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Paul Bonnetain

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Message par Tristram le Mar 7 Nov - 22:56

Paul Bonnetain
(1858-1899)

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Paul Bonnetain (né à Nîmes en France le 4 aout 1858 et mort à Khong (Laos) le 13 mars 1899) est un journaliste et un écrivain naturaliste dont l'écriture a été fortement marquée par les voyages exotiques. Dans les dernières années de sa vie, il fit carrière dans l'Administration coloniale (Soudan français et Laos) sans pour autant abandonner la littérature.

À dix-huit ans, Paul Bonnetain s'engage dans l'Infanterie de Marine. Il connaît la vie de caserne à Toulon avant de partir pour la Guyane en 1879. De ces expériences militaires et exotiques vont naître ses premières nouvelles rassemblées dans le recueil Le Tour du monde d'un troupier, publié en 1882. À cette date, Paul Bonnetain est un chroniqueur qui cherche à se faire une place dans la presse parisienne depuis un an.
La renommée ne sera par longue à venir. Son premier roman, Charlot s'amuse (1883), qui raconte l'enfance d'un petit parisien abandonné par sa mère, son adolescence puis son service militaire, obtient dès sa parution un succès de scandale du fait des thèmes sexuels abordés : la pédérastie en milieu ecclésiastique, la masturbation et la prostitution. Publié par l'éditeur bruxellois Henry Kistemaeckers, le livre est condamné à être expurgé de plusieurs passages mais, défendu par Me Léon Cléry, l'auteur est acquitté. L'ouvrage connaîtra de nombreuses rééditions.

Bonnetain poursuit sa carrière dans les Lettres, se faisant de nombreux ennemis parmi ses confrères. Le 6 avril 1883, à Diegem en belgique, il affronte en duel l'écrivain Robert Caze. Bonnetain en sortit indemne, mais Caze fut blessé très légèrement à la poitrine.
Sa réputation sulfureuse sera confortée par sa liaison avec l'actrice tapageuse Marie Colombier, mais il acquiert une nouvelle notoriété — et une nouvelle reconnaissance — en devenant correspondant de guerre pour Le Figaro, où il succède à Pierre Loti.

Il embarque en 1884 pour l'Indochine. Il est chargé de suivre les troupes françaises pendant leur expédition menée contre les rebelles et pirates réfugiés dans les massifs du Nord et de l'Est du Tonkin.
À son retour en France, il réunit ses articles au sein d'un volume intitulé Au Tonkin, ouvrage qualifié en son temps de « chef-d'œuvre de la Littérature coloniale ». Encouragé par Alphonse Daudet, il publie l'année suivante L'Opium (1886), où il relate l'expérience qu'il a fait de cette drogue à Hanoï au travers de l’histoire d’un jeune poète accablé par le mal de vivre.
Suivent d'autres ouvrages qui témoignent de son expérience coloniale et s'inscrivent dans la tradition littéraire du Naturalisme. Y affleure régulièrement l'expression d'une désillusion, d'un cynisme voire d'un sentiment de supériorité vis-à-vis des peuples indigènes qui n'est pas sans souligner la complexité de son œuvre.

En 1894, il est nommé directeur des Affaires indigènes au Soudan, puis en 1896, commissaire du gouvernement au Laos ou il meurt en mars 1899, à l'âge de 41 ans, dans des circonstances restées mystérieuses.

Bibliographie :

Le Tour du monde d'un troupier, Maurice Dreyfous, 1882
Charlot s'amuse, Kistemaeckers, 1883
Une femme à bord, C. Marpon et E. Flammarion, 1883
Au bord du fossé, comédie en 1 acte, Tresse, 1884
Autour de la caserne, Victor-Havard, 1885 (Illustrations de Jehan de Bligny)
Au Tonkin, Victor-Havard, 1885
Ma poupée, saynète, Tresse, 1885
L'Opium, préfacé par Alphonse Daudet, G. Charpentier, 1886
En mer, J. Lévy, 1887
L'Extrême Orient, Maison Quantin, 1887
Marsouins et mathurins, C. Marpon et E. Flammarion, 1888
Au Large, C. Marpon et E. Flammarion, 1888
Le Nommé Perreux (D 10230), G. Charpentier, 1888
Amours nomades, G. Charpentier, 1888
Les Types de Paris, Plon-Nourrit et Cie, 1889 (volume collectif illustré par Jean-François Raffaëlli).
La Pelote, pièce en prose en en 3 actes (avec Lucien Descaves), Alphonse Lemerre, 1889
Après le Divorce, pièce en 1 acte, en prose, A. Lemerre, 1890
Histoire d'un paquebot (avec Louis Tillier), Quantin, 1890
Passagère, A. Lemerre, 1892
Les Enfants de Giberne, A. Fayard, 1892
Dans la brousse, sensations du Soudan, A. Lemerre, 1895
L'Impasse, A. Lemerre, 1898





Paul Bonnetain, Le Nommé Perreux et nouvelles antillo-guyanaises

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Textes tombés dans le domaine public, L’Harmattan les propose pour la modique somme de 31€ pour moins de 300 pages, avec un appareil critique (préface, notes) exécrable. Par exemple, le genipa amérindien est confondu avec le génépi savoyard…

La lecture de cet auteur peu connu m’a davantage plu que je ne l’espérais. Contemporain de Zola, il est considéré comme un naturaliste ; par certains aspects, comme son introspection et certaines descriptions (il est vrai limitées, l’une et les autres), il est aussi un (peu) romantique.

« Comme un chien qu’on renvoie et qui vous escorte quand même, son passé courait derrière le train. »

« Après un insaisissable crépuscule, la nuit tombait, inattendue. »

Dans Le Nommé Perreux, le personnage principal et narrateur, qui s’engage dans l’armée coloniale et est envoyé aux Antilles- Guyane, passe son temps à regretter ou rêver à un autre lieu, dépité partout, et à déplorer le manque de femmes dans les parages ‒ ce qui est effectivement l’occupation principale de tout troufion, engagé ou conscrit. La première partie du roman vaut pour son témoignage sur l’armée dans les années 1870 ; j’y ai d’ailleurs trouvé peu de changement en un siècle, si j’en crois ma propre expérience de marsouin...

« Près de son lit, au coin de la fenêtre, une marmite de campement pleine d’ordures et d’un tas de gamelles grasses, oubliée en dépit des consignes, lui soufflaient d’aigres puanteurs. À la clarté crue du bec de gaz, l’asphalte du sol étalait la boue des crachats et des arrosages, les couchettes, la misère de leur couverture de prisonnier et de leurs draps sales. Sur les murs blanchis à la chaux, d’infinies taches rouges disaient les quotidiennes hécatombes de punaises, et la chambrée entière, malgré le courant d’air des fenêtres, empestait la sueur, l’oignon, le rata, le cuir, la graisse d’armes. Les choses y montraient des corrections extérieures ; on cirait les pieds des lits, carrément faits, "en billard", mais les troupiers n’avaient ni chaussettes ni serviettes, s’essuyaient à leurs draps, dormaient à vingt-cinq centimètres les uns des autres, et trente-deux dans une pièce suffisante à peine pour dix. »

Le regard sur l’époque est intéressant aussi ; son meilleur ami est un Juif, « l’Arbi » (!), le Guadeloupéen de la chambrée est chahuté, et en rigole ; le « gros bleu » (vinasse) joue un rôle central dans l’infanterie de marine (avec l’ennui, également combattu par les chansons et les libelles à caractère grivois ou nostalgique). À ce propos, j’ai découvert que le fameux incipit des conteurs créoles, « Cric ! Crac ! » serait venu par les troupes de marine (d’Occitanie ?)
La seconde partie décrit le voyage et la résidence en Martinique et en Guyane, ce qui avait plus particulièrement incité ma lecture. J’ai retrouvé cette vision profondément étonnante des contrées exotiques à l’époque : interdiction de sortir le jour à cause du soleil (« extinction des feux » de 9 à 16 heures ‒ sieste essentiellement), représentation d’une Guyane infernale (là où on vit aujourd’hui sans précaution particulière, à part le vaccin amaril) : bagnes, maladies et vermines diverses. Caractéristique militaire également, Bonnetain ne voit guère des contrées où il séjourne…

_________________
« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
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Message par Chamaco le Ven 17 Nov - 6:21

Décidément, il va falloir que je lise : Le Nommé Perreux et nouvelles antillo-guyanaises (mais le prix ouille ouille ouille)...
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Message par Tristram le Ven 17 Nov - 10:48

Chamaco, les œuvres de Paul Bonnetain étant tombées dans le domaine public, tu peux y accéder gratuitement en ligne afin d'éviter ce gros investissement qui ne s'impose pas forcément.

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Message par Chamaco le Ven 17 Nov - 12:16

Ouf, merci...
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