Des Choses à lire
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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot


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Message par Tristram le Dim 27 Aoû - 20:55

Ça me ramentoit cette ancienne lecture, merci Topocl !

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Message par églantine le Dim 27 Aoû - 21:42

@topocl a écrit:

le lecteur cartésien
souffre un peu
Mais ça vaut sacrément le coup quand même non ? ,  
il se prend finalement à se régaler... C'est noir, très noir, mais raconté avec un humour badin àse tordre de rire.
C'est même jouissif . Noir , moche , désespéré et cruel mais plein d'humanité aussi .Pour moi il a sa foi quand même Giono ....
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Message par églantine le Jeu 31 Aoû - 12:20

Extrait de Les âmes fortes


Il fallait saluer . Qui ne saluait pas , les portes se fermaient devant lui. Il fallait parler . Qui ne parlait pas était percé à jour .Tout le monde avait son parapluie. Ne pas en avoir était mauvais signe . Je n'en avais pas . J' 'en faisais prêté un quand je pouvais , mais difficile . Et quelle inspectait on lui passait quand tu le rendais ! Les jours de pluie , s'il me fallait sortir en course , je mettais ma jupe sur la tête .C'était très mal vu mais quoi faire ? eEt je courais .Mais tout le monde avait l'oeil et tu étais mal notée .Je me disais "Priez Dieu .La roue tourne ".
Les failles étaient sacrées .Moi , par exemple , j'avais besoin d'un parapluie mais , pour me fourrer mon nez dans ma crotte , je n'avais qu'à aller regarder la vitrine du photographe  Là , j'étais servie  Je me disais : "Les carottes sont cuites.Tu peux te fouiller.L'Amérique est en galère ".Les familles travaillaient à plein rendement .Entre les frères ennemis et les bons époux elles étaient à ne pas savoir où donner de la tête . Il ne fallait pas s'y hasarder si on n'avait pas le mot de passe . Tu risquais la mort .Ils n'hésitaient pas .Qu'est ce que tu étais toi ?
Les pavillons dans les bois , même d'une seule pièce , avaient tous des paratonnerres . Et d'abord , à qui envoyer des lettres anonymes ? C'est bien joli d'y penser mais il fallait en rester là . Ils avaient toujours de raisosn que toi .
Même les rues faisaient prudemment le tour de certaines maisons : des rues pleines d'épiceries , de boucheries, de tonneliers , et de et de charrons , brusquement devenaient grises et ne pipaient plus mot .A peine si elles osaient s'approcher de certaines vieilles maisons très dentelées .Elles venaient jusque là avec de très vieilles écuries à chèvres ou des murs sans aucune ouverture .Elles tournaient sur la pointe des pieds autour des perrons , des bornes et des fenêtre grillagées .C'étaient de vieilles familles .Il n'en restait plus que des chicots .
Ou bien alors , c'était le contraire : la rue faisait bombance autour d'enseignes : "père et fils" ou "Marius frères" .Et en avant la musique ! C'était des étalages , des charrettes qu'on chargeait et déchargeait .
Il y avait des réunions de famille, de conseils de famille , des arrangements de famille , des affaire de famille , des fils de famille , des airs de famille . Et naturellement , des père de faille , (sur lesquels Charlotte pouvait te renseigner ) et le linge sale en famille . Ah toute seule , tu avais bon air !
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Message par Chamaco le Mer 4 Oct - 14:18

Jean Giono  - Page 2 Tylych25

Giono a écrit un livre sur Dominici, voici ce qu'on en dit sur internet :

«Je ne dis pas que Gaston Dominici n'est pas coupable, je dis qu'on ne m'a pas prouvé qu'il l'était», écrit Jean Giono dans ce petit livre, qu'il a divisé en deux parties. La première est composée de notes d'audience prises à chaud, pour ainsi dire, et mises au net ensuite. Ces notes sont d'un grand écrivain. Elles éclairent les insuffisances du procès. Elles mettent en lumière bien des points qui sont restés dans l'ombre, elles font ressortir des subtilités que personne jusqu'ici n'avait aperçues. En premier lieu «nous avons affaire à un procès de mots», dit Jean Giono. En effet, l'accusé parle un langage primitif, sans syntaxe ; on transcrit ses déclarations et on l'interroge dans un autre langage, le français officiel. Cette simple remarque pourrait bien tout remettre en question.Dans la seconde partie, qui est un morceau éblouissant, l'auteur esquisse une description du caractère de l'accusé et des témoins. En s'appuyant sur la vie des paysans de la Durance qu'il connaît bien, sur les conditions géographiques, voire historiques, il reconstitue avec une impressionnante plausibilité ce qu'ont été la vie, les pensées, ce qu'est même la sensibilité du fermier de la Grand Terre, personnage homérique, paysan rusé, mais jamais individu médiocre.Un livre comme celui-là est plus qu'un témoignage : c'est un faisceau de lumière braqué sur la justice."

éditions Gallimard


-- un ami du village s'est proposé de me le préter, je vous en ferait part...
des gens comme Dominici j'en vois tous les jours par chez moi...
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Message par bix_229 le Mer 4 Oct - 16:29

Sur l' affaire Dominici, un livre que j' ai lu et qui m' a semblé particulièrement
interessant, celui de Jean Meckert, alias Jean Amila.

Jean Giono  - Page 2 Mecker11

"Les Editions Joëlle Losfeld poursuivent, avec La tragédie de Lurs, la publication des inédits et des introuvables de Jean Meckert, alias Jean Amila. En 1952, Meckert est envoyé à Lurs par le journal France Dimanche pour couvrir ce qui deviendra un des faits divers les plus retentissants du siècle : l'affaire Dominici. Deux ans plus tard, Meckert revient sur cette expérience et examine le rôle tenu par les médias dans le développement de l'affaire. Entre faits bruts et récit à scandale, il tente d'analyser le travail de journaliste et livre son propre point de vue sur des faits qui, cinquante ans plus tard, continuent de susciter des commentaires et d'alimenter des fictions."
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Message par Chamaco le Sam 7 Oct - 16:04

"Notes sur l'Affaire Dominici"
Essai sur le caractère des personnages.

Ce livre suppose que le lecteur a au préalable connaissance des circonstances du triple assassinat dont est accusé Gaston Dominici.
Giono a été démarcheur pour une banque dans la région des rives de la Durance et ce pendant 10 ans, son travail l'a amené à aller de ferme en ferme pour y placer des actions bancaires à des êtres rudes au gain, pour qui le crédit et le monde bancaire (était le diable dont on se méfiait comme encore de nos jours) était un univers de risques et pourtant il devait les amadouer, ces "paysans", pour les mettre en confiance et dans sa poche et ainsi placer ses "titres" qui au final leur fera perdre de l'argent, il le fit avec succès pendant 10 ans, c'est dire s'il les connaissait ces "gens" de la Durance. J'ai aimé ce décryptage donné par un si grand écrivain du tempérament des voisins des Dominici.
Spoiler:
Ce livre m'a replongé à une période de ma vie où pour le compte d'une compagnie d'Assurance de Marseille j'établissai au domicile des gens des dossiers d'indemnisation d'accidents, c'est vrai qu'on en apprend beaucoup sur le caractère des gens lorsque on les côtoie dans leur intimité.
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Message par Chamaco le Sam 7 Oct - 16:35

Giono aborde le langage de Dominici, la difficulté de comprehension de la langue française, l'explique par le fait que Gaston et les autres "paysans' ont leur langue, et cela maintenant que je vis pas si loin de Lurs je le comprend de plus en plus, pas plus tard qu'hier en discutant avec Robert (il récolte les foins pour les vendre aux propriétaires de chevaux) il m'a dit avoir été importuné par des individus qu'il a qualifié de "caraques", ce terme me disait quelque chose mais quoi ?, Robert n'a pas son certificat d'études mais est "intelligent", il a ce que d'aucuns appellent "le bon sens de la terre", dans l'esprit de Robert un caraque est un gitan, dans le dictionnaire une caraque est une embarcation qui a comme ancêtre les vaisseaux vikings, les navires des pirates de Barberousse qui écumaient la Provence à l'époque de Francois1°, et dire qu'à certaines époques on se moquait du monde paysan....




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Message par Chamaco le Sam 7 Oct - 22:53

Extraits de "Notes sur l'Affaire Dominici"

"Si on s'était demandé cependant pourquoi il répète à tout bout de champ cette phrase si insolite "je suis un bon français"; si on lui avait demandé pourquoi il insistait tant, nous serions peut être entrés dans une des chambres secrètes de ce drame. Cette phrase là, je ne l'ai jamais entendue prononcer par un paysan de notre région. Jamais. que vient elle faire ici ? A plusieurs reprises dans ce drame, des corridors obscurs nous ramèneront devant la porte verrouillée à triple verrou de cette chambre secrète."

"----Le Président dit à haute voix la phrase immonde que l'accusé a prononcée le soir des aveux, en parlant des soi-disant rapports sexuels avec Lady Drummond. Nous recevons un paquet de boue en plein visage. L'accusé balbutie.
"Avez vous prononcé ces paroles ?"
- Je ne sais pas, j'étais fou"
Non, je ne crois pas qu'il ait été fou, il n'aurait pas l'air qu'il a : l'air d'être descendu de son trône, honteux d'être surpris sans noblesse, comme on le serait d'être surpris sans culotte. Il est manifestement coupable d'avoir dit ça. Cette culpabilité se lit sur son visage. Celle là seule.
La phrase fait une très grosse impression sur tout le monde : public, jurés; je me suis machinalement essuyé le visage. Je ne peux même plus regarder le Président qui n'a fait que répéter.
Pour la première fois, l'accusé cesse d'être monolithique et tourne sur lui-même comme une toupie.  Si on le juge à cet instant précis, c'est la mort."


Dernière édition par Chamaco le Dim 8 Oct - 0:18, édité 2 fois
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Message par Bédoulène le Sam 7 Oct - 23:11

ah ! tu as lu donc l'avis de Giono sur l'affaire.

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Message par Chamaco le Sam 7 Oct - 23:21

oui je suis dessus en ce moment, mais ce qui m'interesse le plus c'est son avis sur les caractères des personnages, famille Dominici, voisins, témoins, tous gens de la Durance.
Spoiler:
La Durance est à 300 mètres de chez moi drunken
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Message par Chamaco le Lun 9 Oct - 16:40

L’ouvrage de Giono sur Dominici me plaît tout particulièrement dans sa partie II, celle qui touche à l’ »Essai sur le caractère des personnages », il l’aborde par le biais du territoire,  il nous détaille la région, sa géographie, l’étude des sols, il le fait en l’appliquant aux caractères de ses habitants, les voisins des Dominici, de même qu’il s’applique à donner une biographie de Gaston Dominici de sa naissance aux assassinats dont il est accusé, il le suit dans ses changements de domiciles qui révèlent les raisons du choix de son métier, Giono nous accompagne à la découverte du monde paysan auquel lui même a échappé, il aurait en effet pu être l’un d’eux.

Extrait :
"Les filles ne se séparent pas de la famille, et du père en particulier. D'abord, la sauvagerie de Brunet et de Ganagobie les a plus étroitement verrouillées dans la famille du fait que ce sont des femmes, du fait aussi qu'elles avaient moins voix au chapitre.Une est un peu folichonne, a du poivre aux fesses, couche avec les gendarmes. Cela arrive à des gens très bien. L'accusé en rigole. Cette évaporée est fâchée avec l'accusé."

mot clef : essai


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Message par ArenSor le Lun 9 Oct - 19:22

Ca me tente bien ! C'est intéressant de lire ces commentaires d'écrivains sur des enquêtes policières. On pense bien sûr également à Duras et le "petit Gregory". Gide a également donné des "souvenirs de la cour d'assises" Very Happy
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Message par Tristram le Lun 9 Oct - 19:28

Avec Giono, c'est un peu analyse par le terroir (genre Elie Faure) _ et ceci n'a rien de péjoratif !

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Message par bix_229 le Lun 9 Oct - 19:48

@ArenSor a écrit:Ca me tente bien ! C'est intéressant de lire ces commentaires d'écrivains sur des enquêtes policières. On pense bien sûr également à Duras et le "petit Gregory". Gide a également donné des "souvenirs de la cour d'assises" Very Happy
A dire vrai, à cette époque, Duras se prenait pour Duras. Et les féministes abondaient dans ce sens.
Sublime, forcément sublime.
Mais l' alcool aussi mettait l' éteignoir à sa lucidité.
Elle qui avait toujours été de gauche, faisait l' apologie de Nixon et déclarait avec assurance que la mère du petit
Grégory avait tué le gamin.
Ce qui jeta le trouble dans le Landernau judiciaire.
Mais pas seulement.
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Message par Chamaco le Lun 9 Oct - 20:07

@ArenSor a écrit:Ca me tente bien ! C'est intéressant de lire ces commentaires d'écrivains sur des enquêtes policières. On pense bien sûr également à Duras et le "petit Gregory". Gide a également donné des "souvenirs de la cour d'assises" Very Happy

ces derniers jours on parle dans le Landernau littéraire de l'affaire du chateau d'escoire (un livre "la serpe" est en pointe pour un futur prix) où en 1941, le père d'Henri Girard, sa tante et une domestique ont été assassinés par "un familier", Henri Girard suspecté a été trainé en prison, défendu par Maître Garçon il a été innocenté, cet homme Henri Girard connu comme Georges Arnaud est l'auteur du livre "le salaire de la peur" dont on a tiré le célèbre film avec Montand et Vanel...Arnaud mériterait un fil pour son oeuvre et sa vie, mais ne partageant pas certaines de ses idées je pense que d'autres personnes seraient mieux placées, mais quel film que le salaire de la peur...
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Message par Aventin le Sam 18 Nov - 10:35

Pour saluer Melville

Jean Giono  - Page 2 Pour_s10

Essai à vocation biographique (?) (je suggère plutôt nouvelle), 1941, 75 pages environ.

Giono en finissait avec son incarcération au fort Saint Nicolas (début novembre 1939) quand il a écrit ce texte.
Alors qu'il projetait un roman assez ample, qui se serait intitulé Conquête de Constantinople, et dont ne nous sont parvenus que quelques bribes ou extraits (dans L'Eau vive), dès le 16 novembre il arrête tout et se met à écrire ce qui devait être une courte notice biographique, introductive à sa traduction de Moby Dick d'Herman Melville, bien que Giono mêle à plaisir des éléments biographiques à ceux qu'il invente en totalité.

Texte écrit "sans beaucoup de préparation, en peu de temps et d'un seul jet" selon son biographe Robert Ricatte.

Le début, au reste, respecte assez le ton, le style, la méthode usuels à l'exercice de la notice.
Puis Giono n'a sans doute pas pu réfréner sa féconde imagination, et, très vite, on glisse vers un personnage de roman qui serait Herman Melville.
Le sujet est une remarquable histoire d'amour, avec Adelina White.
Herman comme Adelina cherchent dans l'univers des sentiments humains des raisons, mieux des certitudes, leur permettant de vivre, et les trouvent.

Le plaisant trajet de Melville en Angleterre, à prétexte de parler de l'auteur de Moby Dick (et du combat contre son ange), est peut-être un des livres où Giono parle le plus, tacitement, de...Giono.

En filigrane s'y devine aussi sa propre conception de la littérature.

Bref, un Giono peu lu sans doute, mais délectable, qui vaut largement le détour.


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Message par Tristram le Sam 18 Nov - 12:18

Merci Aventin, cela donne envie de (re) lire ces deux grands écrivains de l'imaginaire.
A ce propos, je recommande de lire la communication de l'écrivain Hubert Nyssen (fondateur d'Actes Sud) ici, où on apprend comment Giono a réécrit Moby Dick avec justesse, puis révélé dans la préface que Gallimard l'exhortait à écrire sa propre histoire d'amour avec une certaine Blanche _ dont les lettres ont été brûlées, les 3300 pages de celles de Giono étant à ce jour encore inaccessibles aux lecteurs.
La façon dont Giono intrique de fiction tout ce qu'il relate est vraiment remarquable !

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Message par Bédoulène le Sam 18 Nov - 14:34

merci Aventin, beau commentaire !

merci Tristram de souvent abonder !

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Message par Aventin le Sam 27 Jan - 8:56

Les récits de la demi-brigade

Jean Giono  - Page 2 Demi_b10
Nouvelles, écrites entre 1955 et 1965, parues post-mortem en 1972. 175 pages à peu près.



À quoi pourrait ressembler un polar si Giono s'y essayait ?

Six nouvelles, narrées au "je" par Martial Langlois, personnage bien connu de ceux qui ont lu "Un roi sans divertissement".
Martial Langlois est un vétéran des guerres napoléoniennes, Capitaine de la Demi-Brigade de Gendarmerie de Saint-Pons (dans les actuelles Alpes de Haute-Provence) sous la Restauration (1814-1830).
Ce n'est pas le seul personnage que Giono utilise à nouveau, on retrouve (avec joie) Laurent de Théus et sa jeune et jolie marquise d'épouse, du "Hussard sur le toit".

Quelques autres personnages traversent ces nouvelles - Marinette, l'indic' qui n'en dit pas trop, Pourcieux le colporteur, Achille, le Colonel de Gendarmerie d'Aix, supérieur hiérarchique de Langlois et ancien compagnon d'armes des campagnes napoléoniennes (et aussi de captivité).
Langlois dit "vous" à Achille dans certaines nouvelles, mais "tu" dans d'autres (témoignage des différentes époques d'écriture, sans doute).  

C'est Giono lui-même qui a choisi l'ordre de parution, qui ne correspond pas à l'ordre chronologique d'écriture.
Publication post-mortem n'équivaut pas, là, à fond de tiroir d'écrivain, ce livre était prêt pour le bon-à-tirer. Au reste ces nouvelles avaient déjà paru, séparément, pour la quasi-totalité d'entre elles.
À l'exception du "Bal", qui se passe en pleine canicule de fin juillet, toutes se déroulent l'hiver; le surcroît de souffle glacé ainsi suggéré sied élégamment au propos.

En voici la liste:

- Noël (écrite en 1960, une vingtaine de pages): Narre l'histoire dans usurier qui part, le soir de Noël en diligence sous la neige, après un dîner copieux et arrosé, extirper les fonds d'une famille qui est sa débitrice; la garde de la diligence est assurée par le Capitaine Langlois en personne...
Nos bois sont des taillis de chênes blancs un peu plus hauts qu'un homme. Il restait encore assez de clarté sur la route, mais ces arbres gardent leurs feuilles sèches et rousses tout l'hiver jusqu'au printemps où la feuille neuve fait tomber la morte, et ces vastes étendues craquantes, remuées par le vent, faisaient un bruit assourdissant. Je redoublai d'attention. Je demandai par gestes à Adrien des nouvelles de ses pistolets; il me fit voir qu'ils étaient à côté de lui, sur le siège. Nous continuâmes à monter à travers bois.  

- Une histoire d'amour (écrite en 1961, vingt-deux pages): Une enquête, sur décor hivernal et surtout sur trame de complot contre l'État (les "verdets"). Mais aussi sûrement une forme d'amour impossible, figurée en hommage discret, amour avec mort entreposée et timidité se parant d'injures et de violence. Une fresque étrange.
Le petit frappe des talons et s'échappe. C'est lui qui monte la bête de race. Je m'élance à sa poursuite en poussant plus vite César avec mes nerfs qu'avec ma tête et il s'en faut de peu que je me la fracasse contre une branche. J'entends les carabines qui continuent à claquer. Je n'ai pas perdu dix mètres au départ: le petit verdet est devant moi et pique vers le large.
Il ne me faut pas plus d'une minute pour que je sois très heureux (et César aussi): le cheval du petit verdet est une merveille ! Et il est monté comme par un Dieu. Son cavalier est presque couché sur lui, le cul décollé de la selle, menant tout son train par les jarrets et les genoux; la bête s'allonge comme un serpent; elle touche terre à peine ce qu'il faut; c'est de l'huile qui coule au ras des taillis noirs, dans un orage de feuilles arrachées.    

- Le bal (écrite en 1962, vingt-quatre pages): Encore une enquête sur arrière-plan de complot royaliste-légitimiste contre la Restauration, version Orléanistes. Ou comment faire pour prendre à leur propre jeu ceux qui comptent bien sur la présence de Langlois à ce bal et non sur le terrain...
Le territoire dont j'ai la surveillance va de Saint-Maximin à Châteauneuf-le-Rouge et des confins de la Sainte-Baume jusque dans les bois profonds de la Gardiole, de la Séouve et du Sambuc, où l'on a pris soin de ne pas délimiter exactement mes frontières. Rien que sur le parcours de la grand-route, j'ai des espions dans cinq auberges. Demi-espions ou même quarts ou huitièmes, qui mangent à divers râteliers...mais à qui j'ai su inspirer assez de sainte frousse pour être sûr de ce qu'ils donnent en échange de rien du tout; un œil fermé, de temps à autre, quand il ne s'agit pas d'affaires d'État. On m'aime dans trois cabanes de bûcherons sur dix, ce qui est une excellente proportion, car dans les sept autres on me hait, et la haine ne fait pas de cocus, on peut s'y fier.

- La mission (écrite en 1963, vingt-cinq pages): Langlois, en train de filer quelque(s) complotiste(s)-conspirationniste(s), se fait tirer dessus de près. Mais son cheval, un humble cheval de poste qui n'est a priori pas du tout préparé ni dressé aux astuces suprêmes de la cavalerie de combat, effectue une volte savante et le coup manque...
Je connaissais la maison Pical pour l'avoir fréquentée à l'époque où le Gévaudan était mis à sac par la bande à Tricon dite des Pelauds. J'avais patrouillé dans les montagnes jusqu'à la fameuse bataille de Saint-Julien-des-Points, à l'issue de laquelle les quatre Pelauds (les chefs) avaient été fusillés, attachés à des échelles. La maison Pical n'était pas très catholique, loin de là. On pouvait à l'époque y trouver tout ce qu'on voulait sauf un brave homme. J'espérais qu'elle avait gardé ces bons principes. 

- La belle hôtesse (écrite en 1965, trente-deux pages): Une enquête des plus bizarres, ou l'adversaire de Langlois ne se rencontre jamais. Jamais, est-on bien sûr ?
Le coup de feu ne cadrait pas avec tout ce qui s'était passé jusqu'ici. Plus je regardais le bonhomme, plus je me mettais dans la tête que c'était une sorte de franc-tireur. Que faisait-il dans les bois en pantalons à sous-pieds, et, Dieu me damne, en escarpins (je venais de le remarquer). Son arme était un fusil à deux coups damasquiné. Enfin, c'était un brigand de luxe. À moins qu'il ne s'agisse pas d'un brigand. Alors, c'était quoi ? Les bourgeois n'ont pas l'habitude de grimper dans les arbres pour fusiller les passants; ils ont d'autres moyens quand ils leur en veulent. Et des passants ? Qui pourrait s'imaginer qu'il y en aurait dans ce coin de forêt sans route ni sentier où moi-même je ne me trouvais que par hasard ? Tout ça s'emmanchait mal. Il y avait quelque part quelqu'un qui se foutait de moi.


- L'Écossais ou la fin des héros  (écrite en 1955, une cinquantaine de pages divisées en sept chapitres): Un fil ténu d'indice improbable amène Langlois dans un hameau, où un rendez-vous sur mesure était préparé par les responsables de meurtres et de diligences dévalisées...
Je vis tout de suite son amazone de beau drap gris, un visage en fer de lance, un regard paisible. On croit tout prévoir, on ne prévoit jamais rien.
La femme qui m'avait ouvert était une de ces vieilles louves de Barjaude. Elle arborait, de façon fort méprisante pour moi, cent ans de contrebandes de toutes sortes. La jeune femme, par contre, avait une mise très élégante (notamment une palatine qui valait sûrement une fortune) une grâce et une beauté dignes des salons les plus dorés, et elle était, comme on dit, bien honnête.
Elle me salua gracieusement. Sa voix n'avait pas encore tout à fait mué (je donnais à peine vingt ans à cette charmante personne) et contenait néanmoins ce à quoi les hommes un peu rudes ne résistent guère: les tendres sons de gorge des femmes faites.

Pourquoi est-ce que je ne reviens sans cesse à ces nouvelles, je n'en sais rien. C'est un livre lu et relu, pourtant j'y trouve à chaque fois quelque chose que je n'avais pas repéré.

Justes quelques brefs propos généraux:
Si vous sortez de livres de Giono plutôt lyriques et foisonnants, ces nouvelles vont vous dérouter, par leur concision dépouillée d'une part (il n'y a rien de très "ornemental"), leur construction d'autre part, et jusqu'aux dénouements, qui n'en sont parfois pas tout à fait...

Les ressorts psychologiques ainsi que le non-dit intéressent Giono -et son héros- au plus haut point, et là, c'est bonheur de lecture.
Langlois est un personnage certes un peu "revenu de tout", relativiste, toutefois il incarne l'exemplarité dans l'exercice de sa profession, et aime tutoyer le danger mais pas "bêtement" (il le dit lui-même).

Une dose d'humour un peu particulier affleure de ces pages, parfaitement digestes.
Et bien sûr -mais vous n'en doutiez pas- quand Giono se met à camper, par exemples et entre mille, un col des Cévennes, un parcours de diligence de nuit, de décrire des chevaux, le temps qu'il fait ou des âmes humaines, ça vaut son pesant de succulences.

C'est aussi un livre équestre, je ne sais si dans le foisonnement d'études consacrées à Giono quelqu'un a songé à publier un truc comme "Giono et les chevaux" ?
La volte espagnole ou le trot hongrois allongé vous parlent-ils sans avoir besoin de votre moteur de recherche (ce qui n'est pas mon cas !) ?

Il y a beaucoup de hauteur, beaucoup de noblesse, en actes et en sentiments.  
Ces altitudes, plutôt dénuées d'emphase ou de préciosité, concourent à la qualité de ce libre galop de nouvelliste, encore un Giono à recommander, on s'étonne qu'il soit resté dans l'ombre de ses romans-phares, je demeure tout enthousiasme et vivacité d'appétit après l'avoir si souvent chevauché !







ferré, bridé, harnaché et attelé au sortir d'une énième nouvelle lecture depuis un message remisé à l'écurie, sur Parfum du 28 mai 2014.


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Message par Arturo le Sam 27 Jan - 9:20

Ce sont lesquels, les Giono lyriques et foisonnants ?
Car j'ai récolté beaucoup de titres mais je ne sais trop vers lesquels me tourner. J'ai adoré Colline, mais Un roi sans divertissement ne m'a guère emballé (enquête, polar ...). Il y en a d'autres dans la veine de Colline ?
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