Au fil de nos lectures

Page 4 sur 5 Précédent  1, 2, 3, 4, 5  Suivant

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Re: Au fil de nos lectures

Message par bix_229 le Sam 25 Fév - 21:40

"La barbarie du XXe siècle a jailli du coeur meme de la civilisation européenne.
Elle a prospéré sur les lieux memes de l' honneur esthétique et philosophique.
Les camps de la mort ne furent construits ni dans le désert de Gobi ni en Afrique

orientale.
Et, face au défi de la barbarie, les humanités, l' art et une bonne partie de l' enquete
philosophique, se révélèrent impuissants.
Pis, la culture collabora et servit de décor au despotisme et au massacre.
Il y avait plus d' un amoureux des beaux-arts et de la musique classique parmi les
bouchers, plus d' un professeur de grande littérature parmi les sycophantes."

George Steiner : Les Livres que je n' ai pas écrits. - Gallimard
avatar
bix_229

Messages : 3013
Date d'inscription : 06/12/2016
Localisation : Lauragais

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Au fil de nos lectures

Message par Tristram le Sam 25 Fév - 22:33

Günter Grass, lui-même, paraît-il... Je vais bientôt lire ses mémoires, à suivre donc...

Shanidar a écrit:en lisant l'intervention de Tristram sur le fil d'Andreï Makine qui s'étonne de l'attachement des français à leurs cafés, je me demande quelle est la relation des russes à leurs bistros, alors même que le mot utilisé en France est d'origine russe (si je ne me trompe pas et veut simplement dire : vite !)... jocolor
J'avais répondu a écrit:Peut-être qu'ils ne prennent pas le temps de s'asseoir et discuter ?
Alain Rey a écrit:Même les étymologies populaires réinventées sont intéressantes à rappeler, d'abord pour dire qu'elles sont fausses et ensuite pour comprendre comment elles ont surgi. Prenez le mot "bistrot": on croit souvent qu'il vient des Cosaques qui occupaient Paris en 1814 et disaient bystro (vite) pour être servis dans les cabarets. C'est une invention du XIXe siècle d'un type qui avait de l'imagination et qui a proposé cette explication. Et comme il n'y en avait pas d'autres, on a trouvé cela épatant!  
On a négligé le fait qu'en 1815 il n'y a pas de mot "bistrot", qu'il n'apparaît que vers 1840-1845, dans le nord de la France. Il est beaucoup plus vraisemblable qu'il soit apparenté à "bistouille", mot familier désignant un mauvais alcool, et pour lequel on dispose d'une étymologie sûre. Tout cela permet de se promener dans l'histoire des mots, une promenade géographique et temporelle, qui leur donne une tout autre dimension que leur simple ancienneté.
Mon essai d'étymologie était donc bidon, et cela me donne le plaisir de citer Alain Rey, le grand manouvrier du dictionnaire Le Robert: La langue sert de conservatoire des idées d'avant
avatar
Tristram

Messages : 1753
Date d'inscription : 09/12/2016
Age : 61
Localisation : Guyane

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Au fil de nos lectures

Message par Bédoulène le Sam 25 Fév - 23:44

merci Tristram pour ce complément d'information !


_________________
"Lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal" Le Club des incorrigibles optimistes de J.M. Guenessia "

"Il n'y a pas de mauvais livres. Ce qui est mauvais c'est de les craindre." L'homme de Kiev Malamud
avatar
Bédoulène

Messages : 3764
Date d'inscription : 02/12/2016
Age : 72
Localisation : En Provence

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Au fil de nos lectures

Message par topocl le Dim 26 Fév - 9:16

j'avais toujours, et de diverses sources, entendu la première explication. Comme quoi même avant internet (ou pourtant Alain Rey existait déjà) on gobait n'importe quoi sans vérifier ses sources.

_________________
Il y a plus de personnages dans la littérature que d'habitants en Chine
Héctor Abad
avatar
topocl

Messages : 2647
Date d'inscription : 02/12/2016
Age : 57
Localisation : Roanne

Voir le profil de l'utilisateur https://topocleries.wordpress.com/
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Au fil de nos lectures

Message par shanidar le Dim 26 Fév - 14:40

J'entendais récemment Alain Rey tchater avec un minot des banlieues, ils se tiraient la bourre sur des expressions arabes reprises en français par les jeunes, c'était très revigorant et me permet de souligner l'incroyable esprit de nouveauté qui anime aussi un homme comme Alain Rey !

et merci Tristram de nous parler de cette bonne vieille 'bistouille' du ch'nord !
avatar
shanidar

Messages : 1600
Date d'inscription : 02/12/2016

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Au fil de nos lectures

Message par bix_229 le Mar 9 Mai - 20:08

"Ils sont comme ça les philosophes : curieux, subtils, appliqués, inassouvis et valeureux.
Ils ne s' avouent jamais battus, depuis trois mille ans qu' ils perdent.
Ils ne baissent jamais pavillon, c' est leur mérite !

Leur gloire est de repérer des problèmes sans solution, un peu comme si un zoologue se
consacrait à décrire une espèce qui n' existe pas.
Dès qu' ils ont attrapé un de ces problèmes, ils pavoisent et ça y est ! Mille pages !
C'est pourquoi les hommes les considèrent.

Ce n' est pas rien de pratiquer depui Anaxagore et Archelaos un art dont l' amibition
est de démontrer qu' il n' est pas."



Besoin de mirages : Gilles Lapouge. - Seuil
avatar
bix_229

Messages : 3013
Date d'inscription : 06/12/2016
Localisation : Lauragais

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Au fil de nos lectures

Message par chrysta le Dim 14 Mai - 16:05

Objectif du jour : terminer "Le mensonge indispensable. Du trauma social au mythe" de P.Hachet




Les mythes, mensonges peut-être, mais mensonges indispensables ! Cette étude est destinée à montrer que si le mythe comporte un contenu qui peut faire l'objet d'interprétations, d'une part ce contenu n'est pas toujours sexuel, d'autre part le mythe est avant tout porteur d'une fonction pour une communauté humaine : une fonction de symbolisation. Avec des succès divers, le mythe aide les individus à assimiler les expériences difficiles et participe à la genèse et à l'équilibre des liens sociaux
avatar
chrysta

Messages : 308
Date d'inscription : 15/01/2017
Age : 44
Localisation : Var

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Au fil de nos lectures

Message par bix_229 le Dim 14 Mai - 16:14

Les mythes en disent parfois plus long sur les sociétés et les hommes que l' Histoire.
De façon à la fois plus vivante et plus symbolique.

Mais l' époque est trop rapide et superficielle pour créer de nouveaux mythes.
Ou alors très superficiels.
J' espère que dans les sociétés non encore gangrénées par la "civilisation" mondialisée,
c' est encore possible.
avatar
bix_229

Messages : 3013
Date d'inscription : 06/12/2016
Localisation : Lauragais

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Au fil de nos lectures

Message par Tristram le Dim 14 Mai - 16:38

En parallèle de cette vision psychanalytique, la consultation des anthropologues permettrait de voir autre chose que mensonge dans le mythe (de Mircea Éliade à Descola) ?

« Vous remarquerez qu’il y a des versions différentes d’un même mythe. Les Indiens n’ont pas le fanatisme de la vérité. Plusieurs versions différentes d’un même événement sont parfaitement assumées. »
Darcy Ribeiro, « Carnets indiens », préface


Thème passionnant ! Les écrivains (et philosophes) ne sont pas non plus à oublier :

« Mythe est le nom de tout ce qui n'existe et ne subsiste qu'ayant la parole pour cause. »
Paul Valéry, « Petite lettre sur les mythes » in « Variété II »

« Dans la solitude de son atelier littéraire, il [le romancier] sait ce qu’il fait : il est en train d’irriguer, de rafraîchir, de renouveler, voire de bouleverser pour leur donner un nouveau visage, les légendes et les héros qui forment la substance de l’âme de ses contemporains et de leurs descendants. Car ces légendes et ces héros sont des êtres vivants et comme tels soumis à la loi de la vie qui est la métamorphose ou la mort. Oui, les mythes sont mortels et un mythe mort s’appelle une allégorie. […] La fonction de l’écrivain est facile à définir : il doit simplement veiller à ce que les mythes ne deviennent pas des allégories. »
Michel Tournier, « Denis de Rougemont », in « Le vol du vampire »

« En inventant, à partir d’un mythe, on retrouve la réalité. »
Jean Grenier, « Le pays des poètes », in « Le palais des livres »

« Il n’y a pas de vieux mythes, seulement des êtres nouveaux. »
Jim Harrison, « Faux soleil »

« L’imagination a une fonction : sa reconstruction du réel [disparu] est un recours contre nos misères ingouvernables. Les mythes individuels, comme les mythes collectifs, devraient rétablir l’harmonie en nous et dans le monde.
Dans toutes ces démarches, le rôle du désir est évident ; on souhaite si ardemment quelque chose qu’on le croit existant. Parce que nous souhaitons survivre, nous supposons en nous une part indestructible ; parce que nous sommes insatisfaits de notre vie, nous imaginons un futur paradisiaque. Puis le mot devient chose et l’image réalité. »
Albert Memmi, « L’ange et le loup-garou », in « L’exercice du bonheur »

« Une civilisation débute dans le mythe et finit dans le doute. »
Emil Michel Cioran, « La chute dans le temps »

« Ce qui devait arriver est arrivé : expulsé par la pensée, le mythe s’est réfugié dans l’art, d’où il est résulté une profanation du mythe, mais en même temps une revendication. Ce qui prouve deux choses : d’abord que le mythe est incoercible, qu’il est un besoin profond de l’homme. Ensuite, que l’art nous sauvera de l’aliénation totale, de la dichotomie brutale de la pensée magique et de la pensée logique. L’homme est tout à la fois. C’est pourquoi le roman, qui est à cheval entre les deux, est peut-être l’activité qui peut le mieux exprimer l’être total. »
Ernesto Sábato, « Abaddón el exterminador » [L'Ange des ténèbres]

« Infatigablement, l’esprit humain ajoute à la vie ses gloses – des mythes –, infatigablement il cherche à "conférer un sens" à la réalité. »
Bruno Schulz, « La mythification de la réalité »

« La dédivinisation du monde (Entgötterung) est un des phénomènes caractérisant les Temps modernes. La dédivinisation ne signifie pas l'athéisme, elle désigne la situation où l'individu, ego qui pense, remplace Dieu en tant que fondement de tout ; l'homme peut continuer à garder sa foi, à s'agenouiller à l'église, à prier au lit, sa piété n'appartiendra désormais qu'à son univers subjectif. En ayant décrit cette situation, Heidegger conclut : "Et c'est ainsi que les Dieux finirent par s'en aller. Le vide qui en résulta est comblé par l'exploration historique et psychologique des mythes." »
Milan Kundera, « Les testaments trahis »

Il semble bien que le mythe (en tant que fiction) soit central en matière de création (littéraire) _ et qu'il y ait là matière à un fil dédié ?

« De la même manière [qu'un enfant qui joue], lire un récit signifie jouer à un jeu par lequel on apprend à donner du sens à l’immensité des choses qui se sont produites, se produisent et se produiront dans le monde réel. En lisant des romans, nous fuyons l’angoisse qui nous saisit lorsque nous essayons de dire quelque chose de vrai sur le monde réel.
Telle est la fonction thérapeutique de la narrativité et la raison pour laquelle les hommes, depuis l’aube de l’humanité, racontent des histoires. Ce qui est d’ailleurs la fonction des mythes : donner forme au désordre de l’expérience. »
Umberto Eco, « Six promenades dans les bois du roman et d’ailleurs », IV


Bix, quid des mythologies urbaines ?
avatar
Tristram

Messages : 1753
Date d'inscription : 09/12/2016
Age : 61
Localisation : Guyane

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Au fil de nos lectures

Message par chrysta le Dim 14 Mai - 16:52

Petit extrait du livre, que je choisis en lien avec nos précédentes discussions autour des camps et du nazisme:

"Plus souvent, lorsque les ascendants ont verrouillé par le secret le traumatisme qui les a frappés, les symptômes "fantomatiques' consistent en des passages à l'acte énigmatiques. Ainsi, il semble que certaines profanations de sépultures juives commises depuis 20 ans correspondent à des réalisations "fantomatiques" (des rites macabres et ratés) accomplies par des individus dont l'appareil psychique fut précocement déformé par l'influence d'une crypte dans le Moi d'individus qui ont apoartenu à deux générations précédentes : la participation de nombreux français à la dénonciation, à la spoliation, et à la déportation de juifs français pendant l'occupation."


"Ici, le tabou a pour fonction d'empêcher, au niveau d'une génération donnée, l'adoption d'attitudes susceptibles de réveiller le traumatisme, tenu secret ou non, qui accabla tout ou partie de ses ascendants. Un tel phénomène serait à l'œuvre dans le mythe négationniste de l'inexistence des chambres à gaz dans les camps nazis d'extermination. (...) Ce mythe revient à dénier la souffrance et la destruction des juifs et des autres personnes déportés par les Allemands. Mais il sert également à rendre tabou le fait que le génocide fut, dans notre pays, rendu possible par une importante complicité locale."
avatar
chrysta

Messages : 308
Date d'inscription : 15/01/2017
Age : 44
Localisation : Var

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Au fil de nos lectures

Message par bix_229 le Dim 14 Mai - 17:01

Bix, quid des mythologies urbaines ?

J' ai lu il y a quelques années un ouvrage collectif qui, à partir d' un exemple concret, essayait de synthétiser le sujet en question.

"Comment une ville s'empare des éléments de son quotidien et de son passé pour inventer sa propre légende, ses mythes protecteurs, ses rêves et ses dieux... De Dunkerque à Londres, de New York à Coblence, de Saint-Malo à Paris, à partir d'exemples géographiquement très divers et choisis sur une longue durée, les auteurs de cet ouvrage ont tenté de comprendre les conditions dans lesquelles une communauté donnée s'approprie un personnage, historique ou non, un événement né de la ville, afin de construire les symboles qui éclaireront son devenir et dépasseront les tragédies humaines."



Il y a aussi des faits rééls qui deviennent mythiques. Par exemple les rumeurs. Souvent fausses, elles ont la vie dure.
Par exemple, à Nimes, ma ville natale, il  y eut un orage extremement violent un automne.
Il balaya la ville sans causer de victimes. Une sorte de miracles.
Mais un grand nombre de voitures furent entrainées dans le canal de la Fontaine.
Le bruit courut qu' il y avait des morts dans les voitures. Un bruit qui fut démenti, mais toujours alimenté par les habitants.
Quand une tragédie hors du commun surgit, il faut des héros, des victimes et une mémoire enjolivée mais dont les
"survivants" ont besoin.
Comme d' une épopée dont ils furent les témoins et les acteurs.
avatar
bix_229

Messages : 3013
Date d'inscription : 06/12/2016
Localisation : Lauragais

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Au fil de nos lectures

Message par ArenSor le Dim 14 Mai - 18:49

chrysta a écrit:Petit extrait du livre, que je choisis en lien avec nos précédentes discussions autour des camps et du nazisme:

"Plus souvent, lorsque les ascendants ont verrouillé par le secret le traumatisme qui les a frappés, les symptômes "fantomatiques' consistent en des passages à l'acte énigmatiques. Ainsi, il semble que certaines profanations de sépultures juives commises depuis 20 ans correspondent à des réalisations "fantomatiques" (des rites macabres et ratés) accomplies par des individus dont l'appareil psychique fut précocement déformé par l'influence d'une crypte dans le Moi d'individus qui ont apoartenu à deux générations précédentes : la participation de nombreux français à la dénonciation, à la spoliation, et à la déportation de juifs français pendant l'occupation."


"Ici, le tabou a pour fonction d'empêcher, au niveau d'une génération donnée, l'adoption d'attitudes susceptibles de réveiller le traumatisme, tenu secret ou non, qui accabla tout ou partie de ses ascendants. Un tel phénomène serait à l'œuvre dans le mythe négationniste de l'inexistence des chambres à gaz dans les camps nazis d'extermination. (...) Ce mythe revient à dénier la souffrance et la destruction des juifs et des autres personnes déportés par les Allemands. Mais il sert également à rendre tabou le fait que le génocide fut, dans notre pays, rendu possible par une importante complicité locale."

C'est une réflexion intéressante mais qui me semble un peu simpliste. Elle devrait d'ailleurs être facile à vérifier en regardant le profil des ascendants des personnes commettant des actes antisémites. Je pense qu'il y a beaucoup d'autres facteurs qui entrent en jeu. Mais je le répète c'est un élément de réflexion intéressant qui mériterait d'être étayé.
avatar
ArenSor

Messages : 738
Date d'inscription : 02/12/2016
Localisation : Din ch'nord

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Au fil de nos lectures

Message par chrysta le Dim 14 Mai - 18:54

ArenSor a écrit:
chrysta a écrit:Petit extrait du livre, que je choisis en lien avec nos précédentes discussions autour des camps et du nazisme:

"Plus souvent, lorsque les ascendants ont verrouillé par le secret le traumatisme qui les a frappés, les symptômes "fantomatiques' consistent en des passages à l'acte énigmatiques. Ainsi, il semble que certaines profanations de sépultures juives commises depuis 20 ans correspondent à des réalisations "fantomatiques" (des rites macabres et ratés) accomplies par des individus dont l'appareil psychique fut précocement déformé par l'influence d'une crypte dans le Moi d'individus qui ont apoartenu à deux générations précédentes : la participation de nombreux français à la dénonciation, à la spoliation, et à la déportation de juifs français pendant l'occupation."


"Ici, le tabou a pour fonction d'empêcher, au niveau d'une génération donnée, l'adoption d'attitudes susceptibles de réveiller le traumatisme, tenu secret ou non, qui accabla tout ou partie de ses ascendants. Un tel phénomène serait à l'œuvre dans le mythe négationniste de l'inexistence des chambres à gaz dans les camps nazis d'extermination. (...) Ce mythe revient à dénier la souffrance et la destruction des juifs et des autres personnes déportés par les Allemands. Mais il sert également à rendre tabou le fait que le génocide fut, dans notre pays, rendu possible par une importante complicité locale."

C'est une réflexion intéressante mais qui me semble un peu simpliste. Elle devrait d'ailleurs être facile à vérifier en regardant le profil des ascendants des personnes commettant des actes antisémites. Je pense qu'il y a beaucoup d'autres facteurs qui entrent en jeu. Mais je le répète c'est un élément de réflexion intéressant qui mériterait d'être étayé.

Bien sur Arensor, comme dans tout il faut prendre les choses avec certaine pincettes. C'est juste un exemple relatif à la pensée de l'auteur dont j'essaierai de dire un peu plus sur le fil que j'ai ouvert à son sujet. Après, l'avantage de chaque lecture c'est bien évidemment ne pas les prendre à la lettre mais s'en servir de terreau à la pensée ... Wink
Après, l'exemple est une parcelle de la pensée dépliée par l'auteur, et il n'est pas dans une relation de cause à effet prenant lieu systématiquement. Il travaille plutôt sur le vécue expérientiel de traumatisme et la fonction du mythe et du rite dans une possible introjection et élaboration des éléments du trauma, ainsi que de ses échecs.
Pour cela il aborde quelques mythes plus ou moins récents.
avatar
chrysta

Messages : 308
Date d'inscription : 15/01/2017
Age : 44
Localisation : Var

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Au fil de nos lectures

Message par bix_229 le Jeu 1 Juin - 18:59

On prétend que le charme du voyage est celui du retour.
Il serait plus convenable de dire que le voyage ne commence qu' après qu' il est fini.
Le voyage n' existe pas. Il n' est que son propre récit, et ce récit ne peut etre qu' un
"après-coup", comme disent le psychanalistes : quand on est loin, on ne peut guère se conter
des balivernes à soi-meme et s' obliger à voir l' invisible (certains virtuoses y parviennent, mais
ils sont d'un modèle rare).
C' est donc bien au retour, qu' on peut sortir des blagues, commencer son voyage, et voir enfin
ce qu' on a vu.

Gilles Lapouge : Besoin de mirages. - Seuil
avatar
bix_229

Messages : 3013
Date d'inscription : 06/12/2016
Localisation : Lauragais

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Au fil de nos lectures

Message par églantine le Jeu 1 Juin - 20:20

ça me plait bien ce qu'il écrit là Gilles Lapouge ! Merci Bix !

_________________
"Un jour je te décevrai et ce jour-là j'aurai besoin de toi." Robert Desnos
avatar
églantine

Messages : 1808
Date d'inscription : 02/12/2016
Age : 52
Localisation : Savoie

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Au fil de nos lectures

Message par bix_229 le Jeu 1 Juin - 21:09

églantine a écrit:ça me plait bien ce qu'il écrit là Gilles Lapouge ! Merci Bix !
Je pense comme lui à propos du voyage.

Quant à Lapouge, il mériterait un fil depuis longtemps.
Si seulement je sortais de ma léthargie comateuse !
Cet esprit fin, cultivé, érudit mais jamais pesant.
Malicieux comme un singe malicieux, il marche paisiblement vers la centaine.
Avec une vingtaine de livres -ou plus ?- pour viatique.
Jacques Meunier dit de lui :

"Adolescent enteté, Gilles Lapouge ne s' est jamais guéri de son enfance.
Il refuse les destins clos qui s' offrent à lui... Sa prose a les fausses candeurs des contes d' autrefois.
Ses mots préferés sortent tout droit des dictées de l' enseignement laic et républicain.
Il aime bien"dégourdi", "éberlué", "ahuri', "simagrées", et ses verbes  favorits sont "Braconner",
"chiper", "se chamailler"...
Cela teinte son élégance narquoise d' un coté paysan. Il cultive l' art du peu et de la mélancolie.
Pivot lui prete une ironie très nabokovienne.
J' y vois plutot un gai savoir, qui hésite entre la révolte et le désespoir."


Jacques Meunier : Le monocle de Joseph Conrad. - Payot
avatar
bix_229

Messages : 3013
Date d'inscription : 06/12/2016
Localisation : Lauragais

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Au fil de nos lectures

Message par Arturo le Mer 26 Juil - 18:28

(...) le monde menace sans cesse de s'enfoncer dans cet espace sans monde vers lequel l'attire la fascination d'une seule image.

Maurice Blanchot, dans Le livre à venir. What a Face
avatar
Arturo

Messages : 923
Date d'inscription : 09/12/2016
Age : 31
Localisation : Par-delà le bien et le mal

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Au fil de nos lectures

Message par Jack-Hubert Bukowski le Mar 1 Aoû - 6:01

Je prends le parti de vous dresser cet extrait de lecture qui est part intégrante de mes réflexions actuelles et depuis les dernières années. J'y ai pris part de près et de loin, et l'extrait de Guillevic que j'ai donné dans le fil pour se recueillir auprès de Shanidar y donne certains échos :



Mélissa Labonté, Faire maille. L’engagement poétique de la revue Fermaille au printemps 2012

Extrait, p. 63-64

Le temps de l’insomnie

Cette ouverture du temps à une conscience révolutionnaire se représente chez Fermaille par une poétique du réveil. En effet, le discours utopique se déploie selon l’idée d’une sortie de l’illusion. Alors que l’éditorial du numéro III évoque l’inscription de Fermaille dans le temps, la nature de cette posture temporelle se révèle dans la citation d’un passage de «Viendra le jour» de Roland Giguère. Dans un encadré noir au-dessus du texte, le terme «place» se répète et devient une «place parmi les debouts»; la place qu’occupe le «nous» fermaillien n’est pas celui des rêveurs, mais de ceux qui se réveillent. Tirée du recueil Forêt vierge folle, cette citation crée alors une corrélation entre utopie et un temps de l’insomnie :

Il y aura un jour (je vous l’ai dit hier)
il y aura un jour qui n’aura pas de matin
car il n’aura pas eu non plus de nuit
et ceux qui voudront alors dormir
n’auront plus leur place parmi les debouts
1
(Cité dans III, p. 5)

Note 1 : Dans la version originale tirée du recueil Forêt vierge folle, «debout» n’est pas au pluriel.

Or, il est beaucoup plus important de préciser que ce passage - extrait d’un poème beaucoup plus long - ne donne à lire que la dimension politique du travail poétique de Giguère. Si pour ce poète près du surréalisme le rêve est une seconde réalité, Fermaille ne retient de l’univers onirique giguérien que l’impression d’un réveil politique. En effet, comme nous pouvons lire dans la préface de Jean-Marcel Duciaume de Forêt vierge folle (1988), il est «[suggéré] que la poésie de Giguère, qui est profondément engagée dans l’histoire, étroitement liée au destin du Québec, annonce la poésie du pays ». En ce sens, Fermaille associe à ce passage l’éveil d’une révolution sociale. Si chez Fermaille, «la grève, pour elle, n’existe pas en termes de début et de fin» (I, p. 5), le temps décrit dans cet extrait n’est sans matin ni nuit; il est celui de l’action permanente, de la révolte. Dès le premier vers, le temps du devenir («il y aura») converge avec celui du passé («je vous l’ai dit hier»), et ce, au seuil d’un nouveau jour.
avatar
Jack-Hubert Bukowski

Messages : 849
Date d'inscription : 04/12/2016
Age : 36
Localisation : Montréal

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Au fil de nos lectures

Message par Bédoulène le Mar 1 Aoû - 8:33

merci Jack d' argumenter pour ma compréhension.

_________________
"Lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal" Le Club des incorrigibles optimistes de J.M. Guenessia "

"Il n'y a pas de mauvais livres. Ce qui est mauvais c'est de les craindre." L'homme de Kiev Malamud
avatar
Bédoulène

Messages : 3764
Date d'inscription : 02/12/2016
Age : 72
Localisation : En Provence

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Au fil de nos lectures

Message par animal le Mar 29 Aoû - 21:11

Kate Atkinson, C'est pas la fin du monde a écrit:Trudi était attachée de presse d'une petite filiale d'un gros éditeur. Elle avait une sœur jumelle prénommée Heidi et ni l'une ni l'autre n'aimait son prénom. C'étaient là (dans l'esprit des deux sœurs) des noms de gardeuses de chèvres et de putes américaines, de filles avec des nattes qui buvaient du lait ou faisaient l'amour déguisées en soubrette française ou en infirmière. De filles qui n'avaient jamais grandi. Trudi et Heidi ignoraient pourquoi on les avait prénommées ainsi.
C'est amusant et imagé non ? Dans un étalage qui ne dit pas encore où il veut aller...

_________________
Keep on keeping on...
avatar
animal
Admin

Messages : 4365
Date d'inscription : 27/11/2016
Age : 36
Localisation : Tours

Voir le profil de l'utilisateur http://deschosesalire.forumactif.com
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Au fil de nos lectures

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Page 4 sur 5 Précédent  1, 2, 3, 4, 5  Suivant

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

 Des Choses à lire :: Discussions autour des livres :: Nos lectures

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum