Ursula K. Le Guin

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Ursula K. Le Guin

Message par Tristram le Lun 18 Déc - 19:05

Ursula K. Le Guin
(1929-2018)


Ursula Kroeber Le Guin est une femme auteur américaine de science-fiction et de fantasy.
Elle a écrit des romans, des nouvelles, des poèmes, des livres pour enfants et des essais. Elle est surtout connue depuis les années 1960 pour ses nouvelles et romans de fantasy et de science-fiction dans lesquels elle se distingue par son exploration des thèmes anarchistes, taoïstes, féministes, ethnologiques, psychologiques ou sociologiques.

Née à Berkeley en 1929, Ursula K. Le Guin est la fille de l'anthropologue Alfred Louis Kroeber et de l'écrivaine Theodora Kroeber. Elle vit à Portland en Oregon depuis 1958. Son intérêt pour la littérature se déclare très tôt : à onze ans elle soumet une première histoire (refusée) au magazine Astounding Science Fiction.
Elle poursuit ses études à l'université Columbia à New York, puis en France où elle rencontre son mari, Charles Le Guin. Elle présente en 1952 une thèse sur Les idées de la mort dans la poésie de Ronsard.
Elle publie régulièrement à partir des années 1960, et devient célèbre en 1969 avec son roman La Main gauche de la nuit.

En 2002, le jury du prix Nebula lui décerne le titre de grand maître de la science-fiction.

Auteur prolifique, Ursula K. Le Guin a également publié des essais sur la littérature, des conseils sur l'écriture, de nombreuses nouvelles et des recueils de poèmes.

Œuvres traduites en français /

Cliquer ici pour accéder à la bibliographie de cet ércrivain prolifique:
Cycle de Terremer
Le Sorcier de Terremer, (A wizard of Earthsea, 1968)
Les Tombeaux d'Atuan (The Tombs of Atuan, 1970)
L'Ultime Rivage (The Farthest Shore, 1972)
Tehanu (Tehanu, 1990)
Contes de Terremer (Tales From Earthsea, 2001)
Le Trouvier (The Finder, 2001)
Rosenoire et Diamant (Darkrose and Diamond, 1999)
Les Os de la terre (The Bones of the earth, 2001)
Dans le grand marais, (On the High Marsh, 2001)
Libellule (1997)
Le Vent d'ailleurs (The Other Wind, 2001)

Cycle de l'Ekumen
Le Monde de Rocannon (Rocannon's world, 1966) Incluant la nouvelle Le Collier (Semley’s Necklace, 1964)
Planète d'exil (Planet of Exile, 1966)
La Cité des illusions (City of illusion, 1967)
La Main gauche de la nuit (The Left Hand of Darkness, 1969)
Le Roi de Nivôse (Winter's King, 1969), nouvelle
Plus vaste qu'un empire (Vaster Than Empires and More Slow, 1971), nouvelle
Le nom du monde est forêt (The Word for World is Forest, 1972)
Les Dépossédés (The Dispossessed, 1974)
À la veille de la Révolution (The Day Before the Revolution, 1974), nouvelle
Le Dit d'Aka (The Telling, 2000)
Pêcheur de la mer intérieure (A Fisherman of the Inland Sea, 1994)
Le recueil L'Effet Churten (reprend les trois nouvelles relevant du cycle L'Histoire des Shobies (The Shobies' Story, 1990), La Danse de Ganam (Dancing to Ganam, 1993), Un pêcheur de la mer intérieure (Another Story or a Fisherman of the Inland Sea, 1994)
Quatre chemins de pardon (Four Ways to Forgiveness, 1995)
Trahisons (Betrayals, 1994)
Jour de pardon (Forgiveness Day, 1994)
Un homme du peuple (A Man of the People, 1995)
Libération d'une femme (A Woman's Liberation, 1995)
L'Anniversaire du monde (The Birthday of the World and Other Stories, 2002)
Puberté en Karhaïde (Coming of Age in Karhide, 1995)
La Question de Seggri (The Matter of Seggri, 1994)
Un amour qu'on n'a pas choisi (Unchosen Love, 1994)
Coutumes montagnardes (Mountain Ways, 1996)
Solitude (Solitude, 1994)
Musique ancienne et les femmes esclaves (Old Music and the Slave Women, 1999)
L'Anniversaire du monde (The Birthday of the World, 2000)
Paradis perdu (Paradises Lost, 2002)

Cycle des chats volants
Les Chats volants (Catwings, 1988)
Le Retour des chats volants (Catwings Return, 1989)
Alexandre et les chats volants (Wonderful Alexander and the Catwings, 1994)
Au revoir les chats volants (Jane on her Own, 1999)

Chronique des rivages de l’Ouest
Dons (Gifts, 2004)
Voix (Voices, 2006)
Pouvoirs (Powers, 2007)

Romans indépendants
L'Autre Côté du rêve (The Lathe of Heaven, 1971)
Loin, très loin de tout (Very Far Away From Anywhere Else, 1976)
L'Œil du héron (The Eye of the Heron, 1978)
Malafrena (Malafrena, 1979)
Le Commencement de nulle part (The Beginning Place, 1980)
La Vallée de l'éternel retour (Always Coming Home, 1985)
Lavinia (Lavinia, 2008)

Recueils de nouvelles (sélection)
Le Collier de Semlé (Semley’s Necklace, 1964)
Avril à Paris (April in Paris, 1962)
La Règle des noms (The Rule of Names, 1964), Préquelle au Cycle de Terremer
Le Roi de Nivôse (Winter's King, 1969)
Neuf vies (Nine Lives, 1969)
Plus vaste qu'un empire (Vaster than empires and more slow, 1971)
Étoiles des profondeurs (The Stars Below, 1974)
Champ de vision (Field of vision, 1973)
Le Chêne et La Mort (Direction of The Road, 1973)
À la veille de la révolution (The Day Before The Revolution, 1974)
Ceux qui partent d'Omelas (The Ones Who Walk Away From Omelas, 1973)
Les Quatre Vents du désir (The Compass Rose, 1982)
L'Auteur des graines d'acacia ("The Author of the Acacia Seeds" and Other Extracts from the Journal of the Association of Therolinguistics, 1974)
La Nouvelle Atlantide (The New Atlantis, 1975)
Le Chat de Schrödinger (Schrödinger's Cat, 1974)
Deux retards sur la ligne du Nord (Two Delays on the Northern Line, 1979)
Le Test (SQ, 1978)
Une pièce d'un sou (Small Change, 1981)
Premier rapport du naufragé étranger au Kadanh de Derb (The First Report of the Shipwrecked Foreigner to the Kadanh of Derb, 1978)
Le Journal de la rose (The Diary of the Rose, 1976)
L'Âne blanc (The White Donkey, 1980)
Le Phœnix (The Phoenix, 1982)
Intraphone (Intracom, 1974)
L'Œil transfiguré (The Eye Altering, 1974)
Labyrinthes (Mazes, 1975)
Les Sentiers du désir (The Pathways of Desire, 1979)
La Harpe de Gwilan (Gwilan's Harp, 1977)
Malheur County (Malheur County, 1979)
L'eau est vaste (The Water Is Wide, 1976)
Le Récit de sa femme (The Wife's Story, 1982)
Quelques approches au problème du manque de temps (Some Approaches To The Problem of The Shortage of Time, 1979)
Sur  (Sur, 1982)
Chroniques orsiniennes (Orsinians Tales, 1976)
Les Fontaines (The Fountains, 1976)
Le Galgal (The Barrow, 1976)
La Forêt d'Ile (Ile Forest, 1976)
Conversation dans la nuit (Conversations At Night, 1976)
La Route vers l'est (The Road East, 1976)
Frères et Sœurs (Brothers and Sisters, 1976)
Une semaine à la campagne (A Week In The Country, 1976)
An Die Musik (An Die Musik, 1961)
La Maison (The House, 1976)
La Dame de Moge (The Lady of Moge, 1976)
Pays imaginaires (Imaginary Countries, 1973)
Pêcheur de la mer intérieure (A Fisherman of the Inland Sea, 1994)
Première rencontre avec les Gorgonides (The First Contact with the Gorgonids, 1991)
Le Sommeil de Newton (Newton's Sleep, 1991)
L'Ascension de la face nord (The Ascent of the North Face, 1983)
La Première Pierre (The Rock That Changed Things, 1992)
Le Kerastion (The Kerastion, 1990)
L'Histoire des Shobies (The Shobies' Story, 1990)
La Danse de Ganam (Dancing to Ganam, 1993)
Un pêcheur de la mer intérieure (Another Story or a Fisherman of the Inland Sea, 1994)






Ursula Le Guin, La Main gauche de la nuit



Dans le futur, Genly Ai, un Terrien, est envoyé sur la planète Gethen (alias Hiver, ou Nivôse) pour tenter de convaincre ses gouvernements d'adhérer à l’Ekumen (l’écoumène, ou univers habité des Grecs), organisation interplanétaire qui réunit différents systèmes stellaires dans un libre échange d'idées et de technologie.
Sur Gethen, les individus sont androgynes, asexués la majorité du temps (la période de "soma"), jusqu'à ce qu'une poussée hormonale (le "kemma"), se produisant une fois par mois (voir le calendrier gethenien en annexe du livre), leur fasse prendre de manière aléatoire l'un ou l'autre sexe.
Un aspect de cette modalité est particulièrement intéressant : sans dimorphisme sexuel la plupart du temps, il y a moins de relations dominant/ dominé, et la violence a moins tendance à s’organiser en guerre…

« Il parlait beaucoup aussi de la Vérité, qu'il se vantait de "mettre au jour en grattant le vernis de la civilisation".
C'est là une métaphore tenace, universelle et spécieuse, ce vernis (ou couche de peinture, ou pliofilm, ou tout ce que vous voudrez) cachant la noble réalité qu'il recouvre. Cela peut contenir une douzaine de sophismes à la fois. L'un des plus dangereux, c'est l'idée que la civilisation, étant artificielle, n'est pas naturelle, qu'elle est à l'opposé des vertus primitives... Naturellement il n'y a pas de vernis, mais un processus de maturation dans lequel ce qui est primitif et ce qui est civilisé sont des étapes du même développement. Si l'on veut que quelque chose soit l'opposé de la civilisation, ce sera la guerre. Civilisation et guerre s'excluent mutuellement. […]
Ce à quoi il visait, c’était le moyen le plus sûr, infaillible, rapide et durable de transformer un peuple en une nation : la guerre. Il ne pouvait en avoir une idée bien précise, mais il voyait juste. La seule autre façon de mobiliser rapidement tout un peuple, c’est de l’enrôler sous la bannière d’une religion nouvelle ; il n’en avait pas sous la main ; la guerre ferait l’affaire. »

Hasard de la présence en médiathèque de ce roman (peut-être parce que prix Nebula et Hugo suite à sa sortie en 1969), opportunité saisie à cause de bons souvenirs de cette auteure, qui mène à la coïncidence de son thème avec un vif débat actuel, celui des genres.
C’est un planet opera, c'est-à-dire que l’auteure a créé un monde qui n’existe nulle part ailleurs que dans son imagination (et peut-être un imaginaire collectif), à fin d’étudier un concept psycho-anthropo-sociologique, soit in fine une évolution humaine possible.
D’ailleurs, dans le récit, cette planète a peut-être été le laboratoire d’une expérimentation extraterrestre sur une évolution génétique menant à un mode de sexualité particulier, l’indifférenciation sexuelle de ses habitants, qui se "polarisent" aléatoirement en homme et femme pour la reproduction. Evidemment, l’Envoyé passe pour un monstre aux yeux des Géthéniens, paraissant bloqué dans une phase hormonale qui le maintient du côté masculin de son organisme, perpétuellement "excité". La difficulté de l’observateur extérieur à appréhender cette condition fondamentale est telle qu’il ne sait comment envisager ses interlocuteurs (hermaphrodites, bisexuels ?) en dehors de leur période de fertilité : "il", "elle", "ça" (« ni masculin, ni féminin, mais simplement humain ») ? En définitive, il apparaît que :

« Le masculin est moins défini, moins spécifique que le neutre ou le féminin. Mais l’emploi même de ce genre me fait continuellement oublier que le Karhaïdien avec qui je me trouve n’est pas un homme mais une synthèse d’homme et de femme. »

Cet aspect est simultanément découvert avec les intrigues politiques entre le Karhaïde (monarchie) et l'Orgoreyn (État bureaucratique), l’histoire et la géographie de la planète (belles descriptions paysagères, comme lors de la longue traversée épique de l’inlandsis de cette planète à l’ère glaciaire), les mythes, religions, philosophies et même la poésie, dans une sorte d’ethnologie de rêve, d’exploration de mentalités vraiment exotiques, et l’ensemble occasionne une lecture aussi captivante que fluide de ce roman genré (science-fiction, étiquetage réducteur qui peut écarter de belles explorations).
De plus, c’est adroitement agencé dans une structure polyphonique, bien écrit (et, exceptionnellement, bien traduit, autant qu’on puisse en juger sans l’original en vis-à-vis), avec beaucoup de réflexions intéressantes :

« S’opposer à quelque chose, c’est contribuer à son maintien. […] Il faut aller ailleurs, avoir un autre but ; alors on marche sur une autre route. […] il faut aller ailleurs et rompre le cercle. […]
Savoir quelles sont les questions auxquelles on ne peut répondre, et ne pas y répondre, voilà ce qu’il fait apprendre avant tout en période de tension et de confusion. »

« Je n'ai aucune raison de haïr ce pays. Et d'abord comment peut-on haïr ou aimer un pays ? Tibe en est capable, à en juger par ses discours. Moi, j'en suis foncièrement incapable. Je connais des hommes, des villes, des fermes, des collines et des rivières et des rochers, je sais comment les rayons du soleil couchant éclairent à l'automne les mottes d'un certain champ labouré au flanc d'une colline. Que vient faire une frontière dans tout cela ? Ça ne rime à rien. Vérité en deçà, erreur au-delà ‒ voilà que je cite vos grands hommes ! Pour aimer son pays, faut-il haïr les autres ? Si oui, le patriotisme n'est pas une bonne chose. Si ce n'est qu'une forme d'amour-propre, alors c'est une bonne chose, mais dont il faut éviter de faire profession, ou de faire parade comme d'une vertu. J'aime les collines du Domaine d'Estre parce que j'aime la vie, mais c'est un amour d'une nature telle qu'il ne saurait se changer en haine au-delà d'une certaine ligne de démarcation. »

« C’est très bien de voyager vers un but, mais ce qui importe, en fin de compte, c’est ce qu’apporte le voyage lui-même. »


La Main gauche de la nuit appartient au Cycle de l'Ekumen, traitant de la rencontre entre mondes différents, avec toutes les variations de situations et rapports possibles. L'Ekumen prône une éthique de partage libre des connaissances civilisationnelles et notamment techniques, comme le transport spatial. « Elle a vocation pour favoriser la communication et la coopération […] » « Il prend le contrepied de la doctrine suivant laquelle la fin justifie les moyens. » L’entreprise est développée prudemment, patiemment, n’imposant d’autres contraintes que les droits de l'Homme et des restrictions de sécurité, dans le respect des indigènes et de leur environnement ‒ une sorte de mondialisation anticoloniale…
Le thème majeur de ce livre, comme peut-être de toute l’œuvre d’Ursula le Guin, c’est la découverte et l'apprentissage de l'Autre.

mots-clés : #sciencefiction
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le Guin

Message par Dreep le Mar 19 Déc - 12:06

He bien, je le lirai peut-être l'année qui vient... ça me fait penser au travail d'un Henry Darger (du moins ce qu'on a dit, on a, à ce jour, rien publié de ses fictions) qui au coeur d'une énorme série de fantasy, a indifférencié les sexes d'enfants-esclaves.
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