêtant à incinérer le grand-père…

Evelyn au bar :
« Elle regarda son jeune cavalier et se demanda s’il savait déjà qu’aucun remède contre la solitude ne marche, que c’était une sorte de maladie chronique et que tout ce qu’on utilisait comme produit anesthésique se retournait contre vous. »

Jim et Paul :
« Ils avaient en commun une absence totale de sens de l’humour et la conviction que les masses étaient handicapées par leur besoin de ne voir que ce qu’elles voulaient voir. »

Jim :
« Les gens sourient pour inciter les autres à tomber d’accord avec eux. C’est minable. S’ils avaient le moindre cran ou un peu d’autorité, ils s’en ficheraient. »

Bill :
« …] sentir inexorablement qu’il marchait à contretemps, et qu’il vivait dans un pays trop content de le voir se tuer à un métier qui n’existait sans doute déjà plus. »

Stuart préparant son divorce :
« ‒ Je voulais avoir un bébé mais toi tu te demandais quel ait tu aurais en maillot de bain. À la limite, ça pourrait se comprendre, mais tu ne voulais jamais aller nager. Natalie, quand je me serai débarrassé de toi, je vais adopter toute une portée de petits Bulgares, là-bas on te laisse en prendre autant que tu en veux, et je vais les élever et leur payer des études avec ton argent. »

Alice :
« Votre père avait une santé fragile. Il ne faisait pas de sport, et il avait mangé toute sa vie ces énormes steaks persillés de Kansas City. Il m’a avoué un jour avoir mangé plus de bœufs que n’en montre la grande scène de la ruée des bêtes dans La Rivière rouge de John Waine, mais il savait qu’il avait atteint l’âge où il ne pourrait pas dévorer un second troupeau de cette taille. C’était sa façon à lui de se sentir mortel. »
L'intrigue de ce roman rappelle celles de Jim Harrison, ami de l’auteur, et même certaines de Faulkner. Une lecture qui plaira(it) à beaucoup !
Le superbe titre condense le tempo sans précipitation de la nature, et du temps qui s’en va.


mots-clés : #famille #nature

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Message par Bédoulène le Sam 26 Aoû 2017 - 8:34

merci Tristram !

bien tentant ! et oui un titre qui retient l'attention plus ton commentaire !

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"Lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal" Le Club des incorrigibles optimistes de J.M. Guenessia "

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Message par topocl le Sam 26 Aoû 2017 - 8:36

Igor m'avait conseillé Sur les jantes, mais il reste à lire... ruralité - Thomas McGuane 2441072346

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Message par Arturo le Sam 26 Aoû 2017 - 20:29

merci pour tes com' et le fil Tristram ! (je vais lire ça, et voir si je me laisse tenter par cet auteur !)
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Message par Tristram le Sam 14 Avr 2018 - 13:51

Le Club de chasse

ruralité - Thomas McGuane Club-d10

Le club appartient par succession aux descendants de ses fondateurs, la haute société locale, les nantis de Détroit. Dans ce vaste domaine préservé depuis cent ans à la fin des années 60, les membres s'apprêtent à déterrer le message enfouit lors de sa création. Héritiers de la réussite américaine, piètres aristocrates, ils vont sombrer dans un anéantissement chaotique de leurs valeurs :
« La fin, c’est la fin. Terminé. L’extinction, comme pour les dinosaures, les chapeaux haut de forme, les grands él…
‒ Prouve-le, hé connard ! couina l’épouse d’un ancien secrétaire à la Défense.
‒ … la perruche de Caroline, le milan des Everglades, le pic-vert à bec d’ivoire, le narval. Mes enfants, l’expérience est ratée. »
On retrouve ce "vertige de la liste" dont parle Umberto Eco (et qui m’intéresse beaucoup) :
« Il y aurait un bingo avec un présentateur professionnel et des jetons de bingo personnalisés (aux initiales des employés) ; un goût qualifié d’extraordinairement judicieux présida au choix des prix : silencieux "Hollywood" pour voitures, bavettes garde-boue en caoutchouc blanc avec cataphotes intégrés, dindes, chapeaux mous, matériels de barbecue, flamants roses en béton pour jardins, plateaux-télé, chiens en plastique à installer sur la lunette arrière de votre voiture et qui clignent de l’œil gauche ou droit en synchronisme avec votre clignotant, ensembles d’arc-et-flèches mohawk, coiffes de grands chefs pontiacs, sets de table paillards, portes de douche en verre dépoli avec cerfs bondissants gravés à la sableuse, et d’innombrables autres accessoires liés à l’automobile, à la télévision, aux distractions enfantines et aux allusions érotiques. »

« Je me suis lancé dans diverses imitations. J’ai porté des chapeaux rigolos — j’en avais un décoré de fenêtres, de nids d’oiseaux, de cartes routières et de visite, de menus, de ressorts de montre, de soucis d’eau, de nids de guêpe sphériques en papier, de squelettes articulés, d’os de chat, de petits chevaux en caoutchouc, de photos de puits de mine et de gratte-ciel. »
Métaphores incongrues, à la limite du surréalisme :
« Il regarda autour de lui la chambre qui semblait aussi neuve qu’une source récemment curée. »
Dans ce premier roman (peut-être pas la meilleure porte pour entrer dans l'oeuvre de McGuane) qui aborde plusieurs thèmes, reste centrale la démesure de Vernon Stanton, avec son ascendant sur James Quinn, son ami d’enfance, et Janey, sa compagne ; des blagues potaches irresponsables au glissement vers l’excès et la folie, il est à la fois l’agent et la mise en abyme du naufrage du club lui-même.

Difficile de cerner ce qui me séduit dans les livres de McGuane ; subliminal ? plutôt dû à la place qu’il laisse aux lecteurs pour structurer, instrumentaliser, interpréter ce qu’il couche sur le papier ? Je les apprécie sans pouvoir vraiment me l’expliquer… Un certain détachement, peut-être. Et maintenant qu’une certaine littérature (déconstructive) déploie des symboles qui ne désignent rien, pourquoi pas une parabole sans morale ? C’est au moins une histoire captivante, pleine d’épisodes, à la fois d’un décousu charmant et d’une certaine unité de composition. C’est une jubilation de la narration dans un remous de rivière qui disperse et canalise tour à tour. Aussi un piège à critiques, où peu semblent être tombés…
A ce propos, beaucoup de choses m’ont échappé, sans que ce soit dû à la traduction : allusions, sous-entendus, ellipses, références proprement américaines.

Pour les éventuels amateurs/ connaisseurs, McGuane rend admirablement l’expérience du pécheur de truite à la mouche ; pour les autres, il donne une idée de cette sorte de communion avec une rivière (ici la Père Marquette, Nord-Michigan), de sa fascination ‒ et de ses risques :
« Il se rappela que les longues heures passées à fixer le ruban soyeux et changeant de la rivière le laissaient souvent hébété pendant vingt-quatre heures. Il se demanda si cela expliquait les noyades que l’on déplorait à chaque saison, ces pêcheurs que l’on retrouvait coincés sous des ponts ou parmi un amas de branchages et qu’il fallait ramener vers la berge avec une gaffe ; ou ceux qui disparaissaient tout simplement sur un plan d’eau étale, puis tourbillonnaient pendant un jour ou deux avant de couler. Pareilles considérations le tenaillaient lorsqu’il pêchait de nuit. Il suffisait parfois d’une simple perte d’équilibre, de l’aboiement de chiens sauvages poursuivant un chevreuil ou du sifflet du train de Père Marquette ; Quinn sortait alors de la rivière avec une sainte trouille avant de remonter les pentes herbeuses ventre à terre vers sa maison. »

« Pour Olson, chasser et pêcher constituaient des formes d’économie rurale parce qu’ainsi il garantissait personnellement la vie de la campagne. Quand les membres du club sortaient des bois par hordes entières, avec leurs fusils et leurs chiens de luxe, mais les mains vides, et qu’ils découvraient Olson, sa saleté d’épagneul springer couché à ses pieds, en train de retourner au-dessus d’un petit lit de braises un couple de grouses tirées facilement, ou lorsqu’ils le trouvaient avec un plein panier de truites gavées d’insectes et qu’il leur fallait cacher la truite d’élevage longue de quinze centimètres et couleur de boue, qui ressemblait davantage à un cigare bon marché qu’à un poisson, et qu’ils avaient failli bousiller leur canne à pêche à deux cents dollars pour cette prise dérisoire ; quand tout cela arrivait, ils avaient envie de convoquer sur-le-champ la réunion annuelle pour dire à cette fripouille de décamper de la propriété avant qu’ils appellent les flics. Alors ils se rappelaient que c’était lui le gérant et tout se compliquait sans que leur rancœur diminuât pour autant. »
L’humour est omniprésent, souvent en filigrane, comme dans ce finale d’un pique-nique d’entreprise :
« Un cabriolet Chevrolet vert sans conducteur arriva à vitesse modérée, semant la panique parmi les invités qui retiraient les enfants sur la trajectoire probable du véhicule fou. Il arrivait, majestueux et astiqué à la cire de palmier brésilien, avec son capot arrondi, original et flambant neuf, sa jupe bullée, ses vitres teintées en bleu, son chérubin gigotant dans l’intérieur vide couleur azur et le grondement auguste des pots d’échappement jumelés ; vira lentement, évita miraculeusement la mare aux canards et, obstiné, s’arrêta net contre un orme étêté. Tout le monde courait maintenant. Quinn aussi courut, vers la voiture aboutée au tronc, ses roues arrière barattant la terre du champ de foire. Quinn ouvrit la portière côté conducteur pour couper le contact et son gardien d’usine roula à terre, tout bleu et les veines saillantes, plongé dans son coma diabétique, tandis qu’un cri minuscule et lointain jaillissait derrière les mâchoires contractées, la poitrine gonflant les palmiers de Miami imprimés sur sa chemise fantaisie. Quelqu’un se faufila près de Quinn pour tâcher de desserrer les mâchoires d’une main experte, y glissant enfin le goulot d’une bouteille de Pepsi-Cola, dont le verre tinta contre les dents, puis entreprit d’en verser le contenu pendant que son autre main libérait la langue dudit gardien. Pour les autres invités, ce fut la goutte de Coca qui fit déborder le vase et ils se préparèrent au départ. Agenouillé près de son gardien, Quinn vit ses yeux émerger du nœud des veines tandis que le Pepsi lui dégoulinait dans le cou et sur sa chemise fantaisie, il vit son regard brusquement envahi par la lucidité, par la conscience de la débâcle générale, puis par la honte. »

Je propose lieu, et social

mots-clés : #lieu #social

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Message par Armor le Sam 14 Avr 2018 - 17:02

Si tu aimes les descriptions de pêche, je te conseille trois polars parmi les meilleurs que j'ai lu : Dérive sanglante, Casco Bay et Dark tiger, de William G. Tapply.
Franchement, je n'aurais jamais pensé que des paragraphes sur la pêche à la mouche auraient pu m'intéresser, et pourtant, j'ai dévoré les trois opus...

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Message par Tristram le Sam 14 Avr 2018 - 17:32

Merci Armor, je connais sans être un passionné, mais c'est vrai que fleuves et rivières me fascinent _ ce qui n'est pas original ! Je repense au fleuve dans L'ancêtre, de Saer, ou dans Giono (c'est lui qui a dit qu'un fleuve et un personnage) ; là, on est plutôt sur une rivière, ce qu'on appelle une crique ici, et c'est toujours littéralement enchanteur... Et la pêche est souvent le prétexte pour y séjourner !

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Message par Tristram le Mar 9 Avr 2019 - 1:33

Sur les jantes
(Et sur la recommandation d’une recommandation à Topocl…)

(calandre chromée d'une bagnole rouge style Animal ; sigle en forme de triscèle bancal en bas à droite)
ruralité - Thomas McGuane Bm_cvt12


Berl Pickett narre son histoire, d’une enfance pauvre ‒ fils unique d’un vétéran de la Seconde Guerre mondiale vivant dans ses souvenirs et d’une extatique Pentecôtiste « enragée de religion » ‒ à son métier de médecin.
Petite ville du Montana, chevaux, pêche et chasse, des femmes aussi, peu d’intrigue, c’est une variante de la même histoire chez Thomas McGuane ‒ eh bien non, dès le chapitre 6, surgit un épisode marquant : le Dr Pickett rencontre de manière fort étrange une jeune fille qui deviendra sa patiente, une femme battue que tue son mari ‒ qu’il encourage à se suicider…
Il y a profusion de pittoresques personnages secondaires ‒ souvent des éclopés de l’existence, touchants ou rebutants, mais toujours vivants ‒, rendus de quelques traits caractéristiques, sans doute pas totalement imaginaires.
Les interludes dans la nature, aussi densément et vivement représentés, constituent autant de pauses appréciables dans la noirceur des relations humaines. Ainsi, chapitre 8 : parti seul en expédition de pêche, l’hélicoptère prévu ne revient pas le chercher ; tous les vols ont été suspendus, suite à l’attentat du 11 novembre, et on mesure singulièrement la violence du choc qui a changé les USA.
J’ai retrouvé le même plaisir à lire McGuane dans ce livre de près de 500 pages, publié en 2010 pour les 70 ans de l’auteur ; j’ai retrouvé le même humour efficace, le goût des références littéraires appropriées, son style particulier (qui partage cependant certaines caractéristiques avec d’autres écrivains, comme Jim Harrison). Allers-retours dans le déroulement temporel, un certain décousu dans l’énoncé, il y a une forme de raccourci dans l’écriture de McGuane, allant brièvement à l’essentiel sans négliger des apartés ; en fait, il semble qu’il n’y ait qu’apartés, ces sortes de digressions où l’essentiel se tiendrait.
Le personnage central du médecin est très fouillé, et ouvre de nombreuses perspectives pour observer et commenter le mode de vie états-unien (et plus largement occidental) ; il permet notamment une prise de position contre l’acharnement médical, et un constat de la déshumanisation de l’accueil hospitalier et des méfaits de la gestion administrative en milieu médical. D’autant que Berl, il est vrai clinicien au profil atypique, est accusé d’avoir plus ou moins achevé une ancienne amante suicidaire ‒ ce qui l’empêche, au moins momentanément, de « se rendre utile ».
« J’étais très attiré par l’idée de demeurer quelqu’un d’ordinaire. Si j’avais la chance de me fondre dans la masse, je voulais la saisir. »

« À l’époque, tout me ramenait aux filles, même les tomates, les poulets, les parcmètres, voire, dans les périodes les plus désespérées, mes propres chaussures. »

« Plus tard, l’amour de la chasse nous unit, ce qui était autrefois la façon traditionnelle pour un garçon de rencontrer la nature, et le conduisait souvent à la science, la préservation de l’environnement, la curiosité et l’amour de la terre. »

« Il me conduisit à la bibliothèque pour me faire délivrer une carte, ce qui revêtit une importance capitale, mais ma mère s’empressa de me la confisquer.
"Et que je ne te reprenne pas dans ce lieu de perdition, misérable !" me dit-elle. Le Dr Olsson se dépêcha de m’en fournir une autre, je menai bientôt une vie secrète à la bibliothèque, ce qui rendit pour toujours l’approche des livres synonyme pour moi d’intense excitation. »
La lecture de ce livre de belle apparence, édité et imprimé en 2012, rappelle malencontreusement ces rêves où l’on progresse dans un édifice qui s’effondre au fur et à mesure : les pages se détachaient comme j’avançais dans l’ouvrage, et une sourde angoisse m’étreignait, la crainte qu’il s’éparpillât en désordre avant que je l’aie entièrement parcouru. J’exagère un peu, mais ce scénario accablant nous est trop souvent offert (ici, pour 23 €) : on ne demande pas l’espérance de vie d’un incunable pour un livre de poche, mais souhaiter en achever la lecture avant qu’il ne s’autodétruise est-il abusif ?


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Message par topocl le Mar 9 Avr 2019 - 7:40

Il a l'air de bien te plaire, ce McGuane, tu y reviens?

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Message par Bédoulène le Mar 9 Avr 2019 - 10:28

merci Tristram, ton commentaire m'interroge et ce McGuane, A la cadence de l'herbe pourrait me plaire !

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Message par Tristram le Mar 9 Avr 2019 - 12:27

Bon souvenir de À la cadence de l’herbe.
« Il ne semble pas y avoir une grande différence entre avoir toute la vie devant soi ou en n’avoir plus qu’une petite partie. La quantité d’espoir est la même. »
Thomas McGuane, « À la cadence de l’herbe. »
Oui, McGuane est un auteur que j'apprécie particulièrement parmi ceux d'outre-Atlantique !

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Message par Bédoulène le Mar 9 Avr 2019 - 14:05

pas du tout d'accord du coup sur cette phrase, à cause de mon âge certainement ! Smile mais je vais tout de même faire sa connaissance dans un certain temps !

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