Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot


Jean-Baptiste Del Amo

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Jean-Baptiste Del Amo Empty Jean-Baptiste Del Amo

Message par Pia le Lun 30 Avr - 9:48

Jean-Baptiste Del Amo
Né en 1981

Jean-Baptiste Del Amo Jean-b11

Jean-Baptiste Del Amo, né le 25 novembre 1981 à Toulouse, est un écrivain français.
En 2006, Jean-Baptiste Del Amo reçoit le Prix du jeune écrivain de langue française pour sa nouvelle Ne rien faire. Ce texte court, qui se déroule en Afrique le jour de la mort d'un nourrisson, est une fiction autour du silence, du non-dit et de l’apparente inaction.
Fin août 2008, son premier roman, Une éducation libertine, paraît dans la collection blanche des éditions Gallimard. Ce roman d'apprentissage est favorablement accueilli par la critique
Il publie en 2010 un deuxième roman, Le Sel, texte contemporain situé dans le port de Sète, qui relate une journée de la vie d'une famille, au terme de laquelle un dîner doit en réunir tous les membres. Au gré de ses souvenirs, chacun se remémore l'histoire familiale et la figure d'un père disparu. Le livre est fortement soutenu par les libraires.
En 2013, il publie Pornographia, récit d'une errance hallucinée dans la nuit d'une ville tropicale.
En 2016 paraît son quatrième roman, Règne animal – qui retrace, du début à la fin du vingtième siècle l’histoire d’une exploitation familiale vouée à devenir un élevage industriel.
Source

Bibliographie :

- Ne rien faire et autres nouvelles, Buchet-Chastel, 2006
- Une éducation libertine, Gallimard, 2008
- Le Sel, Gallimard, 2010
- Hervé Guibert, photographe, Gallimard, 2010
- Pornographia, Gallimard, 2013
- Règne animal, Gallimard, 2016
- L214, une voix pour les animaux, éditions Arthaud, 2017
Pia
Pia

Messages : 135
Date d'inscription : 08/12/2016
Age : 51
Localisation : Utrecht

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Jean-Baptiste Del Amo Empty Re: Jean-Baptiste Del Amo

Message par Pia le Lun 30 Avr - 9:53

Jean-Baptiste Del Amo Une_yd10

Une éducation libertine

Cela faisait quelques temps que je n’avais pas lu un roman qui me plaise. Et j’ai soufflé en lisant Une éducation libertine.

L’histoire se passe dans le Paris puant du 18 ème siècle, où la pauvreté, la saleté, donnent presque des nausées tant Jean-Baptiste Del Amo sait les décrire avec brio et en profondeur(il faut s’accrocher parfois). Plus tard, dans le bouquin, quand l’ascension de Gaspard se fait et qu’il devient libertin, Jean-Baptiste Del Amo nous raconte une noblesse qui semble s’ennuyer et ne pas trouver de sens à cette vie morne et répétitive.

Gaspard vient de Bretagne. Son enfance a été une suite de tâches à faire. Il fuit vers Paris à l’âge de 19 ans. Il a faim, il est sale, il accepte un travail qui lui demande de récupérer les tronçons de bois sur la Seine et les amarrer sur la Berge. C’est un travail dur et il prend la décision de tenter le tout pour le tout, et de prendre le risque de se détourner, sans possibilité de retour, pour trouver mieux. Il rencontre le comte de V qui devient son amant et petit à petit, dans la souffrance, son ascension se fait.

Jean-Baptiste Del  Amo a aussi écrit des bouquins pour la défense des animaux, ce qui n’est pas pour me déplaire.

Extraits :

Gaspard donna ses derniers sols à la femme dont la main surgit dans l’aura d’une flamme. Les pièces cliquetèrent, la marchande évalua le butin à défaut de le voir. Elle tendit un bol et un quignon de pain dur dont Gaspard s’empara avant de céder la place à un autre affamé. Il n’y avait qu’un morceau de chou dans une eau salée, pas une once de lard. Il veilla à garder la feuille racornie au fond du bol, trempa la mie dans le liquide, savoura l’acidité du levain, mâcha, et le pain se désagrégea dans sa bouche. A sa gauche un autre homme mangeait en silence. Ils ne se lancèrent pas un regard. Leurs visages se découpaient en lignes jaunes selon que le flambeau éclairait dans leur direction ou vers la femme. Un des enfants rampa entre les jambes de l’homme, quémanda un peu de pain. Il le repoussa du genou: “T’es donc pas foutue de nourrir tes mioches? Lança-t-il à la génitrice. Il a déjà mangé ce matin!” dt-elle en haussant les épaules. Gaspard tendit son crouton, le garçon se précipita. L’homme secoua la tête: “Va pas lui donner de mauvaises habitudes”, dit-il la bouche pleine, lui postillonnant au visage. Gaspard ne répondit pas, essuya sa joue, vida son bol. Le liquide remplit son estomac, coupa la faim pour un temps. Il saisit le chou entre deux doigts, le porta à ses lèvres, le mâchonna, puis rendit le bol. Il poussa les clients amassés dans le porche et regagna l’agitation de la rue.
On lui avait enfin parlé, se dit-il avec satisfaction.


Depuis le premier jour d’averse, l’épuisement vrombissait en lui comme un insecte démesuré, transformait le battement des gouttes au-delà en bruit d’élytres, déformait la réalité de la chambre. Tout tremblait sous le pilon de la pluie glissée au travers des tuiles, gouttant au sol avec un clapotis infect. […] Les gouttes s’accouplaient, se multipliaient, envahissaient l’espace, nourrissaient la douleur qui vrillait son crâne. Il abritait un ver, une larve, qui se contorsionnait dans l’entrelacs gélatineux de son cerveau pour tenter de s’en extraire. Ses tympans battaient la mesure. Son oreille interne était saturée par ce fracas. Bourrer son conduit auditif avec du foin, jusqu’à la douleur, n’avait servi à rien. L’eau s’immisçait partout avec son bruit de ressac. Les plats débordèrent. La oluie amassée gonfla à la surface se bomba d’attente. Puis une goutte vin trompre la perfection de ce ventre translucide, répercuter sa fome dans la masse, faire basculer enfin le liquide au-delà du rebord. Le parquet se teinta de sombre. Goncelin l’observa, les mains plaquées sur les oreilles. Aussi surement que la progression de la pluie sur le sol, une ombre progressait, une forme dévorante prenait naissance au creux de son estomac. Un fantôme bien connu, maîtrisé jusqu’alors, un désir ténébreux qu’accompagnaient la nausée, les frissons, les tremblements incontrôlés. Une onde, une marée de concupiscence, un bouillonnement nourri par la pluie, prit le dessus sur elle, déferla dans son torse, excita son esprit, le canalisa vers un unique objet.
Pia
Pia

Messages : 135
Date d'inscription : 08/12/2016
Age : 51
Localisation : Utrecht

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Jean-Baptiste Del Amo Empty Re: Jean-Baptiste Del Amo

Message par Armor le Mar 1 Mai - 19:55

Des avis lus lors de sa sortie, qui parlaient de la crudité parfois difficilement supportable de ce livre, m'avaient fait penser qu'il n'était pas pour moi. Mais après avoir lu ton avis, je me dis "après tout pourquoi pas" ? Wink

_________________
"Et au plus eslevé trone du monde, si ne sommes assis, que sus notre cul." (Michel de Montaigne)
Armor
Armor

Messages : 3496
Date d'inscription : 02/12/2016
Age : 38
Localisation : A l'Aise Breizh

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Jean-Baptiste Del Amo Empty Re: Jean-Baptiste Del Amo

Message par Pia le Jeu 10 Mai - 12:45

Je me demande si c’est pour toi Armor. C’est vrai que c’est cru et difficile à supporter parfois. La pourriture des corps, la noirceur y est décrite en profondeur, mais avec brio. Si j’habitais près de chez toi, je te le prêterai pour que tu essayes sans l’acheter. L’écriture est belle.
Pia
Pia

Messages : 135
Date d'inscription : 08/12/2016
Age : 51
Localisation : Utrecht

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Jean-Baptiste Del Amo Empty Re: Jean-Baptiste Del Amo

Message par Armor le Jeu 10 Mai - 15:06

@Pia a écrit: Si j’habitais près de chez toi, je te le prêterai pour que tu essayes sans l’acheter.  

Oh c'est gentil ça. Very Happy
Si je le croise à l'occasion, je le feuilletterai, on ne sait jamais.

_________________
"Et au plus eslevé trone du monde, si ne sommes assis, que sus notre cul." (Michel de Montaigne)
Armor
Armor

Messages : 3496
Date d'inscription : 02/12/2016
Age : 38
Localisation : A l'Aise Breizh

  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Jean-Baptiste Del Amo Empty Re: Jean-Baptiste Del Amo

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

 Des Choses à lire :: Lectures par auteurs :: Écrivains européens francophones

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum