Javier Cercas

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Re: Javier Cercas

Message par topocl le Mar 13 Nov - 15:58

Pour moi aussi, cela m'a aidée à finir. Il est vraiment intéressant. Mais peut-être là un peu moins, car son corpus est assez réduit. Mais il y a de belles émotions et de belles découvertes. Dommage qu'il ait cette pensée (ou cette écriture? ou les deux? ) si alambiquée.
En tout cas ton avis m'intéressera.

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Re: Javier Cercas

Message par Tristram le Dim 2 Déc - 18:39

Les Soldats de Salamine



J’ajoute juste quelques extraits aux commentaires circonstanciés de Topocl et Bédoulène.
Belle composition en trois temps, le second m’étant paru un peu longuet à se pencher sur la biographie d’un écrivain peu connu, aux origines de la phalange espagnole, piètre personnage dans l’ensemble.
« En effet, la guerre est par excellence le temps des héros et des poètes et, dans les années trente, peu de gens déployèrent autant d’intelligence, d’efforts et de talent pour la faire éclater en Espagne. »

« Dès lors et jusqu’au 18 juillet 1936, son poids dans le parti fut déterminant – un parti qui ne parvint jamais avant la guerre à attirer, sur l’ensemble du territoire espagnol, plus de quelques centaines de militants, et qui ne récolta jamais plus de quelques milliers de voix aux élections, mais qui allait néanmoins s’avérer décisif pour le devenir historique du pays. Au cours de ces années de fer, Sánchez Mazas prononça des discours, intervint lors de meetings, élabora stratégies et programmes, rédigea des rapports, inventa des consignes, conseilla son chef. Dans des articles anonymes ou signés par lui-même ou par José Antonio en personne (articles publiés surtout dans FE, l’hebdomadaire officiel de la Phalange où Sánchez Mazas était en charge d’une rubrique intitulée “Consignes et normes de style”), il diffusa des idées et un mode de vie qui, avec le temps et sans que nul pût s’en douter – Sánchez Mazas lui-même, moins que quiconque –, seraient adoptés comme idéologie révolutionnaire de choc face aux urgences de la guerre, puis réduits au rang d’ornement idéologique par le grassouillet militaire de pacotille, efféminé, incompétent, roué et conservateur qui les usurpa pour les transformer en apparat de plus en plus putride et vidé de sens, puis les livrer à une poignée de rustres pour qu’ils puissent pendant quarante années de pesanteur justifier son régime de merde. »
Ce roman, c’est aussi, entr’autres, une histoire de la conservation du souvenir :
« …] j’eus la certitude sans faille que le récit que Sánchez Mazas avait fait à son fils (et que celui-ci me fit à son tour) n’était pas ce qu’il se rappelait avoir vécu, mais ce qu’il se rappelait avoir raconté en d’autres occasions. »

« Peut-être parce que personne n’a plus le temps d’écouter les gens d’un certain âge, et moins encore quand ils évoquent des épisodes de leur jeunesse, tous trois étaient désireux de parler, et plus d’une fois je dus canaliser le flux désordonné de leurs évocations. »
C’est surtout le cheminement de l’écrivain qui a retenu mon attention, avec son rapport à la mémoire :
« …] quelque chose qui échappe aux mots de la même manière que l’eau du ruisseau esquive la pierre, car les mots ne sont faits que pour se dire eux-mêmes, pour dire le dicible, c’est-à-dire tout, hormis ce qui nous gouverne ou nous fait vivre ou nous touche ou ce que nous sommes [… »

« Bien entendu, je supposais qu’au fur et à mesure de l’avancement du livre ce dessein se modifierait, puisque les livres finissent toujours par mener leur propre vie et qu’on n’écrit pas sur ce qu’on veut, mais sur ce qu’on peut ; je supposais aussi que, même si toutes les recherches effectuées au fil du temps sur Sánchez Mazas constitueraient le cœur de mon livre, ce qui me rassurait, il arriverait un moment où je devrais me passer de cette béquille, car un écrivain – à condition que son texte acquière un véritable intérêt – n’écrit jamais sur ce qu’il connaît, mais précisément sur ce qu’il ignore. »

« …] (parce qu’on ne trouve jamais ce qu’on cherche, mais ce que la réalité nous fournit) [… »
Même s’il y a peu d’originalité sur le fond (les morts ne meurent vraiment que quand on les a oubliés, quelques soldats héroïques sauvent la civilisation, etc.), voilà une élégante variation dans le cadre du roman-témoignage (historique), cet avatar du journalisme, ce nœud contemporain de la confrontation fiction-réalité (dans la lignée de Carrère, pour ne citer que lui).
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Re: Javier Cercas

Message par topocl le Dim 2 Déc - 20:46

Oui, oui, Carrère, tout à fait, quelle bonne idée! Il sont en commun de ne pas écrire terrible, mais je m'en fiche, ils parlent de choses très intéressantes et y mettent leurs tripes, (avec un côté un peu plus intime pour Carrère et plus intellectuel pour Cercas)

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Re: Javier Cercas

Message par Bédoulène le Dim 2 Déc - 23:46

merci Tristam ! (du coup faudra que je lise Carrère moi)

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Re: Javier Cercas

Message par Tristram le Dim 2 Déc - 23:50

Héhé ! Après tout ce que vous me faites découvrir, c'est un juste retour de bâton !
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