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Alice Rivaz

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Message par animal le Sam 25 Nov - 19:57

Alice Rivaz
(1901-1998)

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Alice Rivaz, de son vrai nom Alice Golay, est née le 14 août 1901 à Rovray, petit village du Nord vaudois. Son père, Paul Golay, instituteur, s'engage dans le parti socialiste vaudois et, dès 1910, se consacre entièrement à la politique. Si, dès l'adolescence, Alice Rivaz s'enthousiasme également pour les idées sociales, elle a deux autres passions: la musique et la littérature. Elle décide d'entreprendre des études au Conservatoire de musique à Lausanne, mais ne peut toutefois entrer en classe de virtuosité car ses mains sont trop petites. Dès cette époque, elle affirme sa volonté d'autonomie: refusant le mariage, elle obtient en 1921 un certificat de l'Ecole de sténographie Underwood et suit des cours d'allemand. Elle travaille alors comme journaliste, puis s'établit à Genève et fait toute sa carrière comme fonctionnaire internationale au Bureau international du Travail. Son travail au BIT ne lui laisse que peu de temps pour sa vocation littéraire. Il faut la guerre et la suspension des activités du BIT à Genève pour qu'elle puisse s'y consacrer. Elle écrit alors ses premiers romans Nuages dans la main qui paraît en 1940 grâce à la recommandation de Ramuz, Comme le sable (1946) et La Paix des ruches (1947). Elle obtient en 1942 le Prix Schiller. C'est la première phase de son activité littéraire marquée par l'évocation du problème de la femme dans la société et du problème des minorités ainsi que par des réflexions sur l'amour et la solitude.

Ayant repris son activité au BIT en 1946, la romancière doit attendre sa retraite, en 1959, pour disposer du temps indispensable à la création. Jusqu'à l'âge de quatre-vingt-cinq ans, Alice Rivaz alterne nouvelles, romans et textes autobiographiques. Lors de cette deuxième phase de créativité littéraire, elle dénonce l'égoïsme et l'indifférence de la société face aux humbles, Sans alcool, 1961, De mémoire et d'oubli, 1973, elle explore la vie intérieure de ses personnages, Le Creux de la vague, 1967, Jette ton pain, 1979, elle évoque son enfance, ses souvenirs et notamment ses débuts en littérature, les raisons du choix d'un pseudonyme. Elle écrit également une étude sur C. F. Ramuz, un essai sur le poète Jean-Georges Lossier et un portrait de la romancière Alice Curchod.

Musicienne, jouant du piano plusieurs heures par jour, Alice Rivaz s'adonne également à la peinture. Décédée le 27 février 1998, à l'âge de 96 ans, Alice Rivaz, laisse l'image d'une femme moderne qui a osé aborder des sujets largement tabous et qui a osé dénoncer les injustices les plus criantes de la société. En 2001, les Editions de l'Aire ont entrepris de rééditer son oeuvre. Le 12 septembre 2005, une plaque commémorative à son nom, est inaugurée rue Caroline 1, à Lausanne, sur l'immeuble où vécurent ses parents.

source : Bibliothèque cantonale et universitaire de Lausanne

Bibliographie :

- Cendres, R. Julliard, 1943.
- Jean-Georges Lossier, Poésie et vie intérieure, Ed. universitaires, Fribourg, 1985
- Nuages dans la main, roman, Guilde du Livre, Lausanne, 1940
- De mémoire et d'oubli, L'Aire, 1973
- Comme le sable, roman, Julliard, 1946
- L'homme et son enfant ; Sans alcool ; Le canari, portr. d'Alice Rivaz par Yvonne Böhler,  Editions Zoé, 1996
- Jette ton pain, Bertil Galland, Vevey, 1979
- Ce nom qui n'est pas le mien, ibid., 1980
- Sans alcool, nouvelles, La Baconnière, Boudry, 1961
- Traces de vie, journal, ibid., 1983
- Le Creux de la vague, roman, L'Aire/Rencontre, 1967
- La Paix des ruches, LUF, 1947
- Comptez vos jours, Corti, 1966
- Alice Rivaz... et C.F. Ramuz, Archives littéraires suisses, 2001
- Creuser des puits dans le désert : lettres à Jean-Claude et Paule Fontanet, Editions Zoé, 2001
- L'Alphabet du matin, ibid., 1968
- Pierre Girard / Alice Rivaz : Les enveloppes bleues. Correspondance 1944-51, Editions Zoé, 2005.
- Alice Rivaz, Jean-Georges Lossier, Pourquoi serions-nous heureux?, correspondance 1945-1982, Editions Zoé, 2008.

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Message par animal le Sam 25 Nov - 22:06

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Comme le sable

En 1946, Alice Rivaz publiait chez Julliard son deuxième roman: Comme le sable. Il a été rapidement épuisé et, semble-t-il, oublié. Grâce à Françoise Fornerod, qui a préfacé le présent ouvrage, Comme le sable sort du purgatoire dans une version revue et corrigée. On découvre la modernité d'une oeuvre et on mesure à quel point Alice Rivaz a participé au renouvellement de l'écriture radicalisée par le Nouveau Roman.

"Trois soirées de l'hiver 1928 qui font basculer la vie d'un homme de la latence dans l'amour fou et qui enfoncent dans le désespoir la femme qui avait cru en lui sept ans plus tôt, tel pourrait être le résumé banal de Comme le sable. Une histoire de séduction et de rupture qui ressemblerait à tant d'autres."

Mais la plume d'Alice Rivaz sait incarner des personnages et restituer le drame amoureux dans toute sa complexité. Elle donnera en 1967 une suite à ce roman avec Le Creux de la vague.

Des histoires d'amour ratées dans le Genève de l'entre deux guerres. Les deux protagonistes principaux, Chateney et Hélène Blum travaillent pour le Bureau international du travail qui n'est cité que par le nom de son vénéré directeur Albert Thomas. On écrit beaucoup, on dicte et les dactylos s'affairent. En dehors du travail on réfléchit encore à la marche du monde et s'enivre de musique...

A côté du travail et pendant aussi d'ailleurs, ce sont idées fixes, conventions, statuts et espoirs qui habitent les esprits. Alice Rivaz écrit très bien ces couches de pensées qui vivent ensemble. Avec un certain humour, qui sait être piquant et triste à la fois, elle relève petits travers et petites mesquineries. A travers l'instant et le passage d'une couche à l'autre elle dépeint un vide existentiel commun à ces personnages et à des satellites, commun au sens partagé et intime. Des manquements de l'auto-apitoiement, des ressassements mais partagés, qui ne sont plus des fins en soi. L'art est présent également, à travers la musique principalement, et est représentatif des ambivalences : libération d'un côté, esbroufe et faire valoir d'un autre, passage obligé, rêve, ...

Sans oublier Genève, un petit nœud du monde cosmopolite, un petit microcosme bavard aux capacités incertaines.

Une lecture très fluide, agréable et intelligente une mise en oeuvre façon nouveau roman très équilibrée avec effet de miroir sans nombrilisme et un regard lointain sans certitudes.

Le prisme féminin est potentiellement étonnant pour une partie du lectorat et tant mieux.

Sens de la formule et de l'air du temps :
- Il voit tellement tout en rose, disait Mlle Rivier... Avec lui on dirait vraiment qu'il n'y a qu'à tourner un bouton électrique. C'est fou ce qu'il est plein d'assurance et d'enthousiasme ce type-là... Un enthousiasme presque sans mesure, portatif...

mots-clés : #nouveauroman

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Message par bix_229 le Sam 25 Nov - 23:38

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" Longtemps le visage maternel se posa sur mes yeux pour les fermer à tout ce qui n'était pas lui. Il me masquait jusqu'à la couleur des jours, jusqu'à l'odeur de l'herbe et des fleurs. Il étouffait la voix des enfants qui voulaient jouer avec moi. Mes yeux ne savaient que le regarder, tout mon être que le respirer, et plus encore, le boire! Mes mains n'étaient faites que pour toucher la robe qui recouvrait un corps si précieux; mes oreilles pour me repaître de ces mots tendres à moi destinés.
Tout devenait félicité  quand la main, la voix, le regard de celle que j' aimais peuplaient mon proche univers, mais tout se ternissait, se couvrait de brume
quand ils s' en retiraient.
[...] Je me sentais trop bien. Comme un poisson dans l' eau. Elle était l' eau."



Ainsi commence l' autobiographie d' Alice Rivaz, née à Clarens, un lieu aimé par Byron et Rousseau. Si le premier amour, profond et fusionnel d'Alice
fut pour sa mère, il est justifié parce que cette mère-là avait les pieds sur terre, ayant très tot voyagé en Europe pour enseigner le français et fui la misère
du foyer. Ce qui ne l' empêchait nullement d' être une mère et une épouse tendre.
Le père lui, était souvent absent, meme quand il était là. Perdu dans ses pensées et convaincu de  la nécessité d' une révolution sociale. On était au début
du 20e siècle et l' espoir du' une révolution faisait son chemin. Du moins dans les milieux ouvriers et intellectuels.
Le père, menaçait souvent de démissionner de son métier d' instituteur et la mère était profondément angoissée par la crainte de perdre leur gagne pain.

Meme si son père était souvent distant, Alice l' aimait l' aimait et l' admirait profondément. Elle n' était donc jamais à l' abri des tensions familiales.
Troublée de voir de plus en plus souvent ses parents se déchirer sans comprendre le sens des mots utilisés ni la position de chacun.
Le monde des adultes lui semblait incompréhensible et blessant. Et les roles qu' ils affectaient en guise modus vivendi l' effrayaient.
La vie est triste et injuste, disaient-ils,  et la consolation est dans la religion pour certains, dans l' utopie et l' action révolutionnaire pour les autres.

Le livre s' achève au moment où un profond changement va affecter leur vie. Le père a fini par avoir gain de cause. Il va devenir journaliste et ils vont
vivre à Lausanne. Changement de  vie, de décor.
Un jour, en lisant le journal, le père bouleversé s' écrie : "Ils ont tué Jaurès." La guerre se profile...Mais c' est une autre histoire.

Tel est ce récit d' une enfance revisitée. Celui d' une femme intelligente, sensible et courageuse. Et en plus, elle a du talent.


Récupéré



mots-clés : #autobiographie #enfance #social
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Message par Bédoulène le Dim 26 Nov - 7:50

merci Animal et Bix, je pense que je peux apprécier cette auteure.

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"Lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal" Le Club des incorrigibles optimistes de J.M. Guenessia "

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Message par églantine le Dim 26 Nov - 13:08

Depuis hier je cherche dans mon bazar Sans alcool que j'ai déjà lu, aimé mais dont je n'ai plus souvenir . Envie de le relire grâce à ce fil .
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Message par animal le Dim 26 Nov - 14:00

Je rapatrie mon souvenir qui n'est pas aussi précis :

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Sans alcool

Des nouvelles donc écrite à différents moments de la vie de l'auteur mais ayant toutes en commun deux thèmes qui se retrouvent étroitement liés, l'amour (ou son absence) et quelque chose qui a à voir avec la condition sociale. Dans cette suite de portraits, surtout des femmes, on trouve principalement de jeunes actives ou des fins de carrière qui sont autant d'effacement de la vie (sociale ?).

Trop attendre, ou ne pas voir, ne pas savoir tourner la page, ruminer. Entre le bureau ou la chambre/appartement en ville, plusieurs fois on croise ces restaurants bon marché, sans alcool. Il y a des touches très vivantes qui esquissent un désir pas forcément raisonnable mais la tonalité principale est sombre, et le sentiment de solitude omniprésent. Le ratage, l'isolement qui est à la fois affectif et social. L'espoir déçu...

Une répétitive tristesse, amère mais empathique et volontaire dans son féminisme. D'ailleurs de ce côté-là on n'a pas forcément l'impression que les quelques décennies écoulées renversent complètement la donne, sans doute parce que la question d'un lien affectif particulier, de la recherche de ce lien indépendamment d'un devoir de sacrifice n'a pas forcément de réponse toute faite.

Un peu déroutant (pour un bonhomme, ou un panda ?), un peu contraint sans doute aussi ça m'a moins accroché que ma précédente lecture néanmoins il est probable que ces nouvelles me restent en mémoire. Le gâchis c'est triste, ça parle, et cette vision qui se construit au fil des nouvelles, ça parle aussi.


mots-clés : #conditionfeminine #nouvelle #social #solitude

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