Nicolas Bouvier

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Nicolas Bouvier

Message par Bédoulène le Ven 2 Déc - 17:37

Nicolas Bouvier ( 1929-1998)


Nicolas Bouvier est un écrivain, photographe, iconographe et voyageur suisse, né le 6 mars 1929 au Grand-Lancy et mort le 17 février 1998 à Genève.

Bibliographie sélective, par ordre de parution

L'Usage du monde, 1963
Chronique japonaise, 1975
Vingt cinq ans ensemble, histoire de la télévision Suisse Romande, éditions SSR, 1975
Le Poisson-scorpion, 1982
Les Boissonas, une dynastie de photographes
Journal d'Aran et d'autres lieux, 1990
L'Art populaire en Suisse, 1991,
Le Hibou et la baleine,  Genève, 1993
Les Chemins du Halla-San, 1994
Comment va l'écriture ce matin ?1996
Routes et déroutes, entretiens avec Irène Liechtenstein-Fall, 1997
La Chambre rouge et autres textes, 1998
Le Dehors et le dedans,  1998
Entre errance et éternité,  1998
Une orchidée qu'on appela vanille, 1998
Dans la vapeur blanche du soleil : les photographies de Nicolas Bouvier,1999.
La Guerre à huit ans , 1999
L'Échappée belle, éloge de quelques pérégrins,  2000
Histoires d'une image, 2001
L'Œil du voyageur,  2001
Le Japon de Nicolas Bouvier, 2002
Le Vide et le plein (Carnets du Japon, 1964-1970),
Charles-Albert Cingria en roue libre, 2005
Poussières et musiques du monde, CD Enregistrement de Zagreb à Tokyo
Correspondance des routes croisées 1945-1964,
Il faudra repartir, Voyages inédits,  2012

sources Wikipedia


Dernière édition par Bédoulène le Sam 3 Déc - 18:41, édité 1 fois
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Bédoulène

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Re: Nicolas Bouvier

Message par Bédoulène le Ven 2 Déc - 17:43

L'usage du monde



c'est un voyage culturel que nous conte Nicolas Bouvier, culture acquise et héritée pour les nombreux pays qu'il visite en compagnie de Thierry Vernet, peintre dont les dessins bruts à l'encre noire sont autant de supports à l'écriture. Une écriture dynamique ponctuée de poèsie et d'humour.

J'ai retrouvé dans ce livre des réflexions rencontrées dans le livre de Stasiuk : Taksim.

merci Shanidar d'avoir tracé le parcours par la diversité des pays traversés et long voyage par la distance. Mais la musique et la danse accompagnent nos voyageurs et le lecteur. La première qualité que délivre le début de ce voyage c'est "accueillant" pour ce qui concerne les habitants et pour notre duo, le regard rempli d'humanité qu'ils posent sur la population.
quelques extraits qui démontrent les sentiments de notre jeune duo de voyageurs :

"La France est peut-être, comme les Serbes se plaisent à nous le répéter, le cerveau de l'Europe (1953/54) mais les Balkans en sont le coeur dont on ne se servira jamais trop"

"On nous invitait dans de sombres cuisines, dans de petits salons de laideur fraternelle pour d'énormes ventrées d'aubergines, de brochettes, de melons qui s'ouvraient en chuintant sous les couteaux de poche."

j'aime l'association de ces 2 mots qui dit beaucoup sur  Bouvier.

L'Histoire surgit à chaque Pays, voir ville visité.

" s'il (l'étranger)  reste, il s'apercevra que tout est bien plus compliqué parce que depuis mille ans, en Macédoine, l'Histoire s'ingénie à brouiller les races et les coeurs."

A Prilep vivent des Turcs, des Bulgares, des réfugiés Albanais, des Grecs et les caïds du Parti.

Un peu d'humour : "les singulières orthographes Turques : Fileminyon, agno alobergine..."

Il faut aussi préciser que les deux jeunes gens voyagent dans un véhicule "capricieux" (qui râle à grimper sur des cols d'altitude) mais à qui ils doivent des pauses et des rencontres étonnantes.  

Toujours beaucoup d'empathie envers ces populations souvent démunies de l'essentiel.

"Nous comptons sur leurs recettes pour revivre, eux sur les notres pour vivre."

"...c'est si doux, les vieilles habitudes, même celles qui vous oppriment. Plutôt un malheur familier que ces nouveautés insolites, et cet effort encore pour comprendre, lorsqu'on atteint, rompu, la fin de la journée."

Le lecteur s'étonne parfois, de la rigueur des autorités, des obligations (parfois saugrenues) auxquelles doivent s'astreindre les voyageurs en arrivant dans un nouveau territoire mais aussi en le quittant.

Bouvier et Vernet avaient l' envie de découvrir, la curiosité nécessaire et ils se sont donnés les moyens, l'un en cherchant à exposer et vendre ses dessins, l'autre ses écrits.

Sur la frontière Iranienne : Plus moyen de déchiffrer une enseigne ou une borne milliaire ; c'était l'écriture persane qui marche à reculons. Le temps aussi : en une nuit nous avions passé du vingtième siècle du Christ au XIVe de l'Hégire, et changé de monde."

Tout le long du voyage jusqu'à cette ville de Tabriz où le climat les contraints à demeurer 6 mois, Bouvier rappellera l'occupation Soviétique.
mais Bouvier écrit que dans  cette ville les Russes laissèrent  des constructions utilitaires :  une filature ultra-moderne, une université (fourmillante de sympathisants) et .............................de très (trop) nombreux volumes sur Marx, Lénine...............

Nos deux compagnons aiment à rencontrer les personnages les plus divers et surtout ceux dont  la population les dissuade.

Ils apprennent beaucoup de la ville en rencontrant le vieux M par exemple, personnage à l'oeil affuté.

Leur rencontre avec les Lazaristes, dont l'un des plus étonnant, instruit, mais sans plus d'illusion, qui vivait ici depuis 5 ans, et dont le constat amer sur l'Islam fait, je trouve, écho aux évènements de notre époque.

"-L'Islam ici, le vrai ? c'est bien fini...plus que du fanatisme, de l'hystérie, de la souffrance qui ressort. Ils sont toujours là pour vociférer en suivant leurs bannières noires, mettre à sac une ou deux boutiques, ou se mutiler dans des transports sacré, le jour anniversaire de la mort des Imam... Plus beaucoup d'éthique dans tout cela ; quant à la doctrine n'en parlons pas ! j'ai connu quelques véritables musulmans ici, des gens bien remarquables... mais ils sont tous morts ou partis. A présent...Le fanatisme, voyez-vous, reprit-il, c'est la dernière révolte du pauvre, la seule qu'on ose lui refuser. Elle le fait brailler le dimanche mais baster la semaine, et il y a ici des gens qui s'en arrangent. Bien des choses iraient mieux s'il y avait moins de ventres creux."

un dessin de Vernet s'impose




Tabriz, où pour Vernet ce long hiver et les longues lettres de son amie ne font qu'accentuer l'impression d'être coincé, alors qu'il a hâte de la rejoindre et de l'épouser et décide donc de quitter l'aventure à Kaboul. Il en informe Bouvier qui bien que regrettant leur complicité comprend parfaitement.

Les anecdotes en rapport avec la poste restante et les anachroniques séances de cinéma sont parfois réjouissantes.
Il semble que l'hiver se plaise  à perdurer et à accabler les indigents de la ville.

"On aurait bien surpris ce vieil homme, en lui reprochant la nature de ses propositions ; passé un degré de misère ces subtiles distinctions s'abolissent et, au point où il en était, il n'avait plus que sa carcasse à négocier. "
Bouvier et Vernet vivent modestement, mais quand ils en ont l'occasion ils apprécient les offrandes généreuses. Car ce voyage est aussi un prétexte à découvrir la nourriture des pays traversés, nourriture qui est bien le lien le plus convivial et social.

Les Tabrizis sont majoritairement shi'ites et Bouvier, à l'occasion de l' enterrement d'un Kurde, rappelle la "rogne vivace" qui les oppose aux sunnites.

Bouvier et Vernet décident d'un court séjour à Mahabad, mais là aussi ils seront bloqués plusieurs jours par une pluie torrentielle qui rompt les ponts et détruit les routes. Leur logeur est sympathique, mais la ville comporte trop d'uniformes, ceux de la gendarmerie et les soldats. Les deux jeunes gens sont contraints d'accepter l'hospitalité du capitaine de gendarmerie, à la prison. Ils font une escapade agréable dans la montagne où ils partagent le repas d'un arbab, au hameau de Beitas. De retour à la ville de Mahabad, engageant un pari avec le capitaine qui les retient, ils réussissent à retourner à Tabriz.

C'est la rareté qui donne de  l'intérêt alors même que l'objet était si familier que son intérêt en devenait banal, Bouvier en prend conscience à plusieurs reprises durant le voyage, notamment à propos d'un livre, d'un téléphone.

"Nous au contraire, cet appareil démodé, ce récepteur en forme de liseron nous paraissaient admirables ; cela faisait huit mois que nous n'avions plus téléphoné."

je suis sous le charme de ce voyage et sous le charme des mots de l'auteur.

retour à Tabriz
Il faut dire un mot du point IV (maison américaine étage politique et étage technique de spécialistes) Il y a beaucoup de psychologie dans les remarques de Bouvier quant aux rapports des Américains et des villageois, il démontre l'incompréhension que partage les 2 cultures.

"On (le citoyen américain) le persuadera sans peine qu'on tient le communisme en échec en construisant des écoles semblables à celle dont il garde un si plaisant souvenir. Il aura plus de mal à admettre que ce qui est boon chez lui ne peut pas l'être ailleurs ; que l'Iran, ce vieil aristocrate qui a tout connu de la vie..................et beaucoup oublié, est allergique aux remèdes ordinaires et réclame un traitement spécial.
Les cadeaux ne sont pas toujours faciles à faire quand les "enfants ont cinq mille ans de plus que Santa Claus.""
A Téhéran Bouvier nous fait découvrir une ville lettrée où beaucoup d'habitants parlent le Français, par curiosité de l'ailleurs. Où l'on peut rencontrer une boutique un jeune homme de 25 ans qui déclame un poème de Michaux.
Chacun des 2 voyageurs, dans leur discipline respective trouve du travail dont le revenu leur permettra de continuer pendant 6 mois.

Ils ont trouvé leur Sésame et protection, une idée judicieuse : inscrire en persan un quatrain de Hâfiz.

En Iran, la musique et la poèsie peuvent, à haute dose, assoupir la vie constate Bouvier.

Comme déjà dit les 2 jeunes gens rencontrent souvent des personnes étonnantes ; La supérieure de l'Institut Jeanne d'Arc, qui n'accepte pas sa conférence sur Stendhal, ce mange-curé dit-elle, mais aimant la musique, lui prête un disque auquel elle avoue tenir comme à la prunelle de ses yeux : "Le chant des Partisans estampé d'une large étoile rouge".

Je relève aussi que des hommes, frustes tricotent et filent.

Départ vers Isaphan, une route dangereuse où notre voiture est victime de deux soucis mécaniques, nous devrons notre salut à des camionneurs sympas qui chargent la voiture dans leur camion, nous évitent les Kaolis (brigands des chemins) et la mort alors que les freins du camion lâchent. L'accident ne causa que quelques gnons qui n'empêchèrent pas les camionneurs de croquer un concombre avant de réparer et nous amener, comme prévu, à Chiraz le soir même.
Le duo continue la route,  difficilement quant à l'environnement rencontré, de sable, de sel, de vent, de pluie, de chaleur intense  et de pannes les plus diverses. Des moments de lassitude, la prévision de 100 kms dans le désert Baloutch amènent d'amers reproches envers l'Iran, mais la vue d'une ville aimable, la promesse d'un lit  et la gaité des Baloutchs rassérènent les voyageurs.

Les nuits à la belle étoile, la marche obligée mais agréable quand la voiture fait défaut, participent du voyage.
Lequel se poursuivra avec des moments de doute, d' envie aux côtés de personnages hospitaliers, de rencontres inoubliables que ce soit des occidentaux ou des Persans, plus tard des Afghans jusqu'au Khyber pass.

Bouvier rappelle que "bon gré, mal gré" l'Islam et la Chrétienté ont un passé commun.

J'aime la philosophie de Bouvier : "ici, perdre son temps est le meilleur moyen de ne pas le perdre." qui est celle que lui enseigne ces pays d'Orient.

le voyage se termine à regret pour Bouvier et pour la lectrice que je suis.

L' amitié et le respect qui lient Bouvier et Vernet est l'un des moyeux du voyage.

Quant à l'écriture, elle est enivrante, parfumée comme les melons, chaude comme le thé, poétique comme les ciels étoilés.


quelques passages étonnants telle la diatribe contre ..................................les mouches !

                                                       les descriptions des camions et de leur équipage.

extraits :

"La ville fraîche et sonore débordait de figues et de raisins comme un panier. Elle sentait le thé vert et le suint de mouton. Les guêpes folles de sucre rayaient la pénombre des tchâikhanes au-dessus des crânes rasés, des turbans, des calottes d'astrakan, des visages emportés et tranchants."

"Le tenancier de la tchâikhane de Saraï use d'une publicité sans détour : un tronc en travers de la route. On s'arrête - il le faut bien - on aperçoit alors sous l'auvent de feuilles sèches deux samovars qui fument entre des guirlandes d'oignons, les théières décorées de roses alignées sur le brasero, et on rejoint à l'intérieur quelques autres victimes du tronc qui vous accordent un instant d'attention courtoise et reprennent aussitôt leur sieste, leur jeu d'échecs, leur repas."

"message rapatrié"


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Re: Nicolas Bouvier

Message par topocl le Ven 2 Déc - 17:44

Le poisson-scorpion



Ce qui est vraiment unique, dans ce livre, c'est ce mélange de joyeuseté et de désolation. Plongée dans un enfer de solitude, décrite avec un charme et une poésie qui en allègent la lourdeur.

À l'issue d'un périple de deux ans en Inde, Nicolas Bouvier fait une station de plusieurs mois sur l'île de Ceylan, avec pour seuls compagnons ses livres et sa machine à écrire,s ans nous en expliquer les motifs, sans doute parce que c'est un homme qui vit l'instant.
Son seul contact, qui se voudrait ressourçant mais creuse sans doute le fossé, ce sont les lettres que lui apporte le facteur : sa mère, les post-scriptums de son père, et sa petite amie qui lui donne de ses nouvelles sous la forme d'un faire-part de mariage. Nicolas Bouvier s'installe dans une auberge minable, fréquente un bistrot populeux, suit des routes, se rend sur la plage, dans un village réputé pour ses sortilèges. Il observe avec un œil qui mêle la malice, la poésie, le rêve. La population locale lui paraît  inamicale, voire mesquine, et ce n'est qu'avec quelques individus réels ou imaginés, qu'il tisse un lien : l'épicière tamoule, le fantôme du jésuite, l'horloger réparateur de machine à écrire… Ces portraits tendres et facétieux semblent sauver l'espèce humaine, à laquelle, le temps passant, Nicolas Bouvier  préfére la fréquentation des insectes, espèce  omniprésente, puissante, à la fois discrète et envahissante. Dans cette ambiance poisseuse de chaleur et vaguement hostile, Nicolas Bouvier, qui est arrivé malade, plonge peu à peu dans une étrange noirceur  indifférente, dont la narration rétrospective,  constitue  un petit chef-d'oeuvre de délicatesse amusée.

Nicolas Bouvier, voyageur immobile, a l'élégance de ne nous conter son désespoir que pour nous faire sourire, jouir de la langue, connaître des hommes et des femmes étranges et différents, l' accompagner, lui, le nomade devenu un temps sédentaire, frôlant la folie, fréquentant les poissons-scorpions et les escargots .



(commentaire rapatrié)


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Il y a plus de personnages dans la littérature que d'habitants en Chine
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Re: Nicolas Bouvier

Message par Bédoulène le Ven 2 Déc - 17:46

Chroniques Japonaises


La création du Japon est en fait une histoire de famille   Au départ il y avait une nappe de limon et 2 kami (Dieux) frère (Izamagi) et soeur (Izanami) touillèrent le limon et séparèrent le haut et le bas sur lequel on pu poser les pieds ; ils s'aimèrent,  Izanami accoucha des 8 iles Japonaises (8 divinités), après une nombreuse progéniture elle mourut, il voulut la sauver mais n'ayant pas suivi la demande d'Izanami, elle le maudit, ils se détestèrent, et Izamagi pour vengeance donna le jour à de très nombreux kami.

Les empereurs Japonais surent mettre à profit le savoir et savoir-faire qu'ils découvrirent chez  leurs voisins Chinois et Coréens, notamment la religion Boudhiste et ses écrits. Mais les Dieux nationaux sont ménagés. A la cour de l' impératrice les filles d'honneur et les courtisans s'expriment par la calligraphie.

Pendant des  années des querelles entre les divers courants religieux divisent les Japonais.

Au 15ème siècle le pape Alexandre VI, l'Empereur Ming de Chine, les Anglais et les Français ont des vus sur le monde et sur le Japon (Zipangri). Mais les  Portugais sont les premiers Occidentaux à arriver dans le port d'une petite ile Japonaise ; ils apprennent au Gouverneur à se servir d'une arquebuse, à en fabriquer contre de l'or. Les premiers échanges sont installés. Deux prêtres de la Cie de Jésus convainquent les Grands du Kyushu de se convertir au christianisme ; les Bonzes sont chassés. De jeunes Japonais sont envoyés  en Occident ils reviennent instruits du latin, de la musique et de techniques ignorées dans leur pays, tels l'orfèvrerie et la serrurerie.
L'entente des Jésuites et des Japonais était basée sur beaucoup de malentendus, elle ne pouvait tenir, un édit  condamne les Pères à mort s'ils ne quittent pas le pays. En fait après 15 années de persécutions massives les Chrétiens Japonais sont décimés.
Bien inspirés,  au 17ème siècle les Hollandais ouvrent le commerce, sans la religion.

Au 19ème siècle les Américaiins, les Russes, les Anglais, plus atrd la France se font ouvrir des ports. Les USA imposent un traité aux Japonais, les autres puissances occidentales obtiennent les mêmes conditions, le Japon subit le commerce occidental, se sent humilié et cette situation génère chez eux  le rejet des étrangers (les Barbares).

Le Japon se rend compte que le pouvoir que  l'occident exerce sur lui est possible grâce aux "machines". Comme déjà dit les Japonais apprennent vite et ils vont exercer sur la Corée les mêmes moyens que ceux qu'ils ont subits, dès qu'ils disposeront de bateaux. Le Japon attaque plus tard la Chine et s'empare de territoires visés par plusieurs pays occidentaux mais qu'il sera tenu de rétrocéder "dans l'intérêt de la paix mondiale" formule que le Japon saura reprendre à son compte. En 1904 le Japon gagne aussi contre la Russie mais le pays est exsangue, le peuple gronde et l'empereur se défendra avec ses mots "il faut accepter l'inacceptable et supporter l'insupportable" formule qui sera resservie en 1944.
Il faut se rendre compte que la méconnaissance des us et moeurs de pays si différents participe aussi de choix stratégiques pas toujours judicieux.

Lors de la première guerre mondiale le Japon déclare aussi la guerre à l'Allemagne, mais sa participation se résumera à être l'armateur et le munitionnaire des pays alliés.

En 1923 Tokyo est dévasté par un tremblement de terre.  

Plus tard l'occident menacé par le commerce du Japon découvre le "péril jaune", les images de leur guerre en Chine font peur. L'attaque sur Pearl Harbour suivie de la déclaration de guerre sont pour les Japonais une "guerre sainte".

Le lecteur suit ensuite l'auteur à la rencontre des Japonais, de leurs moeurs, de leurs jeux, de l'étroitesse des lieux de vie dans les grandes villes comme Tokyo, de la clémence de Kyoto, du rythme de vie dans les campagnes, et des Dieux nombreux, de la poèsie des noms, des lieux.

La mentalité Japonaise  comme la ressent Bouvier : "Il y a dans ce décor - comme d'ailleurs dans la nourriture - une immatérialité qui répète sans cesse : faites-vous petits, ne blessez pas l'air, ne blessez pas notre oeil avec vos affreux blousons de couleur, ne soyez pas si remuants et n'offensez pas cette perfection un peu exsangue que nous jardinons depuis huit cent ans."

ce qui parait une conclusion "Aujourd'hui on a roulé le ciel et déroulé le tableau noir. Au lieu d'être une racine, la tradition est un couvercle, et qui ferme bien.

Extraits :

" La marchande de sorbets voisine était venue s'accouder au comptoir et lisait par-dessus l'épaule de l'homme. Ils étaient tous deux transportés, absents. C'est dans la mesure où elle est spontanée et "plaisir de l'instant" que cette culture japonaise que nous cherchons à emmaillotter dans le discours ou l'explication est si impressionnantes. On était ce matin là bien loin des pamoisons érudites qui la tuent."

"Un Japonais peut à la rigueur commettre quelques escroqueries, traverser bien des viscissitudes et compter encore sur de l'indulgence, mais s'il ne va pas au bain tous les soirs, c'est un homme perdu. Encore plus l'étranger  qui, depuis les Portugais et Hollandais des premiers bateaux, a la réputation d'être un fameux malpropre qu'on suit sans peine à l'odeur."

"Leurs deux visages malicieux, noircis, usés comme des sous, sont les seuls que je puisse lire, parce qu'à leur âge, mais à leur âge seulement, on retrouve cette liberté et cet abandon qui font ici tout le charme des vieux."


J'ai retrouvé l'écriture de Bouvier, ce mélange de bonheur et de mélancolie, la dérision à son adresse et encore cette suspicion, cette interrogation de la vie.

"C'est vivre avec eux (les japonais) qui est parfois épineux....et vivre tout court."

pour ce livre Bouvier avait son regard de photographe, il a pris de nombreuses photos, notamment devant ce mur élément combien étonnant.




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Dernière édition par Bédoulène le Jeu 27 Juil - 7:57, édité 4 fois
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Re: Nicolas Bouvier

Message par Bédoulène le Ven 2 Déc - 17:51

Poisson-scorpion


L'écriture de Bouvier n' a jamais été aussi dramatiquement belle, il n'a jamais autant donné de lui physiquement et psychologiquement. Cette Ile lui a pris beaucoup, mais il sait que le voyage prend son dû de l'Homme.

N. Bouvier a le regard vaste, il critique notamment l'héritage des Anglo-saxons, des Occidentaux en général  et tout particulièrement le "négoce des idéologies"

au dispensaire : "Tous ces souffreteux se réjouissaient en somme de me voir si bien équipé pour leur survivre. C'est le moment que j'ai choisi, en plein triomphe, dans les compliments et les bourrades, pour m'évanouir comme une Diva étourdie par les fleurs..."

la maladie, la solitude, le climat le rendent pessimiste et fataliste :

"On s'en va loin des alibis ou des malédictions natales, et dans chaque ballot crasseux coltiné dans des salles d'attente archibondées, sur de petits quais de gare atterrants de chaleur et de misère, ce qu'on voit passer c'est son propre cercueil."

"Voyager ; cent fois remettre sa tête sur le billot, cent fois aller la reprendre dans le panier à son pour la retrouver presque pareille. On espérait tout de même un miracle alors qu'il n'en faut pas attendre d'autre que cette usure et cette érosion de la vie avec laquelle nous avons rendez-vous, devant laquelle nous nous cabrons bien à tort."

"Combien d'années encore pour avoir tout à fait raison de ce moi qui fait obstacle à tout ? "

"Le désespoir c'est tout de même mieux que rien du tout, c'est palpable et tenace plus que la joie qui ne dure jamais plus qu'on en peut supporter."


son intérêt pour les gens : "Moi j'ai d'autres affaires, car c'est vous qui m'intéressez..."

"Il sait que je le comprends, peut-être a-t-il lu dans mes yeux qu'un jour je finirai comme lui."



" cette tanière (une échoppe) d'où je prends les deux pouls de la ville, celui des hommes et celui des insectes."

Il y a une extraordinaire reconstitution d'une bataille d'insectes, qui sont omniprésents, d'où sa constatation :  "La vie des insectes ressemble en ceci à la notre : on n'y a pas plutôt fait connaissance qu'il y a déjà un vainqueur et un vaincu."


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Re: Nicolas Bouvier

Message par Bédoulène le Sam 3 Déc - 17:41


Journal d'Aran et autres lieux

En exergue : Si l'on ne trouve pas surnaturel l'ordinaire à quoi bon poursuivre ? Charles-Albert Cingria (Les Fourmis)

Et Nicolas Bouvier promène  son regard sur le monde, sur les Hommes  d'île en île et découvre l' extraordinaire.

Le livre se compose de 3 parties : les iles d'Aran - les chemins du Halla-San et Xian.

Sur toutes les îles visitées l'auteur rappelle l'histoire, les religions et nous montre les choses les plus étonnantes comme la plus grande bibliothèque de bois du monde préservée dans un monastère (Canon bouddhiste) le lit d'un torrent qui est livre de pierres car gravées d'inscriptions votives, l'île volcan d'Halla-San, mais ceux sont les portraits des Hommes et tout particulièrement celui d'un guide humaniste qui donnent tant d'intérêt à ces récits.

Le vent qui l' a accompagné dans son séjour sur les îles d'Aran et la Nature, sauvage ou civilisée demeure quand je referme le livre.

J'ai une nouvelle fois retrouvé avec grand plaisir l'écriture de Bouvier, son humour, son humanisme.

j'aime sa façon de dire son bonheur : "c'était un monde complet"


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"Lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal" Le Club des incorrigibles optimistes de J.M. Guenessia "

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Re: Nicolas Bouvier

Message par Chamaco le Lun 5 Déc - 13:14



Le Poisson-Scorpion :


Extrait :
"Patinée par la décrépitude et le climat, Indigo street" brille comme une icône. Le vent de la mer l'embouche comme une flûte, il y fait danser des rideaux de sable fin qui crépitent sur le toit palmé des charrettes et courent sur le sol en moisures fugaces. Parfois un crabe-pélerin, balayé par la bourrasque, la traverse de bout en bout, pinces étendues, en tournoyant comme une feuille morte."

Comment ne pas penser à un tableau riche en couleurs, et si c'était possible il manquerait le son et le mouvement. Bouvier s'installe dans le Sud de l'île et comme tout expat il s'approprie un coin de café pour créer un peu de liens, sauf que dans ce pays cela ne semble pas facile.

Médicalement (et ce n'est pas moi qui le dit) le fait d'habiter une île déclencherait des symptômes particuliers chez ses habitants autochtones ou occasionnels,

un extrait d'un texte sur les comportements par rapport aux îles :
extrait:
"La claustration impose l’imaginaire ou le voyage
Rien n’est plus fini qu’une île et le besoin de recréer le contact avec le monde ne cesse de s’imposer. Il faut avoir une mentalité d’ascète pour choisir d’y vivre. Pourtant, si Robinson s’échappa de l’île qui le retenait prisonnier, la claustration lui permit l’apprentissage de la vie au contact de son compagnon Vendredi. Que l’on aspire avec nostalgie à y revenir, tel Ulysse à Ithaque, ou que l’on ait hâte de la fuir, la claustration associée à la rencontre d’un autre, impose une expérience de la vie créatrice d’identité.
La relation entre l’île et l’ilien s’établit sur la contrainte, fut-elle fictive ou assez relative, de vivre dans un espace toujours égal, forme d’hypercadre. Elle l’oblige à exploiter jusqu’à épuisement le réalisme des scenarios qui l’entourent . Ce réalisme de l’insulaire est ce qu’il voit ce sur quoi il médite dans les remous de l’eau qui entoure son espace et l’isole du reste du monde.Les habitants de l’île écrivent l’île, photographient, peignent l’île, la représentent sans relâche . Paradoxalement ce réalisme en excès les invite à s’en dégager dans l’imaginaire. Jouir de l’attente, s’attacher à la perception contemplative constitue une matière première pour l’écriture. Le recours à l’insularité peut permettre à l’écrivain de se venger de son insularité psychique, de sa singularité, en la projetant, dans le lieu comme dans l’écriture, manière de l’excorporer.
L’insul arité peut être investie par tous les mouvements émotionnels intenses . Le sentiment, pétri dans la solitude, la condamnation à l’absence, la figuration de la distance peuvent ouvrir tant sur l’amertume que sur la passion contenue, exaltée ou infiltrée de masochisme.
Les formations réactionnelles au sentiment insulaire montrent souvent chez l’ ilien un sentiment grégaire et un besoin vital de connaître, s’informer, parler, questionner, vivre dans toutes les langues et dans tous les mondes. Aussi les étrangers se sentent-ils souvent bien dans les îles et y viennent ils fréquemment."
Source
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Re: Nicolas Bouvier

Message par bix_229 le Dim 11 Déc - 15:38

Et puis, on l'a découvert plutot tard en France. Personnellement, c'est Michel Polac, le vieux raleur enthousiaste qui me l'a fait connaitre...
Ceux qui l'on fréquenté personnellement disent qu'il était aussi attachant et sympathique en tant qu'ami qu'il était grand écrivain et voyageur. Cela valait la peine d'etre souligné.

Dans L'usage du monde, son premier livre, on a la vision enthousiaste d'un jeune homme de 24 ans qui découvre en meme temps que les paysages, les cultures et les humains.
La jeunesse et l'amitié imprègnent aussi tout le livre et l'émerveillement de  la route qui reste à faire...

Mais à Ceylan, le voyage tourne mal. Bouvier est malade, comme envoûté, presque paralysé. Près de mourir. Il perd pied. Le poisson scorpion est l'histoire d'un enlisement, et c'est son livre le plus sombre.
"Voyager, écrit il quelque part, c'est aussi apprendre à mourir".

Mais la vitalité, la curiosité, l'humour, l'envie de repartir le poussent toujours en avant.
En Irlande, sur l'ile d'Aran, il affronte des paysages rudes où planent l'histoire et les mythes... Et des tempetes inouies. Mais son regard exceptionnel, parfois halluciné, recréé pour nous ces lieux extraordinaires.
Après coup, j'ai appris qu'il avait eu la typhoïde sur l'ile, des crises de fièvre et de dysenterie. Et c'est d'autant plus stupéfiant que cet ouvrage est dénué de morbidité ou de lassitude. Bien au contraire, il déclarera qu'il était "grisé par l'air marin et le vent". !!

Dans Routes et déroutes, son autobiographie, on a l'itinéraire de ses enchantements et de ses désenchantements,de ses fatigues, de ses espoirs, des parts de lui qu'il laisse littéralement sur la route. Il écrit :

"C'est un état de manque qui m'a mis sur les routes. C'est ça qui nous fait courir".

Et plus loin :
"La vie ne m'a pas fait attendre, elle a toujours ou presque, roulé plus vite que moi. J'ai couru derrière, j'ai couru vite et longtemps, mais c'est trop rarement que je l'ai rattrapée. L'unique chose que j'attende d'elle aujourd'hui : un peu de légèreté et de liberté intérieure, je sais déjà que dans ce monde trompeur, je n'en aurai que quelques grammes, alors que j'en voulais par kilos.
Je continue de courir, de plus en plus lentement, et savoir jusqu'à quand, n'est hélas pas de mon ressort"
.

Pour découvrir Bouvier, il n'est peut etre pas inutile de commencer par ce livre. Mais il faudrait évidemment citer tous les livres...

J'ai découvert Nicolas Bouvier tardivement, mais il ne m'a plus quitté depuis, même s'il est allé voyager dans le Grand Nulle Part.
Comment ne pas aimer cet homme là ?

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Re: Nicolas Bouvier

Message par Bédoulène le Dim 11 Déc - 16:35

merci Bix, Routes et Déroutes sont dans ma PAL

le Poisson-scorpion (j'ai fait le voyage aec Shanidar, Topocl et Chamaco et ?) un bel échange

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Re: Nicolas Bouvier

Message par Marie le Jeu 5 Jan - 2:10

Chronique japonaise ( recopiages):

l y a des bergères qui épousent le fils du roi, et il y a aussi des gens dont le karma était de vivre - et quoi qu'ils aient pu tenter avant- un torchon à la main. J'y pense en observant le patron de ce petit café " ouvert la nuit" sur la grand-route de Nagasaki. Son visage gris ressemble exactement à un torchon ou à un mouchoir qui aurait écrasé bien des larmes, connu bien des fonds de poche et des lessives. Il est plein d'une bonté chiffonnée. Je trouve aussi dans ses gestes les traces de cette hésitation continuelle que l'instruction vous donne, et cette distinction fourbue. Il vient d'une autre vie, c'est évident, et rien dans son enfance ne devait sentir le percolateur ni le gas-oil. Ses parents ou ses maîtres n'avaient jamais prévu qu'il finirait ici, passant le torchon sur ce petit comptoir en parlant d'une voix sourde. Peu importent les débuts, étudiant recalé ou instituteur resté en rade après une querelle avec le syndicat.
L'essentiel c'est que ce torchon qu'il tient comme un sceptre était dans ses étoiles et que la vie les a désormais réunis. Il semble le savoir et s'en trouver très bien. Certain d'être à sa place, sorti de la mêlée des coudes et des épaules, il est tout au spectacle de son café et écoute ses clients avec une attention que, même dans l'amour, on rencontre rarement. Les gens ne sont pas accoutumés à ce qu'on leur prête autant d'existence, au bout de cinq minutes, les voilà déjà aux confidences. Lui, la tête penchée, il enregistre, opinant parfois du torchon; et je me demande quels sentiments il collectionne ainsi, à quelle passion, à quelle maladie, à quelle insuffisance de l'âme il s'intéresse aussi fort?



Même à la lanterne magique, il ne faut pas se faire de cinéma: la plupart des liens solides se nouent au delà de l'intellect et ne s'expriment que rarement dans les livres, mais dans les tatouages qu'on peut voir à la plage ou à la morgue, dans deux mains qui serrent une épaule sur un quai de gare et garderont- trop longtemps peut-être- cette chaleur et cette élasticité dans les doigts, dans des cartes écrites par des militaires et si mal adressées qu'elles arrivent par erreur chez de vieilles folles auxquelles on n'avait jamais dit des choses si tendres, dans le silence de deux visages qui s'enfoncent au tréfonds de l'oreiller comme s'ils y voulaient disparaitre, dans ce désir si rarement comblé qu'ont les mourants de trouver le bout de l'écheveau et quelque chose à dire, dans la fenêtre qu'on ouvre ensuite, dans la tête d'un enfant qui fond en larmes, perdu dans la rumeur d'une langue étrangère.
Courage, on est bien mieux relié qu'on ne le croit, mais on oublie de s'en souvenir.
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Re: Nicolas Bouvier

Message par Tristram le Jeu 5 Jan - 2:54

Bédoulène a écrit:le Poisson-scorpion (j'ai fait le voyage aec Shanidar, Topocl et Chamaco et ?)
Je ne dirai qu'un mot, en citant Bouvier :

« Trouver […] un mot comme un œuf frais pondu dans la paille […] »
Nicolas Bouvier, « Le poisson-scorpion », XVIII, « Retour de mémoire »
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Re: Nicolas Bouvier

Message par Bédoulène le Jeu 5 Jan - 7:50

merci Marie et Tristam

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Re: Nicolas Bouvier

Message par bix_229 le Jeu 5 Jan - 19:44



Pourquoi dans toutes nos langues occidentales dit-on " tomber amoureux "
Monter serait plus juste. L'amour est ascentionnel.
Ascentionnel et éperdu.

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Re: Nicolas Bouvier

Message par bix_229 le Jeu 5 Jan - 19:50

Quand je pense à cette "dernière douane" dont nous ne connaissons ni
le lieu ni l'heure et dont les coutumes et le temps me sont totalement
inconnus, la curiosité l'emporterait presque sur la crainte.

Sommes nous vraiment venus au monde pour ce seul parcours qu'un proverbe des nomades Baltouch résume laconiquement : naître, errer, mourir, être oublié".
La question reste ouverte. Je constate seulement que cette échéance,
lorsqu'elle se rappelle à moi, me stimule plus qu'elle m'accable.

Elle m'invite à ouvrir l'oeil, à dresser l'oreille, à froncer le nez comme un lapin, à prendre au plus court, à ne rien perdre de la cambrure des femmes, de l'odeur du chèvrefeuille, du fumet d'un gigot ou du chant du loriot.

Cet état si transitoire qui est le nôtre me rend omnivore et attentif.

On a bien tort d'évacuer la mort avec cette hygiène craintive propre depuis près d'un siècle à l'Occident.
On a bien raison de l'inclure dans le quotidien comme le font toutes les grandes cultures asiatiques et particulièrement le bouddhisme.
Les solides ont toujours une ombre qui, chez nous manque un peu au dessin...

L'admirable image de Hokuzai a ce mérite d'apporter au moins deux certitudes : une femme est morte, un lézard est vivant.

Nicolas BOUVIER : Le hibou et la baleine. P. 28-29

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Re: Nicolas Bouvier

Message par Jack-Hubert Bukowski le Ven 6 Jan - 7:15

Bix, cet extrait me fait dire qu'il y a des points communs entre les récits de voyage et les flâneries mais il m'aurait en tout cas semblé qu'il y avait beaucoup de choses qui distinguaient les deux genres d'écriture.
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Re: Nicolas Bouvier

Message par bix_229 le Ven 6 Jan - 15:13

C' est quand meme un meme homme, voyageur, flaneur, poète contemplatif, qui s' exprime selon le
lieu et le moment.
Mais l' homme est divers.
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François Laut : Nicolas Bouvier, l'oeil qui écrit

Message par Marie le Sam 7 Jan - 2:26



Nicolas Bouvier, l'oeil qui écrit
François Laut
Editions Payot


François Laut , ami de Nicolas Bouvier , a réuni des témoignages et surtout des correspondances pour écrire cette biographie de Nicolas Bouvier. Notamment les correspondances avec son ami d’enfance, son presque double Thierry Vernet.
Biographie assez complète, qui insiste sur les difficultés et les zones d’ombres et de souffrances . Liées à la difficulté de l’écriture, le plus souvent pour retranscrire le vécu .Il faut  
se transformer en reflet, en écho, en courant d’air, faire un avec les choses de façon à pouvoir ensuite parler en leur nom..

Je ne suis pas véritablement écrivain, ma vraie spécialité, c’est le voyage.. Etre l’œil ou l’esprit qui se promène, observe, compare et ensuite relate, une sorte de témoin.

François Laut note l’importance de la mémoire dans l’écriture de Nicolas Bouvier: les choses n’arrivant qu’une fois, ces petits moments d’harmonie totale entre une lumière, l’écho d’une voix, les couleurs, un goût dans la bouche, l’heure du jour, tout cela perçu souvent dans l’épuisement, et c’est cela qu’il faut faire revivre au lecteur par le poème ou le récit. Quelle difficulté..mais il l’a fait jusqu’au bout, jusqu’à sa mort le 17 février 1998.

La vie est affaire de sang pulsé , il faut vivre une vie émue dont on puisse tirer quelque chose et le transmettre; écrire et ne pas être ménager de sa vie.

Et aussi dans une lettre à sa mère en 1955:  
C’est un bonheur difficile, un risque constant, un long chemin. Il faut passer des cris de solitude aux cris de communion. Mais c’est une vie qui en vaut bien la peine.

Un texte qui donne envie de lire et relire Nicolas Bouvier .




mots-clés : #biographie
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Re: Nicolas Bouvier

Message par Bédoulène le Sam 7 Jan - 8:14

merci Marie, je note ce livre (j'espère pouvoir renouer bientôt avec Nicolas ! ) Smile

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Re: Nicolas Bouvier

Message par Mordicus le Sam 7 Jan - 9:04


Ça pourrait me plaire Chronique japonaise ? Ou c'est un peu chiant version "Le monde des animaux de France5 sous-titré biélorusse" ?

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Re: Nicolas Bouvier

Message par Bédoulène le Sam 7 Jan - 10:13

tu n'as jamais lu Bouvier ?

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