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Jacques Brault

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Message par Jack-Hubert Bukowski le Dim 1 Oct - 10:41

Jacques Brault
(Né en 1933)

Jacques Brault Brault10

Né à Montréal en 1933, Jacques Brault est poète, romancier et essayiste. Il a été professeur à l'Université de Montréal de 1960 à 1996, d'abord en Études médiévales puis en Études françaises. De 1970 à 1995, il a participé à de nombreuses émissions littéraires, à la chaîne FM de Radio-Canada et sur les ondes de la Communauté radiophonique de langue française.

Son œuvre comprend de nombreux titres, parmi lesquels Poèmes des quatre côtés, Poèmes I (rétrospective 1965-1975) et Poèmes choisis 1965-1990 (anthologie préparée par Yvon Rivard) aux Éditions du Noroît. Chez le même éditeur, il a aussi fait paraître en 1996 un essai intitulé Au fond du jardin, en 1997, le recueil de poésie Au bras des ombres (en coédition avec les éditions Arfuyen) et, en 1998, Transfigurations (finaliste en traduction au Prix du Gouverneur général du Canada).

Jacques Brault est l'auteur d'une étude sur Alain Grandbois, d'une édition critique des œuvres de Saint-Denys Garneau et d'une anthologie des poèmes de Jules Laforgue.

Traduite en plusieurs langues, son œuvre a reçu de nombreuses distinctions dont le prix France-Canada en 1968 pour Mémoire et son essai sur Alain Grandbois, le prix du Gouverneur général du Canada en 1970 pour Quand nous serons heureux, en 1985 pour Agonie et pour Transfiguration en 1999, le prix Duvernay en 1979, le prix Alain-Grandbois en 1990, les prix Athanase-David en 1986 et Gilles-Corbeil en 1996 pour l'ensemble de son œuvre.

Tiré de : https://www.fondation-nelligan.org/JacquesBraultBio.html

Bibliographie

• Trinôme (1957)
• Mémoire (1965)
• Alain Grandbois (1968)
• Suite fraternelle (1969)
• La Poésie ce matin (1971)
• Trois partitions (1972)
• Poèmes des quatre côtés (1975)
• L’en dessous l’admirable (1975)
• Les hommes de paille (1978)
• Migration (1979)
• Vingt-quatre murmures en novembre (1980)
• Trois fois passera, précédé de Jour et nuit (1981)
• Ductus (1984)
• Moments fragiles (1984)
• Agonie (1984)
• La Naissance des nuages (1984)
• La poussière du chemin (1989)
• Il n’y a plus de chemin (1990)
• Effets personnels (1990)
• Ô saisons, Ô châteaux (1991)
• Au petit matin, avec Robert Melançon (1993)
• Chemin faisant (1994)
• Au fond du jardin (1996)
• Poèmes choisis, 1965-1990 (1996)
• Au bras des ombres (1997)
• « Prolégomènes à une critique de la raison poétique  » (1989)
• Bêtes sauvages tiennent paroles humaines (1998)
• Transfigurations, avec E.D. Blodgett (1998)
• L’artisan (2006)
• Dans la nuit du poème (2011)
• Chemins perdus, chemins trouvés (2012)
• Images à Mallarmé (2017)




En lisant les notices à propos de Jacques Brault, je suis tombé sur cette figure de poète polygraphe. Cet essai de définition de sa démarche me semble toucher de près le double-versant de sa démarche de poète et essayiste. Il touche à une foule de sujets, n’est pas spécialiste en quoi que ce soit même s’il est cité dans Lire Henri Michaux de Raymond Bellour. De fait, Henri Michaux est l’une des figures tutélaires sur lesquelles il s’appuie pour relancer ses démarches d’écriture. Jacques Brault ne dédaigne pas pour autant la confrérie des poètes qu’il considère comme faisant partie de son quartier dans le recueil d’essais Chemin faisant. Sa production poétique et essayistique est assez immense par l’étendue qu’elle couvre. Je pense notamment à L’en dessous l’admirable, Il n’y a plus de chemin, Agonie, Au fond du jardin et à ses nombreux autres essais.


Dernière édition par Jack-Hubert Bukowski le Sam 14 Oct - 7:30, édité 1 fois
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Message par Jack-Hubert Bukowski le Dim 1 Oct - 10:49

L’en dessous l’admirable (1975) :

Pour le moment, c’est le recueil qui me raccroche le plus à l’œuvre de Jacques Brault. Tout autant j’ai gardé l’exemple de son éthique en tant que poète-essayiste en mémoire pendant le Printemps étudiant de 2012, ce recueil m’a accompagné au gré de mes préoccupations depuis la démarche d’atelier des flâneries montréalaises en compagnie des poésies de Marie Uguay. J’étais donc dû pour y revenir : je prends pour preuve que les extraits retenus cette fois-ci diffèrent de ce que j’avais déjà publié sur l’autre forum.

Mettons ceci sur le compte de son titre énigmatique ou non, le recueil est prompt à explorer les profondeurs de l’âme :
«L’ombre est basse   pauvre amour   si basse
Qu’elle rampe à ras de jour et ronge ta joue
côté nuit celle qui suinte sous terre et fait une pâte
d’os à peine poussiérée encore à la peine de vivre

tu n’es plus qu’ombre d’une ombre mal portée loin de
moi   pauvre amour   égarement d’un cri qui se crut
extase   soleil déchiré d’un croissant d’oiseau sombre
et qui sombre dégrée vers l’ombre si basse

plus rien
               un vide blanc au cœur de l’ombre
                                                                            plus basse
que l’en dessous
                             de tout»

(p. 225)

Il y a quelque chose de désespérant dans la démarche, qui rappelle la posture singulière des Saint-Denys Garneau et Henri Michaux :

«Cette fois je serai clair
                                         j’ai vu l’aveugle voyante
ma trace quand je n’étais plus à l’arrivage
passée déjà   disparue vanité de naissance vite perdue

voilà c’est cela oui et je touche celui que je fus
il n’est pas sauvé de l’absurde mise en demeure il
ne comprend pas davantage yeux fermés dents brisantes
et quoi encore sait-on arrière ce qu’il espérait

choses simples et fidèles un craquement de porte
un mur de briques plus tendres frottées de pluie
le chien avec des prunelles de fille inaimée
le soleil attardé dans la rue pour un arbre un seul
tout l’avenir du monde suspendu aux branches tracassées
le geste là-bas de rire peut-être l’erreur
      des paupières plissées
qui donc m’a suivi par pitié m’a aimé jusqu’ici»

(p. 234)

Il y a un versant du recueil qui s’inscrit en prose. Nous pouvons lire un extrait ici :

«Quelques sons nés en dessous du prévisible m’occupèrent une
saison ou deux, histoire de me dévoiler par fragments successifs
un visage si méconnu qu’il en avait l’air inconnu.

L’admirable ne surgit pas au coin de l’éclair. Par pénombres
il se rend manifeste, sans gêne aucune, et sans parade - mais
pudique, le cœur aux lèvres sous apparence d’un sourire né
de douleur. Et il nous aime. Avec le temps qu’il faut, le
temps qu’il fait. Et puis il meurt. Comme l’instant. Pour
renaître ailleurs.

Alors, on se souvient.

On s’emploie, chaque jour, à bâtir une patrie, une vraie,
une école de libertés buissonnières.
»

(p. 244)

Puis surgit cette apothéose :

«C’était passerose et ras de ruines j’allais vers toi
remonter    l’en haut tirait doucement d’abord
             par les yeux
tout cet enfer de tranquillité   saoûlerie de solitude
pour un arbre   je ne sais pas   quelque chose comme

bourgeon avant terme éclaté
                                                   branche fourrée de fourmis
             feuille
méprisée lors de la cassure du froid
                                                                un ressuiement
de terre tôt dégelée
                                   un arbre juste un arbre
inqualifiable
                      lacis noir gris sur fond de pluie
et toi innommée inaperçue ma vieille usure
ma peau de petitesse
                                     l’extase de vivre
malade minable rouillé roulé par les rues
comme une boîte de conserve à la bouche ébrechée
de vivre un peu à peine ce petit reste   croûton de pain
séché   blêmi fade ton visage de laideur qu’un arbre là
aimait sans rien dire
                                   et je viens les yeux fermés
            où tu étais venue»

(p. 255)

Ce dernier poème me parle beaucoup en tant qu’adepte des flâneries. Du début à la fin, ses thématiques me sont familières. Nous pourrions même dire qu’il s’agit d’une poésie humble, à ras de terre, qui nous rappelle la fragilité de l’existence.


mots-clés : #poésie
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Message par Arturo le Dim 1 Oct - 11:02

Merci Jack de faire vivre la poésie québécoise sur le forum ! Je te lis, même si je n'interviens pas toujours.
Je me suis acheté l'homme rapaillé de Gaston Miron, j'ai encore beaucoup à découvrir dans ce domaine.
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Message par Jack-Hubert Bukowski le Dim 1 Oct - 11:36

Pour te répondre, Arturo, il est toujours possible de se référer aux critiques littéraires Gilles Marcotte, François Dumont, Pierre Nepveu et Jean Royer quand ils évoquent l'univers de la poésie québécoise. Ils traitent plus souvent des figures obligées, de ce qu'on considère comme des poésies classiques. Pour ma part, il y a eu une filiation après Gaston Miron, mais pas toujours assumée, qui se retrouve chez les poètes suivants : Michel Beaulieu, Marie Uguay, Patrice Desbiens, Geneviève Desrosiers et compagnie. À ce jour, les galas annuels de Doctorak Go offrent un autre son de cloche à une poésie qui se desséchait prétendument après Miron... Wink
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Message par Jack-Hubert Bukowski le Sam 14 Sep - 10:39

Je viens de ressortir mes lectures de Jacques Brault.

Ce n'est pas si simple de le citer, car il est un cri étranglé qu'il faut savoir saisir :



ce soir je suis condamné à vivre
à veiller avec la nuit certaine
elle s'en va elle est partie
son pas n'a pas fait de bruit
elle n'est plus là elle n'est pas ici
il n'y a plus que moi un cri
étranglé noir crispé un silence d'hiver en été


Jacques Brault, Poèmes choisis (1965-1990), Noroît, 1996, p. 94.
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Message par Jack-Hubert Bukowski le Sam 14 Sep - 10:48

J'en prends un autre :

Or je ne sais pas je ne sais plus s'il faut parler ou
me taire laisser les eaux couler ou me rouler en elles
m'oublier dans l'instant qui tourne le coin de la rue
ou m'habiter jusqu'à l'os jusqu'au cri

Dis le sais-tu toi qui m'écoutes et me regardes le
sais-tu ce que c'est que je ne dis pas que je ne dirai
jamais et c'est là entre nous comme un soir qui
tombe et nous obscurcit

À voix basse baisse la voix je t'en prie approche
et que ton souffle me touche à l'oreille cela fait un
bruit que j'avais oublié la parole humaine


Extrait de Visitation, Mémoire, page 27
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