Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot


Hélène Cixous

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Message par animal le Mar 27 Fév - 21:48

Hélène Cixous
(Née en 1937 )

Hélène Cixous H_cixo10

Hélène Cixous, née le 5 juin 1937 à Oran en Algérie1 est une femme de lettres, dramaturge et angliciste française.

Elle est connue pour ses engagements féministes. « Elle a partagé toutes les "guerres de libération" : celle de l’Algérie, pays où elle est née, celle de l’université, minée par les archaïsmes, celle des femmes, alors sous la coupe masculine. Avoir été jeune dans cette décennie, dit-elle, était une chance…2»

Elle tient un séminaire au Collège international de philosophie depuis 1983. Sa reconnaissance s'établit en France après la publication de l'essai L'Exil de James Joyce ou L'art du remplacement (Grasset, 1968) et du roman Dedans (Grasset, 1969) qui obtient le Prix Médicis.

Source et suite : wikipedia.org

Bibliographie :

Fiction :
Fiction
Le Prénom de Dieu (Grasset, 1967)
Dedans (Grasset, 1969)
Le Troisième Corps (Grasset, 1970)
Les Commencements (Grasset, 1970)
Neutre (Grasset, 1972)
Tombe (Seuil, 1973, 2008)
Portrait du Soleil (Denoël, 1974)
Révolutions pour plus d'un Faust (Seuil, 1975)
Souffles (Des femmes, 1975)
Partie (Des femmes, 1976)
La (Gallimard, 1976)
Angst (Des Femmes, 1977)
Anankè (Des femmes, 1979)
Illa (Des femmes, 1980)
Limonade tout était si infini (Des femmes, 1982)
Le Livre de Prométhéa (Gallimard, 1983)
Déluge (Des femmes, 1992)
Beethoven à jamais ou l'Existence de Dieu (Des femmes, 1993)
La Fiancée juive de la tentation (Des femmes, 1995)
OR, les lettres de mon père (Des femmes, 1997)
Osnabrück (Des femmes, 1999)
Le Jour où je n'étais pas là (Galilée, 2000)
Les Rêveries de la femme sauvage (Galilée, 2000)
Manhattan (Galilée, 2002)
Rêve je te dis (Galilée, 2003)
Tours promises (Galilée, 2004)
Rencontre terrestre (avec Frédéric-Yves Jeannet, Galilée, 2005)
L'amour même : dans la boîte aux lettres (Galilée, 2005)
Hyperrêve (Galilée, 2006)
Si près (Galilée, 2007)
Cigüe : vieilles femmes en fleurs (Galilée, 2008)
Philippines : prédelles (Galilée, 2009)
Ève s'évade : la ruine et la vie (Galilée, 2009)6
Double Oubli de l'Orang-Outang (Galilée, 2010)7
Homère est morte (Galilée, 2014)
Gare d'Osnabrük à Jérusalem (Galilée, 2016)

Essais :
Essais
L’Exil de James Joyce ou l'art du remplacement (Grasset, 1968)
Prénoms de Personne (le Seuil, 1974)
La Jeune Née, en collaboration avec Catherine Clément, (U.G.E., 1975)
Le Rire de la Méduse (L'Arc, 1975 - rééd. Galilée, 2010)
La Venue à l’écriture (U.G.E., 1977)
Entre l’écriture (Des femmes, 1986)
L'Heure de Clarisse Lispector (Des femmes, 1989)
Karine Saporta, en collaboration avec Daniel Dobbels et Bérénice Reynaud, (éditions Armand Colin, 1990) (ISBN 978-2200372064).
Hélène Cixous, photos de racines (avec Mireille Calle-Gruber, Des femmes, 1994)
Voiles (avec Jacques Derrida, Galilée, 1998)
Portrait de Jacques Derrida en jeune saint juif (Galilée, 2001)
Le Voisin de zéro : Sam Beckett (Galilée, 2007)
Entretien de la blessure, Sur Jean Genet, (Galilée, 2011)
Abstracts et brèves chroniques du temps. I. Chapitre Los (Galilée, 2013)
Ayaï ! Le Cri de la littérature (Galilée, 2013)
Une autobiographie allemande, avec Cécile Wajsbrot (Christian Bourgois, 2016)
Les Sans Arche d’Adel Abdessemed (Gallimard, 2018)

Théâtre :
Théâtre
La Pupille (Cahiers Renaud-Barrault, 1971)
Portrait de Dora (Des femmes, 1975)(Mise en scène, scénographie, décor et costumes de Simone Benmussa. Création au Théâtre d'Orsay, Paris (saison 195/76). - Londres 1979.
La Prise de l'école de Madhubaï (Avant-Scène, 1984)
L’Histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge (Théâtre du Soleil, 1985; nouvelle édition corrigée 1987)
L’Indiade, ou l’Inde de leurs rêves, et quelques écrits sur le théâtre (Théâtre du Soleil, 1987)
Les Euménides d’Eschyle (traduction, Théâtre du Soleil, 1992)
La Ville parjure ou le réveil des Erinyes (Théâtre du Soleil, 1994)
Et soudain, des nuits d'éveil (Théâtre du Soleil, 1997)
Tambours sur la digue, sous forme de pièce ancienne pour marionnettes jouée par des acteurs (Théâtre du Soleil, 1999)
Rouen, la Trentième Nuit de Mai '31 (Galilée, 2001)
Les Naufragés du fol espoir (Théâtre du soleil, 2010)
Une chambre en Inde (co-création avec la troupe du Théâtre du Soleil, 2016)

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Message par animal le Mar 27 Fév - 21:51

J'ai découvert Hélène Cixous par un chemin détourné, par les images. Le peintre a de quoi interpeller mais son texte à elle avait lui aussi tout pour se démarquer.

Hélène Cixous 97827210

Luc Tuymans, relevé de la mort de Hélène Cixous

J'en ai donc terminé la lecture (intermittente) et je confirme mes bonnes impressions de cette lecture sur un peintre qui m'intéresse mais que je connais peu. Une découverte au fil d'œuvres choisies et mises en mouvement par les sensation provoquées, essentiellement malaise et reconnaissance partielle. Une vraie découverte du peintre donc qui dépasse l'énumération de toiles et la biographie. Les thèmes sont suivis et enchainés autour de retournements de phrases, de mots (on pourrait citer le titre lui même pour commencer) et rattachés à un contexte culturel global, plutôt que des comparaisons contemporaines on assiste à un tissage choisi par citations avec Proust ou van Eyck. Par là-même ce qu'il y a de chronologie et de citations ou d'entretiens avec le peintre gagne en densité pour sortir de l'anecdotique.

Ca pourrait avoir l'air tiré par les cheveux dans la présentation très mobile et très poussée mais la précision des transitions et des thématiques et impressions qui durent tout le long du texte l'emporte facilement.

Forcément remarquable le lien particulier entre l'image "moderne mais pas que" et un sentiment d'histoire contemporaine (passée et en cours).

Hélène Cixous Tumblr33

mots-clés : #biographie #creationartistique

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Message par animal le Mar 27 Fév - 21:56

Pour les impatients poursuivons la récup :


Hélène Cixous 31p7ep10

Les Rêveries de la femme sauvage (Galilée, 2000)

Comment se séparer ?
Tout le temps où je vivais en Algérie mon pays natal je rêvais d’arriver un jour en Algérie, je poursuivais l’Algérie et elle n’était pas loin, j’habitais d’abord à Oran puis à Alger au Clos-Salembier au bord du Ravin de la Femme Sauvage et elle m’échappait sur sa terre sous mes pieds elle me restait intouchable, je me serrais contre le corps d’Aïcha et elle me laissait serrer son pays en riant pendant un mince instant sans suite autre que les centaines de portes qui par delà le grillage du jardin tournaient vers mon frère et moi leurs paupières baissées.
Le plus insupportable c’est que nous étions assaillis par les êtres mêmes que nous voulions aimer, dont nous étions lamentablement amoureux, auxquels nous étions liés par toutes les parentés de destin, de mémoire, de toucher, de goût, il y avait erreur et confusion de tous les côtés je voulais être de leur côté mais c’était un désir de mon côté de leur côté le désir étant sans côté, je pouvais passer des heures accroupie à quelques mètres d’eux sans bouger, espérant démontrer mes bonnes intentions, une patience que je n’eus jamais avec le camp des Français. Moi, pensais-je, je suis inséparabe.

Pas simple de venir parler de cette lecture. Moment autobiographique sur un mode paradoxalement direct. L'écriture, l'expression est stupéfiante d'immédiateté et en même temps le souvenir suit un chemin de souvenir, il y a des ancres, des allers retours et des retours. Plus encore il s'agit dans le même temps de décrire par, et, un portrait en négatif. Portrait en négatif ou par l'absence du pays et portrait de l'auteure par cette absence.

Et rarement avec cette langue merveilleusement fluide, vive, assemblée autour de mots qui rebondissent et réinventent un rythme, un souffle je n'ai lu une telle évidence de la complexité de la mémoire, du rapport au monde ou même de l'expression. Tout est un tout dans ces descriptions incisives et un rien fuyantes.

La somme de ce que j'aurais appris en suivant ces lignes entre Oran et Alger me reste inconnue. En partant du frère et du Vélo, du chien, en revenant à la maison. L'alternance, un don pour écrire une opposition tout opposée mais constructive. Les lieux se peuplent. Autant on ne peut pas re-décrire les images qui ne sont pas décrites autant notre esprit de lecteur est habité par les présences des lieux, un envahissement distinct très alternatif et très concret.

Il y aurait moyen de raconter la famille, le frère et la sœur, le décès du père, la mère sage-femme, les histoires, l'aventure simple, inévitable...

Je vais préférer insister sur les bienfaits de la lecture de cette écriture qui donne l'impression de faire vivre un peu autrement la langue et donc de partager dans le même autrement son sens. ça fait beaucoup de bien, ça ne ressemble pas à un artifice (j'insiste encore), le moyen devient l'évidence du contenu.

L'autre soir je disais que ça me rappelait d'une manière la langue anglaise, il y a de ça, et d'autres choses, et ce n'est pas un empêchement d'un français plus commun (littéraire ou non), ça vit avec.

Je ne sais pas si on peut parler de cruauté, ou presque. C'est très puissant, sans faux semblants, derrière le glissement des mots.

J'ai du mal à expliquer. L'impression d'avoir avancé d'une case à me plonger ou replonger (presque) dans cette écriture et de ce qu'elle dit. Ce n'est pas tous les jours comme ça. et ça signifie la place un peu à part dans les lectures avec Béatrix Beck  et d'autres dans mon cas.

Extraits ?

Tonpère n'a jamais eu l'idée du Clos-Salambier dit ma mère si j'avais été consultée tout aurait été différent, tonpère ne connaissait pas le Clos-Salambier venant d'Oran. Nous n'avons habité au Clos-Salambier que par hasard, une insistance de hasards, qui nous ont conduits finalement au Clos-Salambier un endroit qui m'a tout de suite beaucoup plu à première vue. Dans la vie on ne sait pas toujours sauter sur l'occasion. C'est pour cela que nous avons habité au Clos-Salambier parce que tonpère n'a pas sauté sur les occasions. Quant à moi je n'ai jamais voulu forcer quelque chose. Autre erreur. Dans la vie on doit aussi forcer. Sauter ou forcer. Nous ne l'avons pas fait quand il fallait, ensuite tonpère est mort et j'ai commencé à sauter sur les occasions. Le fait est qu'il voulait s'installer à Alger. Mon père voulait le bonheur. La beauté. La grandeur. De 1945 jusqu'au déménagement il nous a peint et chanté la Ville d'Alger, j'ai vu de mes yeux enchantés par le cantique de mon père de nombreuses visions de la Ville en or en ivoire en ifs sombres en fontaines en art en jardins, j'ai vu la Ville voulue et j'ai toujours en moi le dernier tableau en lequel toutes les visions appelées par mon père s'étaient radieusement fondues. Il y avait une villa superbe juste au coin du boulevard Bru dont la vue survolait toute la Ville et qui était une possibilité sans aucun empêchement. Il est allé là-bas pour la louer il faut me payer un acompte dit la dame et tonpère a oublié son carnet de chèques. Quand il est revenu quelqu'un d'autre a eu le carnet de chèques avant lui. Un autre hasard dit ma mère. La deuxième maison que nous n'avons pas eue avait un jardin avec des palmiers et elle aussi une vue merveilleuse que j'ai regrettée mais quelqu'un était venu avant tonpère. La troisième maison était l'appartement mitoyen de La Clinique, une merveille à la porte même qui était à la vente, j'ai pensé que ce serait extraordinaire l'appartement à côté de La Clinique. Mais tonpère a refusé d'emprunter. Et ça a été sa perte. Parce que si j'avais été à côté j'aurais pu voir ce qui se passait à l'intérieur et l'aider, il aurait pu s'appuyer sur moi. Alors qu'au Clos-Salambier on est loin, on ne voit rien, on ne sait rien. De plus après sa mort j'aurais pu avoir cet appartement au lieu d'être obligée d'habiter au septième dans un deux-pièces sans fenêtre. Alors tonpère s'est rappelé la dernière possibilité et c'était le Clos-Salambier, dont jusque-là  il n'avait jamais entendu parler. Les hasards nous ont gouvernés, mais le fait est que tonpère n'a pas sauté sur les autres maisons et moi venant d'Allemagne je n'ai rien voulu forcer.

Selon mon frère les deux hommes ne faisaient pas de stop, cela n'aurait eu aucun sens dit-il, qui, sinon mon père se serait arrêté Chemin des Crêtes et mon père est un être éphémère, qui s'est arrêté de lui-même, il s'arrêtait toujours de lui-même dit mon frère il aimait s'arrêter et prendre dans sa Citroën des gens qui n'avaient rien demandé. Il avait de l'humanité. Dit mon frère en 2000. Nous aimions la Citroën et son nom, nous croyions l'entendre fleurir en citron en troène jusqu'au jour où passant de l'autre côté je la vis étouffer d'être dans ce pays à haine. Les deux hommes étaient deux vieux en gandoura, qui attendaient le trolleybus à l'arrêt facultatif et ils descendaient dit mon frère, sur Alger, ils ne montaient pas.

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Message par Tristram le Mar 27 Fév - 22:15

Merci pour le cadeau ! Côté citations, il semble ne me rester que celle que j'ai mise dans le topos de la toile d'araignée (vieille lecture...)

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Message par Tristram le Jeu 22 Aoû - 0:39

J'ai bien apprécié le gâteau-texte, ici à partir de la quinzième minute à la dix-huitième, "la madeleine" de Cixous : https://www.franceculture.fr/emissions/les-bonnes-choses/le-livre-de-cuisine-1-le-marche-0
A déguster, cette auteure...

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Message par animal le Jeu 22 Aoû - 21:05

Tu fais bien de faire revenir le fil, j'en profite !

Hélène Cixous 31121x10

Dedans (1969)

Le lecteur n'est pas dépaysé s'il repense aux Rêveries de la femme sauvage (ordre de lecture plutôt que chronologie d'écriture). L'Algérie, la maison, l'individualité particulière sont comme des souvenirs ravivés. L'écriture très travaillée et par endroits presque brutale, forcément, résonne elle aussi de façon familière.

Deux parties dans le livre autour du deuil du père, la première partie revécue dans la maison, contre l'extérieure, entourée de la mère, du frère et de la grand-mère, la Bête. La seconde en forme de retour, adulte, sur les lieux et dans une condition spirituelle-physique-sentimentale amoureuse contrariée entre le "dernier amant" et le souvenir du père, et donc le sentiment de deuil et par là même un fondement de l'identité remuée dans les pages du livre.

Dans cette seconde partie, on retrouve des bribes, par des détails différents mais des similitudes précises quoique légèrement déplacées, de l'espace de la première, l'attachement constitutif à la maison, sorte d'antre de la construction du soi et de la communauté proche, et de la convalescence, du temps différent, pourquoi pas par instants repoussé et vaincu.

Une histoire du soi qui apparaît chamboulée et vive de par son rapport légèrement transgressif à l'autre, plus particulièrement le père, peut-être, mais ça serait réducteur. Se cache un besoin et un sentiment d'identité qui peut inclure la différence, parfois conflictuelle.

Mais tout se passe en souvenirs qui restent pour le lecteur, forcément extérieur, assez indéfinis, le laissant à dessein perplexe ou alors plus sensible à ce qu'il va sentir de lancinant, émouvant, de poignant, dans des gestes ou des élans qui frapperont par leur similarité d'instinct. Instinct qui dans la lutte avec l'intellectualisation pourtant nécessaire, et moyen de la lecture, garde le dessus. Comme si la langue agacée, domptée, recombinée (sans violence finalement), galopait dans l'enclos du sens commun, assez vite pour laisser sentir ce qui se cache de vaste et de brut dans sa force. Une force contenue mais il s'en faut de peu.

Quelques difficultés pour tenir la distance mais j'ai été repris sans mal ni défenses par la succession insistante des phrases dans ce regard très intérieur, à la limite de l'excès mais surtout sans cesse tendu vers un autre ou maintenu par l'autre et, c'est très important, il y a une incertitude de soi, un faillible presque féroce. Sans que ce soit grave.

Étrange jeu des équilibres et des vérités.

Puissant, paradoxalement apaisant aussi (il y a quand même des passages pas si évidents, qui font chercher, essayer de se souvenir, douter). Le fait que ça passe avec et par une écriture aussi appuyée, sans dévier, suffit déjà à être changé de boite le temps de la lecture.

Des passages, des passages, des phrases,...

Et un autre jour semblable à celui-ci je le perdis comme j'avais perdu mon père et mon seul et seul et même amant. Et lui aussi étant blanc, plus blanc que moi.
Où ?
Quand j'arrivai au-dessus du corps de la ville allongé sous son drap jaune et moite, je me souvins que la ville n'avait pas de cœur, ni de commencement ni de fin. Elle était pâteuse l'hiver, presque gazeuse l'été, elle s'étalait en tous sens, jusqu'aux contreforts résistants des montagnes, et puis elle s'arrêtait, molle, et refroidissait tout élan, il n'y avait ni centre ni direction ; on pouvait aller à droite ou à gauche, cela n'avait pas d'importance. Il faisait chaud partout. On pouvait aussi ne jamais mettre le pied à terre, si l'on décidait de rester sur l'une des routes suspendues dont le réseau faisait des entrelacs innombrables à dix mètres au-dessus du sol. On était libre. On pouvait rouler nuit et jour sans arriver à une sortie ou une entrée. La ville était assez ancienne officiellement, mais personne ne la connaissait ; il n'y avait d'ailleurs pas de plan car il valait mieux ne pas entreprendre un travail que sa durée même rendait inutile : une reptation lente mais permanente transformait sans cesse la distribution des lieux. On avait fini par adopter un système d'indication générale, orientée d'après la montagne et l'océan : les lieux précis étaient soit par ici soit par là. Certaines zones étaient plus faciles à trouver que d'autres, mais cela dépendait de la raison et de la volonté.

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Message par églantine le Jeu 22 Aoû - 22:09

Extrait alléchant !
Et un ressenti Pandesque motivant ...
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Message par animal le Jeu 22 Aoû - 22:14

ça demande un effort Hélène Cixous mais c'est aussi ça qui fait du bien... et je compte bien y retourner ! ça reste dans l'esprit. tu devrais être sensible à son univers et à sa manière.

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Message par bix_229 le Jeu 22 Aoû - 22:15

J'espère qu'elle n'a pas été -trop- inspirée par Derrida...
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