Edmond Jabès

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Edmond Jabès

Message par ArenSor le Jeu 11 Oct - 19:01

Edmond Jabès
(Le Caire 1912 – Paris 1991)


Ecrivain de langue française né en Égypte, dans une famille juive francophone, Edmond Jabès est d’abord un passeur de culture et de mémoire entre les rives de la Méditerranée. Il est aussi, comme l’écrivait René Char, l’auteur d’une œuvre « dont on ne voit pas d’égal en notre temps».

Marqué dans sa jeunesse par la disparition prématurée de sa sœur, il publie dès 1929 diverses plaquettes de poésie et fonde avec Georges Henein les éditions à orientation surréaliste « La Part du sable ». Il se lie d'amitié avec Albert Cossery et Andrée Chédid, deux compatriotes au destin similaire.

En 1935, il rencontre Max Jacob, auquel le lie une correspondance, puis se rapproche de Paul Éluard qui fait connaître ses premières œuvres. Au fil des années, il se lie avec André Gide, Henri Michaux, Philippe Soupault, et Roger Caillois, puis, après son arrivée en France, avec Michel Leiris, Paul Celan, Jacques Dupin, Louis-René des Forêts, Michel de Certeau, Jean Starobinski, Yves Bonnefoy et Emmanuel Levinas.

Edmond Jabès a également été lié à plusieurs artistes comme le musicien Luigi Nono, le peintre Zoran Music ou le sculpteur Goudji. Il a fait des livres en étroite collaboration avec des peintres tels qu'Antoni Tapiès ou Olivier Debré.

Marqué au plus vif par l’horreur de la Seconde Guerre mondiale, il collabore, à partir de 1945, à plusieurs revues dont « La Nouvelle Revue française ». Il est amené à quitter son Égypte natale en 1956 lors de la crise du canal de Suez, en raison de ses origines juives. Cette expérience douloureuse du déracinement devient fondamentale pour son œuvre, marquée par une méditation personnelle sur l'exil, le silence de Dieu et l’identité juive, qu’il dit n’avoir découvert qu’à l’occasion de son départ forcé. Il s’installe alors à Paris, où il demeure jusqu’à sa mort.

Naturalisé français en 1967, il a été lauréat de nombreux prix.

Œuvres :
- Je t'attends, 1931,
- Je bâtis ma demeure : Poèmes 1943-1957, 1959
- Le Livre des questions, t. I, 1963  
- Le Livre de Yukel (Le livre des questions, t. II) 1964
- Le Retour au livre (Le livre des questions, t. III), 1965  
- Yaël (Le livre des questions, t. IV), 1967
- Elya (Le livre des questions, t. V), 1969
- Aely (Le livre des questions, t. VI, 1972
- El, ou le dernier livre (Le livre des questions, t. VII), 1973
- ça suit son cours (Le livre des Marges I), 1975
- Le Livre des ressemblances, t. I, 1976
- Des deux mains, papiers teints et dessins de Raquel, 1976
- Le Soupçon le Désert (Le Livre des ressemblances, t. II), 1978
- L'Ineffaçable l'Inaperçu (Le Livre des ressemblances, t. III), 1980
- Du désert au livre, entretiens avec Marcel Cohen, 1980
- Récit, 1981
- Le Petit Livre de la subversion hors de soupçon, 1982
- Le Livre du dialogue, 1984
- Le Parcours, 1985
- Le Livre du Partage,1987
- Un étranger avec, sous le bras, un livre de petit format, 1989
- Le Seuil le Sable : poésies complètes 1943-1988 , 1990
- Le Livre de l'hospitalité, 1991
- Petites Poésies pour jours de pluie et de soleil, 1991
- Désir d'un commencement Angoisse d'une seule fin, 1991
avatar
ArenSor

Messages : 1511
Date d'inscription : 02/12/2016
Localisation : Din ch'nord

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Edmond Jabès

Message par ArenSor le Jeu 11 Oct - 19:18

Le Livre des questions



C’est encore une nouvelle découverte de hasard à Emmaüs. Une édition originale, Blanche de Gallimard, avec dédicace de l’auteur. Surtout, il y a ce plaisir sensuel de glisser le coupe-papier entre les feuilles, d’entendre le bruit feutré du papier déchiré (ça vous intéresse monsieur Freud ?) ; gestes qui scandent à merveille la lecture de ce livre qui se déguste à petites gorgées. Hélas, les publications actuelles avec leur papier glacé, leurs pages massicotées, leur texte reproduit numériquement, nous ont ôté ces sensations qui s’accordaient tellement avec le plaisir de la lecture.

Jabès a écrit sept recueils sous le titre de Le Livre des questions, le premier portant ce nom dont il sera question ci-dessous, Le Livre de Yukel, Le Retour au livre, Yaël, Elya, Aely et El, ou le dernier livre.

Le premier opus se présente comme une succession d’aphorismes, de dialogues et de commentaires, de fragments de journaux, de sentences et de réflexions émises par de faux rabbins. Une histoire cherche parfois à s’élaborer, puis se perd, retrouve son fil, par fragments, entre rêve et réalité. Mais qu’importe puisque tout se transmue en poésie.

Il y est question de Yukel et de Sarah, deux jeunes amants revenus de la Shoah, non sans dommages, Sarah Schwall, aux initiales S.S., ayant perdu la raison dans le camp.

Le livre de Jabès est un livre particulier, la référence au verbe divin est explicite, livre unique car écrit par l’auteur mais aussi écrivant celui-ci dans l’espace et le temps, relation particulière entre l’écrivain et son texte.

Le livre de Jabès est empreint de mysticisme et de religiosité juive, ce qui pourrait paraître rebutant pour certains. En fait son discours et de portée universelle. Au travers du peuple élu c’est toute l’humanité qui est concernée.

Pas de trop longs discours lorsqu’il s’agit de poésie, place aux citations :

Enfant, lorsque j’écrivis, pour la première fois, mon nom, j’eus conscience de commencer un livre
Reb Stein

Le présent, pour toi, est ce passage trop rapide pour être saisi. Ce qui reste du passage de la plume, c’est le mot avec ses branches et ses feuilles vertes ou déjà mortes, le mot projeté dans le futur pour le traduire.
Tu lis l’avenir, tu donnes à lire l’avenir et hier tu n’étais pas et demain tu n’es plus.
Et pourtant, tu as essayé de t’incruster dans le présent, d’être ce moment unique où la plume dispose du mot qui va survivre.
Tu as essayé.

Il y a les vainqueurs, disait le rabbin prisonnier, disait le saint prisonnier, avec leur arrogance, leur éloquence, et il y a les vaincus sans paroles et sans signes.
La race des muets est tenace.

Je crois à la mission de l’écrivain. Il la reçoit du verbe qui porte en lui sa souffrance et son espoir. Il interroge les mots qui l’interrogent, il accompagne les mots qui l’accompagnent. L’initiative est commune et comme spontanée. De les servir – de s’en servir – il donne un sens profond à sa vie et à la leur dont elle est issue.

Tu ne te doutais pas, mère, qu’en me concevant, tu léguais au jour des feuilles de chair et de lumière pour toutes les phrases qui sont des tatouages que j’allais être appelé à défendre ; pour toutes les phrases qui sont des banderoles et des insectes.
Tu taillais, à vif, dans le cri.

Mon pouce est un gardien sauvage, disait Reb Hakim. Mon index fut le plus prompt à reconnaître l’étoile du berger. Mon médius, le plus lointain, est le rêve qui éconduit les rives. Mon annulaire porte, à sa base, nos serments et nos chaînes. Les sons habitent et habillent de diamants mon auriculaire.
Mais l’index est mon préféré, car il est toujours prêt à sécher une larme.

L’intransigeance du croyant est pareille à une lame de rasoir dont le souci est d’être tranchante

Je vous parlerai des divers passages que l’être se fraie dans la nuit des songes jusqu’au verbe.
Il y a, d’abord, ce tracé à peine visible de la lettre à la lettre, de l’ombre à une ombre moins sombre ; puis cette percée déjà consciente du vocable ; enfin cette route pavée du discours et des récits domptés.
Mais ne croyez pas que la folie nous ait jamais quittés ; comme la douleur, elle nous guette à chaque étape, je veux dire à chaque fois que nous butons à la parole cachée dans la parole, à l’être enfoui dans l’être.
Pauvres que nous sommes de ne pouvoir frôler la démence sans risquer de ne plus recouvrer la raison.

Une page blanche est un fourmillement de pas sur le point de retrouver leurs traces. Une existence est une interrogation de signes.

Quelle différence y a-t-il entre l’amour et la mort ? Une voyelle enlevée au premier vocable, une consonne ajoutée au second..
J’ai perdu à jamais ma plus belle voyelle.
J’ai reçu en échange la cruelle consonne.

Mots-clés : #genocide #mort #poésie #religion #spiritualité
avatar
ArenSor

Messages : 1511
Date d'inscription : 02/12/2016
Localisation : Din ch'nord

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Edmond Jabès

Message par églantine le Jeu 11 Oct - 19:38

Eh bien ça fait très très envie !

_________________
"Un jour je te décevrai et ce jour-là j'aurai besoin de toi." Robert Desnos
avatar
églantine

Messages : 3675
Date d'inscription : 02/12/2016
Localisation : Savoie

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Edmond Jabès

Message par Tristram le Jeu 11 Oct - 20:12

« Pratiquer l’écriture c’est pratiquer, sur sa vie, une ouverture par laquelle la vie se fera texte. »
Edmond Jabès, « Le Soupçon le Désert »
avatar
Tristram

Messages : 5596
Date d'inscription : 09/12/2016
Age : 62
Localisation : Guyane

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Edmond Jabès

Message par Arturo le Jeu 11 Oct - 20:16

Et quand tu lis un livre non massicoté, tu coupes les pages au fur et à mesure de la lecture ? Moi les rares fois, j'ai tout coupé avant lecture ! ahah. Trop impatient !
avatar
Arturo

Messages : 2269
Date d'inscription : 09/12/2016
Age : 32
Localisation : Par-delà le bien et le mal

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Edmond Jabès

Message par Aventin le Sam 13 Oct - 6:38

Ah, merci pour cette ouverture ArenSor et ce beau commentaire du Livre des questions !





Un poème du recueil "La clef de voûte", 1949:

Nous sommes invisibles



Quand tu es loin
il y a plus d’ombre
dans la nuit
il y a
plus de silence
Les étoiles complotent
dans leurs cellules
cherchent à fuir
mais ne peuvent
Leur feu blesse
il ne tue pas
Vers lui quelquefois
la chouette lève la tête
puis ulule
Une étoile est à moi
plus qu’au sommeil
et plus qu’au ciel
distant absent
prisonnière hagarde
héroïne exilée
Quand tu es loin
il y a plus de cendres
dans le feu
plus de fumée
Le vent disperse
tous les foyers
Les murs s’accordent
avec la neige
Il était un temps
où je ne t’imaginais pas
où hanté par ton visage
je te suivais dans les rues
Tu passais étonnée à peine
J’étais ton ombre dans le soleil
J’ignorais le parc silencieux
où tu m’as rejoint
Seuls nous deux
rivés à nos rêves
au large de nos paroles abandonnées
Je dors dans un monde
où le sommeil est rare
un monde qui m’effraie
pareil à l’ogre de mon enfance
Tu apparais
derrière mes paupières
comme autrefois
quand pour te dévêtir
tu masquais la lampe
qui te gênait
Nous dormons côte à côte
dans la nuit qui nous forme
par amour
Je te donne tes mains
tombées de miennes
et ta voix
Tu es méconnaissable
La fleur
t'arrive au genou
accessible corolle
pour ta chevelure
fleur de sang
Elle croît
insensible
parmi les cailloux lunaire
où les morts pour périr
dans un ultime effort
défont la ceinture de poussière
qu'ils portent
Il était un temps
où ton corps
ouvrait les routes
Tu te confondais
avec l'horizon
Je ne vois plus
où tu respires
Tu te défends
Mes yeux ont porté les tiens
mes jambes ont délié tes jambes
et ma bouche tes lèvres
Je te donne le nom
que tes sens épellent
Tu es l'écho
de chair et d'os
l'image fidèle
de mon devenir
Il était un temps
où tu m'étonnais
où pour te trouver
il me fallait lutter
contre la fatigue
contre les intrigues
A la lueur de nos baisers
les continents émergeaient
ils étaient nos complices
et se révélaient à nous
par carré par habitant
La terre a pris feu
elle s'est depuis noyée
Nous nous agitons dans l'espace
accrochés à l'eau
pendus aux flammes
brûlés noyés
Tu as attendu que je te dépasse
pour me suivre
tu ne m'as pas trahi
Je dors dans un monde
où les vivants ont tort
au-dessus des ruines grimpantes
sur des colonnes d'agonie
et de couteaux
La nuit nous confronte
avec nos sosies
Il était un temps
où pour croire à la joie
j'avais besoin de tes rires
Le jour est en moi
tu y roules nue
J'ai écrasé nos liens
sans rougir
serpents dont nous étions les charmeurs
ingénus
Tu es libre où je te consacre
tu me soutiens
J'ai arraché nos racines
encombrantes
au sol qui se soulève
prêt à nous griffer
L'arbre s'est affaissé
il nous désignait
aux autres
Nous trompons le vide
Nous sommes invisibles




Poème d'amour, et aussi d'impermanence - "invisibles", n'est-ce pas ?
A voix haute, l'"éloquence" de ce poème transmet une musicalité légère, un peu étrange, littéralement in-ouïe [en tous cas par moi].

La disposition des majuscules semble aléatoire, cependant elles reviennent souvent sur des "Je, "Tu", Il", "La" "Le", "J'", "L'".
Comme ce poème n'est pas ponctué (récurrent chez Jabès) il n'est pas interdit de supposer que les majuscules sont des jalons de lecture, un bornage du poème en quelques sorte, succédané de ponctuation, permettant de reprendre son souffle et scandant la diction.
Vous aurez remarqué que les deux derniers vers débutent par une majuscule, sur le même mot -"Nous"- seul cas de répétition de deux majuscules sur deux vers consécutifs du poème - un quod erat demonstrandum, comme si le dernier vers n'était pas assez signalé à notre attention, puisque qu'il est éponyme au titre du poème (!?).

Les "où" en tête de vers ont une réelle fréquence d'utilisation (onze fois !) - mettons, simple hypothèse, qu'ils traduisent le lieu.
Cela permettrait de signifier, par exemple, l'élément terre.

Les quatre éléments sont concentrés dans ces cinq brefs vers:
La terre a pris feu
   elle s'est depuis noyée
   Nous nous agitons dans l'espace
   accrochés à l'eau
   pendus aux flammes
 


Même si c'est peut-être extrapoler trop loin, au vu de la date d'écriture, je me demande: les vers
Les étoiles complotent
   dans leurs cellules
   cherchent à fuir
ne seraient-ils pas une référence à l'étoile jaune arborée dans l'univers concentrationnaire nazi ?





Renfloué d'un message sur Parfum du 13 mai 2015
avatar
Aventin

Messages : 585
Date d'inscription : 10/12/2016

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Edmond Jabès

Message par Bédoulène le Sam 13 Oct - 9:02

merci Arensor ! je vais regarder de plus près !

_________________
"Lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal" Le Club des incorrigibles optimistes de J.M. Guenessia "

"Il n'y a pas de mauvais livres. Ce qui est mauvais c'est de les craindre." L'homme de Kiev Malamud
avatar
Bédoulène

Messages : 8892
Date d'inscription : 02/12/2016
Age : 73
Localisation : En Provence

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Edmond Jabès

Message par Jack-Hubert Bukowski le Dim 14 Oct - 9:19

Merci bien pour l'inauguration de ce fil. Edmond Jabès est un poète qui gagne à être connu. Il est plus près de la poésie en prose, mais sa poésie est multiforme. Je comprends pourquoi René Char en parle en bien.

Je vais vous proposer des bouts de Le Seuil. Le Sable :

«Chanson de l’étranger»

Je suis à la recherche
d’un homme que je ne connais pas,
qui jamais ne fut tant moi-même
que depuis que je le cherche.
A-t-il mes yeux, mes mains
et toutes ces pensées pareilles
aux épaves de ce temps ?
Saison des mille naufrages,
la mer cesse d’être la mer
devenue l’eau glacée des tombes.
Mais, plus loin, qui sait plus loin ?
Une fillette chante à reculons
et règne la nuit sur les arbres,
bergère au milieu des moutons.
Arrachez la soif au grain de sel
qu’aucune boisson ne désaltère.
Avec les pierres, un monde se ronge
d’être, comme moi, de nulle part.

Ensuite, je vous propose un autre poème plus signalétique du style d'Edmond Jabès, du moins sur l'une de ses déclinaisons :

«L’eau»

Avant, il y a l'eau.
Après, il y a l'eau ;
durant, toujours durant.

- L'eau du lac ?
- L'eau de la rivière ?
- L'eau de la mer ?

Jamais l'eau sur l'eau.
Jamais l'eau pour l'eau ;
mais l'eau où il n'y a plus d'eau ;
mais l'eau dans la mémoire morte de l'eau.

Vivre dans la mort vive
entre le souvenir et l'oubli de l'eau,
entre
la soif et la soif.

L'eau entre
Cérémonie.
L'eau s'installe
et coule :
Fertilité.

Toujours l'eau pour l'eau.
Toujours l'eau sur l'eau.
Abondance.

- Le désert fut ma terre.
Le désert est mon voyage,
mon errance.

Toujours entre deux horizons ;
entre horizon et
appels d'horizons.
Outre-frontière.

Le sable brille comme l'eau
dans la soif inextinguible.

Tourment que la nuit endort.

Nos pas font gicler la soif.
Absence.

- L'eau du lac ?
- L'eau de la rivière ?
- L'eau de la mer ?

Viendra, bientôt, la pluie
pour laver l'âme des morts.

Laissez passer les ombres brûlées,
les matins aux arbres sacrifiés.
Fumée. Fumée.
avatar
Jack-Hubert Bukowski

Messages : 1302
Date d'inscription : 04/12/2016
Age : 37
Localisation : Montréal

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Edmond Jabès

Message par Jack-Hubert Bukowski le Dim 14 Oct - 9:21

Je vous propose également un extrait de «Les rames et la voile» :

Sûre de son chemin, la prose se distingue de la poésie, comme le marcheur pressé par le but, du danseur ivre de n’arriver jamais.

Le monde dispute à l’homme le poème, croissance ébruitée de la rose.

Le poème est la soif que le désir d’une plus grande soif étanche.

Le poète est rivé au poème, comme le mot à la mort du monde qui le projette.

Le poème perpétue un instant de la vie du mot, un sourire, une rencontre.

Le premier geste du poème est de saisir au vol sa part de survie.


Edmond Jabès, Le Seuil. Le Sable. Poésies complètes 1943-1988. Édition Gallimard, coll. «NRF Poésie»
avatar
Jack-Hubert Bukowski

Messages : 1302
Date d'inscription : 04/12/2016
Age : 37
Localisation : Montréal

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Edmond Jabès

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

 Des Choses à lire :: Lectures par auteurs :: Écrivains européens francophones

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum