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Jesus Carrasco

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Message par bix_229 le Dim 28 Oct - 17:40

Jesus Carrasco
Né en 1972

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Jesús Carrasco est né à Badajoz en 1972. Détenteur d’un diplôme en éducation physique, il a travaillé, entre autres, comme vendangeur, plongeur dans un restaurant, professeur d’éducation physique, manager musical, graphiste, ainsi que rédacteur publicitaire, et a monté et démonté diverses expositions.

Il a commencé à écrire en 1992, peu après son arrivée à Madrid. Depuis lors, il a été l’auteur de nombreux articles de presse, de plusieurs nouvelles, de deux livres pour enfants et d’un roman, et a muri en tant que lecteur.

En 2005, il publie un livre illustré pour premiers lecteurs, et la même année, il déménage à Séville, où il réside encore à l’heure actuelle. "Intempérie" (2015) est adapté par Javi Rey en 2017 chez Aire Libre (Dupuis).
Source Babelio

Traduits en français :

2015 : Intempérie
2018 : La terre que nous foulons


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Intempérie

"Une immense plaine desséchée par des années sans pluie, un monde fermé sur lui-même et gouverné par la violence. Dans cet enfer, sous un soleil implacable, un petit garçon fuit. Le premier jour, il se cache dans un trou recouvert de branchages, tandis que des hommes le cherchent sans relâche. À la nuit, il sort et file. Autour de lui, il n'y a rien à boire, rien à manger. Et peu d'endroits où se cacher, si ce n'est les bois d'olivier. Mais l'enfant s'obstine à aller de l'avant, à laisser son village loin derrière, à mettre le plus de distance possible entre lui et ceux qui le traquent. Bientôt, il a trop faim, trop soif et, quand il aperçoit un vieux berger en train de manger, il s'approche pour le voler. À partir de là, tout va changer pour le vieil homme malade et l'enfant traqué. Silencieusement, avec rudesse, le berger prend l'enfant sous sa protection. Il lui enseigne ce qui lui permettra de survivre dans cet univers impitoyable : garder les chèvres en troupeau, les traire et trouver de l'eau. Et aussi ce qui fait la grandeur d'un homme : la compassion, enterrer les morts et respecter la terre. Mais ceux qui veulent l'enfant se rapprochent. Bientôt, la confrontation a lieu, d'une violence inouïe. C'est que la lutte signifie bien plus que le combat des corps, les blessures et le sang. Et quand ce sera fini, après la mort et les désastres, enfin, il pleuvra."

J'ai lu ce livre avec difficulté et je dirai même qu'il m'a rendu malade tant il véhicule de violence.
Et je ne le conseillerai même pas.
Non que cette violence soit gratuite ou inutile. L'auteur a sciemment utilisé ce qui fait la matière même de son livre. Et la nature exacte de ses personnages.
Un vieux berger, mais pas seulement vieux, usé, au bout du rouleau. Il conduit quelques chèvres de façon erratique et sans objet réel.
L'autre est un enfant en fuite. Il fuit l'hostilité féroce, démente d'un village entier et de son chef dont il était l'objet sexuel.
Tous ces êtres semblent pris d'une folie collective, la quintessence même d'une méchanceté et d'une lâcheté incontrôlables mais dont ils sont responsables.
Le décor est celui d'une fin du monde. Une terre brûlée par une chaleur torride et durable. Des villages abandonnés par leurs habitants.
Que le berger accueille l'enfant n'étonne pas. Lui aussi est aussi en fuite de de milieu dément.
Il en subira évidemment les pires conséquences.
Rien n'étonne en fait dans cette exacerbation extrême, même si on ignore que le début de tout pourrait etre une catastrophe climatique, pas naturelle du tout.
Mais la conséquence de l'irresponsabilité coupable des humains.

Depuis La Route de McCarthy, on peut lire des livres, des fictions, qui reflètent l' enfer qu' est en train de devenir le monde dans lequel nous vivons. Et où les plus démunis, les plus vulnérable sont les premières victimes d'un suicide collectif programmé.
Où l' on cherche parfois un bouc émissaire là où il n'est pas.
Cela ressemble à la course frénétique de rats pris de folie dans une maison en flammes.
Et c'est lugubre et vrai.


mots-clés : #portrait #vieillesse #violence
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Message par Nadine le Lun 29 Oct - 19:42

oh làlà. Moi qui m'intéresse à la figure du bouc émissaire... mais je te remercie de prévenir, j'éviterai quand même, ça a l'air trop dur. merci pour le récit de l'expérience Bix.
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Message par bix_229 le Lun 29 Oct - 21:51

Je comprends ton appréhension, Nadine.
Dans mon cas, la limite entre la souffrance de la vie et celle de la fiction est de plus
en plus mince.
Ou c' est moi qui ne parviens pas à la fixer...
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Message par Nadine le Mer 31 Oct - 0:33

Je pourrais reprendre tes mots là dessus. Je me demande si je me préserve ou si se lève tout un système d'éthique, tout un pan du dire et de ses us. Ou si je suis exsangue, un peu, tout simplement. Quoi qu'il en soit en vérité, je sens qu'il y a une empathie qui doit être reniée précisément là où elle doit travailler à survivre, un noeud complètement paradoxal.
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Message par Bédoulène le Mer 31 Oct - 12:20

alors tu l'as lu ou bien ce ne sont que des ressentis suite au commentaire de Bix ?

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"Lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal" Le Club des incorrigibles optimistes de J.M. Guenessia "

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Message par Nadine le Mer 7 Nov - 19:21

Des ressentis Bédou .
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Message par tom léo le Lun 3 Déc - 15:51

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Intempérie

J’ai vraiment aimé la lecture de ce livre, et j’aimerais un peu ajouter ma sauce aux commentaires en haut, car il me semble que la réduction de ce livre à un pur ramassis et résumé de la méchanceté humaine est vraiment trop court et ne tient pas de tout compte de ce que l’auteur suggère entre les lignes de façon discrète mais claire. Pourtant le compte-rendu, le résumé cité en parle déjà un peu… ?!

L’atmosphère de ce livre est marqué par un environnement désertique, aride, assoiffé tel qu’on peut le trouver par exemple dans certaines zones espagnoles. Mais j’ajoute aussitôt : il n’y a pas d’endroits, de noms, de temps, d’époque indiqué. Sauf l’indication d’un « seul automobile » dans la région, d’un moto, d’un train. Bref, probablement les années 20/30 ? L’aridité extérieur correspond alors au soif du garçon, son état d’épuisement total. Il est persécuté et tente de survivre en milieu hostile, d’échapper (en allemand on avait traduit ce roman même avec « La fuite »). De qui, de quoi ? On le comprendra peu à peu… Oui, beaucoup de noirceur, certes. Mais de parler du berger erratique, je ne le comprends pas. Un berger s’en va avec ses chèvres à la recherche de pâture. Il est ici certainement une figure positive, voir encore plus : C’est lui qui va sauver le garçon et, plus tard, pour lui subir quasiment le martyre. Il va dévier de ses pâturages habituels, probablement bien établies et ancestrales, pour proposer un Nord supposé « sûr » au garçon. Et voilà que ce roman devient très mystérieux car on parle même de ce berger comme un « ecce homo », un autre Christ-berger, qui donne sa vie, qui va « son Calvaire »… Ces références sont claires dans le roman. Il faut les voir et distinguer. Donc, roman étonnant ! Car pas de tout « habituel » et prévisible. Berger et garçon sont marqués dans un certain sens par une forme « d’aridité de parole » : ils en ont pas beaucoup. Donc : pas beaucoup de dialogues, plutôt des descriptions sobres.

S’y ajoute de forme simple et pauvre aussi le sujet de la transmission : ce berger va enseigner « au petit » les gestes qui sauvent et guident le troupeau, comme s'il devine que ce sera lui qui va continuer à porter le flambeau.

Donc, un premier roman très fort que je ne peux que conseiller. Peut-être pas aux âmes trop sensibles, mais il y a certainement plus que la violence. Pour ma part je garde en mémoire cet auteur ! Splendide !
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Message par bix_229 le Lun 3 Déc - 15:56

Notre lecture est assez différente, mais l' essentiel est que tu l'aies apprécié.
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Message par tom léo le Sam 8 Juin - 15:18

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La terre que nous foulons

Originale : La tierra que pisamos (Espagnol, 2016)

Quatrième de couverture : a écrit:Quand l'Espagne est annexée au plus grand empire que l'Europe ait jamais connu, Iosif et Eva Holman se voient attribuer une propriété en Estrémadure. Sur cette terre âpre vivent des hommes et des femmes qu'ils considèrent à peine mieux que des bêtes. Jusqu'au jour où un vagabond hagard, à moitié fou, s'installe dans leur jardin. Contre toute attente, Eva le cache et le nourrit. Elle écoute ses divagations sur le massacre de sa famille, sur ses années d'esclavage dans un camp de travail. Au fi l du temps, les cauchemars de cet homme se mêlent à ses propres souvenirs, aux révoltes qu'elle a toujours tues, aux colères qui la hantent. Peu à peu, leurs deux voix se confondent, élevant un terrible lamento en mémoire des victimes d'une idéologie de mort et de destruction.

" Jesús Carrasco trouve une nouvelle et sensible façon d'évoquer les cicatrices indélébiles infligées par les régimes totalitaires. "


REMARQUES :
Après son roman début « L’intempérie », que j’ai énormément apprécié, je ne pouvais que retourner vers cet auteur. Et confirmation par ce deuxième roman ! Oui, une histoire en quelque sorte horrible, liée avec des dictatures et l’oppression, mais néanmoins avec une étincelle d’espoir, de résistance.

En 87 chapitres courts, de 1-5 pages de longueur, nous sommes face à une narratrice, Eva. Elle décrit, raconte, pas tellement de dialogues. Son époux, Iosip est un ancien militaire craint et influent, mais maintenant dans la dépendance, malade. Il faisait partie de « l’Empire », si vaste et vainqueur, occupant pratiquement l’Europe, une partie d’Asie, d’Afrique. Situation de fiction, mais néanmoins reprenant la série des « grandes » dictatures militaires, militaristes du XXème siècle, et des éléments de l’oppression, du travail forcé jusqu’à l’indicible. Les peuples soumis – ici donc cela joue en Espagne – sont soumis à une forme d’esclavage très dure.

Eva quant à elle a « donné » son fils sur le champ de la bataille… Mais comment se révolter dans ces extrêmes ? Faisant partie des privilégiés de l’Empire, ils ont reçu comme « cadeau » à la retraite de Iosip une propriété. Et quant alors apparaît et s’installe dans le jardin, d’une façon non-aggressive, Leva, elle serait presque capable de le dénoncer (pour cette situation non-permise), voire même de le tuer (sans encourir aucun danger, tant ces gens-bêtes sont en-dessous de ce qui compte). Mais à son propre étonnement elle va doucement s’approcher, voir solidariser. Le réfugié, fuyant, deviendra un caché, voir un accueilli qu’elle nourrira.

La narratrice trouvera de plus en plus refuge dans l’écriture et s’approprie l’histoire de Leva à peine racontable, l’exprime. Déjà cela fait d’elle un « ennemi » de son propre camp. A-t-elle à choisir ? Quoi faire ?

Au milieu de cette ténèbre, aussi dans sa fin,il y a une minuscule étincelle d’espoir et de lumière dans la résilience possible et la décision folle pour une solidarisation et le courage civil. Malgré tout !

Le livre a déjà gagné le prix de littérature de la Communauté européenne. Pas un miracle là ! La dictature et le populisme, la ségrégation toujours possible sont thématisés d’une façon très forte, une langue dépouillée qu’on compte dans le genre du « néoruralisme » espagnole. Des parties me rappellent un Philippe Claudel sombre ou un Gonçalo Tavares, voir de la littérature des camps.

Cet auteur est à suivre !


Mots-clés : #esclavage #regimeautoritaire #segregation
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Message par Tristram le Dim 9 Juin - 12:00

Merci Tom (je me serais déjà laissé tenter si le temps était plus élastique...)

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