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Christian Dedet

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criminalite - Christian Dedet Empty Christian Dedet

Message par Barcarole le Mer 29 Aoû - 15:34

Christian Dedet
Né le 12 septembre 1936

criminalite - Christian Dedet Dedet110

Christian Dedet est un médecin et écrivain français. Il est notamment l’auteur de La Mémoire du fleuve, prix des Libraires 1985, récit devenu un livre culte pour les amoureux de l’Afrique.

À partir des années 1980, au journalisme littéraire se substitue le goût de l’Afrique et de l’aventure. Il en résulte un récit “vrai” : La Mémoire du fleuve, que lance (et qui lance) la jeune maison d’éditions Phébus. Cette histoire d’une famille de myénés orungo du Gabon, des débuts de la colonisation aux indépendances et, à travers elle, la fabuleuse destinée du métis Michonet, témoin de toutes les ambiguïtés de l’Afrique, est un des grands succès de presse et de librairie des années 1984 et 1985 (prix des Libraires, Apostrophes). Paraîtront ensuite, chez Flammarion, dans la même veine narrative et anthropologique inspirée de l’Afrique : Ce Violent désir d’Afrique et Au royaume d’Abomey.

Combinant épisodes oubliés et aventures humaines exceptionnelles, nouveau best-seller avec Le Secret du Dr. Bougrat (un médecin marseillais condamné à tort pour homicide, évadé du bagne de Cayenne et devenu médecin des pauvres au Venezuela), 1986 ; puis une biographie romancée d’Émile Bertin, ingénieur du Génie maritime français, créateur de la marine japonaise à l’époque Meiji : Les Fleurs d’acier du mikado, en 1991. Émile Bertin, un de ces “oubliés” qui ont changé la face du monde. Le livre est qualifié de « chef-d’œuvre » par Raphaël Sorin.
Bibliographie

Le Plus grand des taureaux, 1960 ; Cahiers du Minotaure : édition illustrée par Édouard Maston, 1978 et aux éditions de Paris, 1998.
Le Métier d’amant, 1962.
La Fuite en Espagne, 1965. Illustrée de 40 aquarelles originales par le peintre Yves Brayer aux éditions Séguier, 1988 ; La Fuite en Espagne et autres textes tauromachiques, aux éditions de Paris, 2002.
L’Exil, 1967.
La Casse, 1973.
Le Soleil pour la soif, 1978.
La Mémoire du fleuve, 1984 ; chez Libretto, 1998.
Passion tauromachique, 1986.
Le Secret du Dr. Bougrat, 1988 ; chez Libretto, 2000.
Les Fleurs d’acier du mikado, 1993.
Ce Violent désir d’Afrique, 1995.
Au Royaume d’Abomey, 2000.
Journal, t. I : Sacrée jeunesse, 2003.
Journal, t. II : L’Abondance et le rêve, 2014.
Histoire d’eaux, 2006.


Dernière édition par Barcarole le Mer 29 Aoû - 16:01, édité 1 fois
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Message par Barcarole le Mer 29 Aoû - 16:00

Au royaume d'Abomey

criminalite - Christian Dedet Sans-t10

Christian Dedet, ce passionné de l’Afrique, nous emporte, dès les premières pages, dans son royaume. Il a passé quelques années à parcourir les routes et chemins du Bénin. C’est depuis la région d’Abomey, de Grand-Popo, de Porto-Novo, du lac Ahémé ou du lac Nokoué, du fleuve Ouémé… qu’il nous adresse ses notes, un journal remanié, revu et corrigé pour en faire un récit riche, et nous faire partager son expérience, en particulier les rituels vaudou et la religion animiste.

« Les œuvres missionnaires ayant l’aval du Vatican y rivalisent toujours avec méthodistes et adventistes de toutes nationalités. Le fait nouveau, depuis l’ère moderne, réside en des Églises d’inspiration chrétienne fondées par les Africains eux-mêmes. […] L’Église apostolique africaine se signale souvent par des sorties de haut-parleurs, en ville, à percer les tympans, par une littérature vindicative à l’égard du vaudou, distribuée aux carrefours. »

Les rituels vaudous au royaume d’Abomey, sont un sujet passionnant pour qui s’y intéresse ou s’intéresse aux phénomènes de transe. J’ai souvent souri en lisant ses descriptions, qu'il brosse avec un humour certain, voire aussi une certaine naïveté et un certain regard occidental, les deux lucides et conscients.

« Certains de ces couvents comptent de nombreuses femmes dans leurs rangs. Matrones, pour la plupart, avec leurs cent kilos et leurs seins à proportion, pris dans un filet à grosses mailles ou basculés par-dessus la toile de lin. »

Il n’existe pas qu’un seul vaudou mais un nombre infini. Rien que dans la région d’Abomey on en dénombre autant que de villages. À chaque couvent sa pratique, ses dieux, ses danses, sa musique, son accoutrement. La religion animiste est aussi matinée de religion catholique, ce qui présente un avantage non négligeable ! Dans le vaudou, religion animiste (considéré tantôt comme une religion tantôt comme une secte), ce sont les dieux qui descendent dans le corps de l’impétrant qui s'exprime au nom de ce dieu, qui le chevauche, et l'aide dans sa vie quotidienne, et l’avantage est terre à terre, autrement dit bien terrestre : les récoltes doivent être bonnes, la nourriture abondante… ; quant aux avantages de la religion catholique, elle promet les cieux et le salut de l’âme, alors autant concilier les avantages des deux !

Maléfices, mauvais sorts, sacrifices animaux (avant, les sacrifices étaient humains) en sont le corolaire : avec le vaudou on ne rigole pas ! (même si Christian Dedet semble souvent s’amuser !) :

« Ce personnage est le garde du corps du vaudou Agbo. Il veille à ce que nul affront ne soit perpétré envers le dieu son maître, mais également à ce qu’aucun maléfice ne soit jeté sur ceux ou celles qui dansent sur la place. Un mauvais sort – le cakato – est si vite parti… Il y a des gens si pervers, si malfaisants et qui ont un tel pouvoir, au cours de ces réunions pour pactiser avec les forces du mal. »

À propos des rituels vaudou et des transes des danseurs, si Christian Dedet a osé faire une petite comparaison avec l’hystérie de conversion décrite par Charcot, il ne semble pas en être convaincu. Bien au contraire, plus loin il vend la mèche non sans un frisson, et nous confie son saisissement, ce constat de la puissance incroyable de certains sorciers et fétichistes, des maîtres en la matière. Car la magie opère. Celui qui assiste, de l’extérieur, ou qui vient étudier ces rituels, pourrait n’y voir que des croyances archaïques que n’importe quel ethnologue pourrait démonter. Mais si toutefois l’un d’eux était initié, il devrait en garder le secret. Il n’aurait pas le choix, c’est une question d’éthique, mais aussi cela pourrait se retourner en maléfice contre lui. Ces pratiques puissantes et parfois dangereuses ne s’adressent qu’à des initiés et celui qui ne l’est pas n’a pas accès à cette connaissance et n’en décrira que les aspects superficiels et visibles. Il est donc quasiment impossible de trouver un livre qui dévoilerait de tels secrets.

Plus loin encore, il parle des universitaires béninois, donc du cru :

« Les professeurs de l’enseignement supérieur de Cotonou, les hauts fonctionnaires de Porto-Novo savent à quoi s’en tenir sur l’existence des sorciers. Ils leurs consacrent des thèses dont le moins qu’on puisse dire est que l’objectivité scientifique n’en exclut pas le frisson. Quant aux hommes politiques, même à l’époque où leurs discours se devaient de fustiger les “superstitions”, ils n’omettaient pas pour autant de se prémunir contre l’effet dévastateur des magies. »

Dedet est médecin, et son regard se porte bien sûr aussi sur cet aspect des choses, cet envers du décor qui ne lui échappe pas :

« L’envers du décor est une situation sanitaire effroyable. Paludisme. Dysenterie amibienne. Hépatites A et B. La pathologie la plus meurtrière est représentée par la bilharziose, cette parasitose dont l’agent se trouve dans les eaux stagnantes, pénètre dans l’organisme de l’être humain à travers la peau de la plante des pieds avant de s’attaquer au foie et aux reins où il crée des lésions irréversibles […]. Les figurines fétiches sont en nombre, aux carrefours de canaux. »

Et plutôt qu'en toile de fond, un rappel de la politique de ces dictateurs qui se sont succédé.

Un récit passionnant, à mettre dans la pile des références ethnographiques. Une très belle aventure de lecture, je vous le dis !


mots-clés : #lieu #science #spiritualité #voyage
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Message par bix_229 le Mer 29 Aoû - 16:30

Merci Barcarole !
A propos de vaudou, un grand auteur sur la question, Roger Bastide.
Son lieu à lui, c' est le Brésil, autre pays à forte majorité africaine d' origine.
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Message par Tristram le Mer 29 Aoû - 16:42

Pour avoir fréquenté cette contrée, je confirme que le vaudou y est toujours bien vivant, comme certaines coutumes traditionnelles (plus encore hors des villes, évidemment), telle la qualité des rapports humains, également assez préservée.

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Message par Barcarole le Mer 29 Aoû - 16:59

Un autre auteur spécialiste du vaudou et qui vaut vraiment le détour, Alfred Métraux, Le Vaudou haïtien, que j'ai lu il y a très longtemps.

Pour en revenir à Christian Dedet, il fournit des références concernant certaines de ses sources, j'en ai profité pour noter un auteur qui m'a échappé jusque-là, qui décrit de telles pratiques et rituels, l'ethnologue et photographe Pierre Fatùmbi Verger, en particulier dans son livre Dieux d'Afrique.

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Message par Tristram le Jeu 4 Oct - 0:14

Le Secret du Dr Bougrat ‒ Marseille-Cayenne-Caracas L’aventure d’un proscrit

criminalite - Christian Dedet Le_sec10

Première partie, le Dr Bougrat est accusé du meurtre de Rumèbe, mort dans son cabinet ; l’histoire est vraie, mais on a bien sûr la version de l’auteur, farouchement convaincu que son héros soit innocent (ce qui semble être le cas). Et il serait rassurant que l’erreur judiciaire soit toujours aussi grotesque. Le spectacle est toujours aussi stupéfiant des avocats (dé)passant de l’éloquence à l’outrance jusque l’enflure. Ici l’avocat général :
« Ombre de Rumèbe, apparais dans cette enceinte ! Dresse-toi devant cet individu ! Fantôme pitoyable dont les restes mortels, par les faits de ce lâche, demeurent sans sépulture, pardonne à la justice qui fut obligée d’envoyer de Marseille à Lyon tes viscères putréfiés ! »
Deuxième partie, le bagne de Saint-Laurent-du-Maroni, et l’évasion dans la malédiction de « l’enfer vert », reconstitution assez juste quoique entachée d’exagération, avec quelques approximations et beaucoup de poncifs.

Troisième et dernière partie, le Venezuela où le fuyard se signale comme médecin des pauvres et notable qui fonde une famille dans ce beau pays, autrement victime de la malédiction du pétrole et des dictatures...

Une certaine grandiloquence tendant vers l’invraisemblable (lors du procès, des experts sont catégoriques), un ton mélodramatique style Dumas père, Maurice Leblanc (cités) ou Eugène Sue, mais sans maestria ni surtout originalité, desservent ce livre.
L’impression de rebattu qui m’a ennuyé peut être due à tant de livres lus sur l’histoire et la géographie de la région, mais j’ai nettement plus apprécié La Mémoire du fleuve (qui se passe en Afrique équatoriale, que je connais moins).
« Plus tard, j’ai compris ce qui différencie un cauchemar de l’horreur de vivre. Du cauchemar, l’homme se réveille sauf. Pour moi, il n’y eu pas de réveil. »


mots-clés : #aventure #biographie #criminalite #historique #justice

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