Julio Llamazares

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Julio Llamazares

Message par Bédoulène le Lun 5 Déc - 23:43

Julio Llamazares
Né en 1955



Julio Alonso Llamazares, né le 28 mars 1955 à Vegamián (León, Espagne), est un écrivain, poète et journaliste espagnol.
Il naît dans le petit village de Vegamián alors que sa famille y réside, son père Nemesio Alonso y travaille comme instituteur, mais la famille est originaire de Mata de la Bérbula ou La Matica. Le petit village doit être abandonné à la suite de la construction du barrage du Porma dont les eaux vont l’engloutir. Le barrage a été construit par l’ingénieur Juan Benet, lui-même également écrivain espagnol. La famille se déplace alors au village de Olleros de Sabero. L’enfance dans ces deux villages marque une part importante de l’œuvre de l’écrivain.

Après une licence en droit, il travaille quelque temps comme avocat mais il devient journaliste de presse écrite, de radio et de télévision à Madrid.
Il commence par publier de la poésie (La Lentitud de los bueyes) en 1979. En 1985 il publie son premier roman, Luna de Lobos. En 1988 paraît La Lluvia amarilla (« La Pluie jaune »). Ces deux ouvrages sont lauréats du Prix national de littérature. En 2016, finaliste à ce même prix pour Distintas formas de mirar el agua, il annonce qu’il n’est pas candidat et le refusera s’il lui est attribué.

Le cinéma est une autre de ses activités, en tant que scénariste. En 1984 il joue son propre rôle dans El Filandón (« La veillée ») du cinéaste José Maria Martin Sarmiento1 : des auteurs se réunissent une nuit dans un ermitage du León et chacun raconte son histoire. Julio Llamazares (Retrato de bañista) évoque le retour dans son village englouti fantomatique, momentanément réapparu lors de l’assèchement du barrage. En 1999, il obtient le prix de la Semaine internationale de la critique du Festival international de Cannes.
(source : wikipedia)

Oeuvres traduites en français :

Romans
Lune de loups
La Pluie jaune, Page 1,
Scènes de cinéma muet, Page 1,
La rivière de l’oubli

Poésie
La lenteur des bœufs. Mémoire de la neige

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Re: Julio Llamazares

Message par Bédoulène le Mar 6 Déc - 0:01



La pluie jaune

Qui parle ? Qui  les attend ces hommes qui  devraient monter là-haut dans ce village isolé, oublié d’Ainielle ?



Se meurt le vieillard qui raconte sa vie dans l’abandon, la solitude de ce village où il est né et auquel il appartiendra, sous peu, pour toujours. Personne n’ira parler aux pierres, ni aux arbres de sa mort et son âme, il le sait, errera en ce lieu de ruines, sans rejoindre son corps.
Après le suicide de Sabina, sa femme, il s’est retrouvé dans la solitude la plus absolue, la plus terrible que seule leur fidèle chienne a partagée. Son esprit s’est défendu contre l’oubli, le temps en faisant ressurgir les souvenirs, le plus impardonnable le départ de son fils Andrès. Il a dû apprivoiser sa peur  devant les hallucinations quotidiennes qui habitèrent sa maison et qui le contraignirent à parcourir le village, voire à s’enfuir dans la montagne suivi de la chienne elle aussi perturbée.
Mais qui, s’il n’a pas vécu ses moments peut affirmer que c’était des visions ?

La pluie jaune des automnes marque la fuite du temps, ensevelit les pierres et précède le pesant isolement de l’hiver, ce grand silence qui n’apporte pas la paix mais une solitude encore plus prégnante.

Gardien de cette solitude, du village, il s’isole des hommes, se privant même de leur secours, lequel après qu’il eut chassé et menacé l’un de ses anciens voisins, lui sera refusé la seule fois où il y sera contraint pour nourrir la chienne.
C’est d’ailleurs pour éviter à l’animal fidèle une solitude mortelle qu’il décida, alors que sa fin à lui s’annonçait, de se servir de  la seule balle en sa possession et qu’il lui réservait.
« Et que la nuit aille à la nuit. »

Cette histoire de solitude, de temps, d’abandon est celle de la désertification des villages de montagne dans cette région de l’Huesca, oubliée de la civilisation, du progrès où l’exode a commencé pendant la guerre. Mais c'est aussi une histoire d'amour celui  que peu porter un homme à sa maison, à son village, et à travers eux à sa famille.





L’écriture est superbe, poétique et d’une justesse à fleur de peau.
Je crois que le lecteur ne peut sortir indemne d’un tel récit.


Merci à toi Eglantine d’avoir choisi ce livre pour la chaine de lecture.


extraits

"et puis au fond, se découpant sur le ciel, le profil mélancolique d'Ainielle : maintenant en face, tout proche, tournant fixement vers eux les yeux creux de ses fenêtres."





"Et bien que de temps à autre, ils aient continué à apercevoir de loin le village - quand ils montent pour le bois ou, en été, avec les troupeaux -, dans la distance, personne n'aura pu imaginer les terribles coups de dent que l'oubli a infligés à ce triste cadavre sans sépulture."


Mais parfois le hurlement du silence était si fort, si profond, que, incapable de le supporter plus longtemps, j'abandonnais la cuisine, cherchant dans la pénombre du porche la chaleur et le regard, plus humain, de la chienne."

"Comme si un jour, brutalement, les gens avaient relevé la tête, après tant de siècles, avaient découvert la misère dans laquelle ils vivaient et la possibilité d'y remédier ailleurs. Personne ne revint jamais."

C'étaient les feuilles mortes des peupliers qui tombaient, la pluie lente et paisible de l'automne qui revenait vers les montagnes pour couvrir les champs de vieil or et les villages d'une douce e sauvage  mélancolie. Cette pluie dura quelques minutes à peine, mais suffisamment pour coorer en jaune la nuit entière et pour me faire comprendre, à l'aube, lorsque la lumière du jour revient incendier mes yeux et les feuilles mortes que c'était elle qui rouillait et détruisait lentement, automne après automne, jour après jour, la chaux des murs et les vieux clendriers, le bord des lettres et des photographies, la machinerie abandonnée du moulin et de mon coeur."




pour ceux qui maîtrisent l'espagnol je pense que ce reportage doit être très interessant

http://www.rtve.es/alacarta/videos/cronicas/cronicas-ainielle-tiene-memoria/221225/

Le jaune est une couleur qui en principe évoque le soleil donc la vie, le bonheur. Ici cette couleur est associée à la mort, celle des feuilles, celle des pierres,

"Jusqu'à ce qu'un matin, au lever, en ouvrant la fenêtre, je vis les maisons entièrement jaunes.....Tout autour de moi était jaune. Jaune comme la paille. Je pouvais le voir ce jaune, le sentir, le toucher de mes mains, me salir les rétines et les doigts

C'est alors que je découvris - dans le contre-jour fugitif de la première lueur du jour - que l'ombre de la chienne aussi était jaune. Cette découverte ne fut pas la dernière. Ni la plus dure : je ne tardai pas à m'apercevoir que la mienne l'était aussi."

"De grosses pommes charnues, jaunes que je laissai pourrir sur l'arbre sans y goûter, parce que je savais qu'elles tiraient leur éclat de la sève corrompue de la mort."

On la retrouve aussi pour traduire la folie "longue nuit où pour la première fois la folie déposa ses larves jaunes dans mon âme"


Mais il me semble tout de même que la fin du vieil homme apporte une touche de clémence en l'arrivée du chasseur de chiens, lequel pourra l' enterrer a l'emplacement choisi.

Puissant, angoissant mais une si attachante écriture.

J'aime à penser que les pierres gardent les souvenirs.

"message rapatrié"


mots-clés : #vieillesse


Dernière édition par Bédoulène le Dim 11 Déc - 15:25, édité 1 fois

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Re: Julio Llamazares

Message par églantine le Ven 9 Déc - 16:43


La pluie jaune



Un roman difficile à conseiller tant l'atmosphère lugubre qui définit le livre en soi , sans une seule percée de lumière porteuse de quelque espoir, peut rebuter le lecteur peu enclin à se laisser happer par la magie des mots de JULIO LLAMAZARES .....
Une telle écriture ne pouvait que m'emporter dans son sillage , un thème aussi poignant que celui de l'exode d'après guerre dans un petit village de montagne pyrénéennes (euh ....j'ai des origines hispaniques ...), ne pouvant que faire quelque écho en moi .....
A travers le monologue d'un "homme fantôme" , on pénètre dans une mémoire où le temps n'existe plus, pour embrasser l'histoire de la longue agonie d'un village et de son dernier habitant.....Après le suicide de sa femme , désormais seul avec sa chienne dans ce village déserté ,affrontant années après années des hivers implacables l'isolant pendant des mois du reste de la civilisation , il attendra la mort ...........dans ce décor désolé qui n'en finit pas de mourir aussi ,mais auquel il appartient depuis des générations .....La lutte pour la survie l'abandonne : seul avec lui-même , Andres terminera sa vie sur ce tertre familial seul avec lui-même et les fantômes des êtres chers disparus : entre implacable lucidité et folie salvatrice ....
J'ai été bouleversée par cette histoire portée par une écriture poétique lyrique certes, mais d'une grande pureté , tout en sobriété, qui confère à ce texte une puissance exceptionnelle sur le thème de la mémoire et de l'oubli , de l'impuissance de l'homme face aux conséquences de l'histoire ....
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Re: Julio Llamazares

Message par Bédoulène le Ven 9 Déc - 16:55

je le conseillerai bien à Tom Léo (Bix l'a certainement lu)

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Re: Julio Llamazares

Message par bix_229 le Ven 9 Déc - 16:58



SCENES  DE  CINEMA  MUET

"Elle est étrange, la manière dont s’éclaire et se manifeste la mémoire. Quand j’ai commencé à écrire ces notes (légendes personnelles de photographies pour cet album perdu de mes années à Olleros), je ne croyais me rappeler que quelques noms et quelques images lointaines miraculeusement arrachées à la voracité du temps qui passe. Mais au fur et à mesure que je les contemple – et surtout que je cherche au-delà –, mes yeux s’illuminent, les photos s’animent, elles retrouvent vie comme ces affiches que je voyais à la vitrine du Minero. Sauf qu’étant celles de ma vie, moi seul ai le pouvoir de leur attribuer son et mouvement.
C’est ce qui se passe avec les souvenirs. Parfois – la plupart du temps – ce ne sont que des affiches, des scènes d’un film réduit à quatre ou cinq moments, auxquels seul peut donner vie le projecteur déformant de la machine du temps. Une machine aussi vieille, aussi capricieuse parfois, que celle que monsieur Mundo allumait, quand commençait le film, dans l’obscurité tiède de la cabine, et qui me transportait bien loin de ce pauvre cinéma de campagne. Toutefois on ne peut comme lui arrêter ou supprimer à discrétion les souvenirs.
Les souvenirs simplement se succèdent. Ils apparaissent soudain au détour d’une photo, ensuite ils passent lentement devant nous puis disparaissent (parfois, souvent, pour toujours). C’est pourquoi, afin de ne pas les perdre à nouveau, je me suis mis aujourd’hui à écrire, après tant d’années passées sans les regarder, les légendes de ces photographies que ma mère a rangées et conservées jusqu’à sa mort et qui, comme de vieilles affiches, résument à travers leurs images le film d’un temps qui, sans que j’en aie eu conscience, s’est enfoncé dans l’oubli au plus profond de ma mémoire, comme les bobines inutilisables et brûlées sous les combles de la cabine du Minero. Celle-ci par exemple : une après-midi d’hiver au Tercero d’Olleros (ainsi s’appelait la montagne à l’entrée du village), mes amis glissent sur la neige tandis que je les regarde de loin, assis, au premier plan, sur la borne kilométrique en pierre.
Ainsi, à première vue, c’est tout ce dont je me souviens, tout ce que je pourrais écrire sur cette image que le photographe a prise à notre insu (si l’on en juge d’après le cadre, il a dû le faire de la colline qui se trouvait au bout de la pente). Mais à mesure que je la contemple, les figures s’animent et retrouvent vie, et le paysage acquiert insensiblement dimensions et relief. C’est la machine du temps qui se met en marche, le projecteur de la mémoire éclaire le film de cet après-midi d’hiver et l’envoie sur l’écran flou des souvenirs et des songes.
— Viens, Julio, n’aie pas peur."



Il y a des écrivains dont la vie et l'oeuvre sont tissées dans l'étoffe même de la mélancolie.
La mélancolie est au coeur de toute l'oeuvre de Llamazares. Et dans ce récit Scènes de cinéma muet.

Au début, dès l'enfance, dans ce village minier de la province espagnole du Leon. Dans cet espace en noir et blanc. Comme les photos de l'album qu'il feuillette. Et notamment la dernière.

"Bien sûr, les souvenirs, comme les photographies, perdent insensiblement la couleur, mais de surcroît, celle-ci appartient encore au temps où ma vie n'était tournée qu'en noir et blanc, les deux couleurs d'Olleros : le blanc des étendoirs et de la neige et le noirdu charbon. Celle du charbon, qui était la plus persistante, était toujours dans l'air, on la respirait, tandis que celle de la neige n'arrivait qu'avec l'hiver, à rebours de celle des étendoirs qui n'apparaissait que lorsqu' il faisait soleil...
Dans tous les  cas, chaque fois que que je me rappelle Olleros, maintenant comme toujours, les images m'apparaissent en noir et blanc et me renvoient inévitablement à ces films où paysages et acteurs semblaient des ombres qui représentent toujours à mes yeux le vrai cinéma : celui qui, comme nous, ne savait pas que le monde était en couleurs."


Ainsi défilent les personnages et l'auteur, vivants ou morts, mais devenus des ombres fixes. C'est à travers eux qu'il nous fait connaître la condition des hommes de la mine, qui meurent souvent à quarante ans et crachent leurs poumons avant de mourir.
Mais si le noir, celui du deuil, du charbon et de la suie et des morts violentes l'emporte souvent à Olleros, il y a aussi des moments de pure joie, d'exultation, ceux de l'enfance et de ses jeux, du cinéma.
Et aussi cette fête grandiose qu'apporte un jour au village un grand orchestre venu tout exprès de Santiago de Compostela.
Les villageois font au triomphe aux musiciens qui le leur rendront bien de jour comme de nuit et sans ménager leur énergie.
Tel sera le meilleur souvenir de l' auteur.

"Les photographies, comme les souvenirs, racontent le monde non tel qu'il était, mais tel qu'une fois il fut et, donc à quel point il aurait pu être différent."

Mais c'est ainsi que Llamazares cherche à sauver de l'oubli les hommes, les paysages et leur histoire. Le village où il est né. Et qui a disparu sous les eaux d'un barrage.
Et c'est ce qui fait la force de ce récit d'exposer ainsi les mécanismes de la mémoire dont le temps est le personnage principal.

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