Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot


Pierre Jourde

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Message par topocl le Mer 7 Nov - 15:24

Pierre Jourde
Né en 1955


mort - Pierre Jourde Proxy_18

Pierre Jourde, né à Créteil le 9 décembre 1955, est un écrivain et critique littéraire français. Il enseigne la littérature à Valence (université Grenoble Alpes).

La famille de Pierre Jourde est originaire de Lussaud en Auvergne. Il naît et grandit à Créteil en région parisienne. Une fois agrégé de lettres, il enseigne dans divers collèges et lycées. En 1992, il passe sa thèse et devient professeur d´université.

Connu pour ses pamphlets (La Littérature sans estomac, le Jourde & Naulleau) contre ce que les médias, et notamment les pages littéraires du journal Le Monde, présentent comme la littérature contemporaine, il est surtout l'auteur d'essais sur la littérature moderne (Géographies imaginaires, Littérature monstre) et d'une œuvre littéraire se partageant entre poésie (Haïkus tout foutus), récits (Dans mon chien, Le Tibet sans peine) et romans (Festins secrets, L'Heure et l'ombre, Paradis noirs).

Bibliographie :

Essais & Critiques
Géographies imaginaires, 1991
Huysmans : à rebours, 1991
L'alcool du silence : sur la décadence, 1994
Visages du double, avec Paolo Tortonese, 1996
L'Opérette métaphysique d'Alexandre Vialatte, 1996
Empailler le toréador : l'incongru dans la littérature française, 1999
Littérature et authenticité : le réel, le neutre, la fiction, Paris, L'Harmattan, coll. « Critiques littéraires », 2001
La littérature sans estomac, 2002, Prix de la critique de l'Académie française 200213
Petit déjeuner chez Tyrannie, avec Éric Naulleau, 2003
Le Jourde & Naulleau, avec Éric Naulleau, Mots et Cie, Paris, 2004
La voix de Valère Novarina (dir.), actes du colloque de Valence, l'Écarlate/l'Harmattan, 2004
Portrait des mouches, 2005
Carnets d'un voyageur zoulou dans les banlieues en feu, 2007
La littérature monstre : essai sur la littérature moderne, 2008
40 ans de rentrée littéraire, avec Ulf Andersen, 2010
C'est la culture qu'on assassine, Balland, 2011
Géographie intérieure, Grasset, 2015
La littérature est un sport de combat, Page centrale, 2015.

Récits et romans
Carnage de clowns, 1999
Dans mon chien, 2002
Pays perdu, 2003, Prix Générations du roman 2003
Festins secrets, 2005, Grand Prix Thyde Monnier de la SGDL, Prix Renaudot des lycéens, Prix Valery-Larbaud
L'Œuvre du propriétaire, 2006
L’Heure et l’Ombre, 2006
Petits Chaperons dans le rouge, 2006
La Cantatrice avariée, 2008
Le Tibet sans peine, 2008
Paradis noirs, 2009
La Présence, 2011
Voyage en Auvergne, avec Pio Kalinski 2012
Le Maréchal absolu, 2012, Prix Virilo 2012 14
La Première Pierre, 2013, Grand prix Jean-Giono 201315
Winter is coming, Gallimard, 2017
Le Voyage du canapé-lit, Gallimard, 2019

Poésie et livres avec des artistes
Territoire des confins, 1988, illustrations de Kristian Desailly
Histoires acéphales, 1988, illustrations de Kristian Desailly
Bouts du monde, Le Quai, 1995, illustrations de Barrie Hastings
Un tas d'amour, Le Quai, 1996, illustrations de Barrie Hastings
Entrée des créatures, Adana Venci, 2001, sur les dessins de Robert Vigneau
Haïkus tout foutus, Voix d'encre, 2004, illustrations de Kristian Desailly
Qui rira le dernier, Voix d'encre, 2006, avec Éric Chevillard, Jean-Pierre Gandebeuf et Alain Blanc
La Quadrature du sexe, Voix d'encre, 2009, sur des photomontages de Henri Maccheroni
La Vieille à sa fenêtre, Le Réalgar, 2012, illustrations de Francis-Olivier Brunet
Crucifixion Rumba, Le Réalgar, 2012, illustrations de Barrie Hastings

Source Wikipedia

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Message par topocl le Mer 7 Nov - 18:22

Winter is coming

mort - Pierre Jourde Proxy_76

C'est l'un des livres les plus terribles, les plus noirs que j'aie lus. Quand on ouvre ce genre de livre, c 'est ce qu'on cherche, vous me direz.

Alors que la vie coulait pour Pierre Jourde un peu comme pour tout le monde, sans doute même un peu mieux que la moyenne,  on a diagnostiqué chez son fils de 19 ans un cancer du rein, d'une forme très rare, 12 cas au monde, et très virulente, pas de survie au-delà de 2 ans. Gabriel, dit Gazou, cet enfant pas encore homme, cet homme encore enfant,  aura droit à 11 mois.
Une histoire sans espoir aucun, racontée rétrospectivement, pas encore sorti de cette douleur dont il ne sait pas s'il en sortira jamais.

N'attendez pas une histoire de petits faits au jour le jour, de petits détails, de petites anecdotes qui permettent de reprendre souffle, de beaux détails sauvés dans ce marasme qui font quand même croire en la vie, C'est au contraire, malgré un vague souci chronologique, une grande déferlante sans répit faite de noirceur, de colère, de rage, d'impuissance et de fatalité. Cela reste sobre et contrôlé, parfois superbement écrit, avec parfois une note d’humour pour mieux cibler la naïveté  de l'équipe patiente (Gazou et sa famille), la vanité des espoirs et des dénis, mais il n'y a pas une seconde où souffler. C'est un homme qui se noie à voir son fils se noyer. Ce n'est pas un cri, mais une longue et déchirante vallée de larmes.

Si je comprends bien à quoi ça sert d’écrire cela, j'en suis toujours à me demander à quoi ça sert de le lire, et à y retourner, quand même. Un partage d'humanité, une oreille à ce qui se doit d'être dit ? Une façon de conjurer le sort? Une honnêteté à reconnaître que mes petits emmerdements, je ferai bien de ne pas trop m'en soucier ? Professionnellement une façon de comprendre ce qui se passe de l'autre côté de mon bureau ? Je ne sais pas. Mais mon cœur serré  doit bien y trouver quelque chose....


Mots-clés : #autobiographie #medecine #mort #psychologique #relationenfantparent #temoignage

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Message par bix_229 le Mer 7 Nov - 19:00

Merci d'avoir lu ce livre et d'en avoir parlé. C'est nécessaire. Mais je ne m'en
sens pas capable.
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Message par topocl le Mer 7 Nov - 19:36

Bix, je crois bien t'avoir entendu dire que tu avais lu Pays perdu? (ou peut-être pas, je ne sais plus...)

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Message par bix_229 le Mer 7 Nov - 20:10

@topocl a écrit:Bix, je crois bien t'avoir entendu dire que tu avais lu Pays perdu? (ou peut-être pas, je ne sais plus...)
Oui, je l'ai lu et apprécié. Mais pas ses amis et voisins d'enfance qui se sont sentis trahis au point qu' ils l'ont agressé, lui et sa famille.
Ce qu' il raconte dans le livre suivant, La Première pierre.


Dernière édition par bix_229 le Mer 7 Nov - 20:22, édité 1 fois
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Message par bix_229 le Mer 7 Nov - 20:20

Je me souviens aussi de Paradis noirs, un premier livre autobiographique sur son enfance.

mort - Pierre Jourde 815yjn10

PARADIS NOIRS


Une silhouette entrevue fugitivement sur le qui d'une gare et les souvenirs affluent à la mémoire du narrateur et qu'il croyait oubliés.
Etait-ce bien celle François, un ami d' enfance et de jeunesse, connu il y a plus de vingt ans et disparu depuis ?
Ces souvenirs ont un gout amer et le narrateur a essayé de les oublier. Mais il est trop tard, les souvenirs deviennent obsession.

Un collège religieux dans les années 40 ou 50. Les enseignants. Les élèves. La crauté des enfants pour les plus faibles d'entre eux.
Les légendes noires.
Les amis aussi. Parmi eux, François, beau, intelligent, un peu distant. Brillant élève, mais assez rapidement perturbé par des sautes d'humeur qui se transformeront en dérives.
Le milieu familial de François est archaïque, désuet, figé dans le temps et même en dehors du temps. Y vivent des aïeuls âgés et d'une gentillesse souriante et inaltérable.

Tel est le paradis où vit François et tous les enfants le lui envient. Mais c'est un paradis noir.
L'évolution de l'histoire montrera ce qu'il en est en réalité.

Comme  Pierre Bergounioux, son voisin de terroir, Jourde creuse profond pour dévoiler ce qu' il y a derrière les apparences, les alibis, les mobiles.
C'est un livre sur le poids des souvenirs, la culpabilité et les blessures inguérissables de l'enfance.


Récupéré
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Message par topocl le Jeu 8 Nov - 7:39

Merci, bix.

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Message par topocl le Ven 15 Mar - 11:58

Pays  perdu

mort - Pierre Jourde 41f6ni10

« C’est un pays perdu », dit-on : pas d’expression plus juste. On n’y arrive qu’en s’égarant. Rien à y faire, rien à y voir. Perdu depuis le début peut-être, tellement perdu avant d’avoir été que cette perte n’est que la forme de son existence. Et moi, stupidement, depuis l’origine, je cherche à le garder. Je voudrais qu’il soit lui-même, immobilisé dans sa propre perfection, et qu’à chaque instant puisse s’en emplir.

Ce pays perdu auvergnat, il faut des heures pour le rejoindre par de petites routes tortueuses au-delà de l’autoroute. Pierre Jourde y a passé de grands temps de son enfance, y a fait les foins avec les paysans, pris des cuites en sa jeunesse. Il y est retourné au fil des années dans la ferme familiale désormais confiée à un métayer, nourrissant les liens d’amitié, visitant les vieux solitaires accrochés à leur terre, à leur maison.

Lorsqu’il y arrive avec son frère pour deux jours, il apprend le décès de la jeune Lucie, 15 ans, dont la leucémie avait vaincu la chevelure mais pas le sourire. Chez les parents de Lucie, ses amis, chacun « entre » l’un après l’autre pour un dernier salut à la jeune morte, un moment de silence et d ‘émotion partagés.Aux obsèques, tout le village est là.

C’est l’occasion de parler de ce pays sauvage, dresser un portrait  de chacun, de ces hommes et femmes qui vivent dans ces vallées  pleines de rudesse , des gens dont les citadins ne savent même pas qu’ils existent - et qui ignorent comment vivent les citadins.  

Pierre Jourde livre dans une très belle écriture  ces portraits qui n’épargnent personne mais font transparaître la tendresse, mêlée  de compassion,  qu’il éprouve pour eux, ces gens en voie de disparition dont on parle moins que des pandas et des dauphins. Ils sont pour Pierre Jourde un élément indispensable de son paysage intérieur, un lien avec quelque chose de solide, d’attachant, des hommes et femmes qui vivent de plein pied dans leur milieu, dans la nature, alors que la société les ignore, et impose de ce fait un jugement, une exclusion, une souffrance.

Les morts aussi sont là, tout aussi présents que les vivants, au cimetière , sur le monument au mort, dans les pensées et dans les cœurs, ils sont là comme s’ils étaient dans la pièce. Son père qui dit si peu sur lui-même de son vivant, si présent dans ce paysage, que, comme beaucoup, il regrette de n’avoir pas assez questionné.

La petite stèle qui énumère les morts de la Première Guerre mondiale a été érigée, comme d’habitude, devant l’école qui sert peut-être encore de mairie. Bessègues, à peu près inhabitée, est une commune. Commune à l’étrange territoire, composé de vallées parallèles, séparées par des arêtes montagneuses, et sans communication entre elles. La stèle anodine, au fond de ce grand calme, diffuse tranquillement sa  double ironie funèbre : dérisoire parcours, de l’instituteur à l’adjudant et puis à rien, quelques décimètres de l’école communale au cénotaphe collectif ; dérisoire population de morts, une quinzaine, pour ce village qui compte un habitant. Ils sont là, tous ensemble, serrés sur la même pierre, leurs maisons s’effondrent, leur noms n’ont plus de sens et ne sont plus lus par personne.

J’ai moins aimé les deux passages plus « sociologiques », sur l’alcoolisme endémique et sur la merde où, c’est le moins qu’on puisse dire,il n’y va pas de main morte. Il s’éloigne des gens gens spécifiquement,  j’ai trouvé ça long et lourds, - regardez comme je suis sans tabous, comme j’écris bien sur les différents états des bouses,  de leurs éclaboussures, des murs et culs de vaches embrenés. Comme quoi, la limite est subtile, et c’est sans doute ainsi qu’il l’ a franchie, avec les conséquences que l’on sait, la complicité s’y est perdue, un pas était franchi pour attiser la haine de certains villageois, qui déclencha le caillassage familial à son passage suivant. j’ai essayé de mener ma lecture à l’écart de ce fait divers, c’est quand même le plus souvent un  très beau texte, Zola en zone rurale, la poésie en plus.

mots-clés : #autofiction #lieu #nature #ruralité #solitude #vieillesse

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Message par bix_229 le Ven 15 Mar - 12:06

Content que tu aies trouvé des qualités à ce livre. Et à Jourde finalement.
Son univers est très sombre et il fallut peut etre un malheur absolu dans sa vie
pour réaliser un grand livre bouleversant.
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Message par topocl le Ven 15 Mar - 12:40

petit tour du côté de Depardon.

mort - Pierre Jourde 113  mort - Pierre Jourde 212  mort - Pierre Jourde 412  mort - Pierre Jourde Proxy140

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Message par églantine le Ven 15 Mar - 13:35

drunken
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Message par Bédoulène le Ven 15 Mar - 14:28

merci pour ton commentaire topocl, ce livre me tente bien . (j'ai cherché Bessègues mais je ne le trouve pas ? je voulais voir où se trouvait cette ville, il en est dit plus pour situer ?)

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"Il n'y a pas de mauvais livres. Ce qui est mauvais c'est de les craindre." L'homme de Kiev Malamud
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Message par Nadine le Mer 30 Oct - 19:29

Pays perdu

mort - Pierre Jourde 41f6ni10

j'ai eue beaucoup de mal à le finir. Car il a du pouvoir. Dans mon cas ça a prit la forme d'une révolte puissante à l'encontre de son auteur, de la place d'où il écrit, à l'encontre de ce point de vue sur le monde.
C'est intéressant d'essayer de comprendre ou pondérer mon retour, du coup.

Mon libraire , que la noirceur ni le cynisme n'effraient m'a dit avoir adoré.
Parce que c'est une vertu que les points de vue et sensibilités soient multiples, j'ai compris en entendant cela que j'avais pris le risque de lire un livre que je n'aimerais pas.
J'avais lu aussi Bix qui nous signalait que la communauté villageoise dont parle l'auteur dans ce livre avait eue une réaction violente, de rejet, après édition de Pays perdu, et que Jourde avait même écrit un récit de ce lynchage à son encontre. Un vrai je crois, on lui a lancé des projectiles.
Mon libraire m'a parlé de ce point là aussi.


Il a ajouté "mais tu verras, c'est un livre magnifique, il décrit si bien ce truc de la campagne, un truc brut, tu sais, ce côté brut et violent."
Enfin il a dit ça en gros.


J'étais prévenue.

Voici mon retour, partial, contextualisé.
Je serai subjective, mais sincère.
Je ne prétends pas avoir raison, il y a plusieurs versions de la vérité. On le sait.


cette lecture a représenté un moment d' émotion très négative, elle a nourri un sentiment de révolte très circoncis : une émotion de révolte à lire la vie, la mort, si mal comprises, de révolte à devoir lire en art une vision si moche du sens de la vie.
Mais surtout :
J'ai trouvé dans ce livre l'échec du style, dans le sens où le phrasé de l'auteur est parfois dense, élégant dans le tragique, mais qu'il ne peut selon mon oeil violenté prétendre être tenu : j'y ai trouvé des transes mal construites, des mots creux, des images surtout obsessionnelles, plus que justes ou créatives.

En lisant ce livre j'ai compris que j'attendais de l'art qu'il aide à vivre, et /ou qu'il ait au moins la vertu d'être juste.
Le Pays perdu n'a pas ces qualités. quand son style est bon, son fond est creux, et quand son fond est juste, sa forme est creuse.

J'ai pensé qu'il était sans doute fort dissocié intérieurement, l'auteur, ce qui n'est pas une faute en soi. mais il m'a été vraiment extrêmement pénible d'accompagner son regard maladif. J'ai pourtant accompagné d'autres sombres regards sans colère.
Alors ?
qu'est ce qui s'est passé ?
j'ai essayé de cocher des passages, peu à peu.

Le problème pour moi qui crystallise vraiment ce qui me débecte dans cet esprit, c'est le "ON", je crois. Parfois l'auteur décrit une vraie arrivée chez X à telle heure telle date, par exemple, mais souvent, surtout, en le faisant, il raconte l'absolu des arrivées chez X, en la racontant.
Quand on arrive à Bésseges bas, au milieu de quelques maisons aux volets clos, la fenêtre de Berthe est ouverte. On cogne à la porte, elle ouvre, minime et cassée, ne reconnait pas. Une fois le visiteur identifié, elle l'engueule de sa longue négligence, avec l'accent même d'Arletty passant un savon à Jouvet dans l'Hôtel du Nord. (...)On songe, en marchant dans Bessèges, à toutes ces maisons abandonnées où l'on pouvait fouiller, autrefois, à condition d'y entrer par la fenêtre"

Jourde REIFERE. Voilà. Jourde réifère son sujets, ses sujets,

Tout le temps.

Presque tout le temps.


Son style c'est ça surtout, sa transe, ça produit une sensation sombre, assez sordide, et moi je la réfute dans sa recette et en son fond éthique d'une intelligence très faible. Surtout si le livre veut raconter, témoigner etc. Si le type faisait un roman pur, placé chez les neendertaliens ou les antipodes , bon, j'aime pas j'aime pas, mais ce genre, d'art, là, ce genre là d'Art, pour moi c'est toute la lie de l'époque que je vis. C'est le symptôme.

les personnes, il nous les "montre à voir "
(c'est bien le terme, et le thème : montreur, montrer à voir, on est bientôt chez l'homme tronc et la foire des soeurs siamoises. Voilà, Jourde n'est pas passeur, il est montreur de foire, et menteur. Menteur par incapacité , peut être, et "desespéreur", ça oui.  Il est complètement non habité par le sens cosmique cet homme. Le pauvre. Parfois pourtant il raconte un individu avec beauté, bonté, inspiration. Une fois sur 70.  J'ai cru discerner que c'était quand l'enfant en lui avait eu un vrai contact affectif avec icelui ou icelle. C'est vraiment ça, il y a un gros magma de dissociation analytique et émotionnelle, c'est très dur de lire ça pour de l'Art. Car ça n'a pas non plus le génie de créer un nouveau monde.)
Notamment.
L'auteur raconte les gens, mais lorsqu'il re-tisse ces longues heures de retour au pays des racines familiales, lorsqu'il s'agit de reprendre le fil de cette venue, de cet héritage, ou de cette veillée funèbre, il dit "on".
Il dit "on" , le narrateur. et explique le monde. Je trouve ça impuissant. Au sens propre du terme.
Et cela produit un effet esthétique complaisant terrible. La richesse apparente du lexique peut ne pas le laisser entrevoir mais c'est surtout une transe d'obsession qui se mord la queue. et réitère, réitère, réitère le chapelet des images sordides, des mêmes images sordides. Petite échappée en ouverture de champ, on dézoome, quelques phrases sur l'existence macrocosmique du vallon , architectonique, mais ce sont toujours les mêmes, et passé la beauté des mots sombres, qui le sont en soi seulement, c'est du vide.
Jourde a l'oeil vide. Et des mots plein la tête. Je lis qu'il a beaucoup souffert, beaucoup écrit sur la souffrance. ça s'explique donc.

Le pauvre.


Dernière phrase du livre (qui ne divulgache pas, promis) :
Lucie, au même moment, nous échappe désormais, et avec elle tout ce que d'elle nous pensions pouvoir thésauriser, clos sous la pierre qui pour l'éternité le dilapide."

"waw, quel style"
non.
"non. style creux tu veux dire. Beau texte, sens vague. l'éternité dilapide quoi? ce que nous pensions thésauriser. L'éternité dilapide ce qu'on pensait thésauriser".
ah.

ahhh.

Ce qui m'a puissamment mise en colère c'est qu'on puisse trouver beau ce néant là. Il n'a rien compris. Et sa version du monde prétend avoir compris, à coup de "on".

Mon librairea ajouté "mais tu verras, c'est un livre magnifique, il décrit si bien ce truc de la campagne, un truc brut, tu sais, ce côté brut et violent."
Enfin il a dit ça en gros.

Je dirais moi "mais tu verras, c'est morbide, c'est un livre triste, il décrit si bien ce truc des Perdus -pour- le- Sens, des nouveaux citadins, un truc brut, tu sais , ce côté vide et violent".
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Message par Nadine le Mer 30 Oct - 19:39

@Quasimodo me l'a suggéré en chaine de lecture pour une raison singulière : parce qu'il n'avait pas aimé.
C'était une superbe raison. D'essayer de comprendre ce que je cherche dans l'Art. Merci Quasimodo.
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Message par Aventin le Mer 30 Oct - 19:47

mort - Pierre Jourde 1252659054 Quel commentaire, Nadine, bravo et merci - parce qu'au passage de la petite égratignure envers l'auteur (sans participation au lynchage présumé !) il y surtout une vraie critique, de fond, sur l'art de nos jours.
D'ailleurs, à ce propos:
J'entendais à la radio une érudite, enseignante et critique de premier plan, à propos de la FIAC qui s'est tenue tout dernièrement à Paris, expliquer avec des mètres-cubes de soupirs et des yeux qu'on devinait fixer le plafond combien les artistes qui "pèsent" et sont recherchés, courus par les investisseurs (traduisez: sont de potentielles valeurs marchandes de premier plan) ne sortent plus jamais du cercle aliénant de la transgression, et du choc; parce c'est plus immédiatement appréhensible ?
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Message par Nadine le Mer 30 Oct - 20:01

Tu veux dire restent dans la transgression, le choc, parce que c'est plus "appréhensible "?
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Message par Nadine le Mer 30 Oct - 20:14

Oui, c'est apparemment une tendance, ce qui était réac ya pas longtemps redevient à la mode. J'ai pas fini de passer pour une "bourgeoise"d'esprit.
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Message par Nadine le Mer 30 Oct - 20:16

Si une certaine systémique positive y gagne, j'assumerai.Le génie sombre , lui, restera toujours, et tant mieux. Du moment qu'il traduit la part sombre. Mais le marasme... Sad
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Message par Aventin le Mer 30 Oct - 20:27

@Nadine a écrit:Oui, c'est apparemment une tendance, ce qui était réac ya pas longtemps redevient à la mode. J'ai pas fini de passer pour une "bourgeoise"d'esprit.
Passer pour est dénué de la moindre importance, à ce petit jeu on est toujours le réac d'un autre, et que restera-t-il des opinions, transgressions et autres postures à alibi artistique d'aujourd'hui dans 50, 100, 250 ans ?

Des spécialistes clameront que c'était si typique d'une époque (sous-entendu: mais heureusement révolue) ?

Après, je suis loin de détester certains travaux de ces artistes contemporains vendeurs (mais je ne ferais pas 500 bornes pour accourir à leurs expos et autres happenings), aussi complètement asservis fussent-ils, je pense à Alben par exemple, bien qu'aussitôt vu, aussitôt oublié, ce qui est une sorte de comble recherché en matière d'art plastique, histoire de poser là un tout n'est pas si simple de circonstances !
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Message par Nadine le Mer 30 Oct - 20:34

Je te suis. Ce que je vois des tendances plastiques actuelles, c'est qu'elles privilégient le concept à la représentation, ou bien disons qu'elles conceptualisent  le réel, ou l'idée du réel. C'était une idée formidable d'épurer la notion de sens à ce point là.
Mais le sens dans sa dimension "verticale" y perd, je trouve, l'émotion esthétique devient très ténue, intellectuelle, c'est pour ça que des Hugo étaient forts, ils touchaient tout le monde , même le langage était intégré dans sa richesse dans le processus de choc esthetique et de formation d'image dans l'inconscient collectif. ici, Jourde propose une vision extremement nihiliste, mais qui ne touche pas au manifeste, par exemple lorsqu'il parle du lieu géographique de ce hameau paumé et isolé, les "beaux mots" sont un peu creux, non, je n'aimerais pas avoir son défaut d'être plein de mots sans force. je crois que , d'ailleurs, j'ai ce défaut en moi, une aisance de langue qui se laisse dépasser par les images éculées, c'est un livre très dépressif en fait. Et dépreciatif.
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