Jaume Cabré

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Re: Jaume Cabré

Message par églantine le Jeu 1 Mar - 11:51

Même si j'ai adoré lire les romans de Cabré , c'est typiquement le genre de lectures que je ne relirai pas . Pourquoi ? scratch
Peut-être parce que je n'ai qu'un goût modéré pour les "conteurs" et que je préfère la littérature qui ne raconte pas .
Ou peut-être que c'est autre chose .

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Re: Jaume Cabré

Message par topocl le Jeu 1 Mar - 12:57

@églantine a écrit:e je n'ai qu'un goût modéré pour les "conteurs"
...dit la fille qui a aimé le dernier Auster

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Re: Jaume Cabré

Message par églantine le Jeu 1 Mar - 13:20

Et même adoré. Razz
N'empêche que je ne retire pas ce que j ai dit .Parce que ça me semble un peu vrai.
Mais bon.Demain ma vérité sera peut-être autre.
C est souvent comme ça. Je m ennuie donc jamais. Il faut s adapter à soi chaque seconde.
Et le temps n'en finit pas de passer.

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Re: Jaume Cabré

Message par bix_229 le Jeu 1 Mar - 15:32

C' est peu court pour s' adapter, non ?
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Re: Jaume Cabré

Message par églantine le Jeu 1 Mar - 16:44

@bix_229 a écrit:C' est peu court pour s' adapter, non ?
Là est bien la difficulté de vivre .
On a toujours un temps de retard .

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Re: Jaume Cabré

Message par Bédoulène le Ven 2 Mar - 10:28

églantine tu me surprends toujours, deux églantines (plus ?) semblent vivre dans une parfaite et intéressante antinomie !

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Re: Jaume Cabré

Message par Tristram le Dim 1 Avr - 16:00

Confiteor



Adrià Ardèvol y Bosch, prodige polyglotte, observateur et violoniste, enfant unique et mal aimé de Fèlix, paléographe, collectionneur et vendeur d’antiquités plus ou moins volées, ainsi que dénonciateur franquiste (« ce fut une erreur de naître dans cette famille »), adresse à son (ultime) amour, Sara (subitement partie), ces « coupons de mémoire » témoignant de sa vie de « lâche » : amitié avec son condisciple Bernat, découverte d’une demi-sœur italienne, études en Allemagne, mort brutale et mystérieuse du père, dont on apprend qu’il profitait des biens juifs avec les nazis (culpabilité d’être le fils de son père), et dont il partagera la « folie des objets » (notamment, outre un violon historique et une médaille chargée de souvenirs tous deux volés, des manuscrits d’auteurs célèbres)... C’est que simultanément viennent entremêler leurs veines de vieux monastères, de camps d’extermination, l’histoire de bûcherons qui connaissent la vie du bois en l’écoutant chanter, et savent choisir le matériau des luthiers, des instruments auxquels on appartient…
Mais le comble de l’entrelacement des fils est celui des SS et de l’inquisition (l’Hobersturmbannführer Rudolf Höss et Son Excellence fra Nicolau Eimeric ; selon le cas l’ennemi est appelé « danger interne » ou hérétique), dans un rapprochement intuitif des barbaries dans le temps, une réitération, une continuité ‒ une banalité ‒ du mal (ici l’antisémitisme). Subtil paradoxe de l’affirmation que les Juifs sont des rats non humains, et cependant médecin vous soignant, servante qu’on aime…
« Et là où, nous autres frères prêcheurs, nous avions un rôle essentiel, c’est précisément dans l’éradication des dangers internes. Pour la vraie foi, la présence d’un hérétique est mille fois plus dangereuse que celle d’un infidèle. L’hérétique a été nourri des enseignements de l’Église et vit en son sein, mais en même temps, par sa nature empoisonnée et pestiférée, il pourrit les éléments sacrés de l’institution. À partir de 1941, la décision qui fut prise pour résoudre le problème une fois pour toutes fut de laisser la Sainte Inquisition aux enfants de chœur et de programmer l’extermination de tous les juifs sans exception. Et là où il devait y avoir de l’horreur, que cette horreur soit infinie. Et là où il devait y avoir de la cruauté, qu’elle soit absolue, parce que maintenant c’était l’histoire qui prenait la parole. »

« C'est pour ça que je suis juif, pas de naissance, que je sache, mais volontairement, comme beaucoup de Catalans qui nous sentons esclaves sur notre propre terre et qui avons un avant-goût de ce qu'est la diaspora, seulement parce que nous sommes catalans. Et depuis ce jour je sais que moi aussi je suis juif, Sara. Juif par la tête, les gens, l'histoire. Juif, sans dieu et avec une envie de vivre sans faire le mal, comme monsieur Voltes, parce qu'essayer de vivre en faisant le bien est, je crois, trop prétentieux. Mais ce fut peine perdue. »

« ‒ La perfide race juive, comme nous l’enseigne la Bible.
‒ Non, Excellence, c’est l’Église catholique qui nous le dit. La Bible a été écrite par des juifs.
‒ C’est bien vu, Ardèvol. Je vois que vous êtes un homme cultivé, comme moi. Mais ça n’enlève rien à la perfidie des juifs. »
Dans ce roman, il s’agit d’une approche différente, d’un éclairage réflexif de la littérature sur l’Histoire. Mais l’esprit critique pourrait peut-être reprocher à cet exercice de ne prêcher que les convaincus, ne faisant que reprendre ce que nous savons d’une manière bien incapable d’éveiller les indécis, les inconscients, les incultes ?
C’est donc la confession (d’où le titre, "je confesse, j'avoue") d’Adrià (personnage central, mélange d’esthète et d’érudit, à nette dimension autobiographique) dans un effort de mémoire défaillante et le sentiment d’être coupable, à tort ou à raison (baignant dans un athéisme incertain), et encore de la corruption du pouvoir, des spoliations (celle qui est ultimement révélée, concernant Bernat, me paraît étonnante).
« Je suis impliqué dans tout. Je crois que je suis coupable de la dérive peu enthousiasmante de l’humanité. »
De beaux passages, tels que l’organisation de la bibliothèque comme création du monde, l’amoureux-démarcheur d’encyclopédies éconduit, ou les principaux protagonistes (sur quatre siècles en Europe) se retrouvant dans le métro barcelonais pour être volatilisés dans un attentat islamiste (seul personnage venu de hors la sphère européenne, sauf erreur de ma part). Des épisodes poignants, comme le docteur nazi qui essaie de racheter le mal fait (en Afrique), ou la musulmane lapidée.
« Jaume Cabré passe ainsi de l'intimité des personnages à l'histoire européenne, il vous montre avec force les relations de causalité dans l'Histoire, il vous montre comment les choix et les actions agissent dans le monde, un monde de conséquences, de résonances, où chaque acte compte pour lui-même et pour les multiples échos qui en résulteront, dans le temps et dans l'espace. »
Laurent Mauvignier, « L'art de la fugue. "Confiteor", de Jaume Cabré » in Le Monde des livres
Il est donc fait référence à la littérature des camps :
« ‒ Comme Primo Levi ? […] je veux dire qu’il s’est suicidé alors qu’il était âgé. Il aurait pu le faire avant, dès le moment où il est sorti de l’horreur. Ou Paul Celan, qui a attendu des années et des années.
‒ Ils ne se sont pas suicidés parce qu’ils avaient connu l’horreur, mais parce qu’ils l’avaient écrite.
‒ Je ne te suis pas.
‒ Ils l’avaient écrite ; ils pouvaient mourir. Je vois ça comme ça. Mais il y a autre chose : ils se sont rendu compte qu’écrire c’est revivre, et passer des années à revivre l’enfer, c’est insupportable. Ils sont morts d’avoir écrit l’horreur qu’ils avaient vécue. Et à la fin, toute cette douleur et toute cette panique réduites à mille pages ou à deux mille vers ; faire tenir tant de douleur dans quelques centimètres carrés de papier imprimé, cela a l’air d’un sarcasme. »
Le récit d’Adrià présente une sorte de curieux dédoublement de la personnalité (il passe alternativement du "je" au "il"), qu’a déjà signalé Bédoulène : en fait, il s’agit d’allers-retours de la subjectivité à l’objectivité, dans une mise au point variable au cours de la narration :
« Mon intention était de provoquer une sensation de zoom avant et arrière. Je travaille là-dessus depuis l’Ombre de l’eunuque, en 1996. A l’époque, je fais lire à un ami 50 pages écrites à la troisième personne. Il me dit : tu te trompes, ce devrait être écrit à la première. Je réécris comme ça, mais ça ne marche pas. Je me suis alors aperçu que dans un récit, il y a des moments plus objectifs, et c’est le « il », et des moments plus subjectifs, et c’est le « je ». En écrivant Confiteor, j’ai pensé que je pourrais le justifier par la maladie d’Adriá. Au moment où il confesse sa vie, il sait qu’il est atteint d’Alzheimer et qu’il va bientôt tout perdre. Il est pressé, il veut finir, sa pensée va et vient et il ne corrige rien ‒ moi si, hélas ! Mais, en réalité, pas besoin de cette explication. Le rythme et la musique des phrases, si c’est réussi, suffisent à tout justifier. »
Jaume Cabré, entretien avec Philippe Lançon, Libération du 25 septembre 2013
Cabré est décidément le virtuose de cette composition musicale de fils narratifs entretressés, rapprochements sans amalgame, et sans (trop) égarer le lecteur ! L’auteur entretient aussi un certain suspense, qui n’est peut-être pas même nécessaire (autour de Sara notamment).
C’est une sorte de dialectique du pouvoir et de l’art, de la vie et de la mort, de la passion et de la réflexion (comme le recto-verso du manuscrit d’Adrià, deux encres différentes, et d’un côté l’étude du mal, de l’autre sa confession personnelle), inextricablement liés comme bien et mal.
Les objets emblématiques, chargés de passion et d’histoire (violon, médaille), sont les fils ou l’aiguille qui donne sa cohérence aux étoffes temporelles jointes (voir la serviette de table partagée entre deux fillettes emmenées à Auschwitz, et recousue dans les mains de l’escroc).
Dans cette œuvre musicale, les leitmotive font revenir les thèmes, les phrases, avec ou sans modulations : « le jour du Seigneur arrivera en pleine nuit comme un voleur » ; dialogues dubitatifs du narrateur avec Aigle-Noir le chef arapaho et le shérif Carson, ses imaginaires compagnons d’enfance ; la terre qui redevient plate dans les périodes d’obscurantisme (belle métaphore !) ; la graphie accentuée « pputain » (de vie, de hasard, etc.)…
« …] en ce temps où Franco commandait et où, pour nous, la terre était à nouveau plate [… »
Le finale est déroutant : Adrià disparaît, et semble être réincarné dans un moine du passé, évoqué dès le début. Pour illustrer le propos de Cabré, qui évoque la bouteille de Klein dans Confiteor :
« J'ai cherché dans ce roman à faire en sorte que mon personnage entre dans sa propre histoire, qu'il puisse y disparaître ou y être caché comme je le laisse penser à la fin du roman. »
Jaume Cabré, entretien avec Philippe Lefait, Magazine littéraire n° 537, novembre 2013
En accord avec Eglantine, je ne suis pas certain que le Confiteor surpasse Les voix du Pamano ‒ ce gros roman est peut-être moins resserré, d’une structure plus dispersée que L’Ombre de l’eunuque ? Des pistes s’ouvrent, ne sont pas explorées (Adrià est auteur de La Volonté esthétique et, comme Quasimodo, j’aurais aimé en savoir plus ; sa recherche des racines du mal n’aboutit pas sur un point de vue original ‒ mais ce n’est ni une thèse ni un essai).
« La réalité des choses de la vie ne peut être déchiffrée, approximativement, qu’avec l’aide de l’œuvre d’art, même si elle est incompréhensible. – Il les regarda, se retournant pour les embrasser tous de son regard.
– Le poème hermétique est l’écho du conflit non résolu. […] Peut-être lui demanderait-elle si, à travers l’art moderne, on peut saisir tout ce à quoi l’homme a dû renoncer pour construire un monde objectif. […]
‒ Cela ne peut être transmis que par l’art, par l’artifice littéraire, qui est ce qu’il y a de plus proche de l’expérience vécue.
‒ Purée.
‒ Oui. Il faut de la poésie, plus que jamais, après Auschwitz.
‒ C’est une bonne fin.
‒ Oui, je crois que oui. Ou peut-être pas. Mais je pense que c’est une des raisons de la persistance de la volonté esthétique dans l’humanité. »
Petite remarque :
« Je n’ai fait celle-ci plus longue que parce que je n’ai pas eu le loisir de la faire plus courte. »
Cette citation en français, vers la fin du livre, est à imputer à Blaise Pascal (dans Les Provinciales).

Petit florilège :
« ‒ Le pater Faluba nous a dit que les hommes n’habitent pas un pays mais une langue. »

« Ce n’est pas que je voulais apprendre les langues. C’est elles qui m’apprenaient. »

« C’était un son qui n’avait pas encore de parfum mais qui ressemblait déjà au velours. »

« Et ce que je ne sais pas, je l’invente et c’est également vrai. »

« Maintenant j’étais un adulte, mais j’avais du mal à accepter que la vie se fait à coup de morts. »

« Et ensuite, d’une voix plus basse, il dit je ne crains pas la mort ; je me fâche contre elle, c’est tout. La mort m’ennuie mais elle ne me fait pas peur. Quand on est quelque part, la mort n’est pas là ; où il y a la mort, on n’y est pas soi-même. Par conséquent, c’est perdre son temps que d’avoir peur d’elle. Et il en parlait tellement que je suis sûr qu’il avait peur d’elle, mais peut-être pas autant que moi. Et alors il ajoutait Wittgenstein disait que la mort n’est pas un événement de la vie. »

« …] digne du privilège de la relecture.
‒ Et qu’est-ce qui rend digne de ce privilège ? […]
– La capacité de fasciner le lecteur ; de le faire s’émerveiller de l’intelligence qui se trouve dans le livre qu’il relit, ou de la beauté qu’il génère. Cela dit, la relecture, par sa nature même, nous entraîne dans une contradiction. […] Un livre qui ne mérite pas d’être relu ne méritait pas davantage d’être lu. »

« Et tous ces signes minuscules que je ne sais pas reproduire mais qui font qu’un visage, comme si c’était un violon, devient le paysage où se reflète le long voyage d’hiver avec tous ses détails, avec toute son impudeur, mon Dieu. »
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Re: Jaume Cabré

Message par topocl le Dim 1 Avr - 16:38

Ils sont très différents, Les voix du Panamo et Confiteor, non? Pour moi il est difficile de les soupeser et de les comparer...

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Re: Jaume Cabré

Message par Tristram le Dim 1 Avr - 16:52

Tout à fait ! quoiqu'on reconnaisse dans les deux la pâte de Cabré, notamment sa composition musicale, dont on pourrait étudier l'évolution ou variation. Confiteor n'est pas "mieux" dans l'absolu, et je ne sais pas si je n'ai pas eu plus de plaisir avec Les voix du Panamo... Bref, les deux sont à lire (et seront à relire)...
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Re: Jaume Cabré

Message par topocl le Dim 1 Avr - 18:26

@Tristram a écrit:Tout à fait ! quoiqu'on reconnaisse dans les deux la pâte de Cabré, notamment sa composition musicale, dont on pourrait étudier l'évolution ou variation.

C'est ça, pareil et pas pareil!
Du même auteur, mais renouvelé.


@Tristram a écrit:Bref, les deux sont à lire (et seront à relire)...

Ouiiii!

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Re: Jaume Cabré

Message par Bédoulène le Dim 1 Avr - 20:51

merci Tristram pour ce commentaire argumenté et pointu. Je vais relire mon commentaire pour voir ce qu' éventuellement m'a échappé. Smile

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Re: Jaume Cabré

Message par Tristram le Dim 1 Avr - 21:01

J'ai relu ce qui était sur le forum avant de rédiger mon commentaire : tout ça me semble plutôt complémentaire.
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Re: Jaume Cabré

Message par Tristram le Dim 7 Oct - 0:11

Voyage d’hiver




Dans ce recueil de nouvelles écrites entre 1982 et 2000, on retrouve beaucoup des topos de l’œuvre de Jaume Cabré (avec en première place la musique, et Schubert) en un chassé-croisé de sujets et d’éléments repris avec une évidente malice. Et en premier lieu, le « voyage d’hiver », image de l’existence humaine (id est vieillissante) dans Confiteor :
« Et tous ces signes minuscules que je ne sais pas reproduire mais qui font qu’un visage, comme si c’était un violon, devient le paysage où se reflète le long voyage d’hiver avec tous ses détails, avec toute son impudeur, mon Dieu. »
Instantanés de personnages qui bougent encore (ou déjà) dans l’esprit de l’auteur, tel Adrià Ardèvol (de Confiteor), vivant character (personnage, mais aussi caractère, c'est-à-dire substrat d’un trait caractéristique qu’il incarne), parti-pris de la structure en boucle fermée, renvois d’échos, le recueil pourtant disparate (plusieurs genres sont utilisés, comme le polar austerien ou la sordide violence burgessienne) révèle peu à peu une telle cohérence que l’on se demande si le principal ne nous a pas échappé, entre deux références érudites.
Mais dans son épilogue, Cabré à l’élégance de nous éclairer sur la genèse du recueil :
« Les dernières rédactions, les nouvelles versions de la plupart des quatorze nouvelles, m’ont apporté de nombreuses surprises. La plus spectaculaire est peut-être le constat que dans la vie toutes les choses sont en rapport les unes avec les autres. Je pensais que j’étais en train d’élaborer un recueil de récits totalement indépendants, car les atmosphères de chaque histoire réclamaient cette indépendance à grands cris. Mais le seul fait de les travailler, pendant ces derniers mois, dans une même durée, m’a permis de voir les fils, certains secrets et d’autres plus évidents, qui les relient tous entre eux. J'ai commencé à connaître, et d'une certaine façon à aimer, des personnages qui existaient bien qu'ils ne jouissent pas des mêmes avantages que les personnages de roman : car vivre dans une nouvelle, c'est comme passer toute sa vie dans un de ces hôtels japonais dont les chambres ressemblent à des caissons de décompression pour plongeurs. Mais ce n'est qu'une apparence. Les personnages des nouvelles, comme leurs histoires, se fondent beaucoup sur ce qu'on n'a pas pu dire d'eux, mais qui est là. »

« Parfois, les coïncidences sont voulues et parfois elles ne le sont pas, et alors elles peuvent gêner, bien qu’elles soient inévitables. »
J’ai particulièrement prisé Poussière, celle des livres dans cette savoureuse évocation de la bibliothèque où Adrià collecte nombre d’ouvrages anciens, médiocres et méconnus (comme Voyage d’hiver de Gaston Laforgue, Lyon, 1902), y décelant des pensées qu’il préserve en fiches (un chercheur de citations, quoi) :
« — Vous lisez ces livres parce que ça vous fait de la peine que plus jamais personne ne les lise. L’oubli et les gens oubliés vous font de la peine. […]
— Vous voulez les ressusciter par la lecture. »
Finalement, ce qui fait l’unité de ce recueil, sinon de ton, mais d’esprit, c’est celui de l’auteur, qui nous dit d’ailleurs dans Poussière :
« Si un ouvrage est bien écrit, ses mots contiennent la personne qui l’a créé. »
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