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Chinua Achebe

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Message par Quasimodo le Jeu 14 Juin - 18:12

Chinua Achebe
(1930-2013)

Chinua Achebe Chinua10

Biographie a écrit:Albert Chinualumogu Achebe — il change son prénom au cours de ses études pour un prénom Igbo classique — est né dans l’est du Nigeria. Cinquième de six enfants, ses parents, tous deux des Ibos : Isaiah Okafo et Janet Achebe, sont de fervents chrétiens.
Bon élève, Achebe obtient une bourse et poursuit des études au Government College d’Umuahia (une ville qui figure souvent dans ses livres) de 1944 à 1947, puis à l’université d’Ibadan de 1948 à 1953, année où il obtient son diplôme de BA. Avant d’entrer à la Nigerian Broadcasting Corporation (NBC), Achebe effectue quelques voyages en Afrique et aux États-Unis et travaille quelque temps comme professeur d'anglais. Il suit une formation à la BBC, et commence à travailler à la NBC en 1954.
En 1958, il publie son premier roman, Le monde s'effondre. Le 10 septembre 1961, il épouse Christie Chinwé Okolie avec qui il a quatre enfants : Chinelo, Cidi, Nwando et Ikechukwu. En 1962, il participe à une conférence sur les écrivains africains au sein de l'université Makerere (Ouganda) et fonde cette même année une collection intitulée AFRICAIN chez un éditeur anglais.
À la fin des années 1960, il s'illustre dans le conflit du Biafra, pendant lequel il soutient le parti sécessionniste du colonel Odumegwu Emeka Ojukwu.
Il est nommé en 1972 rédacteur en chef du périodique Obike. En 1987, le dirigeant de l’un des principaux partis du Nord musulman lui demande d’être son adjoint. Il accepte afin de montrer à ses compatriotes qu’il est possible, venant de l’Est du pays, d’adhérer à un parti du Nord, dirigé par un mollah.
Après avoir enseigné dans de nombreuses universités anglaises, américaines et nigérianes, il est professeur au Bard College, dans l'État de New York, puis à l'université Brown.
En 1990, un accident le cloue dans un fauteuil roulant.
Il meurt le 21 mars 2013 dans un hôpital de Boston.
Source : wikipédia

Bibliographie des œuvres traduites en français:

Romans:
Tout s'effondre, 1958
Le malaise, 1960
La flèche de Dieu, 1964
Le démagogue, 1966
Les termitières de la savane, 1988

Nouvelles:
Femmes en guerre et autres nouvelles, 1985

Essais:
Éducation d'un enfant protégé par la Couronne, 2009


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Message par Quasimodo le Jeu 14 Juin - 18:12

Chinua Achebe Tout_s11

Tout s'effondre

Ce roman est celui de la culture et de la vie d'un clan du peuple igbo, centré sur la figure du guerrier le plus illustre des neuf villages du clan d'Umuofia; et d'une génération qui sera la première à subir la colonisation anglaise.
Les deux courtes dernières parties consacrées à l'arrivée des missionnaires puis de l'armée aux villages d'Umuofia ne sont que des esquisses de la colonisation, qui ne prétendent nullement être une étude détaillée. Les ellipses y sont nombreuses, qui jalonnent les différentes étapes de la métamorphose du clan, en ne nous conservant qu'un squelette du processus. Mais ce n'est pas un roman sur la colonisation : c'est à la fois l'hommage à cette culture brutalement dissoute, et l'acte de préservation de celle-ci.

La comparaison avec les poèmes d'Homère m'est souvent venue à l'esprit, comme réceptacle des multiples facettes de la culture et des savoirs de tout un peuple, œuvre de mémoire et de préservation. Sont représentés le travail des champs d'igname, la préparation des plats traditionnels tel que le foufou d'igname - plat de fête -, les divers usages sociaux et la nature du corps social, la hiérarchie des fautes et des crimes, les subtilités des croyances religieuses et des cérémonies; sacrifices, mariages, oracles, exorcisme des ogbanjes…

Il ne s'agit nullement d'un éloge. Presque aucun jugement, positif ou négatif, n'est porté sur cette société, qui est un mélange de belles et bonnes choses et de cruelles et d'impitoyables, et qui nous est simplement donnée à voir. Les seules réserves que l'on y trouve sont placées dans la parole ou la pensée de certains personnages qu'épuisent certaines coutumes qu'ils ne comprennent plus (comme l'abandon des jumeaux à la naissance).

Okonkwo, héros de l'histoire, obsédé par la faillite de son propre père, est une brute qui fait de la force virile la première des vertus, qui confère à l'homme toute sa dignité. Il se comporte en tyran avec ses femmes et ses filles, parce qu'elle sont femmes, avec son fils aîné, par crainte qu'il ne soit pas à la hauteur de sa condition de mâle. Sa notoriété de lutteur et de cultivateur (celui qui sait nourrir son opulente famille est un homme digne de respect), et son aisance financière font de lui un des notables des neuf villages du clan. Mais son ami Obierika, autre homme respecté mais plus réfléchi, est pour lui, si absolu dans son désir de domination et sûr de son bon droit, comme un contrepoids qui lui permet d'accepter ce qu'il a de sensibilité enfouie.

J'ai été particulièrement impressionné par les egwugwu, des hommes du clan portant de grands masques qui transmettent la parole des esprits, lors de certains rituels.

Un gong métallique retentit, soulevant une vague d'impatience dans la foule et tous les regards se tournèrent vers la maison des egwugwu. Gome, gome, gome, chantait le gong, et une flûte lança avec force une note suraiguë. Puis les voix des egwugwu s'élevèrent, gutturales et effrayantes. La vague frappa les femmes et les enfants, qui reculèrent dans une bousculade. Mais cela ne dura pas. Ils étaient déjà assez loin et ne manquaient pas de place pour se sauver dans le cas où l'un des egwugwu s'avancerait dans leur direction.
On entendit à nouveau le gong et la flûte. De la maison des egwugwu sortait maintenant un tumulte de cris chevrotants, les Aru oyim de de de dei! emplissaient l'air tandis que les esprits des ancêtres, tout juste sortis de terre, se saluaient dans leur langage ésotérique.[…]
C'est alors que les egwugwu apparurent. Les femmes et les enfants poussèrent un hurlement et s'enfuirent à toutes jambes. C'était instinctif. Dès qu'une femme voyait un egwugwu, elle se sauvait. Et quand, comme ce jour-là, neuf des plus grands esprits du clan apparaissaient ensemble, et masqués, c'était un spectacle terrifiant. Mgbafo elle-même voulut prendre ses jambes à son cou et ses frères durent la retenir.
Chacun des neuf egwugwu représentait un village du clan. Leur chef se nommait Forêt-Maudite. De la fumée sortait de sa tête.

Portrait d'egwugwu :
Chinua Achebe Egwugw11

La part du conte y est importante (ce qui touche une de mes cordes sensibles). Ceux-ci ne sont pas sans rappeler ceux de Boubou Hama, intégrés à un contexte plus large qui leur donne une saveur supplémentaire.

J'ai beaucoup, beaucoup aimé. Comme Djamilia (d'Aïtmatov), c'est un livre d'une grande discrétion et d'une beauté toute terrestre. Les amateurs ne seront pas déçus ! Mais comme Djamilia, mieux vaut oublier sa bruyante réputation, qui risquerait de laisser le lecteur fort déçu.

mots-clés : #colonisation #identite #traditions


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Message par topocl le Jeu 14 Juin - 18:23

J'avais été un peu moins emballée:

Tout s'effondre

Chinua Achebe Tout_s11

Okonkwo est une des références du village. Un homme puissant et  dur, qui a construit sa vie sur le devoir et la virilité dans une société guerrière et patriarcale. Seuls les dieux le voient parfois fragile, et il est bien persuadé d'avoir ainsi dressé tous les remparts nécessaires contre l'inattendu.
Seulement voilà, il tue par inadvertance un jeune homme et est condamné à sept ans d'exil. Cette absence ignominieuse va laisser le temps au  mal suprême de s'infiltrer dans le village: les blancs et leur religion inacceptable qui séduit de plus en plus de jeunes villageois.

La première partie, portrait d'Okonkwo et des modes de vie du village est à la fois instructive et attachante. Ensuite l'arrivée des missionnaires, le phagocytage à la fois lent et rapide de cette petite société fermée sur elle-même et désemparé est décrit d ' un point de vue assez extérieur , comme en accéléré et on perd  un peu le contact avec les  personnages. Ni l’aspect historique ni l’aspect intime ne m'ont paru vraiment aboutis.

Tout s'effondre n'est pas  le Grand Roman que j'attendais sur la colonisation de l'Afrique, mais il peut en contituer une approche élégante.

Récup 2016

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Message par bix_229 le Jeu 14 Juin - 19:08

Et puis il faut se féliciter de cette publication. Parce que les grands romanciers
nigérians -de langue anglaise- sont vraiment oubliés en France.
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Message par Tristram le Jeu 14 Juin - 19:53

Merci pour cette mise en montre des Ibos du Biafra, qui remuent des souvenirs chez moi...

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Message par Quasimodo le Jeu 14 Juin - 22:23

Justement topocl, je ne crois pas qu'il s'agisse vraiment d'un roman de la colonisation. L'arrivée des colons, à la fin, n'est rien d'autre que l'effondrement du titre, un mouvement de bascule qui ne fait partie du sujet que dans la mesure où il précipite la fin de la vie telle qu'ils la connaissaient.

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Message par Quasimodo le Jeu 14 Juin - 22:24

Tu y es allé, Tristram ? (tu as lu le livre ?)

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Message par Tristram le Jeu 14 Juin - 22:33

Pas lu (encore) le livre, mais je suis passé au Nigéria, au Bénin et au Togo (même ère culturelle, pour faire bref), et je me souviens des émigrants biafrais qui descendaient le golfe de Guinée en pirogue, fuyant la guerre et ce qui va avec, famine et tutti quanti (Cameroun, années 70).

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Message par Quasimodo le Jeu 14 Juin - 22:47

Eh bien, je serais curieux d'avoir ton avis. Le livre m'a passionné parce que j'y découvrais tout, mais pour toi, ce sera une lecture d'une autre dimension !

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Message par Tristram le Jeu 14 Juin - 22:51

Si je mets la main dessus, c'est promis !

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Message par Quasimodo le Jeu 14 Juin - 22:53

Chouette !

@Armor, tu l'as lu ? Si non, je pense que ça pourrait te plaire...

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Message par Armor le Ven 15 Juin - 1:53

@Quasimodo a écrit:Chouette !

@Armor, tu l'as lu ? Si non, je pense que ça pourrait te plaire...

Non pas encore, mais après vous avoir lus il me tente. Wink
J'ai un autre livre de lui sur  ma PAL, femmes en guerre.

Bix, je suis étonnée que tu dises que les auteurs nigérians sont oubliés ; très franchement j'ai pas mal écumé le net pour mon tour du monde, et c'est l'un des pays africains pour lequel l'offre est la plus abondante.

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Message par Tristram le Ven 29 Mar - 23:17

Tout s’effondre

Chinua Achebe Tout_s11

Nous sommes chez les Ibos, et l’histoire commence avant que les missionnaires n’arrivent (donc avant l’effondrement de la société ibo), mais il y a quand même des fusils (et même un canon ?!), on se massacre à la guerre, et on a coutume d’abandonner les jumeaux dans la « forêt maudite », une sorte de parcelle réservée à la nature sauvage, à l’écart de la société/ civilisation (ces "bois sacrés" sont toujours respectés de nos jours) :
« Tout clan, et tout village, avait sa “forêt maudite”. On y enterrait ceux qui mouraient de maladies vraiment mauvaises comme la lèpre ou la petite vérole. C’était aussi le dépotoir des puissants fétiches des grands hommes-médecine à la mort de ces derniers. Une “forêt maudite” était donc animée de puissances funestes et d’obscurs pouvoirs. »
Unoka était un raté, imprévoyant, débrouillard mais fort endetté, surtout un musicien porté sur le vin de palme, et qui ne supportait pas la vue du sang. Son fils, Okonkwo a réussi : agriculteur prospère, il a trois femmes, est un guerrier accompli, a la confiance des anciens. Il est cependant colérique, violent :
« Mais sa vie tout entière était dominée par la crainte de l’échec et de la faiblesse. […] C’était sa crainte de lui-même, sa peur qu’on ne le trouve semblable à son père. »
Le personnage d’Unoka, ouvertement dénigré, me paraît ambigu (peut-être pas si négatif, et possiblement prémonitoire) ; il parle ici à son fils :
« Un cœur fier ne se laisse pas abattre quand tout s’effondre, car un tel échec ne l’atteint pas dans son orgueil. C’est beaucoup plus difficile et beaucoup plus douloureux quand on est seul à échouer. »
Le risque, avec les conversions des évangélistes (outre l’oubli des traditions, la perte des liens familiaux et claniques), c’est littéralement la disparition des ancêtres dans l’oubli :
« Il se vit, lui et ses pères rassemblés autour du sanctuaire familial pour attendre en vain adoration et sacrifices et ne trouvant que les cendres des jours passés, tandis que ses enfants prieraient le dieu du Blanc. »
Le roman offre un aperçu de la culture régionale. Le foufou d’igname est l’aliment de base (généralement accompagné d’une "sauce"), et tous les matins on entend le son caractéristique du grand pilon retombant dans le mortier…
Ce livre vaut surtout pour la mise en valeur (sans édulcoration) des valeurs communautaires ibo :
« Chez les Ibos, on tient en grande estime l’art de la conversation, et les proverbes sont l’huile de palme avec laquelle on accommode les mots. »


Mots-clés : #colonisation #religion #traditions

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Message par Armor le Sam 30 Mar - 1:06


« Chez les Ibos, on tient en grande estime l’art de la conversation, et les proverbes sont l’huile de palme avec laquelle on accommode les mots. »

J'aime particulièrement celle-ci. Wink

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Message par Tristram le Sam 30 Mar - 1:42

C'est pour ça que je l'avais gardée pour le dessert !

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Message par Bédoulène le Sam 30 Mar - 10:35

ce livre devrait me plaire, merci pour ton commentaire Tristram !

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