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Caravage à Rome

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Message par ArenSor le Ven 2 Nov - 16:28

Caravage à Rome
Amis et ennemis

Musée Jacquemart-André
21 septembre 3018 - 28 janvier 2019

Cet automne, Paris offre un vrai feu d’artifices d’expositions hors normes : Picasso période bleue et période rose à Orsay, Miro au Grand-Palais, le cubisme à Beaubourg…
Ne boudons pas notre plaisir, tout en regrettant que tout ceci se passe dans une sorte de triangle d’or des bords de Seine…

Le musée Jacquemart-André quant à lui réussit le tour de force de réunir un nombre impressionnant de tableaux de Caravage, 10 officiellement, 6 ou 7 selon les spécialistes compte tenu des incertitudes d’attributions. Beaucoup d’entre eux n’ont jamais été présentés en France.
Cette exposition a nécessité de longues discussions, mais le musée parisien possède des arguments solides avec l’importance de ses collections. Ainsi des tableaux  de Caravage ont été échangés temporairement avec des œuvres d’Ucello, de Rembrandt  
A part le fait de montrer des Caravage, l’exposition propose, malgré une surface restreinte et de petites salles, empêchant ainsi la présentation de grands formats, un discours cohérent qui satisfera autant les néophytes n’ayant que peu de connaissances sur l’art du Caravage que les amateurs éclairés.
Le propos est donc d’aborder les années romaines du peintre, période pendant laquelle d’inconnu, il devient le peintre le plus renommé de la capitale.

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L’exposition commence par une première salle intitulée « Le Théâtre des têtes coupées » où figure l’un des grands chefs d’œuvre du maître : Judith décapitant Holopherne, peint vers 1600.

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Une œuvre magistrale dans laquelle Caravage joue du contraste entre l’élégante arabesque dessinée par le corps de Judith et la gesticulation crispée d’Holopherne surpris dans son sommeil, face criant l’épouvante, visage buriné à l’expression farouche de la servante tenant le sac destiné à mettre la tête coupée, grâce juvénile, mélange de détermination et d’horreur devant son geste de Judith, le modèle fut Fillide Melandroni, une courtisane dont Caravage se disputait les faveurs avec  Ranuccio Tomassoni qu’il tua quelques années plus tard lors d’une rixe…
Tout la maîtrise de Caravage est ici présente : raffinement et naturalisme sans complaisance dans l’horreur, concentration sur l’action, jusqu’à la draperie rouge sang qui surplombe le corps d’Holopherne. Cette première salle montre d’autres tableaux sur le sujet de la décapitation.

Spoiler:
J'ai eu une pensée pour Shanidar avec laquelle j'avais plaisanté sur son goût pour les têtes coupées (fil Salomé)

A côté, le David et Goliath d’Orazio Borgianni ne démérite pas dans son intensité dramatique, mais malgré ses emprunts à Caravage, la scène, encombrée de détails et de ce fait plus confuse, peine à rivaliser avec le caractère « coup de poing » du maître.

Caravage à Rome 0311

L’exposition parcourt ensuite différents thèmes : la musique et la nature morte souvent associées, œuvres recherchées par les riches mateurs. Voici Le Joueur de luth du Caravage.

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Autre sujet : le naturalisme à partir de modèles vivants. Le saint Jean Baptiste au bélier en est un bel exemple :

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A côté, celui de Manfredi paraît un peu terne

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Un sujet particulièrement intéressant abordé dans l’exposition est la rivalité des peintres entre eux. En effet, la lutte est âpre pour s’attirer les faveurs des mécènes. La plus célèbre est celle qui opposa Caravage et Giovanni Baglione. Ce dernier, venant du courant maniériste fit de nombreux emprunts au naturalisme de Caravage. Dans L’Amour sacré terrassant l’Amour profane, Baglione détourne « l’Amour vainqueur » ; de plus, il donne à Lucifer, en bas à gauche, la figure de Caravage, dénonçant ainsi les mœurs « contre nature » de celui-ci.

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Amour vainqueur (non présent dans l'exposition)

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En 1603, Baglione porte plainte contre Caravage, l’accusant d’avoir écrit et fait diffuser des écrits blasphématoires à son encontre. Les minutes du procès sont conservées et leur lecture savoureuse. Caravage déclare notamment « Je ne sache pas qu’aucun peintre considère Giovanni Baglione comme un bon peintre ».
A propos de la Résurrection du Christ, dont une esquisse est présentée dans l’exposition, il continue : « Cette dernière peinture ne me plaît pas, parce que je la trouve maladroite. Je la tiens pour la plus mauvaise qu’il ait jamais faite ».

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Ce ton hautain ainsi que le passé de délinquant du peintre n’est pas au goût des juges qui envoient Caravage en prison…

La dernière partie de l’exposition est consacrée aux œuvres religieuses sujettes à la méditation :
Les chefs d’œuvre succèdent aux chefs d’œuvre. Florilège
Saint Jérôme écrivant.

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A côté, le saint Jérôme de Gentileschi est loin de démériter.

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L’Ecce homo (attribution incertaine, mais très beau tableau)

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L’émouvant « Souper à Emmaüs »

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En face, le superbe Reniement de saint Pierre de Ribera qui fait mieux que « tenir la route ».

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Enfin, la dernière salle présente pour la première fois côte à côte les deux versions de la Madeleine pénitente prétendant au titre d’original. Ce tableau maintes fois copié, disparaît de la circulation à la mort du peintre. Difficile de se faire une opinion, mais modestement, l’une et l’autre de ces versions ne me convainquent pas.

Caravage à Rome 1511
Photo D. Rykner, "La Tribune de l'Art"
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Message par Tristram le Ven 2 Nov - 17:06

Oui, éloquente expression de Judith décapitant Holopherne, un peu celle de la jeune fille devant égorger un poulet, qu'elle tient à distance...

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Message par Bédoulène le Ven 2 Nov - 19:00

merci Arensor, j'aime l' association des éclats de lumière et de la sombrité de la peinture de Caravage

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