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Blaise Pascal

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Message par Antoine8 le Jeu 21 Juin - 9:07

Blaise Pascal
(1623-1662)

Blaise Pascal Pascal10

Biographie a écrit:Blaise Pascal, né le 19 juin 1623 à Clermont (aujourd'hui Clermont-Ferrand), en Auvergne, mort le 19 août 1662 à Paris, est un mathématicien, physicien, inventeur, philosophe, moraliste et théologien français.

Enfant précoce, il est éduqué par son père. Les premiers travaux de Pascal concernent les sciences naturelles et appliquées. Il contribue de manière importante à l’étude des fluides. Il a clarifié les concepts de pression et de vide, en étendant le travail de Torricelli. Pascal a écrit des textes importants sur la méthode scientifique.

À 19 ans, il invente la première machine à calculer, et après trois ans de développement et 50 prototypes, il la présente à ses contemporains en la dédiant au chancelier Séguier. Dénommée machine d’arithmétique, puis roue pascaline et enfin pascaline, il en construisit une vingtaine d'exemplaires dans la décennie suivante.

Mathématicien de premier ordre, il crée deux nouveaux champs de recherche majeurs : tout d’abord il publie un traité de géométrie projective à seize ans ; ensuite il développe en 1654 une méthode de résolution du « problème des partis » qui, donnant naissance au cours du xviiie siècle au calcul des probabilités, influencera fortement les théories économiques modernes et les sciences sociales.

Après une expérience mystique qu'il éprouva en novembre 1654, il se consacre à la réflexion philosophique et religieuse, sans toutefois renoncer aux travaux scientifiques. Il écrit pendant cette période Les Provinciales et les Pensées, publiées seulement après sa mort qui survient deux mois après son 39e anniversaire, alors qu’il a été longtemps malade (sujet à des migraines violentes en particulier).

Le 8 juillet 2017, dans un entretien au quotidien italien La Repubblica, le pape François a annoncé que Blaise Pascal « mériterait la béatification » et qu'il envisageait de lancer la procédure officielle.

(source : Wikipédia)

Bibliographie :

La chronologie exacte des œuvres de Pascal est difficile à établir car de nombreux textes ne sont pas datés et ont été publiés longtemps après avoir été rédigés. Certains n’ont été connus qu’un siècle ou plus après le décès de Pascal, d’autres ne nous sont parvenus que de manière fragmentaire ou indirecte (notes de Leibniz ou correspondance, par exemple).

Essai pour les coniques (1640)
Expériences nouvelles touchant le vide (1647)
Récit de la grande expérience de l'équilibre des liqueurs (1648)
Traité de la pesanteur de la masse de l’air (1651-53)
Traité du triangle arithmétique (1654)
Les Provinciales (Correspondances 1656-1657)
Éléments de géométrie (1657)
De l’Esprit géométrique et de l’Art de persuader (1657)
Histoire de la roulette (1658)
L’Art de persuader (1660)
Pensées (1669, posthume)
Abrégé de la vie de Jésus-Christ (texte retrouvé vers 1840, publié en 1846)
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Message par Antoine8 le Jeu 21 Juin - 9:17

Pensées

Blaise Pascal Penszo11

Les Pensées, c’est l’œuvre inachevée d’une vie, celle de Blaise Pascal. Malgré cet inachèvement, il s’agit bien de la plus grande œuvre de l’auteur. Elle est constituée de fragments récupérés à sa mort et qu’il avait classés en 27 liasses. De nombreuses éditions ont tenté de rendre compte de cet ordre le plus fidèlement possible ; la plus achevée est celle de Philippe Sellier. Quoi qu’il en soit, la densité et la pertinence des fragments laissent présager de ce qu’aurait pu être l’œuvre finale, l’Apologie de la religion chrétienne, que souhaitait Pascal. Mais à présent, c’est peut-être bien cette écriture fragmentaire et sa condensation qui fascinent encore autant le lecteur d’aujourd’hui.

Pascal a réparti ses 27 liasses en deux parties, montrant bien la progression qu’il désirait pour son ouvrage. Une première partie peint le tableau de l’homme sans Dieu et s’attache d’abord à montrer à quel point il est à la fois misérable (marqué par le péché originel, mû par son amour-propre, perdu au milieu de l’infiniment grand et de l’infiniment petit) et grand (car il a conscience de sa misère et a su tirer de sa concupiscence un ordre social et une justice satisfaisants). La seconde partie, ensuite, montre que seul le christianisme permet de comprendre cette contradiction inhérente à l’homme, puisque le Christ est bien venu racheter tous les hommes du péché ; Pascal s’attache alors à montrer la nécessité du christianisme pour comprendre la nature humaine, et sa supériorité sur les autres religions (en particulier sur le judaïsme et l’islam).

Misère :

Fragment 19 (éd. Sellier) a écrit:« L’homme ne sait à quel rang se mettre. Il est visiblement égaré et tombé de son vrai lieu sans le pouvoir retrouver. Il le cherche partout avec inquiétude et sans succès dans des ténèbres impénétrables. »


Grandeur :

S.146 a écrit:« La grandeur de l’homme est grande en ce qu’il se connaît misérable.
Un arbre ne se connait pas misérable. […] »

S.150 a écrit:« Grandeur de l’homme dans sa concupiscence même, d’en avoir su tirer un règlement admirable et en avoir fait un tableau de la charité. »


Pascal développe ainsi une série de preuves, non pas de l’existence de Dieu, mais bien de la solidité des fondements de la religion chrétienne et de sa vérité. Car l’apologiste ne peut pas prouver l’existence de Dieu à d’autres hommes, la seule chose qu’il peut faire est de persuader la raison humaine de se tourner vers Dieu :


S.46 a écrit:« Les hommes ont mépris pour la religion, ils en ont haine et peur qu’elle soit vraie. Pour guérir cela il faut commencer par montrer que la religion n’est point contraire à la raison. Vénérable, en donner respect. La rendre ensuite aimable, faire souhaiter aux bons qu’elle fût vraie, et puis montrer qu’elle est vraie.
Vénérable parce qu’elle a bien connue l’homme.
Aimable parce qu’elle promet le vraie bien. »


L’apologiste cherche donc à persuader l’entendement humain de parier pour l’existence de Dieu (le célèbre pari pascalien), mais ensuite seul Dieu peut convertir le cœur de l’homme et le conduire à une foi véritable. Pascal cherche donc à mettre l’esprit de son interlocuteur dans de bonnes dispositions pour que son cœur puisse être prêt à accueillir la grâce de Dieu :


S.680 a écrit:« […] Pesons le gain et la perte, en prenant croix que Dieu est. Estimons ces deux cas : Si vous gagnez, vous gagnez tout ; si vous perdez, vous ne perdez rien. Gagez donc qu’il est, sans hésiter ! […]
Il n’y a que la religion chrétienne qui rende l’homme AIMABLE et HEUREUX tout ensemble. Dans l’honnêteté, on ne peut être aimable et heureux ensemble.
C’est le cœur qui sent Dieu, et non la raison : voilà ce que c’est que la foi. Dieu sensible au cœur, non à la raison.
Le cœur a ses raisons, que la raison ne connaît point : on le sait en mille choses. […] »


J’ai découvert cette œuvre au cours de ma licence de lettres modernes et j’avoue avoir été interpellé et bouleversé par le projet de Pascal et la pédagogie de sa réflexion. J’y ai trouvé une force argumentative indépassable, une densité de sens qui fait que l’on peut passer des heures sur un seul fragment, tant sa richesse ne se dévoile pas instantanément mais appelle à une patience réflexive, et enfin une beauté de l’écriture qui fait de chaque fragment une fulgurance formelle et qui en fait souvent de véritables poèmes en prose. Dans le fragment 672 par exemple, on trouve cet usage caractéristique du verset pascalien :


S.672 a écrit:« L’autorité.
Ils se cachent dans la presse et appellent le nombre à leur secours.
Tumulte.
Tant s’en faut que d’avoir ouï-dire une chose soit la règle de votre créance, que vous ne devez rien croire vous mettre en l’état comme si jamais vous ne l’aviez ouï.
C’est le consentement de vous à vous-même et la voix constante de votre raison, et non des autres, qui vous doit faire croire.
Le croire est si important.
Cent contradictions seraient vraies.
Si l’Antiquité était la règle de la créance, les anciens étaient donc sans règle.
Si le consentement général, si les hommes étaient péris ?
Fausse humilité, orgueil.
Punition de ceux qui pèchent : erreur.
Levez le rideau.
Vous avez beau faire : si faut-il ou croire, ou nier, ou douter.
N’aurons-nous donc pas de règle ?
Nous jugeons des animaux qu’ils font bien ce qu’ils font. N’y aura-t-il point une règle pour juger des hommes ?
Nier, croire et douter bien, sont à l’homme ce que le courir est au cheval »


Pascal nous demande d’embarquer sur le chemin qui mène à Dieu, mais toute sa force se trouve dans le fait que son écriture elle-même nous embarque malgré nous, ou en tout cas suite à un bref acquiescement. Ouvrir les Pensées au hasard me conduit toujours à une aventure, à un émerveillement, à une remise en question, à une interrogation. Je tente l’expérience en direct pour vous, je tombe sur le fragment 540 :


S.540 a écrit:« En écrivant ma pensée, elle m’échappe quelquefois, mais cela me fait souvenir de ma faiblesse, que j’oublie à toute heure. Ce qui m’instruit autant que ma pensée oubliée, car je ne tiens qu’à connaître mon néant. »


Quoi de plus vrai pour moi en ce moment, où j’essaye de vous faire part de tout ce que je ressens pour cette œuvre magistrale, mais où j’ai l’impression que tout m’échappe ?

mots-clés : #philosophique #religion
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Message par Tristram le Jeu 21 Juin - 17:49

Merci Antoine pour cette ouverture de fil !
Personnellement je suis plus sensible à la métaphysique de l'homme insignifiant « …] à égale distance de l’infini et de l’infinitésimal [… » (Jorge Luis Borges, Pascal, in Autres inquisitions) qu'au prêche janséniste : ainsi, cette phrase célèbre, à mi chemin de La Fontaine et d'Albert Camus, illustre une certaine dignité de la condition humaine au-delà de toute religion :
“L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature; mais c’est un roseau pensant. Il ne faut pas que l’univers entier s’arme pour l’écraser : une vapeur, une goutte d’eau suffit pour le tuer. Mais quand l’univers l’écraserait, l’homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu’il sait qu’il meurt, et l’avantage que l’univers a sur lui, l’univers n’en sait rien.”

@Antoine8 a écrit:une fulgurance formelle et qui en fait souvent de véritables poèmes en prose
Merci aussi pour souligner le style particulier du texte, vraisemblablement dû à sa condition de fragments regroupés par liasses, mais qui donne les linéaments de la pensée de Pascal pétrifiés comme autant d'aphorismes, et surtout permettant d'entrevoir par éclairs les méditations/ réflexions brutes et inspirées de l'auteur.

_________________
« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
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Message par Antoine8 le Jeu 21 Juin - 20:50

Oh oui le roseau pensant, misère et grandeur de l'homme sont associées dans cette métaphore ! Il y a en effet une dignité de l'homme, mais je ne crois pas que Pascal la considérait au-delà de toute religion, puisque cette dignité de l'homme est bien celle de se savoir insignifiant, insignifiant à la fois du fait d'être perdu au milieu de l'infinité de la création, et insignifiant aussi du fait de la nature corrompue par le péché originel. Et donc seule la grâce divine peut permettre à l'homme d'être sauvé. Mais il est vrai que la grandeur de l'homme est due à sa capacité de penser, de concevoir sa condition, et cela peut se déployer au-delà de toute vision religieuse.
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