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Henry Bauchau

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Message par ArenSor le Ven 5 Jan - 19:08

Henry Bauchau
(Malines 1913 – Louveciennes 2012)

Henry Bauchau Portra10

Henry Bauchau est un poète, romancier, dramaturge et psychanalyste belge, de langue française.

Il naît dans une famille de la haute bourgeoisie belge. Sa petite enfance est marquée par l'invasion allemande et l'incendie de la maison de ses grands-parents maternels à Louvain par les soldats germaniques.  Il fait des études de lettres à la Faculté Saint-Louis, puis de droit à l'université de Louvain. Il est séduit par les idées pacifistes dans les années vingt et trente, il écrit des articles en particulier dans "Cité chrétienne".

Avant d'être mobilisé en 1939, il exerce des activités dans le journalisme et milite dans des mouvements de jeunesse chrétienne. Durant ces années de guerre il a nourri une passion partagée avec une femme mariée comme lui à quelqu'un d'autre. Pendant la guerre, de juillet 40 à juin 43, il sera responsable du Service des volontaires du travail pour la Wallonie (SVTW), avant de rejoindre un mouvement de Résistance armée. Son action dans le cadre du SVTW sera jugée négativement par un tribunal militaire, à la libération. Déçu, il s'éloignera de son pays et vivra en Suisse et en France. De 1947 à 1951, Bauchau entreprend une psychanalyse auprès de l'épouse du poète Pierre Jean Jouve. Cette analyse marquera profondément sa pensée.

C'est en 1958 qu'il publie son premier recueil de poèmes, "Géologie", qui obtient le prix Max Jacob. En 1960, Ariane Mnouchkine monte sa pièce "Gengis Khan" aux Arènes de Lutèce. Entre-temps, il voyage et sa vie se partage entre la France, la Suisse et la Belgique ; entre l'enseignement, la psychanalyse (à Paris, avec Conrad Stein) et l'écriture ; entre succès et difficultés financières. "Essai sur la vie de Mao Zedong" lui demande huit ans de travail et est publié en 1982.

Enfin, il commence son cycle mythologique et donne successivement "Œdipe sur la route" (1990), "Diotime et les lions" (1991) et "Antigone" (1997). Parallèlement, la publication de son "Journal" (1989-1997) éclaire la création, permet de comprendre l'importance que représentent pour l'écrivain la poésie, les rêves, l'inconscient et l'écriture.
(Wikipedia et Babelio)

Bibliographie :

Romans
La Déchirure (Gallimard, 1966)
Le Régiment noir (Gallimard, 1972)
Œdipe sur la route (Actes Sud, 1990 ; Babel no 54) – Prix triennal du roman
Diotime et les Lions(Actes Sud, 199)
Antigone (Actes Sud, 1997)
L'Enfant bleu (Actes Sud, 2004)
Le Boulevard périphérique (Actes Sud, 2008) – prix du Livre Inter 2008
Déluge (Actes Sud, 2010)
L'Enfant rieur (Actes Sud, 2011)
Temps du rêve (Actes Sud, 2012)
L'Enfant rieur II. Chemin sous la neige (Actes Sud, 2013)

Journaux
Jour après jour 1983-1989 (Les Eperonniers, 1992)
Journal d'Antigone 1989-1997 (Actes Sud, 1999)
Passage de la Bonne-Graine 1997-2001 (Actes Sud, 2002)
La Grande Muraille : Journal de La Déchirure 1960-1965 (Actes Sud, 2005)
Le Présent d'incertitude 2002-2005 (Actes Sud, 2007)
Les Années difficiles. Journal 1972-1983 (Actes Sud, 2009)
Dialogue avec les montagnes - Journal du Régiment noir 1968-1971 (Actes Sud, 2011)
Pierre et Blanche. Souvenirs et documents sur Blanche Reverchon et Pierre Jean Jouve, textes rassemblés et présentés par Anouck Cape (Actes Sud, 2012)
Dernier journal (2006-2012) (Actes Sud, 2015)
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Message par ArenSor le Ven 5 Jan - 19:16

Le Boulevard périphérique

Henry Bauchau Baucha10

C’est un livre qui peut paraître dur par son sujet, il y est question d’affrontement et de mort, mais c'est un livre pétri d’humanisme.

L’intrigue se déroule sur deux temporalités qui alternent. La plus ancienne se situe en Belgique à la fin des années 30 et pendant la seconde guerre mondiale : le jeune Stéphane initie le narrateur à l’escalade sur les parois des Ardennes. Il lui apprend notamment à se surpasser et à vaincre sa peur. Nous apprenons que durant la guerre Stéphane entre dans la Résistance et se trouve fait prisonnier par le redoutable colonel SS Shadow .
L’autre moment se place dans les années 80. Le narrateur, devenu âgé, se rend quotidiennement au chevet de sa belle-fille Paule qui se meurt d’un cancer dans un hôpital parisien. Les trajets qu’il effectue des Yvelines à la capitale donnent son titre au roman.

L’affrontement entre Stéphane et Shadow constitue donc une partie du livre. Stéphane (le Couronné) est une créature libre, légère et aérienne, qui se trouve face à son double Shadow (l’Ombre) homme massif et sombre, très tellurique. C’est une lutte mortelle, mélange d’amour haine qui s’engage entre les deux hommes, bien que l’un soit à la merci de l’autre. Pensez-donc, Stéphane est le seul homme qui face à Shadow, ne court pas aux toilettes se vider les intestins ! Sa pirouette finale hantera les derniers jours de Shadow lorsqu’il rencontre le narrateur, peu de temps après la guerre dans un hôpital, pour se confier à lui avant de mourir.

Ce genre d’histoire a déjà été mis en lumière par beaucoup d’écrivains et pèche peut-être par son côté manichéiste affirmé, mais il y a des morceaux inoubliables, notamment cette image des femmes qui hurlent en groupe lors du départ des hommes pour le travail en Allemagne.

L’hôpital – la mort est l’un des fils qui relie l’histoire ancienne à celle du présent. Celle-ci m’a plus touché, probablement parce qu’elle fait place aux multiples détails de la vie quotidienne. Dans la chambre de Paule se rencontrent son mari, partagé entre son amour pour sa femme et son travail, l’enfant lui a été envoyé en Angleterre. La mère de la malade est toujours là à ses côtés, dans son rôle de mère, vraie figure de Pietà qui m’a fait penser à la servante dans « Cris et chuchotements ». Elle parle peu la mère mais c’est pour dire des choses importantes :

« Elle a bon moral. Hier, j’ai vu que vous étiez troublé. Il ne faut pas, tout est déjà décidé dans son corps mais nous ne savons pas quoi. On a tout fait, il ne faut plus penser, supputer, se chagriner. Il faut seulement soutenir son moral. »

Le narrateur est là bien sûr, également des amis. Il y a la vie qui continue avec ses multiples péripéties malgré la présence de la mort.Il y a beaucoup de mélancolie et de tendresse dans ce livre. J’ai pensé à un bon film de Claude Sautet !

« Comme une araignée tisse sa toile, je n’ai rien fait avec ténacité que de m’emprisonner moi-même. J’ai eu des mouvements de libération, j’ai parfois brisé une porte, scié un barreau, mais je n’ai jamais cessé d’être fidèle à la Loi qui depuis mon enfance me prescrit de bâtir ma prison. »

« Paule s’éveille doucement par reprises successives, pourtant sa bouche s’ouvre un peu, appelle l’air comme un poisson hors de l’eau. Mais elle le trouve, elle aspire, elle respire calmement. Elle a encore sa rivière, son fleuve, son océan d’air. Elle nous retrouve des deux côtés de son regard et elle sourit. »

« Il ne reste plus que ce visage tranquille avec sa bouche ferme et la disparition à jamais de ce qui fut son regard. Il ne reste que ce corps devenu peu à peu fragile sous les coups de la maladie, qui a perdu sa rapidité, son volume, son souffle et n’est plus maintenant sous le drap que le signe de ce qui fut le passage d’une vague soulevée par on ne sait quel océan. »

« Je voudrais faire l’économie de toutes les morts que j’ai vécues, de celles que je devrai vivre encore. Je ne peux pas, je suis dans ce temps, dans ce monde, il n’y en a pas d’autre. »

« Autrefois je pensais qu’il fallait écrire avec des cailloux blancs afin de pouvoir retrouver son chemin. Aujourd’hui je vois qu’un peu de mie de pain suffit et qu’il faut avancer dans l’obscurité en se servant des traces confuses laissées dans la forêt, de ce qui reste de lumière et si je vois, comme aujourd’hui, la lampe de la maison de l’ogre, je suis content car elle éclaire cette page où je parviendrai peut-être à faire apparaître la plus intime des écritures, celles de nos grands prédateurs. »

mots-clés : #deuxiemeguerre #mort #pathologie
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Message par Nadine le Ven 5 Jan - 19:59

Merci ArenSor, j'ai lu Diotime et les lions il y a longtemps, je ne me souviens de rien , car j'avais été très portée par le style. Une sorte de gravité constante, du souffle. J'ai envie de relire Bauchau c'est sûr . En plus je suis très sensible au fait qu'il ait vécu si longtemps et en continuant à écrire, j'ai beaucoup d'intérêt pour l'homme . Une amie proche a tout lu de lui, c'est pourquoi je me suis abstenue j'usqu'à présent de m'y plonger : je l'écoute en parler !

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Message par Bédoulène le Ven 5 Jan - 20:27

merci Arensor, encore un auteur qu'il me faut connaître.

_________________
"Lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal" Le Club des incorrigibles optimistes de J.M. Guenessia "

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Message par Dreep le Ven 5 Jan - 21:43

J'ai lu Oedipe sur la route, mais j'avais trouvé ça un peu pénible, ennuyeux.
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Message par tom léo le Ven 5 Jan - 22:09

Henry Bauchau Baucha10

Le boulevard périphérique


Après avoir lu avec bonheur « L’enfant bleu », je me suis alors lancé dans la lecture de celui-ci (Le boulevard périphérique) et j’en suis profondément touché. Il y a ici déjà des commentaires, donc je ne vais pas ajouter un nième, mais je veux reprendre tel ou tel sujet de partage.

Pour beaucoup le « boulevard périphérique » renvoie à une image purement négative, ou alors à l’éternel recommencement. L’image des bouchons, des retours etc. Chez Bauchau, me semble-t-il, dans ce contexte on retrouve plusieurs fois l’allusion (par rapport aux ports de Paris) aux graines d’un chapelet : ce voyage quotidien est l’occasion de remâcher quotidiennement des choses essentielles de sa vie et celles de ceux qui lui ont été ou sont encore proches. C’est pour dire que cette image n’est pas si négative que ça, me semble-t-il.

S’il y a des parallèles alors entre l’histoire de la guerre, on pourrait rapprocher différents acteurs à d’autres de 1980. Pour certaines raisons on était étonné de cette personnage étrange de Shadow. Je me demande s’il ne remplit pas, das un certains sens, dans le passé le rôle, la fonction du CANCER (pour Paule).
Je ne suis pas tant que cela déconcerté par des propos de Bauchau par rapport à une certaine fascination. Au contraire. Certainement il n’est pas complice ! Mais l’aveu d’une possible fascination me semble, contrairement aux apparences, le seul chemin pour véritablement combattre ses pulsions intérieures. Car elles sont bien là. Il est – à mon avis – beaucoup trop simple de juger certains cotés horribles (j’espère de ne pas être mal compris) avec le recul de l ‘histoire… La mort, la froideur, la maitrise sur l’autre peuvent exercer un tel pouvoir… et qui pourra à juste titre se glorifier d’avoir certainement résisté? De ne pas avoir même pu être touché un moment ou l’autre par une attirance malsaine… Mystère du mal ?
La peur du narrateur de ne pas être assez fort va être contredite encore une fois par Stéphane.

Les premiers chapitres ne sont pas de tout juste aléatoire! Le narrateur nous propose de découvrir dans ces récits de cordée, à quel point Stéphane fut celui qui lui a insufflé la confiance et inspiré l’amour. Qu’il ne va pas répondre à un certain appel d’amour (semble-t-il) est un drame de la vie de Stéphane.
Si la question du rapport avec la mort est un sujet prioritaire, Stéphane se révèle dans ces cordées comme celui qui précède : est-ce qu’à sa suite les morts à venir vont être vécues comme cela ? Comment Paule va finalement répondre ?

Il y a dans le lien entre Shadow et Stéphane, voir de Paule avec son cancer des rapports qui se retournent. Car contrairement aux apparences ce n’est pas Shadow qui va sortir vainqueur… Ni le cancer. Et c’est aussi par ces possibilités que Bauchau dessine un chemin inespéré qui prolongent le regard de bienveillance (de la mère) et de fidélité du beau-père et des amies.
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Message par églantine le Ven 5 Jan - 22:13

@ArenSor a écrit:Le Boulevard périphérique

Henry Bauchau Baucha10

C’est un livre qui peut paraître dur par son sujet, il y est question d’affrontement et de mort, mais c'est un livre pétri d’humanisme.


Ce genre d’histoire a déjà été mis en lumière par beaucoup d’écrivains et pèche peut-être par son côté manichéiste affirmé, mais il y a des morceaux inoubliables, notamment cette image des femmes qui hurlent en groupe lors du départ des hommes pour le travail en Allemagne.

Comme toujours il est beau ton commentaire Arensor .
Et subtil.
Il correspond bien avec mes souvenirs du reste .
Tu soulignes délicatement un travers d'henry Bauchau . Enfin du peu que j'ai lu de lui , j'ai noté aussi ce manichéisme effectivement ,  probablement du à sa profonde  fibre humaniste exprimée avec  excès de ferveur  et exaltation . Et ça aboutit à une sorte de maladresse qu'on lui pardonne facilement tant son regard bienveillant auréole ses écrits .
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Message par Tristram le Sam 6 Jan - 15:28

« Comment supporter cette vie partagée entre le doute et l’espérance, comment ne pas la supporter ? »
Henry Bauchau, « Le boulevard périphérique », VI

« Dans le discours suractif à l’extérieur et intérieurement dépressif que tient notre monde [… »
Henry Bauchau, « Le boulevard périphérique », XIV

_________________
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Message par ArenSor le Sam 6 Jan - 20:38

Merci Tom Léo de tes commentaires judicieux qui viennent compléter les miens et m'offrent de nouvelles perspectives Very Happy

@tom léo a écrit:
Pour beaucoup le « boulevard périphérique » renvoie à une image purement négative, ou alors à l’éternel recommencement. L’image des bouchons, des retours etc. Chez Bauchau, me semble-t-il, dans ce contexte on retrouve plusieurs fois l’allusion (par rapport aux ports de Paris) aux graines d’un chapelet : ce voyage quotidien est l’occasion de remâcher quotidiennement des choses essentielles de sa vie et celles de ceux qui lui ont été ou sont encore proches. C’est pour dire que cette image n’est pas si négative que ça, me semble-t-il.

Oui, tout à fait, il y a cette idée de chapelet et de litanie. C'est un peu ce que je voulais dire en parlant d'un film de Sautet. Le narrateur remâche des choses essentielles, mais il nous introduit également dans la vie quotidienne : la batterie à plat et la voiture qui ne démarre plus, le temps qu'il fait, le bus pris à contre-sens etc. Comme si Bauchau voulait nous faire comprendre que nous ne pouvions toujours être à la hauteur de l'absolu, c'est à dire de la mort de Paule, mais que les petits tracas de la vie prenaient un place importante.

@tom léo a écrit: S’il y a des parallèles alors entre l’histoire de la guerre, on pourrait rapprocher différents acteurs à d’autres de 1980. Pour certaines raisons on était étonné de cette personnage étrange de Shadow. Je me demande s’il ne remplit pas, das un certains sens, dans le passé le rôle, la fonction du CANCER (pour Paule).
Je ne suis pas tant que cela déconcerté par des propos de Bauchau par rapport à une certaine fascination. Au contraire. Certainement il n’est pas complice ! Mais l’aveu d’une possible fascination me semble, contrairement aux apparences, le seul chemin pour véritablement combattre ses pulsions intérieures. Car elles sont bien là. Il est – à mon avis – beaucoup trop simple de juger certains cotés horribles (j’espère de ne pas être mal compris) avec le recul de l ‘histoire… La mort, la froideur, la maitrise sur l’autre peuvent exercer un tel pouvoir… et qui pourra à juste titre se glorifier d’avoir certainement résisté? De ne pas avoir même pu être touché un moment ou l’autre par une attirance malsaine… Mystère du mal ?
La peur du narrateur de ne pas être assez fort va être contredite encore une fois par Stéphane.

Je pense comme toi que Shadow est une forme allégorique du cancer. En ce qui concerne la fascination du mal en nous, il y a un passage dans le livre qui m'a frappé :
« Autrefois je pensais qu’il fallait écrire avec des cailloux blancs afin de pouvoir retrouver son chemin. Aujourd’hui je vois qu’un peu de mie de pain suffit et qu’il faut avancer dans l’obscurité en se servant des traces confuses laissées dans la forêt, de ce qui reste de lumière et si je vois, comme aujourd’hui, la lampe de la maison de l’ogre, je suis content car elle éclaire cette page où je parviendrai peut-être à faire apparaître la plus intime des écritures, celles de nos grands prédateurs. »

@tom léo a écrit:
Il y a dans le lien entre Shadow et Stéphane, voir de Paule avec son cancer des rapports qui se retournent. Car contrairement aux apparences ce n’est pas Shadow qui va sortir vainqueur… Ni le cancer. Et c’est aussi par ces possibilités que Bauchau dessine un chemin inespéré qui prolongent le regard de bienveillance (de la mère) et de fidélité du beau-père et des amies.

Tout à fait d'accord Very Happy
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Message par Nadine le Sam 6 Jan - 21:02

Wow. L'extrait que tu mets est destabilisant et superbe, Arensor.
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Message par tom léo le Dim 25 Fév - 22:32

Henry Bauchau 4105jp10

L’enfant bleu


CONTENU:
L'enfant bleu, c'est Orion, un garçon psychotique âgé de 13 ans dont les médicaments peinent à apaiser les crises. Véronique, psychothérapeute dans un hôpital de jour parisien, va entrer dans l'imaginaire de cet enfant pour essayer de lui rendre la paix. Elle devine sa richesse, sa sensibilité extrême, et va le guider, avec patience et passion, vers l'expression artistique. Henry Bauchau explore ici, avec sa tendresse de poète et sa passion d'écrivain, la frontière entre art et folie.

REMARQUES:
J’ai lu avec énormément de plaisir „L'enfant bleu“. Juste quelques impressions personnelles :
Ce qui me touche dans le chemin de la thérapie, c’est la longueur, la durée qu’on lui donne. En cela, par ces tous petits pas hésitants vers des améliorations, envers des contrariétés et des résistances, on donne une véracité au récit.
La terminologie venant de la psychothérapie peut quand même d’abord désorienter quelqu’un qui était étranger à cet univers jusqu’à maintenant : perpétuellement on sent derrière l’écrivain le psychanalyste. Mais derrière celui-ci aussi toujours l’écrivain.
Ce qui est intéressant c’est que l’analysante est elle-même dans un certain sens en quête de guérison après des épreuves de la vie. Elle ne reste pas extérieure à la thérapie : le danger d’une fusion est toute proche. Mais c’est aussi par cette implication très personnelle que quelque chose peut changer dans la vie d’Orion. Ces réflexions m’ont très touchées...
Pour celui qui est attiré par l’art thérapie, il va trouver dans ce livre un vibrant plaidoyer.

C’était bien mon premier Bauchau à l’époque, et n’allait pas être mon dernier. Le boulevard m’attendait déjà…


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