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Georges Brassens, Lettre à Toussenot


Samuel Beckett

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Message par Tristram le Dim 23 Sep - 21:53

Samuel Beckett
(1906-1989)


Samuel Beckett Becket10

Dramaturge et romancier irlandais né le 13 avril 1906 à Foxrock, près de Dublin.
Son père était métreur vérificateur. Sa mère, profondément croyante, était protestante en pays catholique. Il avait un frère aîné, Frank.
En 1938, il commence à fréquenter Suzanne Dechevaux-Dumesnil, qu'il épouse en 1961. Ils n'auront pas d'enfant.
Il mène une enfance classique de petit protestant irlandais, entre hymnes et psaumes. Sportif et studieux, il s'attelle à l'apprentissage du français. En 1926, il est lecteur d'anglais à Paris, où il fait la connaissance de James Joyce ; en 1930, il est assistant de français à Dublin. Il cesse d'enseigner en 1932 pour se consacrer à l'écriture.
Il passe la Seconde Guerre mondiale en France, où il participe à la Résistance. Après la guerre, définitivement fixé à Paris, Beckett décide d'écrire en français.
Ses débuts d'écrivain sont difficiles : personne ne veut le publier. Murphy est son premier roman. Il s'attache ensuite à l'écriture de trois romans qui convainquent l'éditeur Jérôme Lindon, aux éditions de Minuit : Molloy (1951), Malone meurt (id.) et l'Innommable (1953).
Le succès arrive avec le théâtre, et en particulier sa pièce la plus célèbre aujourd'hui : En attendant Godot, parue en 1953. Ses travaux, quoique de plus en plus espacés dans le temps, seront poussés jusqu'à l'extrême recherche du néant du langage, et couronnés par un prix Nobel en 1969, qu'il ne refuse pas mais qu'il ne va pas chercher lui-même.
Il meurt à Paris le 22 décembre 1989.

Samuel Beckett fut l'auteur, en anglais puis en français, de romans et de pièces de théâtre qui expriment l'angoisse devant l'absurdité de la condition humaine. Le temps qui passe réduit les personnages à l'immobilité ; on ne peut que meubler le temps de paroles dont l'écho ne sert à rien.
Œuvres en français :

1951 : Molloy (roman) (1947)
1952 : Malone meurt (roman) (1948)
1952 : En attendant Godot (pièce en deux actes) (1949)
1953 : L'Innommable (roman) (1949), trilogie avec Molloy et Malone meurt Page 1
1955 : Nouvelles et Textes pour rien (1946-1950) (L'Expulsé, Le Calmant, La fin, Textes pour rien)
1957 : Fin de partie (pièce en un acte)
1957 : Acte sans paroles I
1961 : Acte sans paroles II
1961 : Comment c'est (roman) (1960)
1963 : Oh les beaux jours (pièce en deux actes)
1966 : Bing (1966)
1967 : Têtes-mortes (écrits brefs) (1988)
1968 : Poèmes (1937-1949)
1968 : Watt (roman) (1945) Page 1
1970 : Mercier et Camier (roman) (1946)
1970 : Le Dépeupleur (1968-70)
1976 : Pour en finir encore et autres foirades (Pour finir encore, Immobile, Foirade I, Foirade II, Foirade III, Foirade IV, Au loin un oiseau, Foirade V)
1978 : Pas, suivi de Quatre esquisses (pièces)
1979 : Poèmes (publiés une première fois en 1968 par Minuit), suivi de Mirlitonades
1980 : Compagnie, traduit par l'auteur depuis Company (1978)
1981 : Mal vu mal dit
1982 : Catastrophe (pièce dédiée à Václav Havel, date d'écriture)
1988 : L'image (1950)
1991 : Cap au pire, écrit en 1982
1995 : Eleutheria (publication posthume d'une pièce écrite environ en 1947)

màj le 24/09/2018

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Message par Tristram le Dim 23 Sep - 22:08

L’Innommable

Samuel Beckett L_inno10


Comble de l’abstraction après Molloy et Malone meurt (les trois ouvrages constituent la trilogie romanesque de Beckett), de la concentration du narrateur immobile dans le noir. Ce narrateur est d’ailleurs hanté par « ces Murphy, Molloy et autres Malone », précédents personnages de l’auteur, sans oublier le « pseudo-couple Mercier-Camier », et lorsqu’il parle de « mes créatures », c’est peut-être en tant qu’écrivain, ou Dieu, voire l'auteur ; il y a aussi répétition de l’obligation de « dire des mots ». Sont évoqués Basile, puis Mahood, un des représentants de Dieu, ou une des divinités qui président à son destin d’unijambiste, de supplicié au carcan, puis Worm, lui ou pas lui aussi (ou non plus). Mais le procédé allégorique ne s’applique pas vraiment, ou alors pas longtemps, de même que la métaphore métaphysique sur la condition humaine.
Au début, les paragraphes sont espacés, le lecteur respire encore, mais cela ne dure pas, le texte forme un bloc où la verve de l’auteur ne s’essouffle pas (et il a fait école), un déroulement serré où il ne se passe que presque rien, une sorte de lente métamorphose presqu’incompréhensible, un râlage, un maugréement plus qu’une complainte, une souffrance résignée et sans signification, une attente sans autre espoir que la mort finale, le silence (et même cela n’est pas sûr).
Ce livre est une sorte de machine à broyer d’une grande efficacité. Et ce soliloque litanique doit parfaitement se prêter à la déclamation.
« Cependant je suis obligé de parler. Je ne me tairai jamais. Jamais. »

« Non, non, je nous sais tous ici pour toujours, depuis toujours. »

« Pourquoi me suis-je fait représenter parmi les hommes, dans la lumière ? Il me semble que je n’y étais pour rien. Passons. Je les vois encore, mes délégués. Ils m’en ont raconté sur les hommes, sur la lumière. »

« Et le plus simple est de dire que ce que je dis, ce que je dirai, si je peux, se rapporte à l’endroit où je suis, à moi qui y suis, malgré l’impossibilité où je suis d’y penser, d’en parler, à cause de la nécessité où je suis d’en parler, donc d’y penser peut-être un peu. Autre chose : ce que je dis, ce que je dirai peut-être, à ce sujet, à mon sujet, au sujet de ma demeure, est déjà dit, puisque, étant ici depuis toujours, j’y suis encore. »

« Mais il semble impossible de parler pour ne rien dire, on croit y arriver, mais on oublie toujours quelque chose, un petit oui, un petit non, de quoi exterminer un régiment de dragons. »

« Mais au lieu de dire ce que j’ai eu le tort de dire, ce que je ne dirai plus, ce que je dirai peut-être, si je peux, ne ferais-je pas mieux de dire autre chose, même si ce n’est pas encore ce qu’il faut ? »

« On m’a donné un pensum, à ma naissance peut-être, pour me punir d’être né peut-être, ou sans raison spéciale, parce qu’on ne m’aime pas, et j’ai oublié en quoi il consiste. »

« Ce qu’il veut, c’est mon bien, je le sais, enfin je le dis, dans l’espoir de le ramener à de meilleurs sentiments, s’il existe et, existant, m’écoute. »

« Ne pas avoir été dupe, c’est ce que j’aurai eu de meilleur, fait de meilleur, avoir été dupe, en voulant ne pas l’être, en croyant ne pas l’être, en sachant l’être, en n’étant pas dupe de ne pas être dupe. »

« Ce qui se passe, ce sont des mots. Je dis ce qu’on me dit de dire, dans l’espoir qu’un jour on se lassera de me parler. Seulement je le dis mal, n’ayant pas d’oreille, ni de tête, ni de mémoire. »

« Allez raconter après ça que je n’avais pas de prédispositions à la condition humaine. »

« Il n’y a que moi, moi qui ne suis pas, là où je suis. Et d’un. Des mots, il dit qu’il sait que ce sont des mots. »

« …] comme s’il était en vie, comme s’il pouvait comprendre, même si cela ne sert à rien, et cela ne sert à rien. Et cela est un bonheur pour lui, qu’il ne puisse pas bouger, même s’il en souffre, car ce serait signer son arrêt de vie, que de bouger de là où il est, à la recherche d’un peu de calme, d’un peu de silence de naguère. »

« Mais quelle est cette histoire de ne pouvoir mourir, vivre, naître, ça doit jouer un rôle, cette histoire de rester là où l’on se trouve, mourant, vivant, naissant, sans pouvoir avancer, ni reculer, ignorant d’où on vient, où on est, où on va, et qu’il soit possible d’être ailleurs, d’être autrement, sans rien supposer, rien se demander, on ne peut pas, on est là, on ne sait qui, on ne sait où, la chose reste là, rien ne change, en elle, autour d’elle, apparemment, apparemment. Il faut attendre la fin, il faut que la fin vienne, et dans la fin ce sera, dans la fin enfin ce sera peut-être la même chose qu’avant, que pendant le long temps où il fallait aller vers elle, ou s’en éloigner, ou l’attendre en tremblant, ou joyeusement, averti, résigné, ayant assez fait, assez été, la même chose, pour qui n’a su rien faire, rien être. »

« …] je ne sais pas, c’est un rêve, c’est peut-être un rêve, ça m’étonnerait, je vais me réveiller, dans le silence, ne plus m’endormir, ce sera moi, ou rêver encore, rêver un silence, un silence de rêve, plein de murmures, je ne sais pas, ce sont des mots, ne jamais me réveiller, ce sont des mots, il n’y a que ça, il faut continuer, c’est tout ce que je sais, ils vont s’arrêter, je connais ça, je les sens qui me lâchent, ce sera le silence, un petit moment, un bon moment, ou ce sera le mien, celui qui dure, qui n’a pas duré, qui dure toujours, ce sera moi, il faut continuer, je ne peux pas continuer, il faut continuer, je vais donc continuer, il faut dire des mots, tant qu’il y en a, il faut les dire, jusqu’à ce qu’ils me trouvent, jusqu’à ce qu’ils me disent, étrange peine, étrange faute, il faut continuer, c’est peut-être déjà fait, ils m’ont peut-être déjà dit, ils m’ont peut-être porté jusqu’au seuil de mon histoire, devant la porte qui s’ouvre sur mon histoire, ça m’étonnerait, si elle s’ouvre, ça va être moi, ça va être le silence, là où je suis, je ne sais pas, je ne le saurai jamais, dans le silence on ne sait pas, il faut continuer, je ne peux pas continuer, je vais continuer. »
« On n'invente rien, on croit inventer, s'échapper, on ne fait que balbutier sa leçon, des bribes d'un pensum appris et oublié, la vie sans larmes, telle qu'on la pleure. »
Samuel Beckett, « Molloy »

Mots-clés : #absurde

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Message par animal le Lun 24 Sep - 0:05

L'avant dernier extrait me plait bien... Je n'ai lu que Watt qui ressemble d'ailleurs à tes descriptions (récup à venir si j'y pense).

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Message par Arturo le Lun 24 Sep - 9:17

Je n'ai pas encore lu sa trilogie, j'attends le bon moment !

Je garde de bons souvenirs de son théâtre.
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Message par colimasson le Lun 24 Sep - 15:13

Excellent souvenir de son théâtre aussi. Les romans, un peu plus difficiles à la lecture mais une fois terminés, ils restent stupéfiants. J'ai vu que Cioran avait écrit un texte sur Beckett dans ses Exercices d'admiration, faudra que je le lise sérieusement mais au feuilletage, ça avait l'air passionnant.
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Message par animal le Lun 24 Sep - 21:26

Samuel Beckett 31gxx810

Watt

Revenons, une semaine après sa fin, sur cette lecture. Watt c'est un peu du flux de conscience auquel on aurait par un exercice littéraire pas étranger à une forme d'ennui (au sens ou les forces appliquées semblent parfois se relâcher) retirer le filtre de la raison.

Dans une ambiance crasseuse de misère sociale éthylique on fait connaissance avec le rebut ou presque Watt, qui va prendre le train pour aller travailler chez Monsieur Knott. Le début est relativement pénible, l'humour ne se mariant pas forcément très bien avec la misère et les surcharges sonnent un peu trop maniérées. Notre Watt n'en finit pas moins chez Monsieur Knott et n'en finit pas moins de gamberger à tort et à travers avec ses maigres moyens.

L'humour finalement tient d'une caricature désespérée. Watt nous est proche, son monde obscur est très ressemblant à ce que nous connaissons bien. Et puis... on le quitte Watt. D'autres gamberges et raconte avec moult anecdotes langagières en forme de combinatoires acharnées et enracinent la perte du sens de l'intérêt et de la pertinence concrète du langage chez le lecteur.

Le lecteur, avec le narrateur n'en retrouvent pas moins ce Watt, ce reflet, au milieu d'un champ, sans doute d'une gigantesque maison de fous à ciel ouvert.

Paradoxalement le plaisir provient du laborieux de la lecture, qui achève, crève, étouffe le mot à mot, dilate les vacances de la compréhension... sans trop oublier non plus de très clairs points de repères, explicites, quelques très belles phrases... et sans complètement lâcher certains travers de manière affectée (du moins des trucs auxquels on n'est pas obligé d'accrocher fatalement).

N'empêche que l'impression risque d'être durable et que sur au moins une grosse deuxième moitié, j'étais dans ce rythme qui n'en est plus un, dans ces sens qu'on suit sans s'y intéresser avant de reprendre, heureusement pas tout à fait à l'identique.  

Extraits (les LC ça aide à faire de belles collections d'extraits) ?

  Monsieur Hackett crut qu'elle allait lui tapoter le crâne ou tout au moins lui flatter la bosse. Il ramena ses mains et ils s'assirent à côté de lui, d'un côté la dame, de l'autre le monsieur, de sorte qu'il se trouva entre les deux. Sa tête leur arrivait aux aisselles, leurs mains se rejoignaient au-dessus de sa bosse, sur la traverse, ils ployaient sur lui avec tendresse.
  Vous vous souvenez de Green ? dit Monsieur Hackett.
  L'empoisonneur, dit le monsieur.
  L'avoué, dit Monsieur Hackett.
  Je l'ai connu un peu, dit le monsieur. Six ans, n'est-ce pas ?
  Sept, dit Monsieur Hackett. On en colle rarement six.
  Il en méritait dix, à mon avis, dit le monsieur.
  Ou douze, dit Monsieur Hackett.
  Qu'est-ce qu'il a fait ? dit la dame.
  D'un rien outrepassé ses prérogatives, dit le monsieur.
  J'ai reçu une lettre de lui ce matin, dit Monsieur Hackett.
  Oh, dit le monsieur, j'ignorais qu'ils pussent communiquer avec le monde extérieur.
  Il est avoué, dit Monsieur Hackett. Il ajouta, Je ne suis guère le monde extérieur.
  Voyons, voyons, dit le monsieur.
  Allons allons dit la dame.
  A la lettre, dit Monsieur Hackett, était jointe une pièce dont, connaissant votre goût pour la littérature, je vous donnerai bien la primeur, s'il ne faisait pas trop sombre pour y voir.
  La primeur, dit la dame.
  C'est bien ce que j'ai dit, dit Monsieur Hackett.
  J'ai mon briquet à essence, dit le monsieur.
  Monsieur Hackett sortit un papier de sa poche et le monsieur alluma son briquet à essence.
  Mr Hackett lu :

                     A NELLY

  A Nelly, dit la dame.
  A Nelly, dit Monsieur Hackett.
  Le silence se fit.
  Dois-je continuer ? dit Monsieur Hackett.
  Ma mère s'appelait Nelly, dit la dame.
  Le nom n'est pas si rare, dit Monsieur Hackett, même moi j'ai connu plus d'une Nelly.
  Lisez donc, mon cher ami, dit le monsieur.
  Monsieur Hackett lut :

                     A NELLY

    Vers toi, m'amour, vienne la nuit
    (Vienne la nuit)
    Dans ma cellule
    Je bande en soupirant
    Avecques Dunn sort-elle encore ?
...

  Cette fragilité de la signification immédiate ne lui valait rien, à Watt, car elle l'obligeait à en chercher une autre, une signification quelconque à ce qui s'était passé, à partir d'une suite d'images.
  La plus mince, la moins plausible, aurait contenté Watt, qui n'avait pas vu un symbole, ni opéré une interprétation, depuis l'âge de quatorze ou quinze ans, et qui avait vécu, misérablement certes, sa vie d'adulte tout entière au milieu d'apparences impénétrables, tout au moins pour lui. Qui voit la chair avant les os, et qui voit les os avant la chair, et qui ne voit jamais que la chair, et qui ne voit jamais que les os, jamais jamais que les os. Mais quoi que vît Watt, du premier coup d'œil, cela était suffisant pour Watt, avait toujours été suffisant pour Watt, plus que suffisant pour Watt. Et il n'avait littéralement rien vécu, depuis l'âge de quatorze ou quinze ans, dont rétrospectivement il ne se contentât de dire. Voilà ce qui c'est passé alors. (...)

pas mal celle-là a écrit:Car, chose étrange mais vraie apparemment, ceux qui parlent parlent plutôt pour le plaisir de parler contre que pour le plaisir de parler avec. Et la raison de cela est peut-être ceci, qu'il est difficile dans l'accord de crier tout à fait aussi fort que dans le désaccord.

  Il va sans dire que Watt ne se posa pas toutes ces questions au moment même, mais seulement les unes au moment même, et les autres par la suite. Mais celles qu'il se posa au moment même, il se les reposa par la suite, en même temps que celles qu'il ne se posa pas au moment même, infatigablement. Et bien d'autres questions aussi, à ce même sujet toujours, dont les unes au moment même, et les autres par la suite, Watt se les posa et reposa par la suite, inlassablement.

  Oui, rien ne changeait, dans la maison de Monsieur Knott, parce que rien n'y restait, et rien ne venait ni ne s'en allait, parce que tout n'y était qu'allée et venue.
  Watt semblait enchanté de cet aphorisme de dixième ordre. Il est vrai que dans sa bouche, débité à l'envers, il avait une certaine gueule.

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Message par Tristram le Mer 2 Jan - 1:19

Pour resituer un peu En attendant Godot, une causerie qui ne manque pas de pertinence :
https://www.franceculture.fr/emissions/les-chemins-de-la-philosophie/lattente-24-en-attendant-godot-de-samuel-beckett#xtor=EPR-2-[LaLettre18122018]
Le côté "classique" de la pièce, la vraisemblance de l'ennui en tant que miroir du public, est par exemple bien vu. Bien des choses dans cette pièce captivante...

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