Daniel Mendelsohn

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Daniel Mendelsohn

Message par topocl le Mer 11 Oct - 21:27

Daniel Mendelsohn
Né en 1960




Daniel Mendelsohn, né le 16 avril 1960 à Long Island, aux États-Unis, est écrivain et critique littéraire américain. Il est professeur de littérature classique au Bard College. Il est contributeur au New York Review of Books.

Œuvres en français


- L'étreinte fugitive, 2009 (The Elusive Embrace: Desire and the Riddle of Identity, 1999) : Page 1
- Les Disparus, 2007 (The Lost : A Search for Six of Six Million, 2006)  
- Si beau, si fragile, 2011 (How Beautiful It Is And How Easily It Can Be Broken, 2008)  essai
- Une odyssée : un père, un fils, une épopée, 2017 (An odyssey: a father, a son and a epic, 2017) : Page 1

màj le 4/11/2017

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Re: Daniel Mendelsohn

Message par topocl le Mer 11 Oct - 21:39

L’étreinte fugitive



Daniel Mendelsohn  , pour moi comme pour beaucoup, ça a d'abord été le choc de Les disparus. Le succès aidant, est parue en français l'étreinte fugitive, premier volet de sa trilogie. La parution récente du troisième opus,  Une odyssée : un père, un fils, une épopée, est l'occasion pour moi de m'y replonger. Moins abouti sans doute, plus confus, moins centré, l'étreinte fugitive reste une lecture riche et pleine d'ouvertures.

Si la tragédie était, comme nous nous plaisions à le croire parfois, le théâtre de l'affrontement du Bien et du Mal, elle ne serait pas aussi captivante : la tension qu'elle suscite vient de quelque chose de beaucoup plus complexe et intéressant, qui est le conflit entre deux idées du Bien.

Daniel Menselsohn aime les "garçons", il vit à Chelsea, quartier gay de New-York et fréquente les lieux de drague, les sites de rencontres,  cumule les rencontres d'une nuit ou d'un instant, sans lendemain et sans intimité, pour le plaisir du jeu et de la multiplicité.
Daniel Mendelsohn habite aussi dans le New Jersey, un quartier à la bourgeoisie conformiste, auprès d'une femme célibataire, Rose, qui, une fois enceinte, lui a demandé d'être l'élément masculin auprès de cet enfant, Nicholas. Auprès de lui il apprend l’importance  de la permanence, de la sagesse, l'intensité de la filiation.
Daniel Mendelsohn est le descendant de Juifs polonais émigrés aux Etats-Unis entre deux guerres, et dont l'histoire familiale est aussi complexe et pleine  de sens que celles de la tragédie grecque.
Daniel Mendelsohn ne renonce à aucune de ces trois images de lui, qui se reflètent  et se répondent à l'infini dans un miroir qu'il se tend à lui-même.

Ce qui donne un sens à cet amalgame parfois confus,  est une expression du grec ancien, dont Mendelsohn est un érudit passionné : deux particules, men ... et de... qui n'ont de sens l'une sans l'autre, et qu'on pourrait traduire par d'un côté... et de l'autre côté , et qui, nous dit-il, sous-tendent la pensée grecque. Quelque chose qui a à voir avec la dualité, le paradoxe, l’ambiguïté, le compromis. Quelque chose qui apprivoise la complexité : gay et père, sujet et objet, volage et fidèle, Américain et juif, fils et père, confronté à la beauté comme à la perte.

Dans la famille de cet homme, les photos avaient une importance suprême parce que c'était la preuve de la beauté et qu'après avoir  tout perdu, leur maison, leur terre, leur brasserie, leur boucherie en gros, leurs camions, leurs domestiques, leurs filles et leur dignité, il ne leur restait que la beauté.

C'est livré dans un livre exigent, sans concession, qui ne s'offre pas le luxe de la simplicité, de la chronologie, parce que ce ne serait pas le reflet de la vie, de ses surprises, de ses traquenards. Mendelsohn suit ses pensées, saute d'un personnage à l'autre, d'une époque à l'autre pour tracer un trajet plein de contre-temps, de digressions  et de détours. L'ensemble est disparate, parfois sans queue ni tête, et l'unité lui vient par une réflexion implicite sur les liens entre vie vécue, littérature, mythes, histoires, mensonges qui sont la source de son identité.

Nous allons voir des tragédies parce que nous avons honte de tout compromis, parce que nous trouvons dans la tragédie la beauté pure de l'absolu, une beauté qu'on ne peut avoir si on choisit de vivre.


mots-clés : #autobiographie #communautejuive #contemythe #famille #identitesexuelle #immigration


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Re: Daniel Mendelsohn

Message par Avadoro le Mer 11 Oct - 21:55

J'avais aussi trouvé ma lecture de L'étreinte fugitive parfois agaçante, mais passionnante dans les pistes suggérées et les détours empruntés par la réflexion.
J'attends beaucoup d'Une odyssée : un père, un fils, une épopée, étant donné son attachement à la mythologie et à la complexité des histoires familiales.
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Re: Daniel Mendelsohn

Message par Tristram le Jeu 12 Oct - 0:00

Merci Topocl : j'étais justement occupé à mettre Les disparus dans ma LAL !
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Re: Daniel Mendelsohn

Message par Bédoulène le Jeu 12 Oct - 7:27

le livre est aussi dans ma pal, merci topocl pour ton commentaire et tout particulièrement pour le choix des extraits.

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Re: Daniel Mendelsohn

Message par kashmir le Jeu 12 Oct - 12:42

Topocl, tu me donnes,aussi, envie de le sortir de ma PAL : merci pour le commentaire ! Wink
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Re: Daniel Mendelsohn

Message par topocl le Jeu 12 Oct - 13:25

Tu as lu Les disparus, kashmir?

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Re: Daniel Mendelsohn

Message par bix_229 le Jeu 12 Oct - 16:16

Dans l' avant-propos de L' Etreinte fugitive, Mendelsohn explique qu' il avait
voulu composer un tryptique dont L' Etreinte serait le prmier volume et Les
Disparus le 2e.
Et sans doute Une odyssée le 3e.
Les éditeurs français en ont décidé autrement, traduisant d' abord Les Disparus.
Mais je pense que ça n' a pas vraiment d' importance pour le lecteur...
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Re: Daniel Mendelsohn

Message par kashmir le Jeu 12 Oct - 20:21

@topocl a écrit:Tu as lu Les disparus, kashmir?

Non, je n'ai jamais trouvé Les Disparus en occasion, par contre L'étreinte fugitive, si ! Parfois, on choisit l'écrivain et pas toujours le livre, mais cela reste une rencontre, de toute façon. Wink


Tu penses que je doive commencer par Les Disparus , Topocl?
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Re: Daniel Mendelsohn

Message par Marie le Jeu 12 Oct - 21:59

Mais je pense que ça n' a pas vraiment d' importance pour le lecteur...

Préface destinée au lecteur français:

Le premier de mes livres à avoir été traduit et publié en France n’est pas, en réalité, le premier que j’ai écrit. D’ordinaire, ce genre de détail bibliographique n’intéresse pas grand monde, mais il m’est apparu important de le préciser ici, dans la mesure où ce livre-là, Les disparus, est le deuxième panneau d’une entreprise que je me suis toujours représentée comme un tryptique; le premier panneau étant le livre que vous avez entre les mains, L’Etreinte fugitive, initialement publié aux E.U. sous le titre The Elusive Embrace.

A première vue, les lecteurs familiers des Disparus pourraient être tentés de penser que le sujet de ce «  nouveau » livre, qui est une méditation approfondie sur la nature, et le sens de ce qu’il y a de plus intime dans la vie de chacun ( les hommes et les femmes,les pères et les fils, la sexualité), n’a pas grand-chose à voir avec le sujet de mon « précédent » livre ( l’histoire familiale, la culture juive, les évènements de la Seconde Guerre mondiale). Mais, comme je l’ai souvent dit- et certains d’entre vous m’ont peut être entendu le dire dans ce français que je parle avec ferveur, à défaut de le parler bien- je n’ai jamais conçu Les Disparus comme «  un livre sur la Shoah ». Pour moi, c’est un livre qui parle de la relation angoissée, mais enrichissante, que le présent noue avec le passé, que le moi noue avec la famille et ses traditions, une relation que le moi a, en réalité, avec une tradition culturelle beaucoup plus vaste- sujets qui intéressent tout un chacun, ai-je tendance à penser. Cela n’a guère de sens, néanmoins, de réfléchir à ces relations cruciales- ne parlons pas des responsabilités intellectuelles, psychologiques et éthiques que cela implique- sans s’être auparavant penché sur le moi, qui est au centre de ces relations, qui est le sujet de cette réflexion. Cet examen est, précisément, le fil rouge de l’Etreinte fugitive.


De fait, dès que vous commencerez à lire ce livre, vous verrez que, si les questions qui le sous-tendent sont d’un ordre très intime ( qui suis-je? Quelle est mon identité? Qu’est-ce que l’identité, au bout du compte? Est-elle faite d’une seule pièce ou de plusieurs- suis-je une chose seulement, ou davantage? Le «  coeur » de mon identité est-il non mélangé , indépendant du monde extérieur, ou est-il tributaire des relations que j’ai avec les autres- auquel cas, lesquelles sont les plus déterminantes pour établir «  qui je suis »: celles que j’ai avec mes parents? Mes enfants? Les gens avec qui j’ai des relations sexuelles? Ceux dont je suis amoureux?)- si ces questions sont d’un ordre très intime, elles présagent tout simplement celles qui devaient nourrir le livre suivant ( qui sont les gens de ma famille? Qui sont vraiment mes parents et mes frères et sœurs? Quelle est ma relation à leur histoire? Quelle est ma relation au passé, de manière générale, et à l’Histoire elle-même? Et, de même que les questions si intimes qui sont en filigrane dans L’Etreinte fugitive ont rendu possibles les questions plus larges présentes dans Les Disparus, de même les grands voyages que j’ai décrits dans ce dernier livre, par delà les océans et les continents, n’auraient jamais eu lieu si je n’avais auparavant accompli ces trajets plus réduits dont parle mon premier livre: les promenades quotidiennes que je faisais quand j’habitais un certain quartier de New York, le train que je prenais, et que je prends chaque semaine encore aujourd’hui , pour aller de Manhattan à une capitale de province qui est à une heure de là.

Ce livre est donc ,en fait, le point de départ d’un voyage dont la destination - ou plutôt l’une des destinations- figure dans Les Disparus. Et ceux d’entre vous qui ont fait ce voyage-là avec moi vont découvrir que quelques-uns des personnages de L’Etreinte leur sont familiers ( moi-même, mon frère Matt, mon père et ma mère, mon amie Froma et, bien sûr, mon grand-père et ses frères et sœurs.), ainsi que certains paysages ( le terrain glissant, parfois dévasté, de l’histoire de ma famille) et d’autres détails encore ( le très vieux livre dans les mains d’un passager d’à côté, un texte biblique ou peut être grec ou latin).

Je viens de dire que la fin des Disparus représente seulement l’une de mes destinations: souvenez -vous que ce voyage a toujours été conçu comme un tryptique, il a toujours comporté trois volets. Le premier ( le panneau de gauche, en quelque sorte), celui dont le focus est le plus resserré, traite de sujets extrêmement intimes ( le sexe, notamment, dont je parle ici avec la franchise avec laquelle j’ai parlé de relations familiales difficiles dans Les Disparus, animé par la même objectif: la volonté de comprendre); le deuxième, Les Disparus ( le panneau central), élargit considérablement le champ, offrant de larges aperçus sur la géographie, sur l’histoire familiale et sur l’Histoire tout court. Le troisième, c’est celui que je viens tout juste de commencer à écrire. Comme le dernier volet de l’un de ses modèles littéraires, qui est tripartite, il rompt avec l’examen tourmenté du moi et de ses souffrances pour envisager quelque chose de plus abstrait; comme ce modèle, il laisse derrière lui l’expérience étrange, mais incroyablement enrichissante, de se sentir un touriste dans les souffrances des autres, les souffrances d’un passé qui s’est révélé, en fin de compte, n’être pas le mien, pour réfléchir au problème de la beauté- à ce qui fait que, bien souvent, notre représentation de ce qui est beau , nos allégeances et nos enthousiasmes esthétiques, les auteurs que nous lisons et les objets que nous collectionnons, ont peu de choses à voir ( quand on les confronte) avec les familles dont nous sommes issus, la culture dans laquelle nous sommes nés, les esthétiques auxquelles nous devrions adhérer ; à ce qui fait qu’une rencontre de hasard, avec un garçon, une femme, une photo ou un livre peut éveiller en nous une vision de la beauté que nous poursuivrons ensuite, consciemment ou non, notre vie durant.
Parfois, quand nous avons de la chance, l’étreinte est partagée. Comme je l’ai dit, je viens seulement de commencer ce nouveau livre, mais je ne pourrai pas l’écrire avant d’accomplir un autre voyage- que, cette fois, j’imagine prolongé. Ce voyage- là me conduira en France.


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Re: Daniel Mendelsohn

Message par topocl le Ven 13 Oct - 8:17

@kashmir a écrit:Tu penses que je doive commencer par Les Disparus , Topocl?

Non pas du tout. Moi même j'avais lu l'étreinte fugitive peu après les Disparus et j'avais été "déçue". Ma récente relecture à distance du mastodonte m'a beaucoup plus intéressée (j'ai vieilli, aussi). Et puis c'est l'ordre de l'auteur, de lire Les disparus après.

(tu as Les disparus à 0.90 sur priceminister, alors même avec les frais de port, ça parait correct)

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Re: Daniel Mendelsohn

Message par kashmir le Ven 13 Oct - 12:25

Bon, je vais suivre "l'ordre d'écriture", alors !

Et merci pour l'info, je n'achète pas souvent sur internet et je ne pense pas,toujours, à regarder !
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Re: Daniel Mendelsohn

Message par topocl le Sam 4 Nov - 10:46



Une odyssée – un père, un fils, une épopée  

Daniel Mendelsohn, professeur de littérature classique, héritier de générations de spécialistes de la littérature classique,  entame un séminaire de première année au Bard Collège, pour  un groupe de  tout jeunes étudiants, naïfs et enthousiastes, sur le thème de l’Odyssée d’Homère. Une transmission intellectuelle qui reproduit celle que lui ont prodiguée ses maîtres, comme un cadeau à la génération suivante. Son père, un vieil homme dur, exigent, scientifique passionné de littérature, mort depuis – et dont la mort fait l’objet du bouleversant dernier chapitre - s’impose comme auditeur libre. Tout au fil des semaines, il va « ronchonner, pinailler et contester tout ce que je m’évertuais à leur enseigner », et le fils, quoique brillant professeur thèsé va souvent  se retrouver « comme si j’avais 11 ans ». Quelques semaines après, ils vont partager une croisière thématique en Méditerranée « Sur les traces d’Ulysse », expérience qui vient couronner cette étude théorique.

l’un de mes tableaux préférés, La chute d’Icare de Bruegel, se trouvait dans ce musée.
Effectivement. Une œuvre très célèbre que vous, qui êtes classiciste, devez particulièrement apprécier.
Absolument, confirmai-je en souriant. Elle nous parle de l’hubris, de ce qu’il y a d’insensé à défier les dieux.
Il me regarda, amusé. Ou plutôt de ce qu’il y a d’insensé à défier les pères!


On a dit que c’était un livre sur son père. Mais en fait, ça s’appelle Une odyssée, en référence à l’Odyssée d’Homère. Son père ? L’Odyssée ? Qu’importe ? N’est ce pas la même chose ? Car l’Odyssée, ne l’a t’on pas dit et répété, est un livre total, un de ces livres uniques et universels qui englobent tout, après lesquels il n’est plus besoin (possible ?) d’écrire quoi que ce soit, car tout est dit. Et cela, n’est ce pas la définition d’un être humain, unique, universel, in-reproductible ? L’analyse littéraire alterne avec le récit familial, l’un éclairant subtilement l’autre et ainsi, au fil des semaines, dans une traversée à haut risque qui le ramène au pays natal, l’Odyssée va lui donner en même temps  les clés de son père et les outils pour sa propre remise en question.

Cheminant habilement, dans un acharnement érudit, entre fiction et réalité, Mendelsohn décortique, crée des liens, des correspondances, des résonances, part en digressions, réminiscences. L’Odyssée c’est la vie tout entière, à commencer par la transmission, la filiation, la fidélité, la ruse, la recherche du port d’attache et les difficultés de la vie. C’est un récit qui  permet de tout comprendre, de « révéler les tendons d’Achille », un récit où le présent fait découvrir le passé (Mendelsohn appelle ça une composition circulaire) dans un miroir intellectuellement brillant et d’une incroyable émotion. On n’a plus aucun doute sur le fait que Daniel Mendelsohn a raison d’avoir consacré sa vie et son intelligence à décortiquer les textes antiques, puisqu’ils gardent cette actualité si prégnante, qu’on peut considérer ces fictions du passé comme une répétition générale de nos vies d’aujourd’hui.

Quelle audace bienvenue que d’offrir en partage ce décorticage chronologique et scrupuleux du texte ! Et quelle jubilation intellectuelle à suivre cette analyse progressive, intelligente, humaine, cette explication de texte en direct, vivante et accessible, tout à la fois rationnelle et subjective. Daniel Mendelsohn y mêle une sensibilité, au fil de la progression de sa quête, dans des détails touchants, ces relations implicites entre trois générations, des choses intimes qui se passent entre ce père et ce fils qui ne sont jamais parlé intimement et ébauchent un dialogue et une compréhension à travers la littérature.

Hommage magnifique à un texte unique et à un père unique, comme tous les pères, Une odyssée est un récit de transmission, palpitant et tendre, qui montre la littérature à l’œuvre, indispensable, généreuse et porteuse de sens. Et si le père, Jay Mendelsohn n’en démord pas, plein d’aplomb et d’humour sous-jacent, de préférer le poème au réel, pour ma part, je dois dire que j’ai bien du mal à exprimer une préférence entre cette fiction et cette réalité, qui, étroitement entremêlées, s’unissent à lever le voile du mystère d’un homme.

mots-clés : #antiquite #autobiographie #contemporain #creationartistique #famille

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Re: Daniel Mendelsohn

Message par bix_229 le Sam 4 Nov - 15:18

"Hommage magnifique à un texte unique et à un père unique, comme tous les pères, Une odyssée est un récit de transmission, palpitant et tendre, qui montre la littérature à l’œuvre, indispensable, généreuse et porteuse de sens. Et si le père, Jay Mendelsohn n’en démord pas, plein d’aplomb et d’humour sous-jacent, de préférer le poème au réel, pour ma part, je dois dire que j’ai bien du mal à exprimer une préférence entre cette fiction et cette réalité, qui, étroitement entremêlées, s’unissent à lever le voile du mystère d’un homme."

Bien formulé, Topocl !
Je t' envie, moi qui ne suis pas foutu de parler des meilleur livres que j' ai lus
ces derniers temps...


Dernière édition par bix_229 le Dim 5 Nov - 1:25, édité 2 fois
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Re: Daniel Mendelsohn

Message par Marie le Sam 4 Nov - 17:16

Ah oui, merci pour ce magnifique commentaire, topocl!
Je lis également ce livre,lentement, j'aime beaucoup..
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Re: Daniel Mendelsohn

Message par topocl le Sam 4 Nov - 18:34

@Marie a écrit:Je lis également ce livre,lentement, j'aime beaucoup..
Moi, je l'ai lu très vite car j'aimais beaucoup!
Very Happy

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Re: Daniel Mendelsohn

Message par topocl le Sam 4 Nov - 18:35

@bix_229 a écrit:
Je t' envie, mois qui ne suis pas foutu de parler des meilleur livres que j' ai lus
ces derniers temps...
Il me semble que tu as su me convaincre avec certains de tes enthousiasmes, bix.

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Re: Daniel Mendelsohn

Message par Tristram le Sam 4 Nov - 18:36

Et cela t'a laissé le temps de composer un beau commentaire (un de plus)
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Re: Daniel Mendelsohn

Message par topocl le Sam 4 Nov - 18:38

@Tristram a écrit:Et cela t'a laissé le temps de composer un beau commentaire (un de plus)

Je m'y suis mise dan la foulée hier soir à minuit, car sinon, je savais que ça me trotterait dans al tête toute la nuit! J'y tenais trop, à ce bouquin.
J'ai écouté La dispute sur ce livre et ils étaient tous admiratifs.

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Re: Daniel Mendelsohn

Message par Tristram le Sam 4 Nov - 19:04

Oui, il sera dans la PAL après Les Disparus
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