Pasi Ilmari Jääskeläinen

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Pasi Ilmari Jääskeläinen

Message par chrysta le Lun 25 Déc - 7:31

Pasi Ilmari Jääskeläinen
Né en 1966  



Né le 30 juin 1966 à Jyväskylä, en Finlande, Pasi Ilmari Jääskeläinen est nouvelliste et romancier.

Auteur d'un recueil de nouvelles en 2000, "Missä junat kääntyvät" (Where the Trains turn), il publie son premier roman, "Lumikko ja yhdeksän muuta" (The Rabbit Back Literature Society) en 2006.

Père de trois fils, il est professeur de langue finnoise et de la littérature finlandaise au Lycée de Jyväskylä.

site officiel: https://rabbitbackliterature.com/


Ouvrages traduits en français :

Lumikko [« Lumikko ja yhdeksän muuta »], Éditions de l'Ogre, 2016
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chrysta

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Re: Pasi Ilmari Jääskeläinen

Message par chrysta le Lun 25 Déc - 7:46

LUMIKKO



Au sein d'’un petit village finlandais prospère une étrange société littéraire secrète composée de neuf écrivains réunis autour de la figure tutélaire de Laura Lumikko, auteur à succès d’une série de livres fantastiques pour la jeunesse. En pénétrant peu à peu dans l’'intimité de cette société – grâce à un Jeu aux règles complexes permettant d’arracher la vérité aux membres de la société – Ella, une jeune professeur de finlandais aux ovaires déficients, découvre le sombre secret de leur inspiration. Pendant ce temps, Laura Lumikko disparaît, tandis qu'une étrange peste semble s'’être abattue sur les livres de la bibliothèque : certains livres voient leur fin subtilement altérer...

Avec une écriture pleine d’ironie, Pasi Ilmari Jäaskelainen nous invite dans un univers trouble, progressivement étouffant, qui n’'est pas sans rappeler celui déployé dans la série Twin Peaks de David Lynch, et réussit la gageure de créer une atmosphère à la fois drôle et inquiétante.
À la fois conte initiatique, hommage à la mythologie finnoise et thriller sombre et angoissant, ce roman polymorphe constitue avant tout une réflexion acérée sur la position de l'écrivain dans la société et sur la nature de l’inspiration.



Ce livre, tout en ayant le désavantage de laisser sur sa faim, a l’avantage de nous mettre face à moults questionnements pour lesquels une relecture serait certainement un moyen de saisir certains éléments qui n’ont pas percuté à la première, alors que nous n’avions pas notion de la chute. J'en ai d'ailleurs fait une en diagonale et j'ai déjà relevé pas mal de choses. Je reste tout de même frustrée car il est étonnamment insaisissable, bien que je pense qu'une analyse fine pourrait en livrer une certaine explication, mais pour cela il faudrait une vraie relecture dans laquelle je ne souhaite pas me lancer dès à présent.

L'ambiance et l'atmosphère étrange monte crescendo, c'est interrogeant mais je pense n'avoir eu une réelle accroche et le désir de savoir que quand certains mystères supplémentaires surviennent.  Reste ensuite à notre interprétation ce que l’on veut bien entendre de ce livre, et c’est là la partie la plus intéressante (et la plus prise de tête) car il faut essayer de recréer le puzzle.

J'ai mis une grande partie en spoiler car cela livrerait des éléments, après, à chacun de choisir s'il souhaite lire ou non. Ces éléments donnent certaines informations de ce qui se passe, mais ce sont essentiellement des recoupements que j'ai pu faire car vraiment, l'œuvre est complexe.

Tout d’abord, voici la trame de fond :
L’histoire se situe dans le village natal d’Ella, un village dans lequel résident nombre d’écrivains, dont ceux de la société littéraire créée par Laura Lumikko. Ella Milana a 26 ans, des « lèvres bien dessinées et des ovaires déficients ». Drôle de présentation d’emblée que nous fait ici l’auteur. Ses fiançailles ont été rompues 3 mois après cette nouvelle. Elle est professeur remplaçant de finnois, et l’histoire commence quand elle découvre avec horreur que la fin de crime et châtiment a été changée, Sonia tuant Raskolnikov.

Cette modification dans l’œuvre de Dostoïevski est à l’origine de sa rencontre avec Ingrid Kissala et du fait qu’elle apprenne de sa bouche le fléau qui s’abat sur les livres, certains d’entre eux étant atteints d’une « peste » qui les rend instables.

Ella a fait son mémoire sur Laura Lumikko et notamment la dimension mythologique de ses œuvres, un ensemble de livres intitulés « Bourg-aux-monstres ». Avec la nouvelle qu’elle a écrite, « Le squelette était assis dans la grotte et fumait en silence », elle est repérée par Laura Lumikko et intègre à Société d’écrivains créée par celle-ci pour être le 10ème et dernier membre.
Spoiler:


Or, elle ne rencontrera jamais Laura, celle-ci disparaissant dans une tempête de neige le jour même de la soirée dans laquelle elles auraient du être présentées.

Le corps de Laura n’est jamais retrouvé. Nous apprenons néanmoins à mieux la connaître au fil du roman : une personne qui avait connu une mort clinique enfant après être tombée dans un étang gelé, un accident dont les séquelles auraient du être irréversibles au niveau des handicaps. Or, revenant quelques années après, elle est bien rétablie, sauf des migraines et le fait qu’elle ne se souvient pas l’accident et a des hallucinations. C’est à ce moment qu’elle crée la Société avec des enfants de neuf ans, futures graines d’écrivains qu’elle envisage de former. Elle impose aux sociétaires un Jeu aux règles plus ou moins perverses, base du processus de connaissance de l’autre et de création, sorte de vampirisme des expériences et vécus des autres. Ce Jeu va éloigner tous les sociétaires l’un de l’autre car ils connaissent trop sur leurs compagnons et ont aussi beaucoup déversé d’eux à chacun. Dans les règles du jeu, le défi doit survenir après 22h heure et est souvent accompagné de « jaune », du penthotal (substance pour l’induction et l’entretien de l’anesthésie générale, aussi utiliser comme drogue dans les interrogatoires pour inhiber la résistance du sujet questionné), qui les met dans un état semble-t-il propice à déverser sur le mode de l’association libre psychanalytique.

Le Jeu va être pour Ella le moyen d’obtenir des informations sur Laura Lumikko et sa société littéraire. Elle en découvre aussi certains secrets, notamment l’existence d’un 10ème sociétaire, jalousé des autres pour son soi-disant « génie », dont personne n’a jamais parlé, et qui se révèle à la fin être un enfant autiste qui se contentait de réciter des textes entendus, et était illettré. Il serait mort dans un accident. Les autres enfants ont récupéré son carnet après sa mort en le volant, l’ont lu pour certains, et ensuite l’ont enterré. Seuls ceux qui ne l’ont pas lu ne redoutent pas qu’Ella expose que l’inspiration des sociétaires viendrait de ce cahier et non d’eux. Les autres se verraient brisés par cette révélation.

Ensuite, voilà les quelques éléments que j’ai recoupé ou qui sont récurrents :
- L’empereur-rat est un personnage des livres de Bourg-aux-monstres. Il fait peur, mais sur la couverture du dernier livre tout juste amorcé de Lumikko, « Le retour de l’empereur rat », il est présenté sur la couverture comme ami de la Blanche mère puisqu’elle part avec lui sous le regard terrorisé des monstres. L’empereur rat n’apparaît pas vraiment dans les livres parus de Bourg aux monstres, il est celui qui rôde la nuit et qui déverse de noirs secrets que personne ne peut entendre sans en être brisé. Les premiers mots du livre avorté sont « J’ai vu la fille venir sur la glace et son ombre est tombée sur moi ». Un rat est aussi présent dans le livre au moment où Ingrid pense que son père lui a fait cadeau d’un rat mort pour voir ce qu’elle allait faire.

- Le revenant, ou plutôt « l’ombre » de la fin, avec son toucher froid qui fait penser aux effets de l’approche de la mort, m’amène à penser que cette ombre est justement la mort. Par rapport à cela, l’ombre apparaît aussi dans la première phrase du « retour de l’empereur rat » : « J’ai vu la fille venir sur la glace et son ombre est tombée sur moi ». Notons aussi qu’Ella a toujours eu peur de s’approcher de la mare dans laquelle elle semblait distinguer quelque chose.

- On a aussi la scène, raconté de plusieurs bouches dans laquelle Ingrid, visitant la maison, se serait retrouvée dans une pièce remplie d’eau dans laquelle elle aurait pris deux livres très lourds : un qui appartient au rat-mort et l’autre qui est instable et donne mal à la tête. On peut supposer que le rat-mort est le 10ème sociétaire décédé car cet épisode survient peu après sa disparition. Ingrid s’enfuit avec les livres, poursuivie de Maarti, et va les poser à la bibliothèque. Elle est trempée, mais étonnament lui aussi, et quand il vole les livres dans la bibliothèque, Ingrid est décrite comme allongée par terre la tête dans une flaque. Ensuite, le cahier du mort est proposé à la lecture, une seule nuit, aux autres sociétaires avant d’être enterré. Ella fait aussi un rêve où elle est dans une bibliothèque, cherche des livres qu’elle aurait écrits, et ne trouve que des livres vierges d’écritures, lourds comme des pierres car faits de pierre. Dans ce rêve elle entend aussi une respiration dans son cou, quelque chose est derrière.

De plus, certains éléments récurrents sont présents dans le récit global :

- les chiens sont présents dès les débuts dans la bibliothèque avec la « littérature canine », mais aussi dans nombre de moments de l’histoire (par exemple à côté de la voiture retrouvée), puis de plus en plus, notamment en se regroupant autour de chez Talvimaa. Il en est de même des guêpes qui sont en nombre lors du déterrage du carnet, mais apparaissent à d’autres endroits, notamment une guêpe sort de la bouche de Lumikko quand Ingrid la regarde dormir et pique l’enfant
- La question de la mort est présente à différents endroits ; que ce soit la mort d’Oskar, mais aussi celle du père d’Ella. IL y a aussi la bibliothèque décrite et même nommée comme un mausolée, la proposition (étonnante) de la mère d’Ella de la mettre dans la tombe familiale, la mort des animaux (l’oiseau, le papillon notamment)

- Oskar, le 10ème membre, serait mort de noyade ou d’un accident de voiture Parmi les autres sociétaires, et notamment Silja, des rêves et lapsus tournent plutôt autour d’un assassinat. Silja est toujours prête à dire  (comme un lapsus) que « Le garçon a été assassiné ». Maarti, quant à lui, a eu l’idée qu’il s’est noyé dans l’étang à côté de la maison de Lumikko. On peut ajouter que Maarti est pétri d’une culpabilité, et c’est aussi lui qui appelle Ingrid pour lui dire : « il est à nouveau là, debout dans le jardin, il regarde la maison sans bouger ». Un cartographe parle de culpabilité refoulée qui attire les revenants. Un livre de Maarti nommé « Monsieur Papillon », qui fait référence à la mise à mort d’un papillon pour servir son expérience littéraire


Autres éléments possiblement intéressants :
- La mère de Maarti morte d’avoir reçu une moto neige
- Les cauchemars des enfants du village qui voient Lumikko morte dans leurs rêves
- Les parents d’Oskar ont eu un accident avec lui qui lui a couté la vie, sa mère étant restée paralysée car a eu la colonne fracturée dans un accident de voiture. Le mari, quant à lui, est aveugle
- Concernant la « Mare aux nixes », l’histoire raconte que 5 enfants s’y seraient noyés, et qu’une silhouette étrange y aurait plongé sans jamais remonter. La mare aux nixes originelle est différente de celle creusée par le père de Lumikko. Tous les enfants fuyaient l’étang comme la peste
- Le rapport aux enfants : Ella a les ovaires déficients, Lumikko n’aime pas les enfants, Silja s’est faite avorter mais avant, regardait son corps changer dans le miroir. Sans compter que les enfants sont très souvent présentés comme quantité négligeable, les sociétaires qui en ont ne s’y intéressent pas vraiment.
- Une actrice devient folle en tentant de se mettre dans le personnage de Lumikko
- Les personnages de Bourg aux monstres : Bobo Rix Rax qui tue Humidon et s’en veut, Boule d’écorce, le personnage de Bourg aux monstres préféré d’Ella, transmet des images symboliques allant jusqu’à l’horreur aux arracheurs…

Il y a encore nombre de choses mais je ne peux pas toutes les citer ici.
Bon, pourquoi citer tout cela, pour tenter de faire des liens, et si certains parmi vous ont des idées, n’hésitez pas.

Maintenant, de là à savoir ce que l’auteur veut nous faire passer, il y a un grand pas … que j’ai du mal à franchir.
Personnellement, j’ai écarté l’étude de la possible dimension symbolique car elle risque d’être complexe à déterminer sans connaître la culture finnoise, ses mythes et son vocabulaire.

Après, plusieurs hypothèses me sont venues à l’esprit :

- Un roman qui est en fait un conte métaphorique qui vient, sous couvert de l’histoire des personnages de la société, parler de l’inspiration littéraire en en passant par la page blanche (manque d’inspiration) ; l’utilisation des autres comme vecteurs sans plus d’états d’âme, une sorte de viol de l’intime pour donner matière au livre (c’est la dimension que représente le Jeu qui, finalement, est un moyen d’absorber quelque chose de la vie de l’autre pour l’utiliser par la suite, sorte de vampirisme de tranches de vie). ; jusqu’où il est possible d’aller pour être inspiré et se faire reconnaître (mort du papillon mais peut-être aussi mort d’un enfant ; utilisation des autres comme des objets…). Je pense que cette dimension est la toile de fond n’est pas à exclure de l’analyse de ce roman, car l’œuvre est pour moi une forme de métaphore de la création littéraire et de ce qui l’accompagne.

- L’hypothèse d’une décompensation d’Ella n’est pas à exclure, car finalement dès le début du livre, ce qui est posé ce sont ses « ovaires déficients » et comment sa vie a été en peu de temp bouleversée, par cela, par sa séparation, et par la perte de son père. D’ailleurs, elle perd les pédales en classe en leur donnant un sujet pour le moins interrogeant et est arrêtée dans son travail pour cela, donc pour désordres psychologiques. Si on prend cette hypothèse, l’ensemble de l’histoire pourrait être entendue comme le déploiement du délire de Ella, délire dans lequel des éléments de la réalité sont utilisés mais distordus, et certainement aussi des éléments mythiques de la culture finnoise qui ont pu être une croyance intégrée aux éléments délirants. Cela serait aussi possible d’imaginer qu’Ella est Laura, celle-ci ayant été prise d’hallucinations après son accident et l’ayant oublié.

Je pense en fait que ce roman est construit sur les bases des principes du rêve (condensation : un élément en condense plusieurs ; déplacement : un élément, émotion, etc est déplacé sur un autre), ou encore des principes de la construction du délire. En gros, ce roman est à mon sens à penser avec la question de l’inconscient. Après, comment les choses s’organisent, là est toute la question.
Est-ce que c’est un pur délire d’Ella ? Est-ce qu’il y a aussi des pans de réminiscence de son passé ? Est-ce qu’on est à une seule époque ou est ce que les temps se mélangent ? Qui est mort et qui est en vie ? ….

Pour moi, cela part malgré tout d’un événement réel survenu dans la mare. D’ailleurs cette mare a la réputation d’avoir vu mourir nombre de personnes, dont au moins 5 enfants au 19ème. Y a-t-il mélange entre morts du passé et présent (un peu comme dans 6ème sens) ? Laura a-t-elle vraiment survécu ? Qui s’est noyé ? Qui l’a noyé ? Parfois j’ai supposé que deux des enfants pouvaient avoir été à l’origine du décès par noyade, surtout du fait des déversages où Ingrid est trempée, Maarti aussi, et où ce sont eux qui ont le cahier.

Je vais cesser de me prendre la tête … car où que je cherche, j’ai l’impression d’avoir encore plus de questions ….


mots-clés : #contemythe #fantastique #polar
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Re: Pasi Ilmari Jääskeläinen

Message par Bédoulène le Lun 25 Déc - 8:04

merci Chrysta, pour le moins intrigant, inquiétant mais tentant

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Re: Pasi Ilmari Jääskeläinen

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