Des Choses à lire
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Georges Brassens, Lettre à Toussenot


François Sureau

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Message par Aventin le Mar 5 Déc - 17:04

François Sureau
Né en 1957

François Sureau Hqdefa10


L'homme semble avoir plusieurs vies, en tous cas une vie fort remplie.

Né le 19 septembre 1957 à Paris.
Après des études secondaires au lycée Saint-Louis de Gonzague, il intègre l'ENA (promotion Droits de l'homme).
Il quitte la haute fonction publique pour exercer d'autres activités: avocat, officier dans la Légion étrangère, écrivain.

Il anime le réseau d'avocats de l'association Pierre-Claver, fondée par son épouse Ayyam Sureau, association qui aide les demandeurs d'asile qui se trouvent en France.

Membre du comité de rédaction de la revue Commentaire, il collabore au Figaro littéraire.
Avocat, maître des requêtes au Conseil d'État, et bien sûr écrivain.

Bibliographie:

  Terre inconnue, récit de voyage, éditions Saint-Germain-des-Prés, 1983
  À l’est du monde, avec Gilles Etrillard, Fayard, 1983
  L’Indépendance à l'épreuve (économie), éditions Odile-Jacob, 1988
  La Corruption du siècle, Gallimard, 1988. Prix Colette
  Garçon, de quoi écrire, avec Jean d'Ormesson, Gallimard, 1989
  L'Infortune, Gallimard, 1990. Grand prix du roman de l'Académie française
  L’Aile de nos chimères, Gallimard, 1993
  Les Hommes n'en sauront rien, Grasset, 1995
  Le Sphinx de Darwin, Fayard, coll. « Echos », 1997. Prix Goncourt de la nouvelle
  Lambert Pacha, Grasset, 1998
  Les Alexandrins, Gallimard, 2003. Prix Méditerranée
  La Chanson de Passavant (poésie), Gallimard, 2005
  L’Obéissance, Gallimard, 2007
  Inigo, Portrait, Gallimard, 2010
  Sans bruit sans trace (poésie), Gallimard, 2011
  Le Chemin des morts, Gallimard, 2013
  Je ne pense plus voyager - La mort de Charles de Foucauld, Gallimard, 2016
  Sur les bords de tout - La chanson de Passavant III (poésie), Gallimard, 2016
  Pour la liberté. Répondre au terrorisme par la raison, Tallandier, 2017.


Dernière édition par Aventin le Mar 5 Déc - 17:07, édité 1 fois
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Message par Aventin le Mar 5 Déc - 17:05

Inigo
Portrait, 150 pages environ.  
François Sureau Inigo11

Ouvrage de portraitiste, l'auteur y tient, agrémenté de quinze pages d'apostilles finales. Inigo est bien sûr le prénom -en basque- de Saint Ignace de Loyola, le fondateur de la Compagnie de Jésus (les Jésuites).

Les derniers mots du livre sont, à cet égard, assez parlants:
Sans doute ai-je espéré, en m'approchant de ce domaine mystérieux, attirer sur mes proches et sur moi, au-delà du temps, l'amitié de mon objet d'étude, et en recueillir des bienfaits insoupçonnés


Cette écriture est à la fois concise et experte, l'art de faire lever une matière riche sur une pâte légère. Vocabulaire parfois emprunt de sophistication, par nécessité de la peinture du temps et de cet homme-là, mais jamais poseur, affecté: le plus souvent d'une grande limpidité.
En outre les recherches bibliographiques vont autrement plus loin que quelques clics sur la Toile additionnés d'un farfouillage du premier rayon de bibliothèque jésuite venu.

Le sujet est la conversion, qui n'est pas une bisounourserie mais un combat, le plus gros qu'ait jamais dû livrer ce hobereau soudard qu'était Ignace de Loyola avant.
Sureau cite Rimbaud: "le combat spirituel est aussi brutal que la bataille d’hommes".

Loin d'une douce confiture en dévotion. Ou d'une ascension lente mais régulière vers quelque sommet d'azur et d'éther.
Peut-être l'auteur livre aussi, en lui-même, une lutte identique ou identifiable du moins, avec des similarités, je n'ai pas les moyens de le lui demander, mais voir la première citation, ci-dessus.

Au reste, que le commentaire s'efface au profit de larges extraits, plus adéquats qu'un long verbiage pour peindre ce... portrait, permettez que j'y ajoute toutes mes recommandations: foncez, livre à lire, vraiment:
entame du chapitre II a écrit:La veille de la bataille, Inigo voulut se confesser. Mais il n'y avait pas de prêtre parmi les soldats. Il aborda au hasard un de ses compagnons d'armes, qui se réchauffait près d'un brasier de poutres et de chaises, débris d'une maison pillée, et lui demanda de lui rendre ce service. L'homme était un Navarrais au visage fermé, aux gestes lourds, qui accepta d'un hochement de tête, puis se signa.


chapitre II a écrit:Il parla longuement des années d'Arevalo, pendant lesquelles il avait oublié Dieu. Arevalo -la ville et ses prestiges- l'avait conquis. Il n'avait connu jusqu'alors que la campagne autour de Loyola, les jeux dans les pommeraies avec les petits paysans de son âge, l'eau fraîche et odorante des outres en peau, quand battent les tempes où coule la sueur après les longues courses dans la montagne. Ses camarades portaient les mêmes chaussons de corde que lui, mais n'oubliaient jamais qu'il était le dernier fils de Loyola, dont le grand château de pierre grise dominait le village. On voyait, gravé dans la pierre, le blason d'une famille âpre et généreuse et qui se croyait d'une espèce à part: deux loups affrontés à un chaudron de même couleur. Rien ne décourageait ces deux bêtes efflanquées et féroces: ni que le chaudron soit brûlant, ni qu'il soit trop haut pour qu'elles puissent l'atteindre, le renverser. Elles étaient l'image même d'une violence désintéressée.

chapitre II a écrit:Il se leva brusquement. Le reître avait compris que la confession s'achevait. Il prit un peu de la poussière grise du sol, terre et cendres mêlées, et la répandit derrière Inigo. C'était le geste que faisaient les lansquenets allemands avant la bataille et par lequel ils s'interdisaient de reculer. Inigo sourit à cette étrange absolution, lui frappa l'épaule et regagna la capitainerie. Le Navarrais regarda s'éloigner cet homme dur, dont on disait qu'il avait empêché la reddition de la ville. Il n'avait presque rien compris à ses paroles, mais l'avait trouvé plus tourmenté qu'un soldat ne doit l'être. Il haussa les épaules et étendit les mains vers le feu.
François Sureau Ignace10
chapitre III a écrit:Il se devait de guérir, de reprendre les armes et sa vie d'avant Pampelune. Aucun autre choix ne lui était laissé. Et si cette chimère qui l'oppressait ne quittait pas ses épaules, il apprendrait à s'en accommoder. Mais lorsqu'il eut pris la résolution de guérir au plus vite, il s'aperçut aussitôt que c'était impossible. Les os de sa jambe droite étaient ressoudés de travers, et se chevauchaient. Il ne pourrait plus galoper ou combattre. Il resterait infirme. (...) Les deux hommes avaient examiné la veille Inigo, l'avaient trouvé très faible, et, craignant qu'il ne mourût, avaient même défendu qu'on le fît lever. Et voici qu'à présent il demandait qu'on l'opérât. Ils se récrièrent. Il faudrait lui briser la jambe à nouveau, puis attendre qu'elle se consolidât. Le choc serait violent, la souffrance terrible. La seule douleur pourrait l'emporter, sans parler même des hémorragies, de la gangrène. Quelque chose dans la détermination du blessé les effrayait. Ils y voyaient de l'orgueil - qui pouvait se croire capable de supporter une telle épreuve ? - une vanité presque folle, une forme de blasphème.
chapitre IV a écrit:Les séductions du monde qui, il y avait peu, lui étaient apparues incomparables s'étaient évanouies. Elles qui lui avaient toujours paru peser leur poids de chair, avoir partie liée avec ses goûts les plus vifs, les plus intimes, une brise légère les avaient réduites à néant. Il s'en étonnait. Jamais il n'aurait cru possible de se passer de ce monde envoûtant et tentateur, où la familiarité des grands, la beauté des femmes, le talent et les vertus personnels, le service du roi, la musique et le goût des chevaux, formaient le seul ensemble harmonieux où il lui eût semblé possible d'occuper les premières places, et d'accomplir toute sa destinée. Et s'il n'en restait rien, c'est à cause de ce Christ dont il s'apercevait maintenant qu'après toutes ces messes, toutes ces processions, tous ces offices il ne le connaissait pas (...)
chapitre V a écrit:Il passa ainsi plusieurs semaines. Les prières et la messe n'avaient plus de saveur. Pire, elles le dégoûtaient, d'instinct. Il priait comme on accomplit une chose répugnante, par le seul effet de la volonté. Parfois, cependant, il lui semblait qu'une puissance invisible le portait, et il se sentait à nouveau léger et aimant Dieu d'un amour partagé, dans lequel il suppliait en pleurant qu'on le laissât vivre. L'alternance de ces états l'effrayait. Nul ne pouvait vivre ainsi. Il y perdrait la raison.


chapitre V a écrit:Puis il s'évanouit. Le portier le trouva quelques heures après, gisant dans la poussière. Il parvint à lui faire boire un peu d'eau. Mais dès qu'il eut tout à fait repris conscience, Inigo ne voulut rien manger et partit en boitant vers l'hôpital.
Ce fut ce jour-là qu'il décida de s'en remettre entièrement à Dieu. Ce serait l'épreuve décisive: il jeûnerait, sans boire ni manger, jusqu'à ce que Dieu lui vînt en aide, ou bien qu'il meure.
Il y mit la force qui lui restait, pendant toute une semaine, sans cesser d'aller aux offices ni à l'hôpital, en se réveillant à minuit pour la prière douloureuse et sèche à laquelle il se tenait. Il était maigre, hirsute, mais ses yeux brûlants donnaient malgré tout une étrange impression d'énergie. Il s'évanouit deux fois. La première, les enfants des rues qui étaient ses amis le ranimèrent, et il s'accorda tout un après-midi pour jouer avec eux. La seconde, ce fut à l'hôpital, où un frère prétendit le sermonner sur les mortifications qu'il s'infligeait et fut réduit au silence par le vieux soldat mutilé de Noain.

chapitre V a écrit:Une immense fatigue le prit. Il ne pouvait plus rien vouloir, plus rien décider. Il se laisserait porter quelque temps, puis il abandonnerait cette vie. Il était aussi las qu'un vaincu. Il se retrouvait à Pampelune, le soir de la défaite, sans plus d'espoirs qu'alors, et sans nul endroit où aller. Des larmes amères coulaient dans sa barbe hirsute. Il marcha au hasard dans les rues, et les enfants n'osaient pas l'aborder. Dans une ruelle qui descendait vers le Cardoner, il s'assit sur une borne, et un lourd sanglot lui souleva la poitrine. Comme il frottait machinalement sa jambe endolorie, ses larmes tombaient dans la poussière. Le soir venait. Il n'entendait plus les cloches ni la rumeur de la ville. C'était la fin. Il vivrait désormais comme un mort jusqu'à la mort, sans rien attendre. Il fit appel à ce qui lui restait de courage pour se lever et regagner sa chambre. Ce fut alors que Dieu s'empara de son âme.
François Sureau Saint-10


(Pérégriné d'un message sur Parfum du 16 mai 2013)


mots-clés : #biographie #spiritualité
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Message par Aventin le Mar 5 Déc - 23:14

Sur les bords de tout
La chanson de Passavant III

Poésie, 2016, une centaine de pages environ.

François Sureau Sur_le11

Comme il s'agit de la continuation de La Chanson de Passavant (2005) et de Sans bruit, sans trace (2011) et que je n'ai lu, pour l'instant, aucun de ces deux ouvrages, me voilà bien embêté. Une lettre-prétexte à l'embarquement du lecteur, intitulée "à l'Amiral Chef d'état-major de la Marine" en guise d'entame, la ficelle tient du gros câble, et c'est parti pour ces pages faciles ma non troppo.

Les évocations de ce livre, comme la Yougoslavie des années 1990, la Corne de l'Afrique, l'Afghanistan, une certaine Europe (une plage normande, Ruysbroeck, etc...) sont somptueuses.

L'art poétique tient, en revanche, davantage de la chansonnette de baroudeur à deux centimes, voire même de la rimaille d'après boire accoudé au zinc, quand ce n'est pas du slam de MJC, et plusieurs demanderaient, à mon humble avis, à être mises en musique.
Drôle d'abord, mais, pourquoi pas ?
Je suis sûr que ça cache quelque chose - et que je suis passé franchement à côté.
Les proses intercalées sont un régal.

Me voilà bien embêté disais-je.
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Message par Tristram le Mar 5 Déc - 23:20

Intrigant auteur que tu as dégoté là, Aventin !

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Message par Aventin le Sam 16 Déc - 19:10

Le chemin des morts

François Sureau Chemin10
Récit (autobiographique sans doute), de la taille d'une nouvelle (une quarantaine de pages environ), paru en 2013.

Début des années 1980. Un tout jeune brillant juriste atterrit à la Commission de recours des réfugiés (aujourd'hui Cour Nationale du Droit d'Asile). Il évoque le président de celle-ci à l'époque, pour lequel il nourrit de l'admiration, tant pour le parcours que pour la méthode.

Le chemin des morts, au Pays basque, c’est ce chemin particulier qui mène chaque maison jusqu’au cimetière. Chaque famille a le sien, et se tisse ainsi au-dessus des routes et des sentiers une toile secrète, invisible et mystérieuse, qui mène jusqu’à l’église.


Arrivé en France en 1969, fuyant la justice franquiste, Javier Ibarrategui, membre du commando qui avait assassiné Melitón Manzanas à Irún le 2 août 1968 (commissaire, tortionnaire notoire sous le régime franquiste, à la tête de la Brigada Político-Social de Guipúzcoa - à noter que cet assassinat est, à jamais pour l'Histoire, le premier attentat prémédité d'ETA) avait-il à y demeurer en vertu du droit d'asile, tandis qu'entre-temps l'Espagne était devenue une démocratie ?

Pouvions-nous seulement faire à l'Espagne la mauvaise manière de tenir pour nul et non avenu son retour au droit ?

Le cas est épineux, les sinistres GAL (Grupos Antiterroristas de Liberación) opérent, groupes occultes, para-militaires sévissant dans l'ombre y compris (et même par périodes surtout) sur sol français, lequel est considéré par ceux-ci, à tort ou à raison, comme un sanctuaire pour les activistes basques.

Et Javier Ibarrategui s'était tenu plus que tranquille en France, allant même jusqu'à désapprouver, par un écrit circulant dans les milieux clandestins, l'assassinat de l'amiral Carrero Blanco en 1973. Ce qui lui fut reproché
par ses anciens camarades comme par certaines vois autorisées de l'extrême gauche française.


Dire le droit, motiver une décision de justice est ardu.
Lorsqu'un juge adopte une solution, c'est bien souvent parce que la décision inverse lui paraît impossible à rédiger, pas davantage.

Et puis il y a les cas.
En évoquant quelques-uns d'entre eux, on survole le relativisme, chaque époque connaît le sien propre, couplé au regard, qui diffère tous les quinze ou vingt ans.
Et même les cocasseries, la filouterie pas bien méchante:
Je me souviens que ce jour-là nous avions accordé le statut de réfugié à un Zaïrois, dont nous devions découvrir ensuite qu'il s'était déjà présenté trois fois à la Commission sous des identités différentes. Il avait un beau talent d'acteur et revendait ensuite -à un prix abordable- le précieux papier à ses compatriotes.


J'ai beaucoup apprécié cette courte nouvelle (ce court récit), pas seulement pour la teneur et le questionnement central qu'il pose:
En effet -bonheur de lecteur- le style est ramassé, concis, cependant à l'opposé du type script ou scénario, sobre mais jamais sec, toujours à grand pouvoir évocateur: que l'auteur en soit remercié...

mots-clés : #autobiographie #exil #immigration #justice
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Message par Marie le Dim 17 Déc - 21:18

L'obéissance

François Sureau L_obai10

Comme la présentation de l'éditeur résume parfaitement cette histoire pour le moins singulière, je la retranscris:



Alors que la Première guerre mondiale vit sans le savoir ses derniers mois, de grandes batailles sanglantes à l’issue incertaine se rallument sur la ligne de front franco-allemande.

C’est le moment que choisit le roi de Belgique pour présenter à la France une bien singulière requête : lui prêter la guillotine et le bourreau de Paris, Deibler, pour assurer de manière spectaculaire l’exécution capitale d’un soldat prétendument coupable du viol et de l’assassinat de deux femmes belges.

Or l’exécution doit se dérouler à Furnes, localité situé de l’autre côté du front… Après de longues négociations, un convoi improbable va tenter de passer à travers les balles et les obus. Il y parviendra, non sans dommages, et la sinistre guillotine finira bel et bien par se dresser, au petit matin, sur la grand-place de Furnes. Mais rien ne se passera comme prévu…

Construit comme un recueil de correspondances échangées et de notes de services pondues par des fonctionnaires zélés, L’obéissance est l’étrange récit, concis, rythmé et d’un irrésistible humour noir, d’un des épisodes les plus extravagants de la Grande Guerre.


Oui, c'est l'absurde jusqu'au bout. Où l'on voit que pour tuer " légalement" un individu , les politicards vont jusqu'au bout, et il n'y aura pas qu'un mort. Mais il faut ce qu'il faut, et quelles que soient les circonstances, il faut appliquer la justice telle qu'elle est écrite, on ne discute pas. Vont partir donc la guillotine avec bourreau et aides, et une escorte militaire. Plongée dans la bêtise ordinaire avec échanges savoureux de lettres entre hauts fonctionnaires et hauts gradés, c'est vrai qu'on en rirait si ce n'était pas si triste. Et puis, chaque personnage à son tour, avec chacun son style, raconte.
Rassurez-vous, la justice est passée. Heureusement. le condamné, qui avait combattu bravement pendant des années, ce qui l'avait un peu perturbé, n'avait plus aucune raison de vivre. Sinon, il se serait suicidé, quel désastre!!!

Petit extrait:
."..Je suis content qu'il ait survécu. Les meilleurs soldats meurent au début des guerres. Défilent à la fin les enfants, des embusqués, et de très rares braves que le dieu des batailles a épargnés pour qu'ils puissent admirer leurs généraux ventrus. Les généraux sont immortels.
Je suivrais ce légionnaire au feu, si j'avais encore à y suivre quelqu'un.
C'est une grande pitié d'avoir à obéir à des bureaucrates, généraux ou politiciens. Quand ont-ils découvert que l'Europe avait des frontières? Quand ils ont été nommés ministres. Les bureaux et l'intrigue auront fait autant de morts que les Boches. Oublions cela.."



récup

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Message par Aventin le Sam 23 Déc - 8:43

Merci beaucoup Marie, je crois discerner que ce Sureau-là t'a plu !

L'obéissance
Roman, 140 pages environ, paru en 2007

François Sureau L_obyi10

Roman (?) basé sur les faits réels, jusque dans le nom des personnages dont le notoire Anatole Deibler).
Lesdits personnages sont d'ailleurs commodément listés à l'entame du livre.
Cette œuvre se présente comme un dossier, une compilation ordonnée de lettres et de récits des protagonistes, permettant ainsi, comme le souligne Marie, de faire tourner la parole (l'écrit), gardant au tout un caractère vif, alerte, et aussi de mieux pénétrer les caractères.

Mars 1918.
Depuis un demi-siècle la Belgique n'exécute plus ses condamnés à mort, systématiquement graciés par le roi des Belges, mais voilà, un certain Émile Préfaille fait exception, et les "bois de justice" (la guillotine, la peine de mort) sont requis contre lui, sans recours. Il y a bien un bourreau en Belgique, mais c'est devenu une charge honorifique.

On pourrait bien le fusiller, mais c'est l'apanage de la justice militaire, hors le crime de sang dont est accusé Émile Préfaille ne relève pas de la justice militaire. Au reste, toute ce qui concerne l'instruction de cette affaire par la justice Belge est laissé de côté, procédé littéraire permettant ainsi de ne restituer que l'horrifique absurdité situationnelle.

Et voilà une escouade fort improbable rassemblée pour un périple de 400 bornes, destination Furnes en Belgique, à travers les terrains de la guerre et sous les bombes, munie de sauf-conduits dans lesquels "les Boches" redeviennent subitement "l'autorité Impériale":
Un bourreau cocu, sa guillotine et ses aides, un capitaine à la gueule brûlée, un lieutenant manchot, germanophone et un peu poète (il fait penser à Blaise Cendrars ?), un maréchal des logis archétypique du soldat de terrain efficace, deux savoureux Dragons Corses incarnant la Troupe.

Ce souci de l'exécution d'un homme de plus, selon un procédé de justice civile et pénale, au milieu de ce colossal charnier, démesuré, qu'est cette guerre en 1918, par-delà les lignes belligérantes, est une extravagance, sinon un surréalisme.

Un seul belligérant -allié, de surcroît- a été oublié par ces prétentieux messieurs de la justice et des ministères, et cela aura des conséquences.
 
François Sureau effectue-là un rendu magnifique. J'aime son synthétisme, et aussi l'atmosphère virile, prégnante à ce livre-ci (qui semble être une constante dans ses écrits ?). Le thème de l'ordre, de l'obéissance donc, de l'honneur jusque dans l'absurde est magistralement traité, laissant le lecteur juge.

Une belle réussite donc, des pages de choix (comment fait-il pour écrire ainsi d'une façon ramassée, presque parcimonieuse, mais jamais aride, toujours savoureuse ?): que le sujet n'effraie pas, le traitement de celui-ci fait que cette lecture est à recommander sans réserve.

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Message par Tristram le Sam 23 Déc - 10:25

Sujets "historiques", mais tu attires l'attention sur le style, Aventin, et c'est irrésistible...

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