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Gilbert-Keith Chesterton

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Message par ArenSor le Mar 9 Jan - 19:54

Gilbert-Keith Chesterton
(Londres, 29 mai 1874 - Beaconsfield, 14 juin 1936)

Gilbert-Keith Chesterton Portra11
G-K. Chesterton est l'un des plus importants écrivains anglais du début du XXe siècle. Son œuvre est extrêmement variée : il a été journaliste, poète, biographe, apologiste du christianisme.
En tant qu'auteur de romans policiers, il est surtout connu pour la série de nouvelles dont le personnage principal est le père Brown (La Clairvoyance du père Brown, La Sagesse du père Brown, L'Incrédulité du père Brown...).
Chesterton est surnommé « le prince du paradoxe ». Il utilise abondamment les proverbes et dictons populaires, et notamment les lieux communs en les détournant de leur sens. On trouve par exemple dans Le Nommé Jeudi cette phrase : « Les cambrioleurs respectent la propriété. Ils veulent juste que la propriété, en devenant la leur, soit plus parfaitement respectée ». Jorge Luis Borges le revendique comme l'un de ses principaux maîtres.
Il est particulièrement renommé pour ses œuvres apologétiques et même ses adversaires ont reconnu l'importance de textes comme Orthodoxie ou L'Homme éternel. En tant que penseur politique, il dénigre également progressistes et conservateurs : « Le monde s'est divisé entre Conservateurs et Progressistes. L'affaire des Progressistes est de continuer à commettre des erreurs. L'affaire des Conservateurs est d'éviter que les erreurs ne soient corrigées. »1
Chesterton parlait souvent de lui-même comme d'un chrétien « orthodoxe » ; il se convertit au catholicisme. George Bernard Shaw, son « adversaire et ami », dit de lui dans Time : « C'était un homme d'un génie colossal ».
(source wikipedia)

Ouvrages traduits en français :

Romans
• Le Napoléon de Notting Hill (The Napoleon of Notting Hill, 1904) : Page 1
• Le Nommé Jeudi : un cauchemar (The Man Who Was Thursday : A Nightmare, 1908) : Page 1
• La Sphère et la Croix (The Ball and the Cross, 1909) : Page 1
• Supervivant (Manalive, 1912)
• L'Auberge volante (The Flying Inn, 1914) : Page 1
• Le club des fous - également publié sous le titre Les contes de l'arbalète - (Tales of the Long Bow, 1925)
• Le retour de Don Quichotte (The Return of Don Quixote, 1927)
• Le poète et les fous _ également publié sous le titre Le poète et les lunatiques_ (The Poet and the Lunatics, 1929)
• L'Amiral flottant (The Floating Admiral, 1931) écrit en collaboration avec des membres de Detection Club

Essais
• Hérétiques (Heretics, 1905)
• Orthodoxie (Orthodoxy, 1908)
• La morale des elfes (extraits d'Orthodoxie consacrés aux contes)
• Le monde comme il ne va pas (What's wrong with the world, 1910)
• Le siècle de Victoria en littérature (The victorian age in litterature, 1913)
• Une brève histoire de l'Angleterre (A short History of England, 1915)
• Crimes de l'Angleterre (The crimes of England, 1915)
• Utopie des usuriers et autres essais (contient Utopia of Usurers, 1917)
• L'homme éternel (The everlasting man, 1925)
• L'Homme qu'on appelle le Christ (uniquement la seconde partie de L'homme éternel)
• Plaidoyer pour une propriété anticapitaliste (Outline od Sanity, 1926)
• L'église catholique et la conversion (The Catholic Church and Conversion, 1926)
• La Chose, pourquoi je suis catholique (The Thing: Why I am a Catholic, 1929)
• Le Puits et les bas-fonds (The Well and the shallows, 1935)
• Le paradoxe ambulant (59 essais choisis par Alberto Manguel)
• Le sel de la vie et autres essais (The Spice of the Life, recueil posthume, 1964)
• Comment écrire un roman policier

Autobiographie et Biographies
• L'homme à la clé d'or - autobiographie - (Autobiography, 1936)
• La vie de Robert Browning (Robert Browning, 1903)
• William Blake (William Blake, 1910)
• Saint François d'Assise (St Francis of Assisi, 1923)
• Robert Louis Stevenson (Robert Louis Stevenson, 1927)
• Saint Thomas d'Aquin - également publié sous le titre Saint Thomas du Créateur - (St. Thomas Aquinas: The Dumb Ox, 1933)

Recueils de nouvelles, de récits, de contes et de chroniques
• Le défenseur (The Defendant, 1901)
• Le club des métiers bizarres (The club of queer trades, 1905)
• L'oeil d'Apollon (nouvelle extraite de La clairvoyance du Père Brown, 1911)
• Impressions irlandaises (Irish impressions, 1919)
• L'homme qui en savait trop (traduction partielle de The man who knew too much, 1922)
• Les arbres d'orgueil (The trees of Pride, 1922) - longue nouvelle extraite de l'homme qui en savait trop -
• A bâtons rompus (regroupe 42 propos parus dans le Illustrated London news en 1927)
• Saint Georges et le dragon (recueil de chroniques parues dans les années 20-30 dans le Illustrated news)
• Les quatre petits saints du crime (Four Faultless Felons, 1930)
• L'assassin modéré, suivi de l'homme au renard (L'assassin modéré est extrait du recueil Les quatre petits saints du crime)
• Le meurtre des piliers blancs et autres textes (recueil posthume)
• La tour de la trahison - également publié sous le titre Le jardin enfumé -
• L'inconvénient d'avoir deux têtes (conte écrit et illustré par l'auteur)
• La fin de la sagesse et autres contes extravagants (35 contes écrits entre 1891 et 1936)

Série Père Brown
• La Clairvoyance du père Brown (The Innocence of Father Brown, 1911)
• La Sagesse du Père Brown (The Wisdom of Father Brown, 1914) : Page 1, 2
• L'Incrédulité du Père Brown (The Incredulity of Father Brown, 1926)
• Le Secret du Père Brown (The Secret of Father Brown, 1927)
• Le Scandale du père Brown (The Scandal of Father Brown, 1935)
Nouvelles réunies aux éditions Omnibus sous le titre Les enquêtes du Père Brown

Théâtre

1913 Magie : Page 2

màj le 12/11/2018
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Message par ArenSor le Mar 9 Jan - 20:03

Le Nommé Jeudi

Gilbert-Keith Chesterton Cheste10

C’est un bien curieux ouvrage que « Le Nommé Jeudi », parfois considéré comme un « roman policier métaphysique » ; roman, c’en est un sans conteste, policier certes, mais aussi roman d’aventure, sur le merveilleux, picaresque, grotesque, absurde, onirique, surréaliste, voire de science-fiction ! C’est un peu tout cela, saupoudré effectivement de « métaphysique », lutte du bien contre le mal, deux faces d’un même monde. Mais ce dernier aspect ne me semble pas l’essentiel, sauf dans la dernière partie.

C’est dans la construction du récit bourré de chausse-trappes, de paradoxes, d’emboîtement d’épisodes les uns dans les autres, le tout mené à un rythme d’enfer, allant en crescendo jusqu’à l’apothéose finale que se trouve à mon avis le vrai génie de l’auteur. Il l’est également dans sa capacité à changer de registre à tout moment. C’est peut-être ce qui fascinait Borges.

J’ai pensé à Alice de Lewis Caroll, mais aussi aux premiers films burlesques américains, à Fantomas, écrit de l’autre côté de la Manche à la même époque, et à beaucoup d’autres références.

Je ne peux pas vous résumer l’ouvrage au risque d’en dévoiler quelques ficelles, ce qui serait dommage. Disons que l’histoire commence par un débat entre un poète anarchiste et un poète partisan de l’ordre ? ce dernier va être entraîné dans une société secrète d’anarchistes et être amené à en partager les objectifs. Tout ensuite pourrait se résumer dans la formule « Damned, I’m demasked ! ».

Si vous voulez voyager en voiture dans une course-poursuite avec des brigands masqués, chevaucher un éléphant du parc zoologique de Londres ou vous élever en ballon de l’Exposition universelle ou encore jouer avec les masques, précipitez-vous sur « Le Nommé Jeudi » ! J’ai beaucoup ri à cette lecture, pris beaucoup de plaisir également à décortiquer les rouages de l’écriture chestertonienne. Une très belle découverte pour le début d’année.  cheers
Seul petit regret : on doit perdre pas mal de sel à la traduction en français.

«  Le mal est si mauvais que nous ne pouvons voir dans le bien qu’un accident. Le bien est si bon qu’il nous impose cette certitude : le mal peut s’expliquer. »

Terminons par cet bel hymne au hareng :
« Quand le hareng court un mille,
Le secrétaire peut sourire ;
Quand le hareng s’envole,
Le secrétaire doit mourir »
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Message par Bédoulène le Mar 9 Jan - 23:09

très incitatif ton commentaire Arensor et des sourires ne se refusent pas !

il est dans ma pAL avec 2 autres livres


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Message par Quasimodo le Mar 9 Jan - 23:11

Incitatif, et comment ! Very Happy

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Message par animal le Mer 10 Jan - 0:43

J'en ai lu un qui m'avait bien plu.

Commentaire jusqu'ici très utile non ? J'irai à la pêche à la récup' mais je compte sur vous pour maintenir l'envie d'y retourner Gilbert-Keith Chesterton 1798711736

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Message par Aventin le Mer 10 Jan - 18:19

@ArenSor a écrit: J’ai beaucoup ri à cette lecture, pris beaucoup de plaisir également à décortiquer les rouages de l’écriture chestertonienne. Une très belle découverte pour le début d’année.  cheers
Seul petit regret : on doit perdre pas mal de sel à la traduction en français.

Merci beaucoup pour l'ouverture de ce fil !
(NB: ta liste d'ouvrages disponibles en français est un peu incomplète, mais enfin peu importe on complètera au fur et à mesure que ce fil s'étoffera).

Comme l'ursidé en noir et blanc, je vais rapatrier quelques commentaires, c'est un auteur que je prise vraiment beaucoup, si je ne le fais pas dès ce soir c'est pour laisser bien en vue ton beau commentaire enthousiaste, ArenSor.

Quant à la traduction, on a toujours l'impression avec Chesterton qu'un peu a dû être passé par pertes et profits, suivant l'expression comptable, mais ne nous ne plaignons pas trop de ce qui est à la fois traduit et disponible pour nous autres francophones, car une partie non négligeable de l'œuvre de ce grand maître de l'humour anglais n'est pas encore traduite, et pour ce qui l'est, beaucoup d'éditions sont épuisées.
Heureusement, de temps en temps, au compte-goutte, il arrive que quelque ouvrage bénéficie d'un nouveau tirage.

Sur la Toile, vous trouverez pas mal de "Chesterton societies", ou encore "Cercle d'amis de Chesterton", etc..., témoignant de combien cet auteur est encore lu, comme celle-ci: The American Chesterton Society, mais à peu près rien en français, à ma connaissance, à part ce site-ci.

Anecdote:
Je me souviens avoir lu son Autobiography (parue en français sous le titre L'Homme à la clef d'or) à Londres, à la Toussaint 2015, en arpentant les quartiers qu'il décrivait, c'était extraordinaire, un immense bonheur de lecture.
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Message par ArenSor le Mer 10 Jan - 18:52

Oui Aventin, il doit y avoir des "trous" dans la bibliographie que j'ai reprise de wikipedia Very Happy
A ce sujet, j'en profite pour remercier le ou la modo qui a pris la peine de remettre en ordre ma présentation. Mais promis, je vais essayer de m'améliorer Wink
La découverte de Chesterton je la dois, comme beaucoup d'autres, à ce forum, notamment à toi Aventin ainsi que Bix et Tristram qui ont parlé avec louanges de cet auteur. Alors lorsque je l'ai vu à Emmaüs... cheers
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Message par Armor le Mer 10 Jan - 20:46

@ArenSor a écrit:
A ce sujet, j'en profite pour remercier le ou la modo qui a pris la peine de remettre en ordre ma présentation. Mais promis, je vais essayer de m'améliorer Wink

C'est déjà très bien, et c'est toujours un plaisir quand on sent la personne investie, Arensor. Wink

Sinon, j'ai tenté de mettre à jour la bibliographie. Ce ne fut pas une tâche aisée, car de nombreux ouvrages sont posthumes, et plusieurs d'entre eux sont des "choix d'éditeurs", regroupant des textes qui n'étaient parus initialement que dans des journaux ou revues.
J'ai tenté de mettre le titre original quand c'était possible, en m'aidant, entre autres, du blog des amis de Chesterton déjà cité par Aventin, et de cette bibliographie en anglais: clic
Bien entendu je n'ai pu reconnaître que les titres traduits quasi littéralement.

Si vous constatez des erreurs ou avez des précisions à apporter, n'hésitez pas !

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Message par animal le Mer 10 Jan - 22:39

Gilbert-Keith Chesterton La-sag10

La sagesse du Père Brown

Un ensemble de nouvelles, assez courtes, sans liens entre elles autre que le Père Brown et son compère (français) Flambeau.

Meurtre, danger, mystère, qu'il soit là ou arrive en route, le Père Brown se reconnait tout de suite, l'est petit, ne ressemble à rien et à un gros chapeau !

Petites atmosphères pittoresques et hautes en couleur, avec des effets de genre très soignés, tout ce qu'il faut pour qu'on sente ce qui va arriver sans forcément deviner qui a fait le coup ou quels sont les motifs de l'acte criminel. D'ailleurs le Père Brown n'arrive pas toujours trop tard.

Outre le fait que c'est efficace et très plaisamment écrit, ce sont évidemment les traits d'esprits du Père Brown (et de l'auteur) qui nourrisse le plaisir du lecteur. Large choix de possibilités : avec ou sans préjugés, avec ou sans croyances, en travers des habitudes ou des convenances, le Père Brown peut tout faire, et très tranquillement. Sans méchanceté, sans vengeance.

Enchainer les nouvelles fait ressortir quelques ficelles ou tics ou trucs d'écriture (dans les ouvertures surtout) mais comme c'est bien fait et assez varié dans les décors et les situations ça ne gêne pas beaucoup. Quelques considérations raciales font démodé mais il faut reconnaitre que d'un autre côté les préjugés savent être trompeurs.

Il faut imaginer une petite collection de tourne-pages dans un petit livre qui sait être vif et piquant tout en offrant le confort des repères solides d'un genre. Le genre quand c'est bien fait ça ne se refuse pas !

J'y reviendrai certainement et je l'espère avec un roman.

(Récup').


mots-clés : #nouvelle

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Message par Bédoulène le Mer 10 Jan - 23:25

c'est noté, j'ai le scandale du Père Brown mais faut certainement commencer par le premier de la série.

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Message par Aventin le Jeu 11 Jan - 15:11

L'Auberge Volante
Titre original: The Flying Inn, paru en 1914.
Gilbert-Keith Chesterton G-k-ch11


L'homme sage remise ses alcools préférés sous clef, et laisse vieillir ses meilleurs nectars vineux dans le silence ombreux des caves, pour en apprécier un flacon à titre exceptionnel de temps en temps, histoire de ne pas succomber, de ne pas sombrer dans une addiction.

Histoire aussi de les apprécier à leur juste valeur, de les déguster avec un doux sentiment de plénitude méritée, qui va de pair avec la rareté de l'évènement.
C'est ainsi que je procède avec Gilbert Keith Chesterton, que le grand J-L Borges qualifiait de "maître".
Ce qui explique, et c'est une grande joie, qu'il m'en reste pas mal à lire.

Entré, comme beaucoup, dans l'œuvre de Chesterton par tout le bien qu'en disaient des auteurs que je prise, j'ai commencé par quelques enquêtes de l'un des plus curieux, et a priori invraisemblable, type de détective que la littérature policière n'ait jamais produit, l'infaillible Père Brown, prêtre Catholique en soutane et chapeau.

Mais voici un livre d'un tout autre tonneau, si j'ose m'exprimer ainsi, comprendront ceux qui l'ont lu !
L'Auberge Volante c'est somptueux.
Pas ardu à lire, très fluide, dans un style ampoulé, in fine très raffiné, et pseudo-réaliste que j'apprécie particulièrement.

Drôle parce que grotesque, loufoque, bouffon, encore que, moins flemmard, je devrais tenter la version originale en anglais, une partie du sense of humour est peut-être passée à la trappe traductrice.

Picaresque aussi. Il y a du souffle. Et des chansons. La manière -sans doute la parodie, mais une parodie respectueuse- du roman de chevalerie.

Le personnage principal, Patrick Dalroy, est un des avatars de Don Quijote les plus réussis que je connaisse (bien qu'on ergotera qu'à la fin..., bon, je ne vais pas vous la raconter):
Un défi, un affrontement permanent de la donnée réelle en face, laquelle semble plus irrationnelle que le comportement du héros, avec toujours une prise en compte de la justice, opposée à la Loi, cette dernière devant impérativement être combattue par Dalroy.

Un grand Chesterton, très inspiré. Et toujours en mode castigat ridendo.
Visionnaire, aussi: une grille très contemporaine de lecture fonctionne à merveille, bel exploit pour un écrit de 1914 !


Transféré par air d'un message sur Parfum du 22 avril 2013.
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Message par Aventin le Jeu 11 Jan - 15:21

Le Napoléon de Notting Hill

Gilbert-Keith Chesterton Le_nap10
Titre original: The Napoleon of Notting Hill. Traduction de Jean Florence. Année de parution: 1904.

Un des premiers romans, sinon le premier, du Gentleman-Gaudrioleur. Ecrit comme un roman d'anticipation, dont l'action pourrait se situer vers 1984 (on a glosé sur le fait qu'Orwell n'aurait pas pris ce titre-année complètement par hasard, je ne sais pas ce que ce rapprochement vaut...), et finirait en 2004.
Très foisonnant, ampoulé et loufoque, avec ce délicieux sens de l'absurde, je peux comprendre ceux qui le trouvent un peu pudding, indigeste et roboratif. Parce que la langue de Chesterton est ainsi. La traduction, dont je ne puis juger ne l'ayant point lu en version originale, garde de puissants motifs ornementaux, comme l'emploi du subjonctif dès que faire se peut, et quelques expressions françaises d'époque.
Tout ceci me convient à merveille, un délice !

Alors ?
Ouvrage de charme un peu suranné, succulent par intermittences, d'un maître peu contesté du célèbre humour britannique ?
Que nenni, ce serait trop simple !

Chesterton, je le constate à chaque livre de lui que je lis, a de ces fulgurances visionnaires, qui n'ont pas dû être analysées à la parution de ses ouvrages autrement que comme de petits traits d'humour invraisemblable, et qui s'avèrent être des flèches décochées en plein dans le mille à la lueur des faits, un siècle plus tard. De là à croire que, dans cinquante ou cent ans, certaines phrases ou sentences considérées aujourd'hui comme de petites légèretés absurdes, seront lues autrement...
Comme celles-ci, donc écrites en 1904 et supposées se rapporter à 2004:


 
chapitre II l'homme en habit vert a écrit:  ...ce n'est pas qu'une nation ou que dix nations fussent contre vous, c'est que la civilisation était contre vous. Nous autres hommes d'aujourd'hui croyons à une grande civilisation cosmopolite qui englobera et absorbera toutes les vertus particulières de tous les divers peuples...


   
chapitre II l'homme en habit vert a écrit:...nous voici débarrassés des superstitions et en nous débarrassant des superstitions nous ne nous sommes pas seulement débarrassés de celles que l'on désignait le plus souvent et avec le plus d'énergie sous ce nom. La superstition des grandes nations est mauvaise, mais celle des petites nations est pire.

Quelques mots de l'histoire, sans rien résumer ni dévoiler:
Le choix du roi d'Angleterre est devenu aléatoire. Or il tombe sur un jeune original, Auberon Quin, tellement excentrique qu'il peut passer sans peine pour fou à lier. Et celui-ci a décidé de ne plus rien prendre au sérieux à partir du moment où il prend ses fonctions de monarque. Il proclame, en première mesure, de rendre aux quartiers de Londres leurs armes et couleurs, et leur demande de vivre en fiefs constitués comme au moyen-âge, et de reprendre vêtements et armes de l'époque médiévale. Mais un certain Adam Wayne, est-il plus fou que le roi, le livre ne le démontre pas, prend cela au pied de la lettre et entame une résistance dans son quartier de Notting Hill, dont une rue, Pump Street, est menacé par des projets d'urbanistes fomentés par des grands financiers représentant le matérialisme marchand.

On fera sans peine quelques analogies entre le Patrick Dalroy de l'Auberge Volante dont il est question au message précédent dans ce fil et Adam Wayne.

Mais je ne vais pas vous ressasser un vieux thème chestertonien, juste lancer, par-dessus le siècle, un bref et admiratif:
Don Quijote, vos enfants sont magnifiques et vous saluent !



Filtré d'un message sur Parfum du 26 août 2013.


Dernière édition par Aventin le Jeu 11 Jan - 16:25, édité 1 fois
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Message par Quasimodo le Jeu 11 Jan - 15:51

Vous ne me laissez vraiment pas le choix... Ni lui non plus :

Spoiler:

Osvaldo Ferrari : Et puis il y a les nouvelles policières de Chesterton.

J.L. Borges : Qui sont les chefs-d'oeuvre du genre, car elles ne sont pas seulement policières, mais surnaturelles : dans chaque nouvelle, on insinue une solution surnaturelle. Après quoi vient une solution que nous devons admettre comme rationnelle, et qui nous est donnée par le père Brown ou l'un des autres détectives créés par Chesterton. Ces nouvelles - Xul Solar me l'a fait remarquer - ressemblent à des pièces de théâtre... ou à des tableaux, car je ne sais pas si vous vous en souvenez, mais Chesterton voulut d'abord être peintre; il renonça à la peinture et au dessin pour la littérature mais garda dans celle-ci son oeil de peintre.
Osvaldo Ferrari : C'est pourquoi il est si descriptif.

J.L. Borges : Oui, et il organise tout d'une certaine façon. Les personnages apparaissent comme s'ils entraient en scène. Et il y a toujours une femme aux cheveux rouges, et cette femme aux cheveux rouges est toujours présente devant un crépuscule orange.
Osvaldo Ferrari : Les ciels décrits par Chesterton sont inoubliables !

J.L. Borges : Les ciels, les bois, les paysages, l'architecture, différente dans chaque nouvelles. Certaines ont pour cadre une cathédrale gothique et le mystère prend cette forme de cathédrale. Pour d'autres ce sont les Highlands, les hautes terres d'Écosse, et pour d'autres, les environs de Londres. Le duel du docteur Hirsch se passe, lui, à Paris, et tout s'y conforme. Autre trait étrange : dans les nouvelles de Chesterton on ne châtie jamais personne. Il est vrai que le père Brown est un prêtre et qu'il ne peut donc livrer quiconque à la police. L'assassin peut mourir ou être arrêté, mais le père Brown n'est à aucun moment un inquisiteur, un exécuteur, un bourreau; non, c'est un homme indulgent. Dans L'homme invisible, le père Brown découvre le meurtrier et bavarde avec lui. On comprend que celui-ci s'est repenti, que le père Brown lui a donné l'absolution, car on cesse de parler du crime. L'avenir de l'assassin n'importe plus, et le père Brown ne s'est pas sali.

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Message par Bédoulène le Jeu 11 Jan - 17:22

encore un auteur pour la bibliothèque idéale ?

merci à tous pour vos commentaires

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Message par ArenSor le Jeu 11 Jan - 18:55

Merci à Aventin et à Quasimodo pour leurs apports cheers
C'est intéressant cet interview de Borges ! c'est vrai que j'ai pensé souvent au théâtre en lisant "Le Nommé mardi". Je n'ai pas insisté sur l'importance des descriptions de paysages urbains et ruraux ainsi qu'à la sensibilité aux variations atmosphériques chez Chesterton. Il y a là un aspect proche de la peinture symboliste.
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Message par Aventin le Ven 12 Jan - 15:19

@Bédoulène a écrit:encore un auteur pour la bibliothèque idéale ?

Disons qu'à l'instar de Bosco -comme c'était évoqué sur le fil Bosco - et j'ajoute de Francis Jammes et d'une grosse poignée d'auteurs, disons une grosse poignée, mettons de paysan, de maçon ou de docker, on se demande pourquoi La Pléiade le boude: cela permettrait qu'on en finisse avec ses ouvrages non traduits en français, et aussi avec des tirages épuisés pour ce qui est traduit. Mais c'est [encore un] hommage que je rends à La Pléiade en affirmant cela...
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Message par Aventin le Ven 12 Jan - 15:40

La sphère et la croix
Gilbert-Keith Chesterton 51zjoa10

Titre original: The ball and the cross. Roman, 300 pages environ, 20 chapitres.

Les intitulés des chapitres sont vraiment évocateurs, allez, pour la joie de les poser là:
Spoiler:

– Une discussion un peu en l’air
– La religion du juge
– Antiquités
– Une discussion à l’aube
– Le pacifiste
– L’autre philosophe
– Le village de Grassley-in-the-Hole
– Un intermède
– La dame étrange
– Une passe d’armes
– Un scandale au village
– L’île déserte
– Le jardin de la paix
– Un musée d’âmes
– Le rêve de MacIan
– Le rêve de Turnbull
– L’idiot
– Rencontres
– La dernière conférence
– Dies Iræ
Publié en 1910 à l'état de livre, parution en feuilletons échelonnés entre mars 1905 et novembre 1906 dans "The Commonwealth". C'est le troisième roman, par ordre chronologique, de Chesterton.

Gilbert-Keith Chesterton La_sph10
Dessin de Ben Hatke, tiré de son blogue où vous en trouverez quelques autres ayant trait à "La sphère et la croix", ainsi que quelques propos sur le livre, dont il a illustré une ré-édition.
Ici un lien vers un téléchargement du livre (en version originale), ou encore ici.

La sphère et la croix est une fable, signée d'un maître-métaphysicien. Rassurez-vous, elle est garnie en paradoxes, l'écriture est leste, décapante et joyeuse, le tout est très enlevé. Pas d'inquiétude, le sens de l'humour, si particulier, est à l'habituel niveau de cette figure de proue britannique du genre. Truculent, rondement mené et jubilatoire !  

Tout commence dans le "vaisseau volant" du professeur Lucifer, accompagné par un moine-ermite âgé, bulgare "de grande sainteté", du nom de Michaël, qu'il a kidnappé dans le but de le convertir à ses idées. Croyant aborder une planète inconnue, tout en croisant le fer (verbal) sur des thèmes emprunts de symbolique avec Michaël, Lucifer manque de justesse percuter...la cathédrale Saint-Paul à Londres, surmontée d'une sphère et d'une croix. Furieux des arguments du moine, le professeur Lucifer jette Michaël hors du "vaisseau volant", celui-ci se rattrape in extremis aux branches de la croix qui surmonte la sphère.

S'ensuit un passage remarquable, poético-philosophique, celui de la descente du moine, qui rencontre un gardien, lequel l'amène via les escaliers au sol, avant de le remettre entre les mains de la police, afin de le faire interner en tant qu'aliéné.

De façon concomitante, un jeune écossais catholique (Evan MacIan) fracasse la vitre d'un homme de plume athée dont les écrits et son commerce ne provoquent qu'une totale indifférence (James Turnbull), après avoir lu en vitrine quelques propos comparatifs entre la Vierge et une divinité mésopotamienne.
S'ensuit un attroupement, une demande de régler cela en duel, et l'affaire finit au tribunal, où MacIan campe sur sa position, tandis que Turnbull, plus roué et plus au fait de ce qui peut se dire à la barre d'un tribunal londonien, s'en sort à son avantage. Mais, à la sortie, coup de théâtre: Turnbull, qui a enfin rencontré quelqu'un qui réagit à ses travaux -la chance de sa vie !-, exige son duel, et voilà nos comparses fouinant dans la boutique d'un antiquaire, afin de trouver les épées ad hoc. Ils en trouvent, ligotent l'antiquaire qui leur refusait le droit de se battre dans son jardinet, et leur duel est interrompu par le fait que l'antiquaire, s'étant libéré, a ameuté la police.

Nos protagonistes s'échappent en cab "réquisitionné" de force, puis quittent la ville afin de poursuivre leur querelle ailleurs, tandis que leur affaire fait grand bruit dans les journaux, et que la police les pourchassent. Chesterton, tout en tirant quelques remarques bien senties et paradoxales sur le journalisme et sur la marche du monde, donne dans le quichottisme.
Chesterton a toujours la délicate gaité consistant à poursuivre un genre prisé il y a longtemps, et qui semble avoir perdu ses lettres de noblesse, la farce, ainsi que le burlesque, comme à plusieurs reprises souligné pour ce qui concerne d'autres de ses romans, que j'ai eu la joie de commenter sur ce fil.

Mais Turnbull et MacIan seront sans cesse interrompus dans leurs tentatives de duel, ce qui participe à l'effet comique. Un pseudo-ange pacificste (?), un philosophe sanguinaire quelque peu dérangé, la marée, une dame de la haute société qui les sauve de la police, jusqu'à une fuite en bateau sur une île de la Manche (où, grimés, ils intervertissent leurs rôles en quelque sorte, pour quelques pages savoureuses), et même sur ce qu'ils croient être une île déserte ils sont sans cesse conduits à remettre leur duel.

Je ne vais pas m'étendre sur le pourquoi c'est si spécifiquement pré-kafkaien et pré-borgésien, ce serait vraiment trop dévoiler. Les personnages secondaires, empêcheurs de s'entretuer en rond ou non, sont remarquables. Et le monde -la société moderne- qui empêche deux gentlemen de s'entretuer pour un prétexte qui, paradoxalement toujours, pourrait être le seul qui vaille, donne aussi l'occasion à Chesterton de renverser ce qui est interprété comme la folie ordinaire du côté de la normalité, et vice-versa. Le retournement du regard du lecteur est finement amené, c'est, là aussi, très chestertonien, et de haute volée.

Chesterton, ailleurs que dans ce roman a écrit:Toute ma vie, j’ai aimé les bords, les arêtes ; et la limite qui amène une chose à se dresser très vivement contre une autre.

Pour les principaux caractères, Michaël/Lucifer (très allégoriques) et MacIan/Turnbull sont, peut-être, à rapprocher de Chesterton/G-B Shaw, ou encore Chesterton/Robert Blatchford (directeur de The Clarion comme, dans le roman, Turnbull est directeur de The Atheist).

Il est intéressant de noter la complicité de Turnbull et MacIan, fraternisant, somme toute, très vite dans l'adversité. MacIan veut expédier le duel avant de trop éprouver d'amitié (=caritas, amour du prochain) envers Turnbull. Et le non-dit final, déductible (permettez que je reste vague, c'est pour l'intérêt des futurs lecteurs) les rapproche encore plus.

Affirmer que j'ai aimé & aime ce livre est peu affirmer.
Je m'efforce de ne rien dévoiler, de tout laisser intact pour que ceux qui sont susceptibles de le parcourir.
Au surplus quelques extraits:

Chapite II a écrit:Londres l'intimida un peu, non qu'il le trouvât grand ni même terrible, mais parce que cette ville le déconcertait. Ce n'était ni la Cité d'or ni même l'enfer, c'étaient les Limbes. Une émotion le saisit quand, tournant le coin merveilleux de Fleet Street, il vit Saint-Paul se dresser dans le ciel:
"Ah, dit-il après un long silence, voici une chose qui fut bâtie sous les Stuarts !".
Puis, avec un sourire aigre, il se demanda quel était le monument correspondant dû aux Brunswicks et à la Constitution protestante. Après réflexion, il opta pour une annonce juchée sur un toit et qui recommandait des pilules.

chapitre XI a écrit:Le père et la fille était de cette sorte de gens qui normalement auraient échappé à toute observation,, celle, du moins, qui dans ce monde extraordinairement moderne sait tout découvrir, excepté la force. Tous deux avaient la force sous leur apparence superficielle, comme ces paisibles paysans qui possèdent dans leurs champs d'immenses mines non exploitées. Le père, avec son visage carré et ses favoris gris, la fille, avec son visage carré et la frange d'or de ses cheveux, étaient tous deux plus forts qu'on ne le supposait. Le père croyait à la civilisation, à la tour historiée que nous avons dressée pour braver la nature, c'est-à-dire que le père croyait à l'Homme. La fille croyait à Dieu et était encore plus forte. Ni l'un ni l'autre ne croyait en lui-même, car c'est là une faiblesse décadente.  

chapitre VIII a écrit:     Je commence à comprendre un ou deux de vos dogmes, monsieur Turnbull, avait-il dit énergiquement, alors qu'ils gravissaient avec peine une colline boisée. Et je m'inscris en faux contre chacun de ces dogmes à mesure que je les comprends.

   Celui-ci, par exemple: vous prétendez que vos hérétiques et vos sceptiques ont aidé le monde à marcher de l'avant et tenu bien haut le flambeau du progrès. Je le nie. Rien n'est plus évident, d'après la véritable histoire, que chacun de vos hérétiques a bâti un cosmos de son invention et que l'hérétique venu après lui a pulvérisé ce cosmos.

   Qui donc aujourd'hui sait exactement ce qu'enseigna Nestorius ? Qui s'en soucie ? Nous ne sommes, sur ce sujet, certains que de deux choses. La première est que Nestorius, en tant qu'hérétique, eut une doctrine tout à fait opposée à celle d'Arius, l'hérétique qui le précéda, et sans aucun intérêt pour James Turnbull, l'hérétique qui vint après lui. Je vous défie de revenir aux libres penseurs du passé et de trouver un asile aupès d'eux. Je vous défie de lire Godwin ou Shelley ou les déistes du XVIIIème ou les humanistes adorateurs de la nature, à l'époque de la Renaissance, sans découvrir que votre pensée est éloignée de la leur deux fois plus qu'elle ne diffère de celle du pape.

   Vous êtes un sceptique du XIXème siècle et ne cessez de répéter que j'ignore la cruauté de la nature. Au XVIIIème siècle, vous m'auriez reproché d'ignorer sa bonté et sa bienveillance. Vous êtes athée et vous glorifiez les déistes du XVIIIème. Lisez-les au lieu d'en faire l'éloge et vous découvrirez que leur univers ne subsiste ou n'est détruit que par l'idée de divinité. Vous êtes matérialistes et vous tenez Bruno pour un héros de la science. Voyez ce qu'il a dit et vous le prendrez pour un aliéné mystique. Non, le grand libre penseur, quelles que soient son habileté et sa bonne foi, ne détruit pas pratiquement le christianisme.  Ce qu'il détruit, c'est le libre penseur venu avant lui.

   La libre pensée peut être suggestive, elle peut être excitante, posséder autant qu'il vous plaira ces mérites qui viennent de la vivacité et de la variété. Mais il est une qualité que la libre pensée ne peut jamais revendiquer...la libre pensée ne peut jamais être un élément de progrès. Elle ne le peut pas, parce qu'elle n'accepte rien du passé; elle recommence chaque fois au commencement, et, chaque fois, s'en va dans une direction nouvelle. Tous les philosophes rationalistes sont partis sur des routes différentes, si bien qu'il est impossible de dire lequel a été le plus loin. Qui peut discuter sur le point de savoir si Emerson fut optimiste à un degré supérieur ou Schopenhauer fut pessimiste ?
   C'est comme si l'on demandait si ce blé est aussi jaune que cette colline est escarpée.  

chapitre XX a écrit:- Vous me refusez ma demi-bouteille de Médoc, la boisson la plus salutaire et qui m'est la plus habituelle. Vous me refusez la société et l'obéissance de ma fille que la Nature elle-même impose. Vous me refusez la viande de bœuf et de mouton, alors que nous ne sommes pas en carême. Vous me défendez maintenant la promenade, une chose nécessaire à une personne de mon âge. Inutile de me dire que vous faites cela en vertu d'une loi. Les lois sont fondées sur le contrat social. Si le citoyen se voit dépouillé des plaisirs et des facultés dont il jouirait même à l'état sauvage, le contrat social est annulé.

- Tous ces bavardages n'ont pas de raison d'être, Monsieur, dit Hutton, car le directeur gardait le silence. Nous sommes ici sous le feu des mitrailleuses. Nous avons obéi aux ordres, faites de même.

- Tout fonctionne ici dans la perfection, approuva Durand, comme s'il avait mal entendu; tout marche au pérole, je crois. Je vous demande seulement d'admettre que si par de telles choses nous sommes privés même du confort de l'état sauvage, le contrat social est annulé. Voilà un point intéressant à débattre.

Porté, incomplet mais avec un zeste de retouches, depuis un message sur Parfum du 25 juillet 2015.


mots-clés : #fantastique #humour #religion
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Message par colimasson le Lun 15 Jan - 17:26

Tous vos commentaires me mettent en appétit...
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Message par Cliniou le Lun 15 Jan - 17:36

Depuis que j'avais envisagé de faire une série de lectures sur le thème des jours de la semaine, j'ai Le Nommé Jeudi qui attend, là, sur l'étagère. Sans penser qu'un beau moment de détente me faisait de l'oeil.
Je pense bien que son quart va sonner dans les semaines qui viennent !
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Message par Aventin le Lun 15 Jan - 19:14

Chouette alors, Cliniou, même si les enquêtes du Père Brown ou L'auberge volante me semblent une porte d'entrée plus aisée.
Voilà qui m'incite à déterrer mon commentaire, en complément de celui, succulent, d'ArenSor.

Le nommé Jeudi
Titre original, plus suggestif: The Man Who Was Thursday: A Nightmare.

Gilbert-Keith Chesterton Cheste10

On peut l'écouter ici, ou bien via YouTube, servi par Orson Welles:
Spoiler:

Encore une œuvre de jeunesse de Gilbert-Keith Chesterton, publiée en 1908.
Une anodine controverse, ou joute verbale, entre Gabriel Syme, qui représente le camp du bien (et de l'ordre) et Lucien Gregory, zélateur de l'anarchie, nous fait entrer en douceur dans ce roman.
Puis la verve, la truculence Chestertonienne, très réaliste-magique, se met en branle.

Sans trop révéler, parce qu'il y a un côté thriller indéniable, additionné d'une théâtralité à effets, Syme infiltre par son talent oratoire une société secrète anarchiste, au sein de laquelle il se rend à l'invite un rien provocatrice de Gregory.

S'ensuivent une série de quiproquos et d'action, tout est dans les faux-semblants et l'exhibition puis le tombé des masques, et dans de bien étranges infiltrations.
Le tout servi par la plume, poétique, drôle et raffinée de l'auteur.
Par ailleurs, c'est encore un ouvrage de Chesterton qui peut constituer, pour l'amateur, une inépuisable mine de citations.
Beaucoup d'action (sans cesse, en fait), il y a aussi un côté polar, mais surtout qu'on ne réduise jamais ce livre à un policier, ce n'est pas une enquête du Père Brown !

Le roman est découpé en quinze chapitres, à noter que le poème dédicatoire est curieusement absent de l'édition française (du moins celle dont je dispose, voir image), ainsi intitulés:
1– Les deux pièces de Saffron Park
2– Le Secret de Gabriel Syme
3– Jeudi
4– L’histoire d’un détective
5– Le repas épouvantable
6– Démasqué !
7– Conduite inexplicable du professeur de Worms
8– Explications du professeur
9– L’Homme aux lunettes
10– Le duel
11– Les malfaiteurs à la poursuite de la police
12– La terre en anarchie
13– À la poursuite du président
14– Les six philosophes
15– L’accusateur

Une forte dose d'allégorie(s), quelques références bibliques. Et du burlesque et du comique de situation, à n'en plus finir !

Et bien entendu une somme inouïe de paradoxes (oui, je sais, on est chez Chesterton, normal, quoi !).

C'est ma seconde lecture, ou plus exactement ce n'est que ma seconde lecture: comprenez que je suis loin, très très loin d'avoir fait le tour de ce riche ouvrage, sans doute ce que j'ai lu de lui de plus baroque !



Repris au vol d'un message sur Parfum du 17 septembre 2013.
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