Des Choses à lire
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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot


Karl-Heinz Ott

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Message par tom léo le Lun 12 Fév - 17:31

Karl-Heinz Ott
né en 1957


Karl-Heinz Ott Karl-h10

... sur les bords du Danube, à Ehingen près d'Ulm. Il visita un internat catholique. Philosophie, lettres allemandes et musicologie sont les trois axes de ses études. Il a été conseiller dramaturgique à Fribourg, puis à Bâle et Zurich. En 1998, il publie son premier roman, le très remarqué « Ins Offene » (à paraître), que couronnera le prix Hölderlin. « Endlich Stille » (Enfin le silence), son deuxième roman, a été salué en 2005 par la critique allemande et nominé pour plusieurs prix. Depuis Juin 2006 il est membre de l’académie des sciences et de la littérature de Mainz/Mayence.

Oeuvres en français :

Ins Offene – Que s‘ouvre l‘horizon (Roman), 1998
Endlich Stille - Enfin le silence, 2005

Ouvrages en langue originale:
Romans/nouvelles
Heimatkunde Baden, 2007
Ob wir wollen oder nicht , 2008
Wintzenried. Roman, 2011
Die Auferstehung, 2015.

Essais:
Heimatkunde Baden, 2007.
Tumult und Grazie – Über Georg Friedrich Händel, 2008
Die vielen Abschiede von der Mimesis, 2010.

Théâtre:
Endlich Gäste, 2002.
Die Geierwally, 2002.
Arabische Pferde. Libretto, zusammen mit Yoko Tawada, 2003.
Das Gastmahl, 1998.) Verlag der Autoren, Frankfurt am Main 2010.
Die ganze Welt, 2010
Konstanz am Meer, 2014

Aussi des  pièces radiophoniques et Features
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Message par tom léo le Lun 12 Fév - 17:33

Enfin le silence  

Karl-Heinz Ott 41792b10


Originale : Endlich Stille (allemand, traduction par: Françoise Kenk)

Présentation de l'éditeur a écrit::
Disserter sur le libre arbitre chez Spinoza est parfois plus aisé que d'apprendre à dire non. Un professeur de philosophie bâlois en fait l'amère expérience. Il suffit de rencontrer à la gare de Strasbourg un inconnu, l'Autre dans toute sa misérable splendeur, pour qu'il apprenne ce que signifie " être possédé ". L'Autre serait-il le Diable ? Il en a tout l'air : ivrogne invétéré, obsédé sexuel, bavard égotique, menteur délirant, il se révèle une sangsue mortifère. Il poursuit notre narrateur de son embarrassante amitié, s'installe chez lui sans ménagement, fait fuir ses proches, détruit sa réputation. Cet huis clos aussi étouffant que révoltant accule le calme professeur à envisager le pire. Enfin le silence est un thriller métaphysique d'une démoniaque intelligence, servi par une écriture envoûtante, à la fois classique et moderne.

Remarques :
C’est en recherche d’auteurs allemands nouveaux qu’un libraire m’a conseillé ce livre, et j’en fus agréablement surpris! Avec beaucoup de virtuosité, dans la langue d’abord, Ott raconte une situation qu’on a pu déjà rencontré dans notre propre vie, peut-être à un moindre degré : Quand est-ce qu’il est temps de dire clairement et sans ambigüité « Non » dans une situation, à une personne ? Quand est-ce que nous devenons des victimes de quelqu’un qui ne respecte pas notre intimité, qui ne connaît aucune discrétion ? Ou est-ce que dans ces situations-là on ne devient aussi des victimes de nos propres hésitations ?

Je peux comprendre que l’apparente impuissance du narrateur face à l’artifice de son „ami-ennemi“ peut énerver plus qu’un. J’ai lu ici et là des commentaires qui parlaient de l’attitude incompréhensible ou lamentable du héros. Soit. Mais Ott parvient à faire monter doucement justement cet énervement, jusqu’à ce qu’on en a marre. Cela fait l’effet d’une asphyxie, d’unétranglement! Et c’est alors drôlement bien raconté!

Comparant des sujets de son livre avec la biographie de l’auteur, on voit bien qu’il a puisé dans ses études, sa vie des inspirations, par exemple dans les passages qui apparaissent presque comme des petites excursions en musique ou philosophie (Spinoza).

Une belle découverte à l'époque et un auteur que j’aimerais garder à l’œil !

mots-clés : #huisclos #philosophique
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Message par animal le Lun 12 Fév - 21:58

Ca me plairait tu crois ?

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Message par tom léo le Lun 12 Fév - 22:05

Oui, je le pense. Aussi Miss Topocl, par exemple??? Mais là..., je risque gros...

Il y a un melange assez drôle entre grotesque, absurdité, Philosophie, mentalité d'éviter clairement de se prononcer jusqu'à entrer dans un mur. Pas mal...

Mais je dois avouer que j'ai, contrairement à l'annonce, moins aimé les autres romans lus de lui.
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Message par animal le Lun 12 Fév - 22:08

ok. merci, je pense que me souviendrais du nom quand j'aurais lu une partie de mon stock actuel. cat

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Message par Bédoulène le Lun 12 Fév - 22:20

merci Tom Léo !

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Message par colimasson le Mar 13 Fév - 10:25

J'aimerais bien lire ce livre. Merci pour la découverte Tom.
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Message par topocl le Mar 13 Fév - 11:58

@tom léo a écrit: Aussi Miss Topocl, par exemple??? Mais là..., je risque gros...
.

Haha! tu risques une volée de bois vert si ça ne me plait pas, c'est ça? Karl-Heinz Ott 1390083676
Bon, j'y jetterai un œil, je crois (et j'espère que ça me plaira!)

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Message par topocl le Jeu 22 Fév - 10:32

Enfin le silence

Karl-Heinz Ott 41792b10

Le narrateur, qui reste innomé, est professeur de philosophie à Bâle, spécialiste de Spinoza, "Heureux homme qui avez trouvé avec votre polisseur de verre une tâche pour votre vie entière!". Il consacre sa réflexion à la liberté et au libre arbitre.

Mais la vie réelle, c'est autre chose que la pensée philosophique : indécis et procrastineur, ne voulant ni heurter ni blesser, il n'est pas homme à dire non cruellement et se laisse envahir par un inconnu, une soiré d'abord, puis des semaines quand ce coucou s’installe dans sa vie, dans son appartement, dans son lit...C'est un engrenage mortifère aussi improbable qu'infernal, mais on sait bien que la vie est improbable (et parfois infernale). Jusqu'à ce que Spinoza se remette à parler en lui (en effet wikipedia nous explique que selon Spinoza L'homme libre n'a donc aucun concept du bien et du mal )

Cela peut  se lire au premier degré comme une thriller psychologique, un huis clos palpitant très habilement mené, guidé par la seule emprise d'un homme sur un autre ; jusqu'où va -t'il aller? Karl-Heinz Ott pousse le bouchon juste à le limité de l'admissible : c'est parfaitement plausible mais quand même ahurissant, ce philosophe érudit qui n'est qu'une chiffe molle à qui on a envie de botter les fesses. On sent la jouissance de l'auteur à toujours frôler l'excessif dans un crescendo maléfique.

Mais bien évidemment, Karl-Heinz Ott ne se place pas sous l'égide de Spinoza pour rien. Derrière la narration pragmatique; il y a un roman philosophique, un anti-Bartleby (ce héros melvillien qui dit non à tout alors que le héros (ou anti-héros) ici ne dit non à rien...) une réflexion, finalement glaçante,   sur l’équilibre du pouvoir.

Merci, tom léo Wink !

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Message par Bédoulène le Jeu 22 Fév - 11:00

eh bien quel commentaire topocl, merci ! c'est re-noté !

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Message par églantine le Ven 23 Fév - 16:38

Karl-Heinz Ott 575154626
Je crois que je vais changer l'ordre de mes LALS ,en supprimer aussi pour en rajouter (dont celui-ci ) .
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Message par bix_229 le Ven 23 Fév - 17:22

Karl-Heinz Ott Ott10

Karl-Heinz Ott : Enfin le silence

Je ne connaissais pas Karl-Heinz Ott avant d'avoir lu ce livre.

Et je dois dire que c'est un roman très intrigant, très cruel, très opaque qui vous repousse autant qu'il vous attire.
Je n'oserai le conseiller à personne, car c'est un livre qui fait peu de concessions au lecteur.

Ecriture blanche, histoire étrange certes, mais irritante, nauséeuse. Personnages peu sympathiques, c'est peu dire... Du moins en apparence... Mais vient le moment où l'on se demande : Et si les apparences étaient trompeuses ?....
Et si vous vous posez la question, alors vous ne lacherez jamais plus ce livre...

Et si l'écriture blanche était là précisément pour accentuer le malaise qui enveloppe le livre. Pour mieux nous perdre. Pour mieux cacher la sauvagerie sous jacente, mais toujours présente. Et la réversibilité des deux personnages principaux du roman....
Voilà un livre qui soulève constamment des questions et qui ne les résout qu'en apparence.

L'histoire ?
Mais quelle histoire ? Dès le début, on devine la fin. Au moins là point de mystère. Sauf qu'à la fin, il y a encore un ultime questionnement. Un dernier renversement de situation...

L'histoire ?
Que faire lorsque un individu pénètre par effraction dans votre existence et la pourrit absolument jour après jour ?
Voilà à peu près résumé cette incroyable machination. Dont les protagonistes sont victimes... tout comme le lecteur.

Très fort ce Karl-Heinz Ott !

Ce livre est l'un des plus troublants que j'ai lus depuis longtemps.
Je voudrais rajouter que si la fin a quelque chose de volontairement attendu et prémédité, elle est d'une beauté, d'une intensité que j'aurais peine à décrire.
Dans ces pages-là, il y a aussi quelques réflexions sur Schubert, un musicien que j'apprécie beaucoup, et qui sont d'une grande intensité poétique...

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Message par topocl le Ven 23 Fév - 18:18

Ah, oui, il parle aussi de Schubert (et de Scarlatti) dans Enfin le silence

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Message par topocl le Ven 23 Fév - 19:29

@églantine a écrit:Karl-Heinz Ott 575154626
Je crois que je vais changer l'ordre de mes LALS ,en supprimer aussi pour en rajouter (dont celui-ci ) .

C'est bien de faire le ménage de temps en temps!

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Message par tom léo le Ven 23 Fév - 22:22

Karl-Heinz Ott 97834510

Que s'ouvre l'horizon


Originale : Ins Offene (Deutsch, 1998)
Traduction : Françoise Kenk, 2010

CONTENU :
Présentation de l'éditeur a écrit:Le diagnostic des médecins est formel : la mère va mourir. dans quelques semaines tout au plus. Son fils unique se doit de revenir au pays natal afin de l'accompagner dans ses derniers instants. L'homme n'y était pas retourné depuis plusieurs décennies. Il avait fui l'univers clos et asséché d'un village souabe dont le catholicisme à la poigne de fer et la morale étroite avaient depuis longtemps condamné sa mère célibataire, tout comme lui, l'enfant naturel. Au chevet de celle-ci, le voilà confronté à sa mémoire, de même qu'à une femme qui fut à la fois le pivot de sa vie et son ennemie dévorante. Se libère-t-on jamais de ses origines, de son ascendance ? Est-il possible d'embrasser d'autres horizons ? Dans un roman tendu et poétique, Karl-Heinz Ott aborde ces questions avec une sincérité et une finesse qui forcent l'admiration. On comprend que le livre ait été couronné en Allemagne par le prestigieux prix Hölderlin.


REMARQUES :
Voici que je viens vous présenter – en interrompant le fil chronologique de la publication – le premier livre de l'auteur qui fut traduit voici 8 ans en français.

Au début du roman le narrateur reçoit la nouvelle d'un danger de vie imminent chez sa mère. Donc, il se met en route vers son pays natal et l'hôpital, et tout ce qui suit est une dialogue avec le passé et le présent, sous le regard de l'éphémère, de la mort imminente. Non, on trouvera pas juste des souvenirs en rose d'un passé maquillé, et aussi pas juste une compassion très imposante avec la mère mourante, mais d'abord même un aveu de haine, de désir de mort. Ainsi les souvenirs sont marqués par les anciennes rivalités et désir de mort ET, de l'autre coté pour ainsi dire, le repentir anticipé si ils vont se séparer dans ces termes là, et si le fils ratera la dernière chance d'une réconciliation possible avec sa mère et – peut-être encore plus ? - tout le passé qui allait avec ?! Dans ce sens-là on se trouve dans ce livre plus ou moins directement face à la mort, de la mère, et de la sienne, et des questions ultimes.

Dans mon édition allemande le livre était sous-divisé en des paragraphes d'une demie jusqu'à deux pages, séparés par une ligne vide. Il y a une certaine forme de chronologie dans la narration : de la réception de la nouvelle de l'état de la mère  jusqu'à… Mais elle est aussi si bien entourée par une langue parfaitement maîtrisée, des retours en arrière, et des transitions et sauts dans le temps qui ne sont pas facilement perceptibles.

La langue est – au moins pour moi – merveilleux et impressionnant, autant plus qu'il s'agit alors du premier roman d'Ott, même s'il avait déjà auparavant amassé des expériences en tant que dramaturge et ayant dépassé les 40 ans. On trouve souvent des énumérations, des séries de mots, éventuellement pour certains trop ? Il y a presque pas de dialogue directe, mais des fois un rapport en citant dans le conjonctif et langue indirecte.

Plus impressionnant encore je trouve ces bonnes observations sur le conflit intérieur face à la mort (le « mourir ») d'une personne proche : on vacille entre des possibilités ratées, des souvenirs de conflits, mais aussi le pressentiment qu'on va jamais réussir à fixer l'autre tel qu'il est à travers notre regard en fin de compte assez limité. Sur ce sujet l'auteur livre quelques très belles réflexions à la fin du livre.

Ce narrateur était alors enfant naturel. Le père avait déjà demandé lors d'une première grossesse de la mère « de se débarasser de l'enfant », mais pour le deuxième enfant, elle refusera, et alors c'est la rupture avec cet amant déjà marié avec enfant. Mais avoir un enfant hors mariage dans la très catholique Souabie est chose dure : constamment on reste marqué par le sentiment d'avoir commis un mal irréparable. Voilà une expérience fondamentale face à une réligion doloriste et parlant tout le temps du péché. Ce contexte, l'auteur va en parler à plusieurs reprises : certes il y a la superstition dans l'air, et ce moralisme inacceptable. Ensemble avec les expériences de sa mère, le refus à l'intérieur de la propre grande famille maternelle, le contexte de village, on peut comprendre que le passé, la « patrie », le « chez soi » soient souvent vécus comme quelque chose de limitant, d'étroit, de petit, de coupant la faim pour la vie. Pourtant – et une analyse trop rapide ne tient pas compte de cet imbroglio humain – ce même contexte peut créer une forme étrange d'attachement. Ainsi on trouvera d'un coup des remarques presque nostalgique sur la perte d'identité du village qui est devenu avec les années un pur dortoir pour les gens de la ville et qui a perdu ses magasins etc... Ainsi il y a un mélange étrange entre étroitesse et largeur, chez soi et sentiment de perte, revolte et consentement.

On discerne bien un hommage à « L'étranger » d'Albert Camus. Les idées mentionnés sur le « chez soi » sont splendide, comme aussi la reconnaissance sur la fragmentation de tous nos souvenirs. Après un début accusatoire la fin sonne plus en recherche de paix...

Impressionnant, cet Ott ! Découvrez-le !

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Message par bix_229 le Sam 31 Mar - 21:14

QUE S'OUVRE l' HORIZON

Karl-Heinz Ott Que-s-10


Après plusieurs dizaines d' années d' absence, le narrateur retourne au pays natal. Sa mère va mourir et le fils est à son chevet.
Un pays qu' il déteste, parce qu' il est mesquin, clos sur lui-même, étouffé par un catholicisme de fer et de feu.
Sa mère et lui y ont vécu ensemble. Elle la fille mère et lui, son fils, englobés dans une même réprobation.

En repensant à la vie passée de sa mère, il ne peut s' empecher de culpabiliser.
N' a t'elle pas du affronter seule son destin de femme, abandonnée après sa maternité par un amant marié et banalement répugnant.
Certes, elle l' a étouffé son fils, rendant leur vie impossible à force de griefs et de disputes stupides, le condamnant à une séparation sans retour.

"Elle a fait dépendre le sens de son existence de son enfant. Elle aspire convulsivement à la protection et l' accuse d' ingratitude et
d' hostilité quand son comportement ne correspond pas à son attente.
Avec lui, elle donne libre cours à une insatisfaction qu' elle ne monttre aux autres que sous une forme atténuée.
Face à ses menaces moralisantes et ses jérémiades importune, je n' ai jamais pu chercher refuge près d' un père, d' un frère ou
d' une soeur."

Elle a changé pourtant. Après un infarctus, elle a décidè de "prendre la vie du bon coté". Elle s' est fait des amies, une place dans
la société.

Quand la maladie la frappe, elle se révolte contre la douleur.
Et là, dans ces dernier instants, elle se pose des questions sur une autre vie. Elle lui pose la question. Son état est désespéré, et
pourtant, elle attend encore une improbable rémission ou une aggravation, tout plutot que de s' installer dans "état intermédiaire
indéterminé."

Dans ces instants ultimes, il y a chez le fils une volonté manifeste d' ultime réconciliation, de rapprochement, de rédemption, de
libération de la parole, de la paix.
Et c' est très émouvant.

Au moment de la crémation, le fils,  réalise enfin la très grande difficulté de vivre sans sa mère, égale à sa difficulté de vivre avec
elle autrefois
Telles sont les limites parfois de toute relation.
Voilà un récit tout en nuances. Le ton est atone, l' écriture blanche et on est pourtant fasciné.
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Message par tom léo le Sam 15 Juin - 18:39

Karl-Heinz Ott 41z15010

Karl-Heinz Ott - Ob wir wollen oder nicht

2008, en allemand (pas encore traduit en français)

Page de couverture de l`édition allemande: a écrit:Qu`est-ce qui se passe quand on a rien fait et est emprisonné justement par cela ? Quand on est mis en prison et se protège (et les autres) par le silence, même si on se croit innocent ?

Karl-Heinz Ott déploie dans un monologue  intérieur époustouflant le panorama de l`âme d'une personne qui autrefois était parti pour bouleverser le monde (à la suite des  »révolutionnaires » des années 70) et se retrouve dans tous les sens du terme dans le hors-jeu, dans un petit village sous un pont, coupé par celui-ci du monde.

Ses seuls amis et coupables de ce crime sont en fuite et lui, il a été incarceré à leur place. Il s`agit de son ancienne amie intime Lisa et l`ancien prêtre qui des années auparavant avait été blanchi d`une accusation de pédophilie, mais avait quitte néanmoins son ministère et vivait a l`écart du village.
Les peurs et cauchemars du passé rattrapent tout un chacun.

Ott utilise un langage où parfois le horrible et le grotesque côtoient le comique.

Quelques remarques :
J’ai adoré la lecture de ce livre, en allemand. Le texte de la couverture donne un bon aperçu, mais je veux ajouter quelques remarques.

C’est par le monologue (et jamais par un récit par un narrateur impartial) que nous apprenons peu à peu la vision des choses du narrateur des événements passés, et de sa culpabilité ou plutôt, l’innocence proclamée, son action justifiée. Mais pour nous lecteurs, il est pas si facile, peut-être même pas voulu, de former un jugement définitif sur un crime ?!

Ce discours, de par son style, me semble refléter la vie intérieure du narrateur : les phrases s’emboîtent, se tordent, on revient en arrière, on inclue… Des mots comme « bien que, en plus que, évidemment, toutefois, enfin, afin que, justement… etc » apparaissent très souvent. Ces constructions sont un peu compliquées, mais je préfère dire : tordues, tortueuses peut-être, tout comme le protagoniste qui s’approche d’un corbeau décrit par ces termes : « …qui ne sait même pas ce qu’il veut ou ne veut pas se décider face à tant de destinations possibles ».

Derrière ce style se cache une écriture d’une autre sorte d’ingéniosité qui m’a beaucoup plue !

Un sujet très intéressant est la réflexion du narrateur d’une cinquantaine d’années sur les « années sauvages » des années 70/80 : la rébellion avait été proclamé comme art de vivre et on voulait devenir tout autre. Et qu’est-ce qui en est devenu ? Une trentaine d’années après on se retrouve dans un hors-jeu inimaginé. Un bilan ? « Des faits qu’on a créés au nom de toutes les libérations possibles, des libérations qui ont isolé plus d’un. »)
C’était encore un autre livre de cet auteur pour moi et j’en suis assez impressionné ! J’aimerais garder un œil sur cet écrivain !

A quand la traduction français???
tom léo
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