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Georges Brassens, Lettre à Toussenot


Michel Onfray

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Message par Tristram le Dim 14 Oct - 16:22

Michel Onfray
Né en 1959

Michel Onfray 260px-10

Michel Onfray, né le 1er janvier 1959 à Argentan (Orne), est un philosophe et essayiste français qui défend une vision du monde hédoniste, épicurienne et athée.

En 2002, à la suite de la montée du Front national, parti politique d'extrême droite, lors de l'élection présidentielle, il quitte sa carrière d'enseignant pour créer l'université populaire de Caen où il délivre pendant treize ans un cours intitulé « contre-histoire de la philosophie » retransmis sur France Culture. Sa portée médiatique est renforcée par des interventions régulières en TV ou radio où il s'exprime au sujet de débats politiques et sociaux. Michel Onfray est un auteur fécond avec plus de quatre-vingts ouvrages publiés. Sa pensée est principalement influencée par des philosophes tels que Nietzsche et Épicure, par l'école cynique, par le matérialisme français et par l'anarchisme proudhonien. En raison de ses prises de positions parfois controversées, il est régulièrement au centre de polémiques.
Né d'un père ouvrier agricole et d'une mère femme de ménage abandonnée bébé puis placée à l'Assistance publique, il vécut à Chambois. Il a un frère cadet7. Michel Onfray est « pris en charge » de l'âge de dix ans à celui de quatorze dans un pensionnat catholique tenu par des prêtres salésiens à Giel dans l'Orne qu'il décrit comme un lieu de souffrance — « Je fus l'habitant de cette fournaise vicieuse » — dans la préface d'un de ses ouvrages, La Puissance d’exister et, également, de manière courte dans la préface de son Crépuscule d'une idole, l'affabulation freudienne.
En 1979, il devient stagiaire journaliste à la rédaction d'Argentan d'Ouest-France pour financer ses études. Il y reste jusqu'en 19829.
Élève entre autres de Lucien Jerphagnon et d'Alexis Philonenko, il soutient en 1986, à l'âge de vingt-sept ans, une thèse de doctorat, intitulée « Les implications éthiques et politiques des pensées négatives de Schopenhauer à Spengler » sous la direction de Simone Goyard-Fabre, au centre de philosophie politique et juridique de l'université de Caen14.
Il envoie son premier livre, consacré à la figure oubliée du philosophe nietzschéen Georges Palante, à un petit éditeur d'Ille-et-Vilaine.
En 1987, à vingt-huit ans, il frôle la mort lors d'un infarctus. Sa rééducation au côté d'une diététicienne impitoyable, qui lui prédit sa fin prochaine s'il persiste à se régaler de confits et de gâteaux au chocolat, est à l'origine de son deuxième ouvrage, Le Ventre des philosophes (initialement intitulé Diogène cannibale), publié en 1989 par l'intermédiaire de Jean-Paul Enthoven chez Grasset (dans la collection « Figures » que dirige Bernard-Henri Lévy), dans lequel il s'intéresse aux passions et phobies alimentaires de ses auteurs favoris16. Quelques années plus tard, il contracte une infection en Mauritanie qui provoque un AVC qui l'empêche d'écrire et provoque un nouvel accident cardiaque quelques jours plus tard (syndrome de tako-tsubo).
Il obtient en 1993 le Prix Médicis essai pour La Sculpture de soi. La morale esthétique. En 1991, il intègre le comité de rédaction de La Règle du jeu, la revue que vient de créer Bernard-Henri Lévy dans laquelle il publiera six articles. Il quitte celle-ci en 1998 alors qu'elle change de formule. Il affirmera n'être « allé que deux fois » au comité de rédaction et ne pas s'y être senti « du tout à [sa] place ». Plus globalement, il estime s'être « fait instrumentaliser par Grasset » et avoir été traité « comme un fantassin de l'équipe BHL », avouant n'être « pas fier » de cet épisode. Son ouvrage sorti en 1995, La Raison gourmande, lui permet d'avoir sa première apparition médiatique dans Bouillon de culture.
sources wikipedia

Suite :
Spoiler:
Michel Onfray se réclame notamment de l'héritage intellectuel de philosophes comme Nietzsche, La Mettrie, Aristippe de Cyrène. Ces trois penseurs ont en commun, dans une certaine mesure, d'inviter à une ascèse hédoniste.
Michel Onfray emprunte à la pensée nietzschéenne sa vision de l'Occident, de la morale et sa critique essentielle du christianisme. D'Aristippe de Cyrène, il retient le grand oui à la vie, l'hédonisme dynamique, la pulsion exacerbée, et la sagesse tragique des philosophes de Cyrène (ainsi que l'athéisme de certains, faisant fonctionner à plein régime l'arithmétique des plaisirs : un plaisir est mauvais s'il est suivi d'un déplaisir plus important, ou d'un trouble). Michel Onfray se réclame également du postanarchisme.
Il propose une pensée résolument matérialiste dont il fait l’éloge et la présentation dans différents domaines qui l’intéressent particulièrement : éthique et politique, usage ludique du corps, rapports amoureux, esthétique, etc., le tout étant regroupé sous la rubrique de la philosophie existentielle. Pour le philosophe, la probité et la connaissance du monde sont des clés incontournables :
« Il faut partir du réel et construire avec celui-ci. » Il travaille à la déconstruction des mythes guidés par la « pulsion de mort », c'est-à-dire le refus du monde et de l'existence au profit des chimères et des contes. C'est avec le bâton du cynique qu'il dénude les chimères qui le font déboucher sur un « athéisme radical et militant. »
Michel Onfray propose une pratique existentielle de l'hédonisme. Il a pour ambition de rapprocher son lecteur du monde de la culture des arts et du savoir. L’objectif de ce rapprochement est l'épanouissement, le plaisir, et une harmonisation ou une réconciliation du rapport à soi, à autrui, et au monde. Le disciple de Dionysos qu'est l'hédoniste selon Onfray, prend conscience des formes d’aliénations et de douleurs qui le menacent. Onfray les impute principalement aux religions et aux dogmes politiques et économiques. C'est pour cela qu’il replace l’individu au centre de son existence en l’invitant à « penser en homme d'action et agir en homme de pensée » (Georges Sorel) : « principe d’une éthique solaire et souveraine ». Il aborde dans Théorie du corps amoureux : Pour une érotique solaire la question de la sexualité et tente de réactualiser le libertin : il y critique les philosophies qui font l'éloge d'un amour désincarné au détriment du plaisir du corps (Platon, par exemple).
Pour Michel Onfray, l'amour doit se construire de manière immanente, dans l'en deçà, ici et maintenant ; il veut le paradis sur terre, et pas au-delà, pas ailleurs. Il se construit au quotidien grâce à une infatigable « sculpture de soi » qui nécessite des choix dans tous les domaines : philosophique bien sûr, mais aussi esthétique, politique, gastronomique, etc.
Prônant un athéisme argumenté et militant, il décortique au cours de ses conférences à l'université populaire de Caen la manière dont ce qu'il appelle l'idéalisme ascétique platonicien (notamment son monde des idées), néo-platonicien, puis chrétien, et enfin allemand, influencent toujours notre manière de penser et de concevoir le monde, donc notre manière de vivre (l'épistèmê judéo-chrétienne : dixit Michel Foucault). De cette « contre-histoire de la philosophie », Michel Onfray tire des enseignements, des idées, des pensées, propres à permettre la fabrication d’une vie quotidienne jubilatoire. Son Traité d'athéologie, un essai violent contre les religions monothéistes, crée la polémique.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Onfray

Ouvrages généraux

Chambois et Fel: Histoires mêlées, Charles Corlet, 1989
Cynismes : Portrait du philosophe en chien, Grasset, 1990
L'Art de jouir : Pour un matérialisme hédoniste, Grasset, 1991
La Sculpture de soi : La Morale esthétique, Grasset, 1993
Ars Moriendi : Cent petits tableaux sur les avantages et les inconvénients de la mort, Folle Avoine, 1994
Politique du rebelle : Traité de résistance et d'insoumission, Grasset, 1997
Théorie du corps amoureux : Pour une érotique solaire, Grasset, 2000
Antimanuel de philosophie : Leçons socratiques et alternatives, Bréal, 2001
Physiologie de Georges Palante : Pour un nietzschéisme de gauche, Grasset, 2002
L'Invention du plaisir : Fragments cyrénaïques, LGF, 2002
Célébration du génie colérique : Tombeau de Pierre Bourdieu, Galilée, 2002
Féeries anatomiques : Généalogie du corps faustien, Grasset, 2003
La Communauté philosophique : Manifeste pour l'Université populaire, Galilée, 2004
Traité d'athéologie : Physique de la métaphysique, Grasset, 2005
La Sagesse tragique : Du bon usage de Nietzsche, LGF, 2006
Suite à La Communauté philosophique : Une machine à porter la voix, Galilée, 2006
La Puissance d'exister : Manifeste hédoniste, Grasset, 2006
La Pensée de midi : Archéologie d'une gauche libertaire, Galilée, 2007
L'Innocence du devenir : La Vie de Frédéric Nietzsche, Galilée, 2008
Le Songe d'Eichmann, Galilée, 2008
Le Souci des plaisirs : Construction d'une érotique solaire, Flammarion, 2008
La Religion du poignard : Éloge de Charlotte Corday, Galilée, 2009
Le Crépuscule d'une idole : L'Affabulation freudienne, Grasset, 2010
Apostille au Crépuscule : Pour une psychanalyse non freudienne, Grasset, 2010
Manifeste hédoniste, Autrement, 2011
L'Ordre libertaire : La Vie philosophique d'Albert Camus, Flammarion, 2012
Vies et mort d'un dandy : Construction d'un mythe, Galilée, 2012
Rendre la raison populaire : Université populaire, mode d'emploi, Autrement, 2012
Le Postanarchisme expliqué à ma grand-mère : Le Principe de Gulliver, Galilée, 2012
Le Canari du nazi. Essais sur la monstruosité, Collectif, Autrement, 2013
La Raison des sortilèges : Entretiens sur la musique, Autrement, 2013
Un requiem athée, Galilée, 2013
Bestiaire nietzschéen : Les Animaux philosophiques, Galilée, 2014
Haute école : Brève histoire du cheval philosophique, Flammarion, 2015
Penser l'Islam, Grasset, 2016
Le Miroir aux alouettes : Principes d'athéisme social, Plon, 2016
La Parole au peuple, L'Aube, 2016,
La Force du sexe faible : Contre-histoire de la Révolution française, Autrement, 2016
Décoloniser les provinces : Contribution aux présidentielles, L'Observatoire, 2017
La Cour des Miracles : Carnets de campagne, L'Observatoire, 2017
Tocqueville et les Apaches : Indiens, nègres, ouvriers, Arabes et autres hors-la-loi, Autrement, 2017
Vivre une vie philosophique : Thoreau le sauvage, Le Passeur, 2017
Miroir du nihilisme : Houellebecq éducateur, Galilée, 2017
Solstice d'hiver : Alain, les Juifs, Hitler et l'Occupation, L'Observatoire, 2018
Zéro de conduite : Carnet d'après campagne, L'Observatoire, 2018
Le Deuil de la mélancolie, Robert Laffont, 2018
La Stricte observance : Avec Rancé à la Trappe, Gallimard, 2018

suite
Spoiler:
Série Avant le silence
Avant le silence : Haïkus d'une année, Galilée, 2014
Les Petits serpents : Avant le silence, II, Galilée, 2015
L'Éclipse de l'éclipse : Avant le silence, III, Galilée, 2016
Série Brève encyclopédie du monde
Cosmos : Une ontologie matérialiste, Flammarion, 2015
Décadence : Vie et mort du judéo-christianisme, Flammarion, 2017
Sagesse : Savoir vivre au pied d'un volcan, Albin Michel, 2019
Série Contre-histoire de la littérature
Onfray se donne pour objectif d'étudier un ouvrage par siècle, chacun ayant généré un concept universel. Les prochaines œuvres à théoriser sont Madame Bovary, La Divine Comédie, Gargantua, Faust, Le Procès.
Le réel n'a pas eu lieu : Le Principe de Don Quichotte, Autrement, 2014
La Passion de la méchanceté : Sur un prétendu divin marquis, Autrement, 2014
Série Contre-histoire de la philosophie
Article détaillé : Contre-histoire de la philosophie.
Les Sagesses antiques, Grasset, 2006
Le Christianisme hédoniste, Grasset, 2006
Les Libertins baroques, Grasset, 2007
Les Ultras des Lumières, Grasset, 2007
L'Eudémonisme social, Grasset, 2008,
Les Radicalités existentielles, Grasset
La Construction du surhomme, Grasset, 2011
Les Freudiens hérétiques, Grasset, 2013
Les Consciences réfractaires, Grasset, 2013
La Pensée postnazie, Grasset, 2018
L'Autre pensée 68, Grasset, 2018
Série Gastrosophie
Le Ventre des philosophes : Critique de la raison diététique, Grasset, 1989
La Raison gourmande : Philosophie du goût, Grasset, 1995
Les Formes du temps : Théorie du sauternes, Mollat, 1996
Série Journal hédoniste
Le Désir d'être un volcan, Grasset, 1996
Les Vertus de la foudre, Grasset, 1998
L'Archipel des comètes, Grasset, 2001
La Lueur des orages désirés, Grasset, 2007
Le Magnétisme des solstices, Flammarion, 2013
Le Temps de l'étoile polaire, Robert Laffont, À paraître
Série La Philosophie féroce
La Philosophie féroce : Exercices anarchistes, Galilée, 2004
Traces de feux furieux : La Philosophie féroce II, Galilée, 2006
Philosopher comme un chien : La Philosophie féroce, III, Galilée, 2010
Série Théorie des éléments
Ces textes poétiques sont respectivement consacrés à la terre, l'air, l'eau et le feu. Il considère ces ouvrages comme ceux qui le tiennent le plus à cœur.
Le Recours aux forêts : La Tentation de Démocrite, Galilée, 2009
La Sagesse des abeilles : Première leçon de Démocrite, Galilée, 2012
La Constellation de la baleine : Le Songe de Démocrite, Galilée, 2013
La Cavalière de Pégase : Dernière leçon de Démocrite, Galilée, 2018
Ouvrages sur l'esthétique
L'Œil nomade : La Peinture de Jacques Pasquier, Folle Avoine, 1993
Métaphysique des ruines : La Peinture de Monsù Desiderio, Mollat, 1995
Splendeur de la catastrophe : La Peinture de Vladimir Vélikovic, Galilée, 2002
Les Icônes païennes : Variations sur Ernest Pignon-Ernest, Galilée, 2003
Archéologie du présent : Manifeste pour une esthétique cynique, Adam Biro/Grasset, 2003
Épiphanies de la séparation : La Peinture de Gilles Aillaud, Galilée, 2004
Oxymoriques : Les Photographies de Bettina Rheims, Jannink, 2005
Le Chiffre de la peinture : L'Œuvre de Valerio Adami, Galilée, 2008
La Vitesse des simulacres : Les Sculptures de Pollès, Galilée, 2008
L'Apiculteur et les Indiens : La Peinture de Gérard Garouste, Galilée, 2009
Fixer des vertiges : Les Photographies de Willy Ronis, Galilée, 2007
Transe est connaissance : Un chamane nommé Combas, Flammarion, 2014
Récits de voyage
À côté du désir d'éternité : Fragments d'Égypte, Mollat, 1998
Esthétique du pôle Nord : Stèles hyperboréennes, Grasset, 2002
Théorie du voyage : Poétique de la géographie, LGF, 2007
Les Bûchers de Bénarès : Cosmos, Éros et Thanatos, Galilée, 2008
Nager avec les piranhas : Carnet guyanais, Gallimard, 2017
Le Désir ultramarin : Les Marquises après les Marquises, Gallimard, 2017
La Pensée qui prend feu : Artaud le Tarahumara, Gallimard, 2018


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Nager avec les piranhas ‒ Carnet guyanais

Michel Onfray Cvt_na11


Je m’attendais à des clichés, des contresens, des erreurs… mais la lecture de ce bref essai m’a navré. Il est signé par un philosophe reconnu, que je découvre là, mais qui a quand même une certaine notoriété, et une audience…
Ce qui est atterrant, c’est qu’Onfray accumule les approximations, les raccourcis, les extrapolations dans un manque de rigueur scandaleux, pour parvenir à des conclusions fantaisistes qu’il avait dès le départ : l’ouvrage n’est qu’un prétexte à, outre raconter ses petites aventures en Amazonie, taper sur la république jacobine et les élues (écologiste et socialiste) autrices d’un rapport sur le fort taux de suicide chez les jeunes Amérindiens. Le plus alarmant, c’est que le lecteur peut dorénavant s’interroger sur la validité, la légitimité d’ouvrages portant sur des sujets qu’il ne connaît guère.
On peut comprendre que l’auteur n’ait pas une connaissance approfondie du contexte après une visite de 24 heures dans un village amérindien (et n’avoir pas lu, ou mal, les ouvrages de sciences humaines qui s’y rapportent) ; mais comment accepter qu’un visiteur de passage pérore quasi officiellement sur un sujet d’une telle importance, que nombre de personnes, spécialistes ou simples habitants locaux, connaissent mieux que lui ?
L’auteur se rend donc par avion à Maripasoula (laissant sous-entendre que c’est le seul moyen d’accès), et de là en pirogue (deux heures) à Taluhen, village wayana, pour y passer la nuit. L’incipit prévient, belle devise pour qui se pique de réflexion sans a priori :
« Ce que l’on trouve dans un voyage est toujours ce que l’on y met. »
Dans la foulée de cette assertion, Onfray discrédite les ethnologues, qui devraient « taire ce que l’on croit savoir ». Par contre, le bien-fondé de son approche-éclair reste sous-entendu. Mais le lecteur est magistralement prévenu de ce qui va suivre.
Dès la seconde page, l’auteur succombe avec style à un biais aussi infondé qu’insultant :
« J’aime les voyages non pas parce qu’ils nous permettent de rencontrer l’altérité dans un même temps, mais parce qu’ils nous donnent la mêmeté dans un autre temps. Ces peuples sont en effet fossiles : autrement dit, ils sont ce que nous fûmes et, hélas, ils seront ce que nous sommes, avant que tous, ceux qui furent, ce qui sont et ceux qui seront, disparaissent dans un même homme insipide, fade comme un ver solitaire. »
C’est la thèse que développe l’auteur, champion sans conteste de la simplification abusive : il faut laisser les Primitifs sans contact avec notre sordide civilisation, dans leur réserve muséale : sans électricité, sans télévision, sans Internet (sans écoles, sans médecins, etc.) Quant à l’orpaillage clandestin qui pollue les eaux, l’auteur ne comprend pas que l’armée ne résolve pas le problème ‒ sauf probables compromissions politiques voire dessous-de-table en haut lieu ‒ que proposerait-il, notre je-sais-tout-en-une-minute ? le napalm ? A noter pourtant que depuis la visite d’Onfray en 2015, les sites illégaux ne sont plus aussi repérables d’avion : il a sans doute été entendu…
Dans sa description des bons sauvages rencontrés, Onfray déploie la même partialité manichéenne que certains voyageurs du XIXe, dont il n’a pourtant pas les excuses :
« Mais les uns sont les autres : ainsi, Derrick "Tukanu" Jubitana Opota, le petit garçon de huit ans dont les parents nous logent, porte-t-il, sur un cliché, le pagne rouge cachant son étui pénien, puis rien d’autre ; et, sur l’autre, le bermuda blanchi à l’eau de Javel et les baskets montantes, le gilet de costume trois pièces et un tee-shirt bariolé. Sur la première photo, il porte aussi les vertus de sa tribu : la fierté, la détermination, la virilité, la superbe, la force, l’affûtage ; sur la seconde, les vices de la nôtre : l’arrogance, la suffisance, le narcissisme, l’égotisme, l’insolence, l’avachissement. Sur l’une, il est bien campé sur ses jambes écartées, les mains sur les hanches, cuivré comme un petit dieu de la forêt ; sur l’autre, il est désarticulé comme un rappeur, il grimace avec ses doigts, son regard qui est resté le même n’est plus le même. Ici, il dit l’acuité ; là, il signifie la fourberie.
De même sa mère, Kindy "Etaïki" Opoya, vingt-huit ans. D’une part, ses pieds nus sont en contact franc avec le sol ; la force tellurique semble irriguer la totalité du corps et irradier son visage, celui d’une guerrière aux seins lourds qui est aussi mère [… »
Ad libitum. (Les étuis péniens dont Onfray parle plusieurs fois n’existent pas en Guyane.) Notre élucubrateur en pleine divagation poursuit impavide. La forêt est bien sûr « impénétrable », on peut pardonner, comme le lyrisme échevelé, sans fondement scientifique ; mais la dose est toxique, de la part d’un porte-parole auto-proclamé :
« Les grenouilles étaient toujours là, assises dans l’herbe ; la lune était toujours là, posée dans le cosmos ; le Maroni coulait toujours là, tel le fleuve d’Héraclite ; nos silences faisaient du bruit, sa parole était un long silence ; il portait la mémoire de son père chamane, mais aussi l’espoir de son fils bientôt initié. Son sourire était celui d’un bouddha de la forêt amazonienne. »
Si on ne compte pas les nombreuses pages blanches et la longue bibliographie de l’auteur, le texte se résume à 60 pages ; à 12 Euros le livre, ça nous fait 20 centimes la page ; désolé de la sordidité du calcul, mais c’est nécessaire chez les mercantis.

Exemplaire exercice de grand intellectuel grand voyageur du consensus mou et du mépris des lecteurs, sur le dos de ceux qui n’ont pas la parole.

mots-clés : #lieu #philosophique #social #voyage

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Message par bix_229 le Dim 14 Oct - 16:34

Ce n' est vraiment pas une surprise !
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Message par animal le Dim 14 Oct - 16:45

Et un joli commentaire mesuré avec toute cette palpable frustration, chapeau ! Michel Onfray 1252659054

et Michel Onfray 2019269262

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Message par Tristram le Dim 14 Oct - 16:50

@Animal a écrit:et  Michel Onfray 2019269262
Oh, ce n'est pas moi qui boit de l'eau mercurielle, dont les enfants se suicident, et dont la culture disparaît... (encore que...)

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Message par Tristram le Dim 14 Oct - 19:39

Eveil de sieste dominicale pour constater que j'aurais créé un fil dans quelqu'état second : dois-je consulter, et qui ?

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Message par bix_229 le Dim 14 Oct - 19:43

Oui, pas certain que ça s' imposait ! Mad


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Message par ArenSor le Dim 14 Oct - 19:53

« Ce qui est atterrant, c’est qu’Onfray accumule les approximations, les raccourcis, les extrapolations dans un manque de rigueur scandaleux, pour parvenir à des conclusions fantaisistes qu’il avait dès le départ »

Parfaitement résumé la démarche dite "intellectuelle" du personnage. Je n'ai jamais compris pourquoi Franc-Culture lui avait laissé une telle audience. La chaîne vient de se reprendre, ce qui manifestement n'a pas plu au monsieur...
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Message par topocl le Dim 14 Oct - 20:42

@bix_229 a écrit:Oui, pas certain que ça s' imposait !   Mad  
Mais si, bien sûr : positives ou négatives, toutes les opinions sont intéressantes.

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Message par églantine le Dim 14 Oct - 20:44

Shocked
Eh bien !
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Message par bix_229 le Dim 14 Oct - 20:53

Vraiment toutes ??? Shocked

Je dirais plutot essentiellement, celles qui sont tues ou peu connues ou minoritaires, qui choquent sans agresser...
Ce serait déjà pas mal.
Mais Onfray se fait entendre partout tout le temps. Marre !
Tout ce qui est excessif est insignifiant !
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Message par Bédoulène le Dim 14 Oct - 21:03

@topocl a écrit:
@bix_229 a écrit:Oui, pas certain que ça s' imposait !   Mad  
Mais si, bien sûr : positives ou négatives, toutes les opinions sont intéressantes.

c'était bien mon sentiment ! merci topocl !

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Message par bix_229 le Dim 14 Oct - 21:07

Au nom de la liberté d' expression ?
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Message par Bédoulène le Dim 14 Oct - 21:19

parce que le commentaire de Tristram est construit !




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Message par topocl le Lun 15 Oct - 8:37

Bix, je n'ai aucune opinion sur Onfray, et ça m'intéresse de savoir ce que vous ne pensez, voilà tout.

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Message par colimasson le Lun 15 Oct - 14:36

Merci pour le fil et le commentaire Tristram. ça fait longtemps que je n'ai plus rien lu de lui. Sa sur-médiatisation me semble un peu louche.

Ceci dit, je suis en train de lire un texte écrit par un psychanalyste qui montre que dans le débat Onfray-Jacques-Alain Miller, c'est le premier qui a, à son avis, remporté la victoire (de l'inconscient). Si ça en intéresse quelques-uns, je peux mettre des passages...
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Message par Tristram le Lun 15 Oct - 15:12

@Colimasson a écrit:remporté la victoire (de l'inconscient)
Je me demande avec quelque appréhension ce que peut être "remporter la victoire de l'inconscient"...
Sinon je suppose que Nager avec les piranhas est un incident dans l'oeuvre d'Onfray. Il paraît qu'il l'aurait écrit (trop) vite... Il ne serait pas le seul à avoir bâclé une publication (qui pèse quand même plus qu'un post sur le net) ; Étienne Klein a fait face au même genre de souci il y a peu : un peu de cafouillage dans les notes entre emprunts et production originale, pas (assez) de relecture dans la presse de l'édition...

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