Des Choses à lire
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Georges Brassens, Lettre à Toussenot


Michel Cournot

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Message par bix_229 le Dim 3 Juin - 18:17

Michel Cournot
(1922-2007)

Michel Cournot Courno10

Michel Cournot, né le 1er mai 1922 à Paris et mort le 8 février 2007 à Paris, est un écrivain, journaliste, critique cinématographique et réalisateur français.

Prix Fénéon (1950) pour Martinique
Prix des Deux Magots (1958) pour Les Espions
Prix Italia (1963) pour Les Enfants de la Justice

Source et version longue : wikipedia.org

Bibliographie :

- Martinique, 1949
- Le Premier Spectateur, 1958
- Les Enfants de la justice, 1959
- Histoire de vivre, 1994
- Au cinéma, 2003
- De livre en livre, 20128




Michel Cournot De_liv10

De livre en livre

"Laissez vous aller, respirez lentement et à fond. Laissez vous tomber, en douceur.
Tombez dans l'enfance, c'est le soir.
La lecture est un acte de tout l'être, qui met en feu tous les sens, toutes les facultés.
La lecture, c'est la vie de l'esprit, la vie tout court."


Comment parler d' un écivain qui n'a pas écrit. Sinon pour parler d' autres écrivains qui, eux, avaient écrit et publié.
Lui était un amoureux fou des livres. Et il se contentait d'écrire vite fait un article de journal après lecture.

Les livres il les connaissait, il connaissait même les écivains qui le considéraient à juste titre comme un des leurs.
J'ai lu De livre en livre, un recueil d'articles publiés après la mort de l'auteur par l'un de ses amis, J.B. Pontalis.
Et j'ai été subjugué par l'intelligence et la pertinence de Cournot. Qui ne fait nullement dans la dévotion, ni dans la connivence. Doté qu'il est d'un humour irrésistible et d'un talent qui ne doit rien à personne.

Mais quel plaisir de lire Michaux à travers ses yeux !
Et Gide, Leiris, Proust, Gary, la comtesse de Ségur, Genet, Crevel, Desnos. Bernhard, Kafka, Hoffmannsthal, Pessoa, Ramuz, K. Blixen, etc.


J'ai lu avec des yeux neufs  tout ce que j'ignorais et que j'aurais continué à ignorer sans lui.
Lisez De livre en livre, vous n'en reviendrez pas et vous aurez envie de lire ou relire les auteurs cités.
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Message par bix_229 le Dim 3 Juin - 18:26

Michel Cournot De_liv10


"J. B. Pontalis, le directeur de la collection L'un et l'autre, décédé en janvier, a, pour notre bonheur, assemblé un florilège d'articles -- peut-on vraiment parler de critiques ? de Michel Cournot, disparu quant à lui en février 2007. Ils sont regroupés autour de quelques thèmes : Autour de la NRF, Paulhan et Michaux, Éditer, Le marquis et la comtesse, Couples, Surréalisme, Du monde entier, Dictionnaires.

L'on n'ira pas jusqu'à affirmer que la qualité de ces articles est telle que l'on pourrait se dispenser de lire les ouvrages visés, mais quelle plume que celle de Cournot, dont on se souviendra qu'il aura travaillé au Nouvel Observateur puis au Monde comme critique de cinéma, de littérature et de théâtre.

Je ne résiste pas -- le fais-je jamais, cher Wilde -- à la tentation de vous communiquer sa vision de son métier :

   « J'ai été journaliste, ce qui est quand même très spécial, parce que ce n'est pas de la littérature. Il faut écrire très vite, les articles sont coupés, ils sont plein de fautes d'impression, c'est du papier journal, ça dure un jour. Écrire dans les journaux, qu'est-ce que c'est ? C'est tout simplement faire que n'importe qui puisse lire. Il faut que le moment de lecture -- parce que la lecture, c'est formidable, c'est une activité de l'esprit qui empêche de devenir complètement abruti -- ne suscite pas une déception, une irritation, ou surtout -- c'est le plus grave -- un sentiment de tristesse lié à l'infériorité.

   Toutes les lignes doivent être complètement accessibles à la personne qui lit, même un petit morceau de journal. Il faut transsubstantier un compte rendu -- car c'est toujours d'un compte rendu qu'il s'agit, quoi qu'on écrive -- en une lecture qui ne suscite aucun de ces désagréments, aucune de ces douleurs. »


On imagine mal au vu de la grisaille de la réclame qui a aujourd'hui pour nom critique dans nos tristes quotidiens qu'un journaliste pouvait avoir du style -- un style -- et de la passion. Je vous entends moquer ma pente « hier encore... » « il n'y a plus... »; certes, mais je vous mets au défi de prendre n'importe quelle page livre du Devoir ou de La Presse : toujours le même moule, le même formatage, la même langue de bois digne du plus pur stalinisme. Comparez la maintenant avec un paragraphe de Cournot : le texte ne sert pas d'illustration à une photographie, ni de remplissage entre deux publicités. Introduction, développement, conclusion. Il dit, il nous parle.Brillant, je vous le promets, tant qu'on en redemande.

Témoin les quelques extraits qui suivent.

Sur Michaux :

   « Chaque livre de  Michaux est un olibrius. Il déjoue en nous l'habitude de lire. Il arrive toujours hors saison, comme un rossignol en décembre, ou la neige au mois d'août.

   Ils se ressemblent pourtant, les livres de Michaux. Ils font penser à des quidams immatériels, fine peau de tambour ivoire tendue sur des rochers d'air, immobiles, modestes, d'une diction silencieuse, traversée d'ondes ultracourtes volantes non identifiées. »

Sur Vers libres de Radiguet :

   « Presque tous les poètes sont pris, un jour ou l'autre, pas seulement lorsqu'ils sont gâteux, de la démangeaison d'écrire, en lignes soigneusement scandées et soigneusement rimées, des cochonneries pas méchantes. Presque toujours à mots couverts, à grand renfort de comparaisons compliquées. Comme si la prosodie était quand même une servitude, un carcan irrespirable à la longue, et comme s'il fallait faire une pause, casser la baraque en contraignant cette dame respectable et âgée, la poésie, à montrer son popotin et faire des choses défendues. »

Sur la comtesse de Ségur :

   « Sophie Rostopchine, soit par le biais de la cruauté des enfants, soit « de plein fouet » par des histoires d'adultes, a en fait porté témoignage, d'une voix plus précise, plus directe qu'un Hugo ou qu'un Balzac (mais avec moins d' "art"), sur les oppressions, les injustices, et les haines d'une société. [...] ... la comtesse de Ségur balaie tous les foyers, tous les idiomes, et elle est le vrai témoin de ce que Marx, par sa phrase célèbre, avait appelé "les eaux glacées du calcul égoïste". »

Sur von Hofmannsthal :

   « La prose d'Hugo van Hofmannsthal est l'une des plus belles écrites de main d'homme. C'est une prose d'après la pluie, qui avance au pas, les mains nues, face à ses assassins, faisant taire, à mesure, le brouhaha des alentours, et redonnant aux roses du jour une pureté de premier matin. C'est bouleversant de beauté, de vérité, un point c'est tout. Cette prose n'a qu'un défaut : elle donne froid. Avant d'ouvrir Andréas, on mettra un chandail de plus. Hofmannsthal disait qu'avant le retour des bourgeons, seul le froid neutralise la boue. »

Sur Ramuz :

    « Et, tout de même, oui, prenez un livre de Ramuz. Cet homme était inguérissablement solitaire, et personne au monde n'est plus ouvert au monde que les solitaires, eux seuls ont le temps de vous faire asseoir, de vous écouter, et c'est pour cela aussi que Ramuz est si grand : ses livres écoutent le lecteur, d'un cœur infini. »

Tout est de la même eau"

les-cendres-et-le-plumeau.blogspot.com

Si les citations vons ont plu, j' en rajouterai.
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Message par Tristram le Dim 3 Juin - 20:02

Partant !

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Message par animal le Dim 3 Juin - 20:30

Pas complètement faux ce qu'il dit sur Ramuz mais le "solitaire" pourrait se discuter ? (ce qu'il dit des solitaires aussi d'ailleurs, passée la formulation agréable).

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Message par bix_229 le Dim 3 Juin - 22:56

Je crois que Cournot veut surtout dire que Ramuz n' était pas vraiment lu ni reconnu
à l' époque.
Ce que je confirme.
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Message par bix_229 le Lun 4 Juin - 19:18

Le passage sur Kafka m' a interessé et amusé.
Je savais déjà que dans la vie,Kafka était un véritable obsédé sexuel.
Qu' il avait fait tourner en bourrique la pauvre Felice pendant des années
et un peu moins (mais quand meme) Milena et combien d' autres.
Elias Canetti a épinglé l' attitude de Kafka dans un livre "L'Autre procès."

Cournot cite :


"Que d' égarments provoqués oar de jeunes filles en dépit de mes maux de tete...
J' en compte au oins sic depuis le début de l' été. Je ne peux pas résister."


"A quelle fréquence, avec quelle brusquerie, Kafka se laisse embarquer par le
sexe, c' est sidérant.
Sidérant, parce que nous avons le réflexe de faire le partage entre une imagination
créatrice, spirituelle hors du commun, et une érotomanie plus ordinaire.
Mais pourquoi, au contraire l' une des deux, n' attiserait pas l' autre ?
Kafka a son point de vue sur la question. En deux mots la voici : la drague, n' est-ce
pas le footing du Juif errant ?


... "A propos de Milena, l' une de ses victimes après Felice et d' autres, il écrit

avec un cynisme et une muflerie hallucinants :


"Je me suis acharné sur elle près de cinq ans. Heureusement elle était incassable,
une combinaison prusso-juive, un alliage robuste, triomphal; il est vrai qu' elle
n' avait qu' à souffrir, au lieu que moi, en plus, je cognais."



Dis-donc ! Si Mme Caroline de Haas tombe sur ces extraits, son sang ne va faire qu' un tour ! affraid
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