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Claudio Magris

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Message par Tristram le Sam 28 Avr 2018 - 10:56

Claudio Magris

Né le 10 avril 1939

Claudio Magris Magris10

Né le 10 avril 1939 à Trieste, Claudio Magris est un écrivain, germaniste, universitaire et journaliste italien, héritier de la tradition culturelle de la Mitteleuropa qu'il a contribué à définir.
Claudio Magris est notamment l'auteur de Danube (1986), un essai-fleuve où il parcourt le Danube de sa source allemande (en Forêt-Noire) à la mer Noire en Roumanie, en traversant l'Europe centrale, et de Microcosmes (1997), portrait de quelques lieux dispersés dans neuf villes européennes différentes. Il est également chroniqueur pour le Corriere della Sera. Il a été sénateur de 1994 à 1996.
Ses livres érudits connaissent un très grand succès public et critique. Claudio Magris a ainsi reçu plusieurs prix prestigieux couronnant son œuvre, comme le prix Erasme en 2001, le prix Prince des Asturies en 2004, qui entend récompenser en lui « la meilleure tradition humaniste et [...] l'image plurielle de la littérature européenne du début du XXIe siècle ; [...] le désir de l'unité européenne dans sa diversité historique », le prix européen de l'essai Charles Veillon en 2009, et le prix de littérature en langues romanes de la Foire internationale du livre (FIL) de Guadalajara, au Mexique, en 2014.

Bibliographie
Essais
Le Mythe et l'empire dans la littérature autrichienne moderne, « L'Arpenteur », 1991
Wilhelm Heinse (1968)
Tre studi su Hoffmann (1969)
Loin d'où ? Joseph Roth et la tradition juive-orientale, Seuil, 2009
L'anarchico al bivio. Intellettuali e politica nel teatro di Dorst (1974), en collaboration avec Cesare Cases
L'altra ragione. Tre saggi su Hoffmann (1978)
Dietro le parole (1978)
Trieste : une identité de frontière, Seuil, 1991
L'Anneau de Clarisse. Grand style et nihilisme dans la littérature moderne, L'Esprit des péninsules, 2003
Danube, « L'Arpenteur », 1988 ; « Folio » no 2162, 1988
Microcosmes, « L'Arpenteur », 1998 ; « Folio » no 3365, 2000
Utopie et désenchantement, « L'Arpenteur », 2001
Trois Orients. Récits de voyages, « Rivages poche. Petite bibliothèque » no 543, 2006
La storia non è finita (2006)
Alphabets, « L'Arpenteur », 2012
Ibsen in Italia (2008)
Democrazia, legge e coscienza, avec Stefano Levi Della Torre (2010)
Livelli di guardia. Note civili (2006-2011) (2011)
La letteratura è la mia vendetta, avec Mario Vargas Llosa (2012)
Opere, volume I: dal 1963 al 1995 (2012)
Secrets, « Bibliothèque Rivages », 2015
Istantanee (2016)
Romans
Enquête sur un sabre, « Les Chemins de l'Italie », 1987 ; « L'Imaginaire » no 675, 2015
Stadelmann, Scandéditions, 1993
Une autre mer, « L'Arpenteur », 1993 ; « Folio » no 5310, 2011
O Conde, La Baconnière, coll. « 80 mondes », 2015
Les Voix, Descartes & Cie, 2002
L'Exposition, « L'Arpenteur », 2003
À l'aveugle, « L'Arpenteur », 2006 ; « Folio » no 4813, 2008
Vous comprendrez donc, « L'Arpenteur », 2008
Classé sans suite, « L'Arpenteur », 2017
Autres publications
Nihilisme et mélancolie. Jacobsen et son Niels Lyhne (leçon inaugurale faite le 25 octobre 2001, Collège de France, chaire européenne), 2001
Déplacements (chroniques parues dans le Corriere della Sera, 1981-2000), La Quinzaine littéraire, coll. « Voyager avec... », 2003

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Message par Tristram le Sam 28 Avr 2018 - 11:02

Danube

Claudio Magris Danube10

C’est la descente de ce fleuve, avec au fil de son cours la mosaïque de la Mitteleuropa, contrée des particularismes, et d’un certain art de vivre comme en perpétuel déclin, empreint d’une mélancolie propre…
Voici d’ailleurs qui éclaire certaines œuvres mitteleuropéennes :
« Le Danube est un fleuve autrichien, et autrichienne est la méfiance envers l’Histoire, qui résout les contradictions en les éliminant, dans une synthèse qui domine et annule les termes du débat, en un futur qui est bien proche de la mort. Si la vieille Autriche, aujourd’hui, nous apparaît souvent comme une patrie selon notre cœur, c’est peut-être parce qu’elle était celle d’hommes qui doutaient que leur monde pût avoir un avenir, et ne voulaient pas résoudre les contradictions de leur vieil empire, mais bien plutôt différer leur solution, dans la mesure où ils se rendaient bien compte que toute solution eût impliqué la destruction de quelques-uns des éléments essentiels à l’hétérogénéité de l’empire, et donc la fin de cet empire même. »
Commentaires fort bien nuancés sur Heidegger, Hamsun, Céline ; éclairages sur beaucoup d’autres auteurs (comme Celan, Canetti, Cioran, Ionesco, Istrati, parmi ceux que j’ai un peu lu) :
« Kafka et Pessoa font un voyage au bout, non pas d’une nuit ténébreuse, mais d’une médiocrité incolore encore plus inquiétante, dans laquelle on s’aperçoit qu’on n’est qu’un portemanteau de la vie et au fond de laquelle il peut y avoir, grâce à cette conscience, une ultime résistance de la vérité. »
…et sur l’Histoire, la géographie :
« …] peut-être ne serons-nous vraiment sauvés que lorsque nous aurons appris à sentir, concrètement et presque physiquement, que chaque nation est destinée à avoir son heure et qu’il n’y a pas, à l’absolu, de civilisations majeures ou mineures, mais bien plutôt une succession de saisons et de floraisons. »
… et sur la littérature en général :
« De la littérature comme déménagement ; et, comme dans tout déménagement, il y a des choses qui se perdent et d’autres qui resurgissent de recoins oubliés. »

« La littérature offre une compensation à l’absence, grâce à ce qu’elle transfère sur le papier en le volant à la vie, mais en laissant cette dernière encore plus vide et absente. Un écrivain, dit Jean-Paul, ne conserve toutes ses connaissances et toutes ses idées qu’à travers ce qu’il a écrit, et celui dont on jette au feu les manuscrits reste démuni et ne sait plus rien ; quand il erre dans les rues sans ses carnets il est complètement ignorant et stupide, "pâle silhouette et copie de son propre moi, son représentant en curator absentis". »

« Quand seront partis encore quatre ou cinq auteurs significatifs, me dit Csejka, moi j’écrirai mes critiques et mes essais pour personne. Mais d’un point de vue littéraire c’est peut-être aussi un avantage d’écrire pour personne, à une époque où partout l’organisation de la vie culturelle prétend, faussement, représenter tout le monde. »
Egalement des observations toujours d’actualité, voire avant-gardistes (essai publié en 1986) :
« …] l’automatisme mécanique de l’histoire et de l’économie mondiales, qui englobe la vie personnelle en en faisant une simple donnée statistique, broyant et recyclant l’individu dans des processus collectifs et substituant à l’universel la loi des grands nombres. »

« Aujourd’hui les media sont le message, ils modifient et effacent l’Histoire, tel Big Brother dans 1984, d’Orwell. »

« L’anticapitalisme romantique idéalise indûment le monde rural archaïque, la communauté avec son chaud souffle d’étable, et oublie ce qui s’y mêlait presque toujours de misère noire et de sombre violence. La société urbaine, si souvent et si tendancieusement accusée d’aliénation, a libéré l’individu, ou tout au moins mis en place les prémisses de sa libération. »
Magris recourt au concept de « persuasion » (au sens passif du fait d'être persuadé, de l’état de celui qui est persuadé, acception qui participe des notions d’assurance, de conviction, voire de confiance) :
« La persuasion, a écrit Michelstaedter, c’est la possession toujours présente de sa vie et de sa personne, la capacité de vivre à fond dans l’instant sans l’obsession délirante de le brûler au plus tôt, de le prendre et de l’utiliser en vue d’arriver le plus vite possible au futur et donc de le détruire dans l’attente que la vie, toute la vie, passe rapidement. Celui à qui la persuasion fait défaut consume son être dans l’attente d’un résultat qui doit toujours venir, et qui ne vient jamais. »
Il parle déjà de post-modernisme :
« Vienne est la ville du post-moderne, dans laquelle la réalité cède devant sa représentation et devant les apparences, où les catégories fondamentales se diluent, où l’universel s’actualise dans le transcendant quand il ne se dissout pas dans l’éphémère, et où la mécanique des besoins emporte les valeurs dans son tourbillon. »
C’est aussi l’interface entre Occident et Orient ‒ la route des invasions.
Une ballade érudite, donc, qui peut d’ailleurs se rattacher à la littérature de voyage.
Ses compagnons de voyage apparaissent au détour d’une vue, silhouettes à peine esquissées...
Le mot qui revient le plus est peut-être « aimable » ; effectivement…

« La civilisation et la morale se fondent sur une distinction nécessaire, et fort difficile à établir, entre l’homme et l’animal. Il est impossible de vivre sans détruire de vie animale, ne serait-ce que celle d’organismes microscopiques qui échappent à notre perception, et il est impossible de reconnaître aux animaux des droits universels et inviolables, de considérer d’une manière kantienne chaque animal comme une fin plutôt que comme un moyen ; la solidarité fraternelle peut aller jusqu’à embrasser l’humanité entière, mais pas au-delà. Impossibilité qui rend inévitable la séparation entre monde humain et monde naturel et qui contraint la culture, qui lutte contre les souffrances infligées aux hommes, à bâtir son édifice sur celles infligées aux animaux, en cherchant à les adoucir mais en se résignant à ne pas pouvoir les éliminer. L’irrémédiable douleur des animaux, ce peuple obscur qui accompagne comme une ombre notre existence, rejette sur cette dernière tout le poids du péché originel. »

« Mais les vagabonds qui gribouillaient sur ces tables [écrivains viennois dans les cafés] défendaient, avec ironie et sans illusions, les dernières marges d’un individualisme irréductible, les derniers reflets d’un charme – quelque chose d’impossible à reproduire, et qui ne se laisse pas complètement niveler par la fabrication en série. La vérité cachée ou inaccessible n’était pas pour eux un vain mot, et surtout ils n’annonçaient pas sa mort avec satisfaction – comme le font les théoriciens verbeux de l’insignifiance. »



mots-clés : #historique #identite

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Message par bix_229 le Sam 28 Avr 2018 - 11:19

Une belle méditation poétique le long d' un fleuve chargé d' histoire et en compagnie
de ceux qui, écrivains, ont vécu dans sa proximité.
Ou ont péri dans les péripéties des évènments.
L' histoire laisse toujours des naufragés dans ses méandres aventureux.
Mais écrire c' est aussi remonter vers la source du fleuve.
Vers l' origine des civilisations. Sauf que cette origine n' existe pas.
L' histoire elle-meme n' est qu' affaire de langage et de celui qui l' écrit : le vainqueur.


Dernière édition par bix_229 le Sam 28 Avr 2018 - 11:34, édité 4 fois (Raison : a source)
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