Gerbrand Bakker

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Gerbrand Bakker

Message par topocl le Jeu 30 Nov - 21:45

Gerbrand Bakker
Né en 1962



Gerbrand Bakker, né le 28 avril 1962 à Wieringerwaard, est un jardinier et écrivain néerlandais.
Après des études de lettres à Amsterdam, il a exercé différents métiers, puis publié un livre pour adolescents en 2004.
Là-haut, tout est calme, son premier roman, a été le phénomène éditorial de l'année 2006 aux Pays-Bas avec des ventes dépassant les 70000 exemplaires. Depuis, il a été traduit avec succès dans de très nombreux pays.

Œuvres en français

Là haut tout est calme (Boven is het stil, 2006) Éditions Gallimard, 2009
Juin (Juni, 2009) Éditions Gallimard, 2016
Le Détour (De Omweg, 2010), Éditions Gallimard, 2013

babelio/wikipedia

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Re: Gerbrand Bakker

Message par topocl le Sam 2 Déc - 10:28

Le détour



C'est l'histoire d'une femme qui décide de disparaître, clin d’œil parfait à ma lecture de David Le Breton. Étrange fuite sans explication - mais non sans raison - d'une universitaire limogée, réfugiée quelques mois dans une ferme isolée du pays de Galles, avec pour seule compagnie quelques oies, des moutons noirs et un blaireau, animal habituellement pacifique qui la mord lors d'une promenade vers le cercle de pierres.
Contrariant (et illuminant) ce projet de retour à soi-même par la solitude et le silence, un jeune homme la ramène à des émotions sans doute oubliées.
Son mari la cherche, ayant appris le secret qui n’est jamais qu'allusivement dévoilé.

Mais en fait ce n’est pas une histoire, ce sont des sensations, des gestes convaincus de leur bon droit, de menus faits accolés, des odeurs, des bruits, des impressions. Des jours qui passent et coulent, et dont l'auteur se refuse à donner la clé:

elle ne voulait rien connaître du pourquoi et du comment, ne pas en entendre parler.

J'ai été désarçonnée au début par cette distance, ce mur dressé entre le personnage et le lecteur. Puis j'ai peu à peu mieux habité cette ambiance sensuelle, sèche, secrète. Cet espace de liberté infinie où les mots sont à l'égal des silences. Cette femme étrange, qui décide de se trouver en fuyant ce qu'elle vit et qui n'est pas elle.


mots-clés : #nature #psychologique #solitude

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Re: Gerbrand Bakker

Message par églantine le Sam 2 Déc - 13:47

Ah je me souviens bien de cette ambiance ....
J'en avais dit ça en le refermant :


Tout comme "Là-haut, tout est calme " c'est avant tout un roman d'atmosphère , avec une nature omniprésente , que Gerbrand Bakker décrit avec une puissance sensuelle qui donnera au roman une ambiance très particulière .....
C'est l'histoire d'une Néerlandaise qui fuit son pays , abandonnant son mari pour se réfugier au fin fond du Pays de Galles dans une vieille ferme pour trois mois .
En rupture brutale avec sa vie d'universitaire citadine , dans la nudité austère de cet environnement abandonné ,une femme fracturée par une histoire à scandale avec l'un de ses étudiants, se sachant probablement en sursis ( le livre est rythmé par la cadence accélérée de la prise de puissants antalgiques sans lesquels le quotidien semble impossible ) a fait le choix de l' isolement et de la fuite pour disparaitre sans laisser de traces.
Etrange femme , perdu dans ce lieu insolite où les oies à proximité de la maison disparaissent mystérieusement au fil des jours donnant une désagréable impression de compte à rebours .....
Etrange femme en quête de vide , se délestant au fil des jours de ces derniers souvenirs , uniquement présente à elle-même dans les sensations du moment , le corps vibrant encore du désir de l'homme malgré la maladie qui la ronge de jours en jours ........
Etrange femme s'identifiant à Emily Dickinson dont elle étudie l'oeuvre pour en percer le mystère , murmurant quelques vers dans l'espoir de la révélation peut-être ......ou peut-être pas ....
Etrange femme s'identifiant à la vieille veuve récemment décédée à qui appartenait la ferme .....
Etrange femme qui vivra une dernière belle histoire à travers la rencontre improbable , délicatement charnelle , quasi évanescente d'un jeune homme , souffle de vie puissant qui saura raviver une dernière fois la flamme ....
Etrange femme , intemporelle , presque irréelle , qui s'évapore au fil des pages laissant un sillage de parfum entêtant .......
La fuite , le renoncement , la disparition , l'absence à soi , le libre-arbitre ..........Gerbrand Bakker explore la condition humaine dans toutes ses anfractuosités : une lecture oppressante souvent dont on ne ressort pas indemne.

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Re: Gerbrand Bakker

Message par églantine le Sam 2 Déc - 14:33

Des mots retrouvés



Là-haut tout est calme

Une atmosphère très particulière, tout au long du livre , pesante ,traduisant un certain fatalisme et qui semble propice à tenir le lecteur en haleine , dans l'attente d'une libération .....

Helmer a repris la ferme de ses parents , contre son gré : C'est son frère jumeau qui aurait du avoir ce rôle là , alors qu'Helmer continuait des études littéraires ..... le sort en a décidé autrement puisque celui-ci meurt brutalement dans un accident de voiture aux côtés de sa fiancée qui , elle , en sortira indemne !
De là ,Helmer sombrera dans une sorte de léthargie sans plus se poser de questions que celles que lui imposeront les gestes triviaux de la vie quotidienne à la ferme en le mettant à l'abri de la souffrance psychique .

"Durant toute une moitié de mon existence , je n'ai pensé à rien . J'ai remis tous les jours ma tête sous les vaches .En un sens , je les maudis , ces vaches , mais elles sont par ailleurs pleines de chaleur et de sérénité, quand , front appuyé contre leur flanc , on leur met la trayeuse .Rien n'est aussi rassurant , rien n'est aussi protecteur qu'une étable bien remplie de vaches respirant paisiblement ; par un soir d'hiver . Jour après jour , été, automne , hiver , printemps ."

Mais on pense à une célèbre phrase de Victor Hugo ("Le plus lourd fardeau , c'est d'exister sans vivre ) en lisant certains passages :
"C'est samedi, le soleil brille et il n'y a pas un souffle de vent.Une claire matinée de décembre où tout est nu et net . Un jour propice à la nostalgie. Non pas d'un "chez moi", puisque j'y suis , mais celle de jours exactement semblables, il y a longtemps.Et la chose a un autre nom, disons _la mélancolie."
Alors qu'il cohabite avec son vieux père grabataire , en fin de vie , dans un climat de rancoeur rendant l'atmosphère lourde , imprégnée presque d'une odeur de rance tant la force immuable des choses semble être leur quotidien , un évènement va bouleverser l'ordre établi et laisser entrevoir un bout d'horizon : la lettre de Riet , l'ancienne fiancée du jumeau après toutes ces années de silence ........
Helmer accepte le requête de Riet en embaûchant le fils de celui-ci pour quelques temps : le passé ressurgit à ce moment là(Riet a donné à son fils le nom de son fiancé parti "Henk"en plus !) et ainsi on entrevoit toute la complexité psychologique d'HELMER à l'automne de sa vie :
Ce nouvel Henk , dans la jeunesse éclatante , réveille ses penchants sexuels refoulés ......
réveille aussi la douleur de l'absence de son jumeau :

"HELMER ?"
_Oui ?
_Comment c'est d'avoir un frère jumeau?
_C'est la plus belle chose qui soit Henk.
_A présent tu te sens diminué de moitié ?
Je veux dire quelque chose , mais n'y parviens pas . Je suis même obligé de m'agripper à l'une des barres métalliques pour ne pas tomber. J'ai toujours été ignoré , papa et maman comptaient davantage ,Riet a revendiqué_si peu que cela ait duré _ son veuvage, et me voilà le fils de Riet ici, face à moi , en train de me demander si je me sens diminué de moitié.Henk m'attrape par les épaules , je lui fais lâcher prise.
"Pourquoi pleures-tu ?demande-t-il .
_Pour tout, dis-je.
Il me regarde.
Je le laisse me regarder ."
Cet extrait traduit avec grande pudeur le fond de l'âme de Helmer et ses souffrances intérieures .........

Si certains ont vu à travers la fin , une ouverture enfin ....... je n'ai pas pu m'empêcher de penser qu'une "happy-end" après un tel chemin ne peut être qu'illusoire .......
Un livre tout en retenu et pourtant intense , empreint de pudeur et pourtant trivial , poétique et pourtant rustique ....... Pour évoquer la profondeur de l'âme humaine , la souffrance dans les relations familiales , l'abnégation , le déterminisme , la nature incontournable .....


mots-clés : #psychologique


Dernière édition par églantine le Sam 2 Déc - 15:56, édité 1 fois

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Re: Gerbrand Bakker

Message par Bédoulène le Sam 2 Déc - 14:40

merci topocl et églantine, je note une future rencontre

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Re: Gerbrand Bakker

Message par bix_229 le Lun 4 Déc - 18:42


Le détour

Qui est cette femme qui s'installe dans une ferme abandonnée du Pays de Galles ? On ne sait pratiquement rien d' elle. Sinon qu'elle a quitté brusquement
son pays, la Hollande. Sans prévenir mari ou famille.
On apprendra qu'elle était enseignante et qu'elle a eu une liaison avec un de ses étudiants. Que ses parents étaient égoistes, mesquins et bien pensants. Que son mari était futile et indifférent. Et que sa vie personnelle était vide, insipide et ratée.
Et qu'y échapper lui a sans doute peu couté.
Surtout, elle est malade, très malade et ne supporte la douleur qu'avec des antalgiques puissants.

Sa brève vie à la ferme consistera à réaliser quelques projets d'amélioration dans le jardin et sur les sentiers avoisinants. Avec l'aide d' un garçon de passage, dévoué et en en quête d'affection. Tous ses autres contacts seront aussi fugaces que décevants.

Ce livre m'a avant tout intéressé par ce qui est tu ou non dit. Qui était cette femme ? Que fuyait-elle ? A supposer qu'elle ait fui.
Pour ma part, je crois qu'elle pensait qu'une vie inutile est une mort anticipée, et que la certitude que la souffrance allait  devenir trop forte, elle préférait y mettre fin.

C'est ce que je ne sais pas qui m'a touché. Une vie est passée qu'on ne sait pas et qu'on ne saura pas. On vit on meurt, tout à l'heure. En emportant avec nous nos secrets, nos espoirs, nos illusions, nos erreurs et nos petites joies.

"Comme rien n'est plus vrai que "raison et passion", notre vérité essentielle en tant qu'être humain s'exprime dans notre imagination et non dans nos actes."

Sans doute un indice dans cette phrase d'Emily Dickinson qu'elle a soulignée.
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