Des Choses à lire
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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot


Jean Grosjean

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Message par Aventin le Mar 10 Avr - 17:21

Jean Grosjean
Né à Paris le 21 décembre 1912, décédé à Versailles le 10 avril 2006.

Jean Grosjean Jean-g10


Jean Grosjean a déjà lu la Bible et Claudel lorsqu'il entre en 1929 au séminaire de Saint-Sulpice. Ordonné prêtre et mobilisé en 1939, il se lie à André Malraux lors d’une commune captivité comme prisonnier de guerre auprès de Sens (1940), puis à Claude Gallimard en Poméranie en stalag (1941). Il renoncera à son sacerdoce après la Seconde Guerre mondiale.
Encouragé dans sa vocation littéraire par André Malraux et Claude Gallimard, il publie son premier recueil de poèmes, Terre du temps, en octobre 1946 dans la collection « Métamorphoses ».
Jean Grosjean et Claude Gallimard tisseront des liens privilégiés, puisque le premier, publiant la majeure partie de son œuvre rue Sébastien-Bottin, intègre la maison Gallimard après guerre. Il y assure des fonctions de lecteur, de traducteur et d’encyclopédiste auprès de Raymond Queneau. Il collabore à partir de 1967 avec Dominique Aury et Marcel Arland à La NRF, dont il est l'un des contributeurs réguliers depuis 1955. Il entre également en 1967 au comité de lecture des Éditions.

Dans ses poèmes publiés entre 1946 (Terre du temps) et 1954 (Fils de l'homme), les épisodes bibliques sont le support d'une scénographie du moi, face à Dieu, au monde et aux hommes. Jean Grosjean s'établit en 1956 dans l'Aube : les paysages de la campagne, comme ceux du Proche-Orient, où il a découvert le monde musulman en 1936-1937, marqueront désormais sa poésie.
Dans Apocalypse (1962) et La Gloire (1969) s'approfondit la réflexion sur les rapports du Père et du Fils, l'Incarnation, la Passion, la Parole ; les recueils suivants interrogent la Présence dans ses manifestations les plus humbles, et dans un langage plus simple (La Lueur des jours, 1991 ; Nathanaël, 1996). Remarquable prosateur, Jean Grosjean écrit également des récits mettant en scène des personnages bibliques.
Fin connaisseur des textes sacrés et des langues anciennes, il est enfin l'auteur de nombreuses traductions dont Les Prophètes (1955), les tragédies grecques d'Eschyle et Sophocle (1967), le Nouveau Testament (1971), le Coran (1979), ainsi que la Genèse (1987), préfacée par J.M.G. Le Clézio. Jean Grosjean crée avec ce dernier en 1990 « L'Aube des Peuples » une collection destinée à rassembler sous une même enseigne les grands textes de l'histoire de l'humanité.
Jean Grosjean s'est éteint le 10 avril 2006, quelques mois après la parution d'un ultime recueil poétique, La Rumeur des cortèges.

source : éditions Gallimard, D'après la notice de D. Alexandre parue dans l'Anthologie de la poésie française du XVIIIe au XXe siècle en « Pléiade » (2000).
Biographie par Jacques Réda.


Bibliographie


Poésie:
  Terre du temps (Gallimard, 1946, prix de la Pléiade)
  Hypostases (Gallimard, 1950)
  Le Livre du Juste (Gallimard, 1952)
  Fils de l'Homme (Gallimard, 1954, Prix Max-Jacob)
  Majestés et Passants (Gallimard, 1956)
  La nuit de Saül (Castella, Albeuve, 1970 [NRF 1958])
  Austrasie (Gallimard, 1960)
  Apocalypse (Gallimard, 1962)
  Hiver (Gallimard, 1964)
  Élégies (Gallimard, 1967, prix des Critiques)
  La Gloire, précédé de Apocalypse, Hiver et Élégies (Poésie/Gallimard, 1969)
  La Lueur des jours (Gallimard, 1991)
  Nathanaël (Gallimard, 1996)
  Cantilènes (Gallimard, 1998)
  Les Vasistas (Gallimard, 2000)
  Si peu (Bayard, 2001)
  Les Parvis (Gallimard, 2003)
  La Rumeur des cortèges (Gallimard, 2005)
  Arpèges et paraboles (Gallimard, 2007)

Récits:
  Clausewitz (Gallimard, 1972)
  Le Messie (Gallimard, 1974)
  Les Beaux Jours (Gallimard, 1980)
  Élie (Gallimard, 1982)
  Darius (Gallimard, 1983)
  Pilate (Gallimard, 1983)
  Jonas (Gallimard, 1985)
  La Reine de Saba (Gallimard, 1987)
  Samson (Gallimard, 1988)
  Samuel (Gallimard, 1994)
  Adam et Ève (Gallimard, 1997)

Théâtre:
  Kleist (Gallimard, 1985)

Traductions commentées:
  Les Prophètes, traduit de l'hébreu, éditions Gallimard, 1955.
  Tragiques Grecs : Eschyle, Sophocle,  fragments traduits, introduction et notes par Raphaël Dreyfus, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, Paris, 1967.
  La Bible. Le Nouveau Testament, éd. et trad. par Jean Grosjean, Michel Léturmy et Paul Gros, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, Paris, 1971.
  Le Coran (Ph. Lebaud, 1979)
  L’Ironie christique – commentaire de l’Évangile selon Jean (Gallimard, 1991)
  Lecture de l’Apocalypse (Gallimard, 1994)
  Les Versets de la sagesse (Ph. Lebaud, 1996)
  La Première Épître de Jean (Fates, 1997)

Divers:
  Une voix, un regard. Textes retrouvés (1947-2004) (Gallimard, 2012).
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Message par Aventin le Mar 10 Avr - 17:32

C'est la date anniversaire de son décès, va pour l'ouverture du fil Jean Grosjean.
On trouve un site dédié ici.

C'est un auteur avec lequel j'ai toujours eu des difficultés, je me suis mis à le lire comme on se met aux prises avec quelque chose qui oppose de la résistance, quelque chose qu'on ne comprend pas.

Voici ce qu'en disait Le Clézio, avec lequel il a collaboré (voir bio):
Il est le passant, le passeur de notre siècle. Il le traverse tranquillement, sans faire de bruit, mais à grandes enjambées, d'une marche ferme et sûre, et non pas à la hâte, comme quelqu'un qui sait où il va, le regard aux aguets, les mains libres de bagages. [...] Et ce qu'il disait était aussi clair et aussi simple que les mots de ses poèmes. Aucun homme ne donne un tel accord entre ce qu'il est et ce qu'il écrit, aucun homme ne sait regarder le monde aujourd'hui avec un tel détachement et pourtant un tel empoignement amoureux. Aucun homme ne sait mieux que lui opposer le rire léger et le haussement d'épaules aux questions et aux jugements rendus sur la place publique.

Il est un solitaire, et c'est la solitude qui lui donne cette assurance. Ce qu'il sait, il le dit, il ne le répète pas. À nous de le comprendre, de le rejoindre, mais pour cela nous devons passer par le creuset de la poésie, et non par la cuve où macère la prétendue culture. La poésie est la source pure, elle est l'eau de la vérité, et c'est cette eau que nous donne Jean Grosjean. »

J. M. G. Le Clézio, « Hommage à Jean Grosjean »,
La NRF n° 479, décembre 1992

------------------------------------------------------------------------


Jean Grosjean Produc11

Du court recueil Élégies, qu'on trouve dans la collection Nrf Poésie/Gallimard compilé avec La Gloire, Apocalypse et Hiver, ce poème non intitulé:


Mieux vaudrait ta rancune que ton silence si tu me laisses à ce semblant de vie qu’allument, le soir, les hommes au bord des routes.

Que j’ai souffert des étoiles moqueuses quand jamais aube avec ses regards verts n’allait rien voir de toi dans les buissons !

Longtemps ton nom n’a été qu’un murmure de brise qui rôde à travers les feuillages mais mon cœur n’écoutait rien d’autre.

Puisque ta face est le lieu de mon âme, j’aimerais mieux ta haine que ton mépris mais puisses-tu ne pas trop m’entendre.

J’avoue souhaiter plutôt ton mépris même que d’errer dans la brume sur les étangs sans savoir si de grands roseaux te cachent.

Comment retraverser les jours déserts dont tu n’étais ni le soleil ni l’ombre, après que tu m’as regardé ?

Je t’ai juré que tu n’aurais pas honte de mon chemin qui descend vers la nuit mais, si je suis parjure, ne t’effraie pas.

Tant de feuilles mortes pourrissent dans les mares, en l’honneur du printemps, que j’accroîtrai ta gloire de mes défaites.

Le ciel du soir ou de l’aurore est blanc dans l’arbre clair de novembre ou d’avril mais c’est toujours le temps de t’apporter ma première et ma dernière âme.



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Message par Aventin le Mer 11 Avr - 10:30

Merci aux petites mains de la modération (Armor ?) qui ont amendé (au sens du paysan qui amende le sol, qui enrichit) mon message précédent, en particulier par l'adjonction de l'image du recueil dont est tiré le poème  !

--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------


Du recueil Apocalypse:



Les clés de l'Hadès

  La foudre sur la grange (et les gerbes tordent leur
flamme dans un vent de pluie) est-il une clémence pour
sa cécité ?

  ou les grandes eaux grises qui emportent au
petit jour pêle-mêle escabeaux et nouveaux-nés dans
l'embrassement froid des remous ?

  Ni le givre férial des écoles buissonnières où le
merle est en conciliabule, ni la pluie qui tombe raide
comme un croisé d'un créneau de Saint Jean d'Acre,

  ce soudain vent dans sa course qui renverse par
mégarde le vieux prunier dont le pic-vert tenait pitance,
ni tant d'hirondelles inventées qu'on ne savait pas,

  une maison dans les pêchers roses, une moisson
dont le mari a jusqu'au ventre, rien dont ne se crispe le
sourire.

  L'arbre d'automne agite son rougeoiement sur de
basses meules, puis le char de novembre geint le long
de l'égouttement des ramures.

  Alors se déploie, nocturne entre les sémaphores
sous des avenues de lumignons, sous le tressautement
vert des feux de Sirius, la neige,

  le linge où s'imprime la sainte face du souffre-
douleur. Et le peintre lui-même immobile dans le cercueil
de son portrait.

  Je ne suis ceci ni cela, aucune histoire. Je ne puis
souffrir sur ma face, ta face qui me suscite une âme
dans le corps.

  Le devoir de l'esclave est de trahir son maître tant
qu'il peut et sans raison, mais n'être en proie qu'à soi
n'est pas échapper aux tyrans, c'est subir les empreintes
que laisse leur morgue en notre nuit.

  Que me sont en effet tes dons sauf la soif d'une issue ?
Tu me dispenses de bravoure. Ma liberté est de n'avoir pas le choix.



----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Titre chtonien pour un poème aux apparences claires, peu encodées, qui se lit -et c'est volontaire- comme de la prose, on note par exemple l'emploi des majuscules en tête de strophes uniquement sur la première strophe et sur le vers qui suit immédiatement un point, tout comme en prose.

Dès lors le découpage en strophes -le contournement en blanc- est destiné à harmoniser l'ensemble (en effet les strophes sont à peu près de taille similaire tout au long de ce recueil-là), les vers sont bel et bien liés par le jeu de la ponctuation, et doivent être lus et entendus dans ce rythme-là (encore une fois, comme en prose, donc).

Apparences claires, disais-je ? Mais non...  
Dès la première strophe on risque s'égarer en conjonctures et fausses pistes, avec l'emploi du il, au lieu de elle, qui qualifierait la foudre, du coup on ne sait trop de qui ou de quoi il est le pronom - un présupposé héros tiers, ou Hadès lui-même, bien que le l' du titre ne paraît pas le désigner lui-même en tant que dieu mais s'appliquerait plutôt au royaume des morts ?

Va pour la cécité du royaume souterrain d'Hadès, la foudre étant l'attribut de son frère Zeus, comme une manière de tenir le domaine d'Hadès à distance; domaine d'Hadès auquel la seconde strophe se rapporte clairement.

Après les deux strophes de questionnement-étonnement (achevées chacune par un point d'interrogation), trois strophes composant une phrase, rythmées par trois "ni" qui donnent un tempo en faux-rythme.

Les éléments...le feu avec la foudre, l'eau des grandes eaux grises, celle de l'embrassement froid des remous, à présent l'eau encore, d'abord sous sa forme sublimée et indiquant la vie, la Vacatio des Anciens, qui est le givre "férial".
Et, à nouveau, sous une forme suggestive de mort, telles les grandes eaux grises, celle qui tombe raide comme un croisé d'un créneau de Saint Jean d'Acre. Une pluie-mort-foudroyante, en somme, en négatif de la foudre de Zeus, la manière de foudroyer d'Hadès.

Puis l'élément vent, dévastateur et semant la ruine de l'arbre nourricier, du vieux prunier, suivi de cet emploi dont je ne me lasse pas des hirondelles inventées (in-vent-ées), et autres ravages en cascade, la maison [du bonheur] dans les pêchers roses, l'homme fécond suggéré par une représentation poétique qui m'émeut beaucoup, une moisson dont le mari a jusqu'au ventre...

Du vent tombons vers l'automne, avec l'arbre en braise qui agite son rougeoiement, avec le char de novembre. Puis chutons du jour à la nuit, et à l'hiver. La neige, linge et une première évocation christique, celle du suaire, couplé à l'artiste, saisi dans sa mort par son propre art (en l'occurrence le peintre).

Entre, tardivement dans le poème, en scène le poète, au "je".
La mort, l'Hadès et la souffrance sont balayés comme d'un revers de main.
Moins qu'une non-inscription dans l'histoire, ou une négation nihiliste de celle-ci, par extrapolation si l'on s'en tient à ce seul poème-ci, mais c'est plus évident si on ne le sépare pas du contexte du reste du recueil, il s'agit bien de l'inscription en Christ, entendu comme salvifique et rédempteur, venu pour sauver, libérer [entre autres, ici, de l'Hadès].

L'avant-dernière strophe est une des plus fréquemment citée de Jean Grosjean, enfin, je parle à l'échelle de ce que Jean Grosjean est cité, elle émaillera avec succès vos conversations:
On la dirait très dans le style La Boétie, et à première lecture on peut se dire qu'elle fonctionnera à coup sûr pour tout échange avec des libertaires, libertariens, trotskistes, nihilistes, éco-warriors, zadistes, révolutionnaires de tout poil, etc...

Mais non...
L'esclave qui trahit son maître et s'en fait une ligne de conduite est renvoyé à ses affres solitaires, autres tyrannies, l'esquive du maître par la trahison ne vaut pas affranchissement de l'esclave.
Ainsi nous éclaire la dernière strophe, où le poète s'adresse à un Tu familier [à Dieu] - seule issue - et, par cet anti-choix que constitue le fait de ne pas choisir mais de rallier, dispense de bravoure suprême, permet de triompher de l'Hadès.


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Message par tom léo le Mer 11 Avr - 16:14

Merci pour cette présentation! Il me semble le rencontrrer rarement, Jean Grosjean. En ce qui me concerne, peut-être, j'ai eu d'autres approches: j'avais lu deux de ses récits "bibliques" à partir de personnâges. J'avais pas mal aimé! Et nous avons même encore d'autres en reserve..., mais avec tout ce qu'il y a à découvrir...

@Aventin a écrit:C'est un auteur avec lequel j'ai toujours eu des difficultés, je me suis mis à le lire comme on se met aux prises avec quelque chose qui oppose de la résistance, quelque chose qu'on ne comprend pas.

Tu pourrais préciser le pourquoi (si possible)?
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Message par Aventin le Mer 11 Avr - 18:58

@tom léo a écrit:Merci pour cette présentation! Il me semble le rencontrrer rarement, Jean Grosjean. En ce qui me concerne, peut-être, j'ai eu d'autres approches: j'avais lu deux de ses récits "bibliques" à partir de personnâges. J'avais pas mal aimé! Et nous avons même encore d'autres en reserve..., mais avec tout ce qu'il y a à découvrir...

@Aventin a écrit:C'est un auteur avec lequel j'ai toujours eu des difficultés, je me suis mis à le lire comme on se met aux prises avec quelque chose qui oppose de la résistance, quelque chose qu'on ne comprend pas.

Tu pourrais préciser le pourquoi (si possible)?

Je ne parle que du poète, n'ayant pas [encore] lu ses autres écrits.
Son art poétique, je ne le trouve pas très hermétique ou encodé, pas vraiment très abstrait, donc d'un abord aisé. Paradoxalement aisé.
Il y a assez peu de musicalité dans ses vers, et peu de technique technicienne.
Pourtant c'est en général très fluide, et je ne comprends pas comment s'opère le procédé littéraire.

Même en étudiant de près tel ou tel poème, comme par exemple Les clés de l'Hadès ci-dessus, je ne saurais quel ton employer si je devais le lire à voix haute devant quelqu'un: je lis toujours un poème à voix haute après l'avoir lu "dans ma tête", même dans le cas de certaines dispositions picturales manifestement là pour que le poème soit lu par les yeux et non déclamé ou simplement dit (le Coup de dé de Mallarmé, certains Calligrammes d'Apollinaire par exemple).

Et là, je bloque.
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Message par Bédoulène le Mer 11 Avr - 20:53

Aventin, ces poèmes sont donc tous tirés du livre tel que présenté  (Gloire - Apocalypse, Hiver et Elégies) ?

(qu'importe les petites mains qui amendent, tantôt les unes, tantôt les autres, merci pour toutes)

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Message par tom léo le Mer 11 Avr - 21:40

Merci pour ta réponse, Aventin! Je me doutais qu'il s'agissait plutôt de sa création poètique, même si les récits ont aussi une note lyrique, me semble-t-il...?!
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Message par Aventin le Jeu 12 Avr - 21:09

@Bédoulène a écrit:Aventin, ces poèmes sont donc tous tirés du livre tel que présenté (Gloire - Apocalypse, Hiver et Elégies) ?

(qu'importe les petites mains qui amendent, tantôt les unes, tantôt les autres, merci pour toutes)
Oui le même bouquin. Ils ont autrefois paru séparément en recueil. Pas d'ajout d'image de livre à prévoir, je ne crois pas, en tous cas, sauf cas de lecture d'un original.



@tom léo a écrit:Merci pour ta réponse, Aventin! Je me doutais qu'il s'agissait plutôt de sa création poètique, même si les récits ont aussi une note lyrique, me semble-t-il...?!

En effet et merci d'apporter l'adjectif "lyrique", peut-être est-ce là la clef vers ce que je n'appréhendes pas bien (que je ne comprends pas, tout simplement): le fait de prendre sa lyre et que cela fonctionne, littéralement.... mais comment et pourquoi ça fonctionne ?
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Message par Aventin le Sam 14 Avr - 15:20

J'en étais à: mais comment et pourquoi ça fonctionne ?
Pas la moindre idée, un autre exemple:
Voici Esontai Didactoi, un poème (du recueil Austrasie, 1960) que je trouve éblouissant, qui s'est avéré très coloré à la lecture, peut-être surtout en s'autorisant une dose de tessiture sur ce que je prends pour des allitérations (en sont-ce vraiment ?). (ferme forme, vaque vitres vertes, soue sire, reître erreur rire, etc...).


Esontai Didactoi

L'aube de chaque ferme dresse une forme d'hommes dans les buées de bêtes et les lueurs de socs. La femme qui vaque à l'âtre, les blêmes vitres lui creusent des rides vertes. C'est l'heure où passe au loin, de la soue du sire à la bauge du reître, l'erreur avec son rire jaune. Un écolier pâle de sommeil et de froid, se hâte le long de la haie et il mâche des phrases qui l'emplissent du clair ciel neuf, du doux pré gris, du grand arbre gourd.


Une prosodie (disons phrase) est curieusement bâtie, La femme qui vaque à l'âtre, les blêmes vitres lui creusent des rides vertes.
Comme si Grosjean voulait coûte que coûte placer les mots pour arrêter celle-ci sur vertes, au risque d'une acrobatie !
En effet, deux des quatre phrases s'achèvent sur une couleur, vertes et jaune.
Quant aux deux autres, elles se terminent sur du monosyllabe, un vocable sonore, socs, l'autre sourd, gourd.

La première des deux virgules de la dernière phrase déséquilibre, ça me gêne un peu, à mon humble avis en ajouter une après écolier eût été judicieux, sinon, autre possibilité, la supprimer, au risque d'une diction en légère apnée.

Du coup il me semble avoir quelques repères (mais peut-être est-ce à tort). Le titre est difficile à connecter au contenu du poème, j'avoue passer à côté, complètement, et suis preneur de tout éclairage, même faible.

Mais, tout de même, avec léger recul sur ce texte, après avoir insisté un peu sans sortir de questionnements sans réponses, et donc accepté de ne pas avoir prise, quel poème !
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Message par Aventin le Lun 30 Avr - 16:30

Peut-être le vers le plus célèbre d'A. de Lamartine (dans le poème Le Lac, paru dans Méditations poétiques - 1820) est-il:
" Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
C'est à ce vers que je pensais en rapprochant quatre poèmes, du recueil "Les vasistas" (paru en 2000):
La suspension du temps chez Jean Grosjean.
Et à ce que "l'ombre des arbres sur la route", au seul éclairage de la lune, figure.



Parce que, pour ce qui est du procédé littéraire -ou poétique - je patauge toujours autant.
On peut certes s'accrocher à des "roses oscillent le long du mur en mémoire", des "L'éloignement s'accroissait", ou encore à des "Nous avons été reçus en rêve dans ce monde", mais c'est peu. L'essentiel de la poésie de Jean Grosjean, dans ces quatre brefs poèmes tout simples, comme dénudés, est ailleurs.
Je cherche, une lanterne allumée à la main...







Chez l'été


   C'est la route de l'été, un été qui ne va nulle part qu'à ses zones de soleil et d'ombre, le long d'un enclos ou d'une rangée de roses trémières. Des bruits de volaille montent d'un creux de village comme un rire. Au loin les bois s'appuient sur le pied du ciel. Ici l'air traverse la route avec l'odeur des chevaux et des bribes de voix. Pas de chanson, l'été est trop grave, son sourire semble en pleurs, un visage d'adieu. C'est même comme s'il était parti et qu'on n'habitait plus que la solennité de ses ossements.    




 


En panne

   Le vent s'est tu. Les roses oscillent le long du mur en mémoire de lui. Le coq du clocher inspecte les nuages qui stagnent dans le ciel. Le silence est terrible. Les feuillages s'immobilisent avec des airs de brutes. Des moucherons pédalent dans un rayon de soleil, mais le monde ne bouge pas. Y a-t-il une porte entrouverte ? Une horloge égrène cette heure qui ne passe pas.  






Retour nocturne

  La pleine lune éclairait la brume des ruisseaux et jetait l'ombre des arbres sur la route. L'éloignement s'accroissait. La lune me suivait à travers les arbres. Elle retournait vers moi au vieil ennui de mon âme. L'après-midi avait été une fête et le soir une joie à notre insu. Puis la nuit est venue comme un deuil très cher, comme une exaltation du déchirement. J'emportais en moi cette mélancolie doucereuse qui ronge les insignifiances du monde.






Compte rendu


   L’ombre des arbres sur la route. Mais où va la route? Où allions-nous dans l’immobilité des jours pour que toute la nuit les constellations entendent tinter les cloches des vaches dans les pâtures? Et cette fatigue au fond des greniers où l’horloge du clocher fait retentir les heures d’insomnie. Nous avons été reçus en rêve dans ce monde, mais à notre retour nous dirons: L’ombre des arbres sur la route.

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Message par animal le Lun 30 Avr - 18:24

Ca me cause ces extraits. Jean Grosjean 1252659054

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Message par Bédoulène le Mar 1 Mai - 7:20

à la relecture, la virgule après écolier ne s'impose pas, je pense que la sonorité de la phrase marque bien la vitesse

j'aime le thème couleurs !

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Message par Bédoulène le Mar 1 Mai - 7:41

@Aventin a écrit:Peut-être le vers le plus célèbre d'A. de Lamartine (dans le poème Le Lac, paru dans Méditations poétiques - 1820) est-il:
" Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
C'est à ce vers que je pensais en rapprochant quatre poèmes, du recueil "Les vasistas" (paru en 2000):
La suspension du temps chez Jean Grosjean.
Et à ce que "l'ombre des arbres sur la route", au seul éclairage de la lune, figure.



Parce que, pour ce qui est du procédé littéraire -ou poétique - je patauge toujours autant.
On peut certes s'accrocher à des "roses oscillent le long du mur en mémoire", des "L'éloignement s'accroissait", ou encore à des "Nous avons été reçus en rêve dans ce monde", mais c'est peu. L'essentiel de la poésie de Jean Grosjean, dans ces quatre brefs poèmes tout simples, comme dénudés, est ailleurs.
Je cherche, une lanterne allumée à la main...







Chez l'été


   C'est la route de l'été, un été qui ne va nulle part qu'à ses zones de soleil et d'ombre, le long d'un enclos ou d'une rangée de roses trémières. Des bruits de volaille montent d'un creux de village comme un rire. Au loin les bois s'appuient sur le pied du ciel. Ici l'air traverse la route avec l'odeur des chevaux et des bribes de voix. Pas de chanson, l'été est trop grave, son sourire semble en pleurs, un visage d'adieu. C'est même comme s'il était parti et qu'on n'habitait plus que la solennité de ses ossements.    




 


En panne

   Le vent s'est tu. Les roses oscillent le long du mur en mémoire de lui. Le coq du clocher inspecte les nuages qui stagnent dans le ciel. Le silence est terrible. Les feuillages s'immobilisent avec des airs de brutes. Des moucherons pédalent dans un rayon de soleil, mais le monde ne bouge pas. Y a-t-il une porte entrouverte ? Une horloge égrène cette heure qui ne passe pas.  






Retour nocturne

  La pleine lune éclairait la brume des ruisseaux et jetait l'ombre des arbres sur la route. L'éloignement s'accroissait. La lune me suivait à travers les arbres. Elle retournait vers moi au vieil ennui de mon âme. L'après-midi avait été une fête et le soir une joie à notre insu. Puis la nuit est venue comme un deuil très cher, comme une exaltation du déchirement. J'emportais en moi cette mélancolie doucereuse qui ronge les insignifiances du monde.






Compte rendu


   L’ombre des arbres sur la route. Mais où va la route? Où allions-nous dans l’immobilité des jours pour que toute la nuit les constellations entendent tinter les cloches des vaches dans les pâtures? Et cette fatigue au fond des greniers où l’horloge du clocher fait retentir les heures d’insomnie. Nous avons été reçus en rêve dans ce monde, mais à notre retour nous dirons: L’ombre des arbres sur la route.


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"Lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal" Le Club des incorrigibles optimistes de J.M. Guenessia "

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