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Tennessee Williams, Parle moi comme la pluie et laisse moi écouter

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    Jonathan Dee

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    Jonathan Dee

    Message par topocl le Mar 6 Déc 2016 - 14:43

    Jonathan Dee
    Né en 1962


    Jonathan Dee est un écrivain dans le sens le plus large et le plus anglo-saxon du terme. Ancien rédacteur en chef de la revue littéraire 'Paris Review' diplômé de Yale, il écrit désormais pour le 'New York Times Magazine' et le magazine 'Harper's', principalement des chroniques sur ses pairs écrivains et sur l'écriture en générale. Il enseigne dans les cours d'écritures à l'Université de Columbia et la New School de New York. Il est aussi un auteur à part entière, avec cinq romans publiés à son actif. Il s'inspire des réalités contemporaines pour construire des romans d'idées et de moeurs. Il est ainsi salué pour sa vision mordante et les autopsies ironiques qu'il effectue sur les principaux traits de notre siècle. La célébrité et les médias dans 'St. Famous', l'influence toxique de la publicité dans 'Palladio', la culpabilité et le pardon avec 'The Liberty Campaign' et la collusion du personnel et du politique dans 'The Lover of History'.'Les Privilèges', son cinquième roman, le seul publié en France (éditions Plon, en mars 2011) est salué par la critique. Il y décrit l'ascension d'un couple de classe moyenne jusqu'à une richesse indécente qui donne le vertige. D'aucuns comparent ce roman aux oeuvres de Francis Scott Fitzgerald, plus particulièrement 'Gatsby le magnifique'.
    source: evene.fr


    Bibliographie

    2011 : Les Privilèges
    2012 : La fabrique des illusions
    2014 : Mille excuses


    Dernière édition par topocl le Mer 14 Déc 2016 - 18:25, édité 1 fois


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    Re: Jonathan Dee

    Message par topocl le Mar 6 Déc 2016 - 14:46


    Les privilèges




    Les Privilèges est au croisement de Trente ans et des poussières (pour le milieu et les personnages) et de Freedom (pour la verve, et la qualité narrative). Cynthia et Adam sont jeunes, beaux , amoureux, et ils aiment le faire savoir au monde ; c’est ce qu’il font à l’occasion de leur fastueux mariage, une fête grandiose qui nous donne l’occasion d’un premier  chapitre au brio extrême.

    Leur ligne de vie est de ne pas se prendre la tête avec le passé et de toujours aller de l’avant. Ne pas se prendre la tête avec les scrupules non plus et ainsi, vont ils prospérer jusqu’à devenir richissime, d’une richesse qu’on en saurait imaginer.

    Mais prétendre que nous ne pouvons pas réussir aujourd'hui sous prétexte que nous avons réussi hier ce n'est pas regarder les choses en face, c'est de la superstition. Tu commences à croire à la chance, au destin, au karma ou à n'importe et t’es foutu. Il n'y a pas de destin. Tout ce que toi et moi avons créé au cours de ces combien d'années ? Ce n'est pas arrivé. C'est fini. Ça n'existe pas. La seule chose qui existe, le seul risque à analyser, c'est ce que nous avons aujourd'hui en face de nous.

    Ils ont aussi deux beaux enfants, de ces enfant que l’on recherche en vain pour les castings constate Conrad, le frère d’Adam. Et là apparaît le deuxième fil directeur de la vie de Cynthia et Adam, leur amour indéfectible et l’amour de leurs enfants, qu’ils veulent beaux, riches et heureux comme eux.

    Ils y étaient : ils pouvaient tout se permettre. Y avait-il d'autres objectifs dans la vie ?

    Ce n'est pas comme si je n'avais pas de souvenirs ; simplement les souvenirs n'ont rien de constructif. Et pourtant, quand il se représentait la vie que menait sa famille à présent - une vie dans laquelle littéralement tout était possible, le désir à portée de main, aucun potentiel ignoré et où ils avaient vu tant de choses à travers le monde -, quand il repensait à l'instant où il avait décidé de foncer, faisant fi de toute peur face au malheur qui menaçait de s'abattre sur les siens ; à la facilité avec laquelle, confronté à cette menace, il avait écarté l'obstacle que la majorité des hommes n'aurait jamais eu le courage d'écarter, et à la façon dont il avait accompli tout cela en prenant seul tous les risques, de manière à ce que personne ne sache même qu'il avait pris le moindre risque ; la seule conclusion logique, selon lui, c'était qu'il n'avait rien entrepris de plus noble de sa vie. C'était la modestie, vraiment, qui lui donnait un sentiment de malaise à l'évocation de ces souvenirs

    Et là , Dee avait deux pistes possibles : soit ils étaient punis pour cette richesse insolente car, finalement nous le savons bien, l’argent ne fait pas le bonheur, la bonne vieille ritournelle du malheur des riches,  soit ils continuaient à jouir de tout cela de façon totalement égoïste et inconsciente, écrasant tout sur leur passage.
    Et bien c’est là qu’est l’intelligence de ce roman passionnant : Jonathan Dee choisit une troisième voie. Dans cette débauche de fric et de facilités, Cynthia et Adam ne vont pas se perdre une minute. D’abord ils consacrent une grande partie de leur fortune à des œuvres caritatives (et même si on peut dire que c’est encore une façon de soigner leur ego, c’est quand même mieux que de tout claquer pour soi). Tous deux affirment à un moment dans le livre que l’argent n’a de sens pour eux que s’ils leur reste leur amour, et je les crois. Jamais Adam ne trompe Cynthia, même si la tentation l’en prend parfois, et Dieu sait si avec son charme et on fric ça serait facile.

    -J'ai lu un article, il y a 2 mois, sur un dénommé Morey, un de ces types des fonds spéculatifs, qui a organisé une fête d'anniversaire pour sa femme. Il a loué toute la Public Library de New York. Wyclef  Jean a donné un concert. Ce sont vos parents, n'est-ce pas ?
    (…)
    - Je sais ce qu'on peut penser de ces fêtes. Mais ce qu'il y a, c'est que tout ce battage était destiné à personne d'autre. C'était pour elle. C'est comme ça que mon père pense. Ils sont juste vraiment amoureux l'un de l'autre, de cette manière chevaleresque. Alors je m'efforce de me concentrer là-dessus. Le vrai contexte de tout ce qu'il font – eux deux.. Le reste est extérieur. Mais, vues de l'extérieur, toutes les familles sont bizarres, non ?

    Cynthia et Adam sont aussi d’un amour indéfectible pour leurs enfants. Ils les ont eus si jeunes qu’il sont presque de petits frères et sœurs pour eux. ; ils partent en vacances ensemble , ils renoncent à se prendre une soirée à deux pour ne pas les laisser encore une fois à la baby-sitter, sont attentifs à leurs état d’âme (une scène formidable où la petite April,  a la demande de son institutrice , cherche gentiment le sens de tout cela, voudrait peut-être un ancrage plus fort, une autre où Cynthia perd ses enfants dans le métro et c’est comme si tout s’effondrait). Quand les enfants grandissent , chacun prend son propre chemin et malgré les errances et ce qui pourrait les faire rejeter, les parents sont toujours là pour tender la main, relever une mèche de cheveu (tout en sortant leur carnet de chèques).Et Cynthia retrouve le père qu’elle avait tant aimé enfant, sait lui pardonner et nous donner une scène d’une grade intensité émotionnelle.

    Dans leur course perpétuelle à l’argent et au plaisir, Cynthia et Adam restent simples et touchants., c’est toute la force du roman de  Jonathan Dee.

    On pourra dire qu' ils sont trop beaux pour être vrais, mais quand je lis, peu m’importe en réalité pourvu que ça me fasse vibrer. La réalité il y a la vie et les documentaires pour ça ! Ces personnages sont des gagneurs magnifiques car ils savent cependant aimer, d’une façon qui n’est pas forcement la nôtre mais qui n’en est pas moins profonde. En allant chercher leur humanité enfouie, Dee me rappelle qu’ils sont mes frères, et par un talent narratif percutant, me fait m’ attacher à ces personnages pour lesquels j’aurais fort peu de sympathie dans la vraie vie.

    Il avait quelque chose à leur dire, à savoir qu'il les comprenait enfin. Ils possédaient plus d’argent qu'il était possible à quiconque d’en dépenser - une quantité d'argent telle qu'il leur fallait engager des gens rien que pour les aider à le distribuer - et pourtant, au lieu d'arrêter, son père travaillait plus dur que jamais, gagnant des sommes folles, des sommes obscènes, comme par enchantement. C'était comme quand les gens demandaient : avons-nous vraiment besoin de tous ces missiles nucléaires ? Combien faut-il pour que ce soit trop ? La bonne réponse, c'est que ce n'est jamais trop, puisque la question n'est pas le besoin, la question est de se sentir en sécurité dans le monde, peut-on jamais se sentir assez en sécurité ?. Non. Non. Le succès est une forteresse dont les murs tremblent constamment sous les coups de boutoir de la peur. Tout ce que vous avez fait hier ne suffit plus rien : dès l'instant où vous perdez le contrôle sur ce que vous avez bâti, la ruine menace.



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    Re: Jonathan Dee

    Message par topocl le Sam 17 Déc 2016 - 9:57

    Mille excuses



    Il y a 14 ans, Helen et Ben ont adopté une petite fille chinoise , puis peu à peu leur couple s'est englué dans la routine, dans un ennui sans bornes. À l'occasion d'une première et bien sage incartade de Ben, abusivement exploitée par celle qui l' a vécue avec lui, le couple explose, et chacun va vivre des épisodes plus ou moins surprenants sous-tendu par les thèmes de l'information, de son détournement et du pardon.

    Au début j'ai très bien accroché, j'ai retrouvé le style incisif et dynamique de John Dee, sa façon de dépister les moindres craquelures et mesquineries, mais sans passer à coté de leurs noblesses, de traiter les êtres ordinaires pour ce qu'ils sont : uniques, de se moquer des travers et dysfonctionnements du monde du travail. Peu à peu chaque personnages, entre dans un engrenages de situations ou de comportements qui , s'ils sont sympathiques au début, devient vite vers un cocasse vaudevillesque qui, quoique remarquablement maîtrisé, n'en pas pas moins de plus en plus improbable, jusqu’à en devenir pesant.

    En outre, alors que Dee cherche l'humour et le peps tout au long du livre, ça finit bien , c'est à dire bien pour la morale mais pas forcément pour le bien du lecteur qui aurait aimé une belle surprise en clôrture.
    Je n'ai donc été séduite qu'un temps par ce nouveau Jonathan Dee, où j'ai retrouvé les qualités de séduction brillante de ses dernier  opus, mais empesés dans un rocambolesque plutôt balourd.. Bon, c'était un coup dans l'eau, mais je ne renonce pas à Dee pour autant, son talent est ici un peu égaré dans les broussailles, mais  il est bien là.

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    Re: Jonathan Dee

    Message par topocl le Sam 17 Déc 2016 - 10:00

    La fabrique des illusions



    Je vais essayer d'éviter de parler des péripéties du livre car il faut bien reconnaître que la surprise de les voir se dérouler est un des éléments moteurs du livre.

    En gros, cela parle d'amour, et d’un désir de pureté. C'est ça, la fabrique des illusions : ces choses auxquelles on croit dur comme fer et qui vous claquent entre les doigts quand on veut les attraper.

    La première partie installe le décor (270 pages, les 2/3 du livre). J Dee raconte alternativement l’histoire de Molly, cette fille dont on ne sait pas trop si c’est une garce ou une pauvre fille,

    Molly se demandait dans quelle mesure le véritable amour était effectivement lié à la sensation de n'avoir nulle part ailleurs où aller

    et l’histoire de John, un jeune génie créatif, d'une gentillesse plutôt inhabituelle dans le milieu de la publicité, qui va être séduit par le grand projet de Mal, son patron : chasser le cynisme de la publicité, hisser la publicité au rang d’un Art.
    Citation:
    On vit une époque où on se dit tout, songea-t-il ; la circonspection, l’art de taire les choses, est aujourd'hui révolue.

    On se doute bien que ces 3 vont se rencontrer, mais on ne sait pas trop comment puisque dans ce petit jeu d’alternance où J Dee parle soi de l’une (Molly) soit de l'autre (John) les 2 histoires ne se passent pas à la même époque et cela met un décalage un peu surprenant. Mais, patience, cela va venir. L’histoire se resserre dans la 2e partie, le journal de John, où la distance instituée par le procédé d'écriture de la première partie disparaît et où je me suis franchement laissée prendre par l'aventure publicitaire et les relations des 3 personnages. Quant à la dernière partie, sur 50 pages elle constitue une espèce d'épilogue géant, un constat aussi brillant que sombre de la décrépitude de ces mondes. Dans tout ce final, sont curieusement intercalés des slogans publicitaires postmodernes, qui ont sûrement un sens caché, mais, celui-là, je n'ai pas su le trouver…

    En somme, c'est un livre ambitieux qui se lit plutôt bien, qui veut sans doute en faire un peu trop dans l’inventivité littéraire mais qui est sauvé par ses personnages, - lesquels, dès le début s'élancent vers un mur qu'on voit se profiler (mais pas eux) - et par une description corrosive et assez jubilatoire des milieux de la publicité et de l’art contemporain. Bien que pleine de rêves perdus et ne refusant pas l'émotion, la fabrique des illusions tire plus du côté de l’humour que du pessimisme. C'est un roman que j'ai lu un long moment avec une certaine distance, sans m’enthousiasmer mais sans rechigner, mais où j’ai fini par aimer l’oeil à la fois tendre et acerbe de l’auteur

    Quand une chanson qu'on aimait - une chanson qu’on tenait à protéger, parce qu'on y entendait des subtilités que personne d'autre ne semblait capable d'entendre - était diffusée à la radio, c'était un événement, un petit don du ciel, une raison de croire aux bienfaits de l'attente, alors que le reste de la vie n'apportait rien qui puisse surprendre, rien qui donne fois dans les vertus du temps qui passe.


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    Re: Jonathan Dee

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