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Léon Bonneff

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Message par animal le Dim 30 Sep - 14:13

Léon Bonneff
(1882-1914)

Léon Bonneff Bonnef10

Léon-Aron-Mathias Bonneff dit Léon Bonneff (1882-1914), écrivain prolétarien voué à la défense de la classe populaire, a illustré dans ses reportages, notamment dans L’Humanité, et dans ses livres, les conditions de vie des ouvriers et du lumpenprolétariat. Avec son frère Maurice (1884-1914), auteur de Didier, homme du peuple, il a signé Bonneff leurs enquêtes, La vie tragique des travailleurs (1908) et Les métiers qui tuent (1905) qui constituent, après les livres d’Émile Zola, un jalon majeur de la littérature engagée.

arbre-vengeur.fr

Bibliographie (source wikipedia) :
- Le soldat-phénomène, monologue, 1906
- Fine carotte, comédie, 1906
- Le cambrioleur malgré lui, comédie, 1908
- Aubervilliers,  1949

Avec Maurice Bonneff :
- Les métiers qui tuent : enquête auprès des syndicats ouvriers sur les maladies professionnelles, 1905
- La vie tragique des travailleurs : enquêtes sur la condition économique et morale des ouvriers et ouvrières d'industrie, 1908
- La Classe ouvrière, 1910
- Marchands de folie : cabaret des halles et des faubourgs, cabaret-tâcheron, cabaret-cantinier, cabaret-placeur, cabaret de luxe, l'estaminet des mineurs, au pays du "Petit sou" sur les quais de Rouen, au pays de l'absinthe, de l'infirmerie spéciale du dépôt à la maison de fous, 1913

Maurice Bonneff :
- Didier, homme du peuple, comédie, 1914


Dernière édition par animal le Dim 30 Sep - 14:37, édité 1 fois

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Message par animal le Dim 30 Sep - 14:37

Léon Bonneff Bonnef11

Aubervilliers

Ah les petits éditeurs aux petits livres qui présentent bien... Alors on se laisse tenter, avec un titre comme ça et un œil rapide jeté à l'intérieur. La ou les préfaces (dont celle de Henri Poulaille) en disent plus long sur l'auteur et son frère. De la campagne vers Paris et ce choix d'écrire passant de la poésie à l'engagement. Ce destin, double avec ces deux vies volées par la guerre, est déjà par lui-même ce qu'on peut appeler une tranche d'histoire. Le travail et le témoignage que représente un livre comme Aubervilliers nous fait aller plus loin.

Plus brut que Zola, plus cru qu'Upton Sinclair, en laissant peut-être les faits imposer les conclusions plutôt que de les livrer précuites, Léon Bonneff nous emmène à travers Aubervilliers au début du siècle précédent. Dans sa fresque il ne semble oublier ni mépriser personne. Des vies dures, laborieuses que l'on découvre au fil des pages mais aussi des familles, des amitiés et le temps qui, simplement, passe.

La débrouillardise, la solidarité, la chaleur humaine, celle trouver par le jeune Breton auprès de la famille du Roussi, tout ça n'a pas l'air enjolivé, pas surestimé non plus. Autant de galère que de pittoresque probablement mais beaucoup de fragilité, et de force par là-même, par ces diffuses qualités humaines.

Le livre est beaucoup moins elliptique, il est même choquant. Les conditions de vie, la précarité, les conditions de travail de cette banlieue de laquelle se nourrit la grande ville. On ne sait plus vraiment où donner de la tête et l’enchaînement des scénettes documentaires est grisant mais l'objet est clair. Le progrès social, moral, est appelé avec la plus grande sincérité. Ce qui est troublant d'ailleurs c'est que l'on sent la portée historique du geste documentaire.

A la fois écœurante (industrie de la viande mais pas seulement, loin de là !) et vertigineuse expérience qui peut laisser plié en deux comme par quelques coups de poings à l'estomac, c'est quelque chose. A tel point que je suis surpris que ça puisse être si oublié. En tout cas je n'en avais jamais entendu parler...


mots-clés : #documentaire #historique #mondedutravail #social #viequotidienne

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Message par Tristram le Dim 30 Sep - 16:21

Merci pour la totale découverte !

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Message par bix_229 le Dim 30 Sep - 16:41

Je ne connaissais pas les frères Bonneff, mais c'est bien utile de redécouvrir ces noms qui ont été enterrés en même temps que leur oeuvre, parce qu'ils dénoncaient déjà les conditions de travail des "damnés de la terre."
Toute une histoire tragique et durable que l'Histoire officielle avait intérêt à dissimuler.
Ils n'étaient pas inconnus les frères Bonneff pour autant, mais cités dans l'immense ouvrage de réhabilitation et de justification sociale qu'est Le Dictionnaire biographique des mouvements ouvriers : Jean Maitron.
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Message par animal le Dim 30 Sep - 21:16

Le début ?

Dans la banlieue nord de Paris, il y a une ville terrible et charmante. En elle, confluent les déchets, les résidus, les immondices sans nom que produit la vie d'une capitale.
Là, vont les bêtes crevées, les animaux de boucherie que les vétérinaires refusent à la consommation, les chevaux qui meurent à la peine sur la voie publique ; là, par barriques chaudes et fumantes, va le sang des abattoirs, vont les vidanges.
Et jusqu'aux boulevards de cette ville, s'étend la campagne la plus fertile de l'Île-de-France, les champs qui donnent un blé dru et fort, les "marais" où croissent, malgré l'hiver, les vigoureux légumes ; c'est elle qui, chaque nuit, dirige vers Paris au roulement cahotant des charrettes, la provende la plus généreuse ; c'est elle qui garde, dans l'abandon général des coutumes et des personnalités, ses vieilles habitudes, son voisinage de bourg ancien qu'envahit et ronge la lèpre des usines insalubres ; c'est Aubervilliers empuantie par l'haleine des fabriques d'engrais, rafraîchie par le souffle qu vient des jardins et des champs et qui ramasse les parfums sur la plaine de La Courneuve ; c'est Aubervilliers-la-Poudrette et Aubervilliers-la-Fleurie ; la ville où l'on cuit les cadavres et où l'on multiplie les récoltes ; la ville aux deux figures, l'antique et la moderne, la chaudière de l'Enfer et la corbeille du Printemps.
Là vivent des ouvriers de la ville, les orsains, et des paysans, les croquants. Ils ne se connaissent pas. Ils ne se rencontrent pas. Les paysans, en blouse noire, le visage rasé, jouent au billard dans les après-midi du dimanche en de petits cafés où les consommations coûtent trois sous. Les orsains n'entrent pas dans ces cafés. Jamais un homme d'usine n'obtient en mariage la fille d'un croquant, les croquants se marient entre eux et sans peine établissent leur filiation au-delà de la Révolution.
Ils parlent patois. Leurs conscrits se groupent pour parcourir, au bruit des clairons et des tambours, les rues d'Aubervilliers. Mais leur groupe ignore les autres conscrits. Et, quand ils se retrouvent dans les mêmes régiments, portant au collet le même numéro et mangeant aux mêmes réfectoires, les orsains et les croquants d'Aubervilliers ne fraternisent pas.

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Message par colimasson le Lun 1 Oct - 15:26

c'est un sacré bon début ça...
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