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Gaston Baissette

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Message par bix_229 le Jeu 15 Nov - 16:16

Gaston Baissette
(1901-1977)

Gaston Baissette Gaston10

Gaston Baissette est né en 1901 à Albi. Ses parents étaient tous deux issus de familles de viticulteurs. Gaston Baissette passe son enfance entre Fabrègues et Mauguio, où il séjourne chez ses grands-parents pendant les vacances scolaires, et Albi, qui restera dans son coeur la ville des devoirs et du quotidien... En 1915, son père décède.
Enfant indiscipliné, Gaston n'a pas trouvé sa voie... Il décide alors de franchir les portes de la faculté de médecine, d'abord à Toulouse, puis à Paris, où il rencontrera les surréalistes André Breton, Paul Eluard et Louis Aragon ; des liens qui se renforceront lors de leur engagement dans la résistance. Pendant de nombreuses années, Gaston Baissette collabore activement à la revue "Les cahiers du Sud". En 1928, il est nommé interne à l'hôpital départemental de Nanterre.

En 1933, il se lie d'amitié avec Georges Politzer et devient alors communiste. La guerre éclate, Gaston Baissette est mobilisé. En 1940, victime d'un bombardement, il est gravement touché à la colonne vertébrale. Il reste plusieurs mois alité et ne reprend son travail qu'en 1941, en tant que médecin-directeur de la santé à Nice. Il y accueille Elsa Triolet et Louis Aragon, qui fuient Paris. Son ami Georges Politzer est fusillé le 30 mai 1942. Gaston Baissette rentre alors dans le groupe des médecins résistants de Lyon. Repéré par la Gestapo, il entre dans la clandestinité et se charge d'organiser les soins aux maquisards dans les Alpes Maritimes.

1943, il revient sur Paris où il est nommé chef d'un des quatre secteurs hospitaliers et délégué du comité médical de la Résistance pour la Seine et Oise. Il crée le front national des médecins avec son ami le docteur Lucien Bonafé. En parallèle, il participe à de nombreuses revues dont "L'éternelle", créée dans la clandestinité par Paul Eluard. En 1944, suite à son engagement dans la résistance pendant la guerre, il est nommé au cabinet du ministre de la santé publique. Deux ans plus tard, il est nommé médecin-chef du service d'hygiène sociale du département de la Seine.
Il devient le rédacteur en chef de la revue Médecin Français, fonction qu'il occupe jusqu'en 1952.

En 1945 paraît chez Grasset La clé des sources, un roman utopique dédié à son ami Georges Politzer, fusillé pendant la guerre. En 1950, il publie Les merveilles de la médecine, un ouvrage médical destiné au grand public, et fonde la revue B.C.G. Il se lie d'amitié avec André Fraigneau et Margueritte Yourcenar ; En 1952, ils écriront un triptyque sur les mythes grecs  pour la revue marseillaise Cahiers du sud.
Gaston Baissette meurt à Quissac dans le Gard en 1977.
source : Médiathèques de Mauguio Carnon

Bibliographie sélective :

- Svea Morgen, Les Cahiers du Sud, 1930.
- Aux sources de la médecine : vie et doctrine d’Hippocrate : thèse pour le doctorat en médecine, Librairie Louis Arnette, 1931.
- Hippocrate, Grasset, 1932.
- La Médecine grecque jusqu’à la mort d’Hippocrate dans Histoire générale de la médecine, de la pharmacie et de l’art vétérinaire (1936) sous la direction de Maxime Laignel-Lavastine M., tome I, p. 129-279, Albin Michel, 1936-1938.
- Le oui et le non chez Hippocrate, Éditions Hippocrate, 1936.
- La Médecine grecque, Albin Michel, 1937.
- La Clef des Sources. Paris : Grasset, 1945.
- L’Étang de l’Or, La Guilde du Livre, 1946.
- Les Poètes et les cosmogonies. [Précédé de Thésée et de Sur le retour aux mythes et suivi de Paul Éluard], Pierre Seghers, 1953.
- Ces grappes de ma vigne, Les Éditeurs Français Réunis, 1956.
- La Clef des Sources, Les Éditeurs Français Réunis, 1956.
- Le Soleil de Maguelone, René Julliard, 1964.
- Isabelle de la Garrigue, Julliard, 1968.
- Ce Pays de Montpellier, Éditions Causse, 1970.
- Poésie, Les Arcades, 1974.
- Le Vin de feu, Julliard, 1974.
- Aux confins de la médecine. Préface de Bernard Clavel, Julliard, 1977.

L'Etang de l'or, commencé très tôt, achevé en 1946 et publié par La Guilde du Livre à Genève, connaîtra de nombreuses éditions. (La plus récente chez L'Arbre vengeur)


Dernière édition par bix_229 le Jeu 15 Nov - 17:23, édité 1 fois
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Message par bix_229 le Jeu 15 Nov - 19:21

Gaston Baissette L_zota10

Gaston Baissette : L'Etang de l'or. - L'Arbre vengeur

"C'était sur l'étang un murmure.

Il était fait de vies et de souffles, mais trop indécis pour s’affirmer. Les hirondelles de mer volaient très haut. Sur les bords, les roseaux du palus frissonnaient de minuscules passages. Mes joues étaient caressées par un air qui n’arrivait pas à plisser l’eau. Dans les herbes, je percevais des grouillements et le ventre blanc des dorades jetait un éclair. Je regardais longuement le fond de l’étang où se mirait le plat des rames. C’est alors que, pour la première fois, je compris la cohésion des choses, cette espèce de solidarité qui lie tous les éléments du monde. Au fond de l’eau, sur la vase, des lianes brunes rampaient. Mais sur leurs tiges, naissaient des taches plus vertes et la forme d’un bourgeon s’ébauchait ; sur la croûte délétère, des corolles s’entrouvraient ; il y avait là des couleurs, des auréoles, des moires, des dessins délicats, des nuances. Dans ce lieu perdu, ce bout du monde délaissé, et sous la surface de l’étang, dans le domaine des miasmes, il y avait la couleur, il y avait les lois de l’harmonie, de la symétrie et des formes, tout ce qui avait montré aux hommes depuis des temps immémoriaux, le chemin qu’ils étaient convenus d’appeler l’art et la beauté."


L'étang de l'or n'est que le plus vaste des étangs de la région. Et quand on parle étangs, on pense à la Camargue, mais cet étrange pays n'est pas la Camargue, meme s'il en est proche. Et puis, pas loin des étangs, il y a aussi la garrigue qui fait contraste. La garrigue, dernier stade de l'érosion, où la roche affleure partout, n'accordant que la plus maigre flore, mais dont les essences naturelles macèrent dans la chaleur de l'été.
Voilà des paysages que les touristes qualifieront de pittoresques, eux qui ne verront pas son austérité hivernale qu'ils jugeraient ingrate.
Les natifs eux, les acceptent par toutes saisons, qui y vivent de générations en génération.
Le narrateur aussi, enfant imaginatif et volontiers solitaire.
D'abord, il y a la grand mère, complice souriante et sa très vaste maison. Et puis, en dehors du village, au bord des étangs, il y a d' étranges cabanes, faites de bric et de broc. Y vivent quelques marginaux, les cabaniers. Princes sans le sou, mais princes
tout de même, d'un royaume fait d'eau, d'herbe et de vent. Et qu' ils partagent avec les moustiques.
Très tôt, l'enfant y est accueilli dans la plus grande amitié et en toute égalité. Il accompagnera les cabaniers dans leurs aventures, leurs utopies, leurs aimables folies. Mais folies quand même.
De temps en temps, ils partent en barque pour pêcher ou chasser.Mais en quête aussi d'un Graal qui n'est pas forcément le même pour tous.
Dans cet étrange pays hors du temps, il y a parfois des drames. Des amoureux s'égarent et s'enlisent au milieu des roseaux. Un taureau échappé d'une manade brame affamé.
On découvre un jour qu'un cabanier au coeur tendre lui donne à boire.
Un jour l'enfant devenu ado s'égare avec sa barque. Après avoir longtemps pataugé dans les roseaux, au milieu d'une férie de toiles d'araignées, il foule un sol plus ferme, débouche dans une allée de pins.

"Je me mis à courir sur le feutrage des aiguilles de pin et j'arrivai  devant un bâtiment précédé de grandes volières vides. C' était une maison aux vastes proportions, ornée de festons et de rosaces, d'une échauguette, de vitraux, de balcons. De ce chalet sortaient les sons d'un piano qui était juste, mais que l'air salin avait rongé, attaqué, lui donnant un timbre grêle de clavecin...
A l'intérieur du salon, dans la cheminée flambait un feu. Une femme en manteau sombre était assise au piano. Et je sus que là serait l'aboutissement de la nuit."


La femme est belle, encore jeune. Elle accueille le jeune narrateur sans surprise ni effroi. Elle écoute ses emportements d'ado en quête, et lui offre bien plus qu'une nuit d'amour et de complicité harmonieuse. Elle lui ouvre une voie qu'il suivra sans jamais oublier celle à qui la doit, même s'il ne la revoit pas. Pas plus qu'il n'oubliera les cabaniers.
Tous, ils ont tout donné pour n'avoir rien... Ces "desdichados" solaires, au lieu de mettre leur bonheur au service du désespoir, ont placé leur espoir dans un lendemain pareil à la veille, dans l'uniformité de leur enthousiasme. Mais ils étaient gentils et ils aimaient l'étang. Tel est ce pays, ce lieu, ce moment, que l'enfant devenu adulte nous restitue. Le pays éternel de l'enfance rêveuse. De l'histoire et des mythes. Celui du grand Meaulne  et d'Alexandre Vialatte.

Certains livres possèdent une grâce qui tient du miracle, comme s'ils étaient des refuges face aux bruits du monde. L'étang de l'or de Gaston Baissette appartient à cette bibliothèque des textes méconnus et inoubliables : on en sort littéralement enchanté.

Les cabanes, photos de Baissette

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Message par Bédoulène le Sam 17 Nov - 8:07

merci Bix, je note cet homme me parait intéressant.

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Message par bix_229 le Sam 17 Nov - 15:27

Je le trouve aussi interessant que Bosco, du moins au vu de ce livre.
Et puis, il parle d' une région qui était vraiment ancienne et originale.
Baissette avait déjà prévu que elle allait interesser le tourisme.
Comme Rick Bass dans sa foret du Montana, les cabaniers avaient déjà
lutté contre l'implantation d' une route transversale.
Mais après la mort des cabaniers, des petits malins ont acheté les cabanes
pour en faire des résidences secondaires.
Quant aux transformations de lieux comme La Grande Motte, devenue
bronze cul de l' Europe, mieux vaut ne pas en parler !
Par contre l' Etang de l'or a été protégé en raison de sa faune extraordinaire.
Notamment les oiseaux.
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