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Philippe Grimbert

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Message par chrysta le Mer 9 Mai 2018 - 4:46

Philippe GRIMBERT
Né à Paris en 1948

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Après des études de psychologie, Philippe Grimbert a passé une dizaine d'années en analyse chez un lacanien, avant d'ouvrir son propre cabinet. Il travaille aussi dans deux instituts médico-éducatifs, à Asnières et à Saint-Cloud, auprès d'adolescents autistes ou psychotiques.

Passionné de musique, de danse et d'informatique, il a publié divers essais, dont "Psychanalyse de la chanson" (Belles Lettres, 1996) et "Pas de fumée sans Freud" (Armand Colin, 1999).

Oeuvres

Romans
La Petite Robe de Paul, Grasset, 2001
Un secret, Grasset, 2004
La Mauvaise Rencontre, Grasset, 2009
Un Garçon singulier , Grasset, 2011
Nom de dieu !, Grasset, 2014
Rudik, l'autre Noureev, Paris, Plon, 2015


Essais
Psychanalyse de la chanson, Paris, Les Belles Lettres, Archimbaud, 1996, (L'inconscient à l'œuvre ; 2).
Pas de fumée sans Freud : psychanalyse du fumeur, Paris, Armand Colin, 1999, (Renouveaux en psychanalyse).
Évitez le divan : petit manuel à l'usage de ceux qui tiennent à leurs symptômes, Paris, Hachette littératures, 2001.
Chantons sous la psy, Paris, Hachette Littératures, 2002.
Avec Freud au quotidien : essais de psychanalyse appliquée, Paris, Grasset, 2012
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Message par chrysta le Mer 9 Mai 2018 - 4:50

Philippe Grimbert 41-6kc10

Un secret

Souvent les enfants s'inventent une famille, une autre origine, d'autres parents. Le narrateur de ce livre, lui, s'est inventé un frère. Un frère aîné, plus beau, plus fort, qu'il évoque devant les copains de vacances, les étrangers, ceux qui ne vérifieront pas... Et puis un jour, il découvre la vérité, impressionnante, terrifiante presque. Et c'est alors toute une histoire familiale, lourde, complexe, qu'il lui incombe de reconstituer. Une histoire tragique qui le ramène aux temps de l'Holocauste, et des millions de disparus sur qui s'est abattue une chape de silence.

Psychanalyste, Philippe Grimbert est venu au roman avec "La Petite Robe de Paul". Avec ce nouveau livre, couronné en 2004 par le prix Goncourt des lycéens et en 2005 par le Grand Prix littéraire des lectrices de Elle, il démontre avec autant de rigueur que d'émotion combien les puissances du roman peuvent aller loin dans l'exploration des secrets à l'œoeuvre dans nos vies.



Dans le Paris de l’après-guerre, Philippe G, enfant malingre et chétif, grandit auprès de ses parents sportifs au physique d’athlète. Pensant ne pas satisfaire leurs attentes, il, croit lire de la déception dans leurs yeux et notamment dans ceux de son père, et essaie de les rendre fiers en collectionnant les bonnes notes. En parallèle, il s’invente un frère très différent de lui, plus grand, plus fort, un frère avec lequel il entretient des relations comme avec un ami imaginaire, frère confident tout autant que frère avec lequel il se bat régulièrement. Il invente aussi une histoire à ses parents, une histoire d’amour dont il imagine les premiers rendez-vous, les premiers émois, épargnés des affres de la guerre qui gronde, et dont il est le premier, le seul et unique enfant.

Or, confronté un jour à l’école à un documentaire sur les camps où il voit une femme juive morte et nue, poupée désarticulée trainée comme un sac de sable pour être jetée dans une fosse, son corps réagit aux blagues vaseuses de ses camarades et il saute sur un de ces jeunes imbéciles pour le faire taire, pris d’une violence incompréhensible qui le déborde.

Cet événement libère l’amie proche de la famille, Louise, du devoir de taire l’histoire des parents de Philippe. Peu à peu elle lui livre la réalité de ce qui s’est passé et le libère de cette manière du poids des secrets qu’il a perçu inconsciemment au détour des mots non-dits, des gestes qui trahissent, et ont fait de lui un enfant porteur du symptôme familial et de ses fantômes.

« Un secret » est un livre bouleversant qui retrace l’histoire d’une famille juive sous l’occupation, au destin d’une femme aux choix lourds de conséquences sur ceux qui lui ont survécu. Dans les mots de Louise, nous revisitons une part de l’histoire de la déportation des juifs français sous le commandement de Laval, mais aussi leurs doutes pour certains, leur confiance pour d’autres en leur gouvernement. Par cette histoire qu’elle narre à Philippe adolescent, elle comble les blancs de son histoire, ou plutôt de l’histoire familiale, celle qui pèse malgré lui sur qui il est, ce qu’il est, tant les secrets familiaux se sont inscrits dans sa chair, et tant il porte les non-dits, les silences, les ignorances, qui ne lui appartiennent pas.

Ce livre, tout en délicatesse, en retenu, en pudeur, nous fait revisiter une page de l’histoire, et, au-delà, montre l’impact du secret et ses séquelles  transgénérationnelles, ce raconté avec simplicité et sobriété par celui qui a porté et fait apparaître ce secret.

Court, je l’ai lu en quelques heures, appréciant le style employé par l’auteur qui a choisi des phrases courtes, simples, souvent usant de métaphores qui lui permettent de ne jamais vraiment nommer l’horreur mais de la faire deviner, avec beaucoup de pudeur.

Un livre qui m’a émue, emportée, et que je n’ai pu lâcher avant de le terminer. Une belle découverte bien que je regrette les raisons qui ont pu lui faire voir le jour.

Il fallait bien qu'un jour ou l'autre son fantôme apparût dans cette brèche, qu'il surgit de ces confidences. Ma découverte du petit chien de peluche l'avait arraché à sa nuit et il était venu hanter mon enfance. Sans ma vieille amie, peut-être n'aurais-je jamais su. Sans doute aurais je continué à partager mon lit avec celui qui m'imposait sa force, ignorant que c'était avec Simon que je luttais, enroulant mes jambes aux siennes, mêlant mon souffle au sien et finissant toujours vaincu. Je ne pouvais pas savoir qu'on ne gagne jamais contre un mort.

Et toujours ces questions : régulièrement on m'interrogeait sur les origines du nom Grimbert, on s'inquiétait de son orthographe exacte, exhumant le "n" qu'un "m" était venu remplacer, débusquant le "g" qu'un "t" devait faire oublier, propos que je rapportais à la maison, écartés d'un geste par mon père. [...]
Un "m" pour un "n", un "t" pour un "g", deux infimes modifications. Mais "aime" avait recouvert "haine", dépossédé du "j'ai" j'obéissais désormais à l'impératif du "tais".



Mots-clés : #autobiographie #deuxiemeguerre #genocide
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Message par Tristram le Sam 2 Juin 2018 - 16:42

Un secret

Philippe Grimbert Un_sec10

Ou du malheur d’être né d’un couple de sportifs : unique rejeton chétif, le narrateur (et, jusqu’à au moins un certain point, l’auteur) se réfugie dans l’imaginaire, s’inventant un frère athlétique de substitution. Variations sur les fictions enfantines, le dédoublement de personnalité et le thème du revenant, vues par un psychanalyste. D’origine juive sans avoir à en souffrir,
« J’étais décidé à ne rien savoir. »
l’adolescent est choqué par la nudité obscène des premiers témoignages cinématographiques sur « le sort des juifs » lors de la récente deuxième Guerre Mondiale. Puis il découvre que ce frère aîné l’ayant toujours côtoyé a réellement existé, vigoureux et séduisant fils d’un premier mariage de son père, et mort jeune en déportation. Il récrit alors l’histoire parentale à partir des éléments dont il dispose, son père ayant été ébloui par sa mère, d’ailleurs sa belle-sœur, lors de ses propres noces.
Ouvrage bref, style cursif, dépouillé jusqu’à l’os, mais qui n’évite pas toujours le pathétique.
La juxtaposition des deux histoires familiales, versions induites avant puis après la révélation, constitue une variante poignante de ce qui nous hante depuis la tragédie du XXe.

J’ai aussi retrouvé l’impression de vacance et d’abondance décrite par ceux qui ont fui en zone libre ; mais je n’ai jamais vraiment compris ce qui assurait cette frontière, ni pourquoi ils sont retournés dans le Nord…

_________________
« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
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