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Irmgard Keun

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Message par tom léo le Lun 30 Avr - 21:46

Irmgard Keun
1905 - 1982

Irmgard Keun Keun10

Wikipedia a écrit:est née dans le quartier de Charlottenburg à Berlin en 1905 d’Eduard et Elsa-Charlotte Keun. Elle et sa famille, dont son frère Gerd (né en 1910), vivent à Berlin avant de déménager en 1913 à Cologne. Après une école protestante de jeunes filles, en 1921 Keun fréquente une école de commerce dans le Harz, puis elle prend des leçons de sténographie et de dactylographie à l’École Berlitz. Elle travaille ensuite comme sténodactylo. De 1925 à 1927 Irmgard Keun fréquente l’École de théâtre de Cologne. Quelques engagements s’ensuivent à Greifswald et Hambourg, mais avec un succès modéré. Pour cette raison elle met fin en 1929 à sa carrière théâtrale et commence à écrire, encouragée par Alfred Döblin. En 1932 elle épouse l’auteur et metteur en scène Johannes Tralow ; le couple divorce en 1937.

En 1931, son premier roman, Gilgi – eine von uns (Gilgi, l’une de nous) rend Irmgard Keun célèbre d’un jour à l'autre. De même, Das kunstseidene Mädchen (La fille de soie artificielle, 1932) est immédiatement un succès commercial. Elle est encouragée par Döblin et Kurt Tucholsky.

En 1933-1934 ses livres sont confisqués et interdits. Sa demande d'adhésion à la Reichsschrifttumskammer est définitivement refusée en 1936. Keun s’exile de 1936 à 1940, d’abord à Ostende en Belgique puis en Hollande. C’est pendant cette période que paraissent les romans Das Mädchen, mit dem die Kinder nicht verkehren durften (La fille que les enfants ne pouvaient pas fréquenter, 1936, traduit en français sous le titre Quand je serai grande je changerai tout), Nach Mitternacht (Après minuit, 1937, cité par Arthur Koestler dans "la lie de la terre" comme l'un des rares romans allemands d'avant guerre ayant traité du climat politique de l'Allemagne nazie), D-zug dritter Klasse (L’express de troisième classe, 1938), Kind aller Länder (Enfants de tous les pays, 1938) dans les maisons d’édition qui publient la “littérature d’exil” germanophone en Hollande (Allert de Lange Verlag et Querido Verlag à Amsterdam).

Au cours de ces années son cercle d’amis se compose entre autres d’Egon Erwin Kisch, Hermann Kesten, Stefan Zweig, Ernst Toller, Ernst Weiss et Heinrich Mann. De 1936 à 1938 elle a une relation amoureuse avec Joseph Roth qui retentit avant tout positivement sur leur activité littéraire. Elle travaille en commun avec Roth et entreprend avec lui de nombreux voyages (à Paris, Vilnius, Lviv, Varsovie, Vienne, Salzbourg, Bruxelles…).

En 1938 Irmgard Keun se sépare de Roth. Après l'entrée des forces armées allemandes aux Pays-Bas, elle retourne en 1940 en Allemagne et y vit jusqu'à 1945 dans l'illégalité et la clandestinité. Il semblerait qu’un SS l’ait aidée en Hollande en lui procurant de faux papiers et qu’une annonce de sa mort l’ait aussi protégée.

Après la guerre Irmgard Keun tente de renouer les contacts perdus, rencontre Döblin et commence une correspondance de plusieurs années avec Hermann Kesten. Elle travaille comme journaliste et en écrivant de petits textes pour la radio, le cabaret et des feuilletons, mais ne reprend pas vraiment pied dans son activité littéraire. Son roman Ferdinand, der Mann mit dem freundlichen Herzen (Ferdinand, l’homme au cœur tendre, 1950) ne retient que peu l’attention, cependant que les livres du temps de l’émigration se révèlent peu vendables.

En 1951 naît sa fille Martina dont elle tient le nom du père secret. Dès le milieu des années 1950, elle se lie d’amitié avec Heinrich Böll avec qui elle veut publier une “correspondance fictive pour la postérité”. Le projet échoue, faute d’éditeur. À partir des années 1960 les publications font défaut et Irmgard Keun, souffrant d’alcoolisme et appauvrie, est mise sous tutelle en 1966 et soignée dans le service psychiatrique de l’hôpital de Bonn, où elle reste jusqu’à 1972. Elle vit ensuite retirée à Bonn puis, à partir de 1977, dans un petit appartement de la Trajanstraße de Cologne. Une lecture à Cologne et un portrait dans Stern éveillent alors un nouvel intérêt pour Irmgard Keun et ses livres. De nouvelles éditions améliorent sa situation financière à partir de 1979.

En 1982 elle meurt d’un cancer du poumon. Elle est inhumée au cimetière de Melaten à Cologne


Bibliographie en français :


   Gilgi - eine von uns (1931)/Gilgi découvre la vie (1933), puis sous le titre Gilgi (1980).
   Das kunstseidene Mädchen (1932)/La jeune fille en soie artificielle (1982)
   Das Mädchen, mit dem die Kinder nicht verkehren durften (1936)/ Quand je serai grande je changerai tout (2017).
   Nach Mitternacht (1937)/Après minuit (1939), puis Balland (1981)
   Kind aller Länder (1938)/Une drôle de petite fille (1984).
   Bilder und Gedichte aus der Emigration (1947)
   Ferdinand, der Mann mit dem freundlichen Herzen (1950)/Retour à l'anormale (1950), puis sous le titre Tendre Ferdinand      
   (1983).
   Wenn wir alle gut wären (1954), histoires courtes
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Message par tom léo le Lun 30 Avr - 21:56

Gilgi

Irmgard Keun Gilgi10Irmgard Keun 23022_10


Originale : Gilgi – eine von uns (Allemand, 1931)

CONTENU :
Cologne vers 1930 : Gilgi vit dans une famille petite-bourgeoise, un peu trop rodée. Elle cherche avec une grande discipline l’indépendance et l’avancement professionnel. Pit et Olga sont des très bons amis, à son coté, mais donnant aussi de temps en temps leur opinion forte pour dire clairement leurs idées. Au jour de son 21ème anniversaire Gilgi entend de sa mère qu’en fait elle était adoptée et qu’elle est arrivée chez eux par une certaine Mme Täeschler. Ebranlement leger, quête de la mère, des origines... - des questions nouvelles ?! Puis apparaît un certain Martin Bruck, Bohémien, grand voyageur devant l’Eternel, et ayant 20 ans de plus. Elle tombe follement amoureuse, mais il vit tellement autrement qu’elle, sans but précis si ce n’est le plaisir immédiat, ne se souciant pas de l’argent. Est-ce qu’elle enonçera à sa façon d’être? Qu’est-ce qui en résultera ?

REMARQUES :
Comme le roman était écrit en 1931 un sous-titre français peut sembler un peu fort, parlant "des années 30", même si sensiblement certains sujets apparaissent déjà dans l’arrière-fond de l’histoire. Le titre allemand « Gilgi – l’une de nous » met un autre accent : certains problèmes de Gilgi, ainsi mon interprétation, sont ceux des gens de son époque, peut-être surtout des femmes? Tiraillées entre indépendance, amour, renoncement et recherche d’épanouissement personnelle et professionnelle. On rencontrera ici des questions, ouvertement, dont à l’époque on parlait probablement pas, et surtout pas une femme : les grossesses multiples, l’enchainement par une famille, voir : par une relation prenant trop de place, « persécutions » sexuelles au poste de travail...

Gilgi a sa vie en main (ainsi la toute première phrase du roman!), et elle ne compte pas de la perdre. Mais les aléas de la vie l’ébranlent légèrement : quête de la mère (finalement on trouvera la bizarreries qu’elle en a trois, et aucune qui compte vraiment pour elle!), perte de l’emploi, et puis surtout cette relation avec Martin qui prend de plus en plus (trop?) de place dans sa vie jusqu’à lui faire faire des choses qu’elle ne voudrait pas faire. Ainsi on est dans une tension, une lutte entre la quête de liberté et indépendance et une certaine forme de dépendance (dans un sens vaste) dans une relation amoureuse. Donc, Gilgi veut être autre, mais elle est aussi « une de nous », et en beaucoup ?! Je ressentais comme un balancement dans un champ d’attentes, d’obligations, discipline, l’indépendance, insouciance et (perte de) contrôle, de souveraineté.

Je ne vais pas raconter plus de l’histoire, assez riche et touffue. Mais Irmgard Keun m’a convaincu par « Après minuit », et je continuais donc sa découverte ici avec un roman antérieur, un de ceux qui l’ont fait connaître. Les sujets vont ici probablement parler beaucoup aux uns, tandisque pour moi c’était ici encore une fois, et avant tout (avant certains thèses « existentielles », un certain contenu qui peuvent faire frémir, voir même choquer ?) la langue et le style qui sont une merveille. Au moins en allemand. C’est inimitable comment elle utilise la langue, et éventuellement à son époque (mais qu’est-ce que j’en connais?) une des pionnières : Une écriture entre dialogue intérieur, descriptions, être adressé par soi-même ou par l’auteur, un va-et-viens entre action extérieure et monologue intérieure etc. Tout cela devient difficilement séparable, forme un tout, un continuum de pensées sautant d’ici à là. Très impressionant !

S’y ajoute - mais est-ce qu’on peut le rendre en français ? - un colorit local de Cologne, lieu de tout le roman : utilisation du dialecte, description de la ville, d’une vie d’avant la guerre qui partiellement m’ont fait sourire et m’ont rendu nostalgique.

En lisant on rit, on devient pensif ; on devient calme et, de temps en temps, cela fait mal !


mots-clés : #amour #identite
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Message par tom léo le Mar 1 Mai - 8:12

Comme je vois la couverture d'une édition en allemand, je fais savoir juste que ce titre existe aussi en français sous "Gilgi : jeune fille des annees 30". Je pense que la langue, le style, l'humour de Keun auraient de quoi étonner l'un et l'autre parmi nous...
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Message par Bédoulène le Mar 1 Mai - 8:21

j'ai rajouté la couverture française Tom Léo ! Smile

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Message par bix_229 le Mar 1 Mai - 16:24

Irmgard Keun Irmgar10

Après minuit

J'ai lu Après Minuit, et c'est un très bon livre.
En plus c' est un témoignage sur le vif de l'atmosphère en Allemagne
en 1936. Plus précisément à Francofort.
Un peuple dopé, hypnotisé et sous influence. Il fallait avoir de la lucidité pour s'en rendre compte et prendre peur et avoir envie de partir.
Elle n'avait que 18 ans pourtant Irmgard Keun à l'époque.
Bergman a traversé le pays à cette époque et a été saisi par cette atmosphère à la fois fascinante, empoisonnée et morbide.
Il en parle dans Laterna magica.


Mots-clés : #humour #regimeautoritaire
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Message par tom léo le Mar 1 Mai - 17:41

@bix_229 a écrit:En plus c' est un témoignage sur le vif de l' atmosphère en Allemagne
en 1936.
(...)
Elle n' avait que 18 ans pourtant Irmgard Keun à l' époque.

Je suis d'accord que Keun avait une lucidité incroyable, aussi dans ce livre (dont je vais mettre une recension plustard). Mais en 1937, quand elle écrivît ce roman, elle avait quand même déjà 32 ans...
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Message par Armor le Dim 14 Juil - 22:50

Irmgard Keun Irmgar10

Après minuit

Lire est pour eux un gros effort ou un ennui. Je parierai qu'ils n'ont pas encore lu Mein Kampf d'un bout à l'autre ; moi non plus d'ailleurs. Mais ils l'ont acheté, y ont même jeté un coup d'oeil de temps en temps et se figurent qu'ils l'ont lu.
Heini a dit un jour : "Ou bien ils achètent un livre et ne le lisent pas, ou bien ils empruntent un livre, ne le rendent pas et ne le lisent pas davantage. Mais ils en ont tant entendu parler, ça a été une telle affaire de l'acheter ou de devoir le rendre, qu'il leur est devenu familier comme la chemise qu'on a sur le corps. On connaît le livre sans l'avoir lu." Des centaines de milliers d'Allemands ont ainsi lu Goethe et Nietzsche et d'autres poètes, d'autres philosophes, sans les avoir jamais lus. Notre Führer a en cela quelque chose de commun avec Goethe.

En allant habiter chez son frère, écrivain célèbre, Suzon découvre les joies de la grande ville, de son effervescence, et des soirées mondaines durant lesquelles les femmes brillent de tous leurs feux tandis que les intellectuels délectent leur auditoire par leurs saillies spirituelles. Amusée, émerveillée, elle nous raconte avec une candeur non dénuée d'humour les couples qui se font et se défont, les militaires paradant dans leurs tenues flambant neuves, et l'alcool qui embrume les esprits le soir venu. Elle-même en viendrait presque à oublier son amoureux resté en province... Un charmant vaudeville, en somme.

Sauf que... Sauf que nous sommes dans l'Allemagne nazie. Et dans cette Allemagne-là l'ombre de la délation, de la violence, ou pire encore, plane sur chaque instant. Les gentils amoureux risquent la prison, pour peu que le prétendant ait l’outrecuidance d’être "non aryen". Pour un mot de trop des proches disparaissent, purement et simplement. Même en se promenant simplement dans la rue, il arrive qu'on entende les cris des hommes suppliciés dans les caves... L’embrigadement progresse. On en est à inventer des baguettes de sourcier destinées à repérer les juifs, comme on repérait autrefois les eaux souterraines… Probablement l’un des passages les plus grotesques et poignants du livre.
Même les écrivains autrefois adulés en sont réduits à tremper leur plume dans la guimauve pour ne pas déplaire à la censure. Alors on fait semblant, on rit, on danse, mais au fond tous savent qu’il n’y a désormais plus rien à faire : la machine à broyer est en marche, résister est devenu inutile. Même Heini a renoncé : "Pendant plus de dix ans, je me suis creusé la tête pour mettre en garde contre cette folie de barbarie que je sentais venir. Une souris qui siffle pour arrêter une avalanche."

C'est d'une plume alerte que Suzon, cette petite Suzon tellement sympathique, nous livre la chronique de ces vies empêchées et de ces êtres impuissants, tétanisés face à la violence qui menace de déferler sur eux. Mais sa vitalité et son humour, d'apparence si juvéniles, cachent une perspicacité à toute épreuve, et une hauteur de vue qui émeut et impressionne, d'autant plus lorsque l'on apprend que ce roman, écrit en exil, est paru en 1937...
Après minuit est une oeuvre à part, désespérée et rieuse. Elle se lit le sourire aux lèvres et la larme au coeur. Grand merci à bix de me l’avoir conseillée.

C'est déjà bien difficile de connaître toutes les ordonnances relatives à la vie des affaires _ on sait combien, dans les affaires, la vie est compliquée et voilà que l'amour aussi est réglementé et qu'il faut connaître tous ces règlements : ce n'est pas commode. On peut vous stériliser ou vous mettre en prison sans que vous ayez le temps de vous retourner, ce n'est pas agréable. De l'amour, il en faut ; une femme allemande a le devoir de faire des enfants : mais dans ces affaires il y a tout un côté sentimental. Et dans les affaires sentimentales il faut veiller à rester en règle avec la loi. Le plus sûr est peut-être de ne pas aimer. Tant que ce sera permis.


Dernière édition par Armor le Dim 21 Juil - 16:53, édité 1 fois

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Message par bix_229 le Dim 14 Juil - 23:15

"Après minuit est une oeuvre à part, désespérée et rieuse. Elle se lit le sourire aux lèvres et la larme au coeur. Grand merci à bix de me l’avoir conseillé."

"Désespérée et rieuse." Bien vu ! Tant mieux si ça t'a plu, ce livre le mérite bien.
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Message par Tristram le Dim 14 Juil - 23:18

Ça a l'air d'être un point de vue remarquable, cette vue de l'intérieur.

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Message par Armor le Lun 15 Juil - 12:34

Oui c'est très différent de tout ce que j'ai pu lire jusqu'ici sur le sujet.
Pour une autre vue de l'intérieur passionnante, plus analytique, je conseille vivement Histoire d'un allemand, de Sebastian Haffner, également rédigée avant-guerre. Le fil est ici : clic

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Message par Bédoulène le Lun 15 Juil - 13:00

après vos commentaires, je ne peux que prévoir la lecture (Haffner déjà lu - merci Armor -)

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Message par Tristram le Lun 15 Juil - 13:38

Merci Armor : je les ai mis tous les deux dans ma LAL...

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Message par tom léo le Lun 15 Juil - 16:02

Eh bien: j'avais négligé d'élargir le fil à temps... Vous y aviez remedié! Merci!

Irmgard Keun Irmgar10

Nach Mitternacht/Après minuit

Originale : Allemand, 1937

Dans ce contexte d’une Allemagne sous le « guide », et un certain enthousiasme populaire, il y a des voix plus ou moins timides autres. On ne les entend presque plus. Parmi eux alors plusieurs personnages de ce roman. Ils émettent leurs doutes, sont en opposition, mais parfois aussi au bord d’un désespoir. Parmi eux par exemple le demi-frère de Sanna/Suzanne, Algine. Lui est justement l‘écrivain qui est allé un peu trop loin, qui se trouve plus imprimé et perd sa notorieté. Image d’une Keun répoussée ?! Occasion pour dire qu’à coté des multiples aspects politiques, on trouve aussi dans ce roman des petites descriptions de caractères, de personnes, splendides. Entre peur et opposition, entre amertume et la course avec la masse...

Sanna avait quitté sa maison paternelle à l’âge de seize ans : la troisième femme de son père la chasse pratiquemment. Et elle se trouve alors à Cologne pendant un moment, dans la maison d’une tante, femme terrible qui n’hésite pas à dénoncer, à « manger » ses propres enfants, pour parler avec un image. Son fils Franz, accablé par elle d’une faute qu’il aurait commise à l’âge de trois ans, ploie sous le fardeau d’une culpabilité. Cible de moquerie, aussi d’abord pour Sanna, ils deviennent pourtant amants. Donc, il y aura, entremêlé avec ces notes politiques, aussi une histoire d’amour. Mais comment vivre une telle dans un temps de si forte oppression ?

Ce qui frappe dans l’écriture d’Irmgard Keun est ce melange incroyable et indescriptible entre un regard clairvoyant lucide sur les événements, ET une forme d’une apparente innocence, d’un certain laconisme, d’une distanciation. Le tout dans un ton d’humour qui m’a souvent fait rire. Une forme de dérision, d’humour macabre qu’au moins moi je n’ai pas trouvé couramment dans la littérature allemande. Je l’aurais presque attribué à une forme d’écriture de l’Est d’Europe ?

Parfois il semble presque qu’elle comprend un peu la logique terrible de ces pauvres enthousiastes du Führer, et les déviations. Elle en parle : surtout de la peste de la dénonciation (même entre des tous proches!), des instincts les plus bas revélés par la peste brune, de la question de la rasse, des différences entre communistes et fascistes, des persécutons ordinaires, des nouvelles lois... Le cauchemar et la comédie sont tout proches. La seule face de faire face ?

C’est avec une fluidité et une habilité que Keun change les perspectifs, sautant du « présent » francfourtois vers les dernières années et la naissance de son amour envers Franz. La langue alors, précise et « lapidaire » à la fois.

Publié en 1937 on admire la clairvoyance de cette femme, une immense auteure !

Chapeau !
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