Fabrice Colin

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Fabrice Colin

Message par shanidar le Mar 6 Déc - 17:02

Fabrice Colin
Né en 1972


Il est né à Paris, un 6 juillet 1972.

Il écrit de tout et pour tous. La première fois que j'ai croisé son nom, c'était en tant que co-scénariste avec Serge Lehman de la bande-dessinée La Brigade Chimérique publiée chez L'Atalante.

Depuis, je le croise régulièrement dans à peu près tous les rayons de la médiathèque, des romans de SF, au polar, du roman tout court au livre jeunesse, ce qui m'a donné envie de le découvrir du côté du roman.

Bibliographie (sélective)

2002 Or not to be,
2004 Sayonara Baby,
2006 Kathleen,
2010 Bif Fan,
2016 La Poupée de Kafka,
avatar
shanidar

Messages : 1600
Date d'inscription : 02/12/2016

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Fabrice Colin

Message par shanidar le Mar 6 Déc - 17:07

Sayonara Baby

Un jeune homme couvert de pansements est allongé dans le lit d'un couvent et se retrouve interrogé par un lieutenant de l'armée américaine.

- Tu prétends être japonais.
Le samouraï hausse les épaules.


Il ne sait pas très bien ce qu'il est, ni qui il est ce jeune homme métissé, moitié américain et moitié japonais.

Nous sommes à Monterey en 1967, la guerre du Viêt-Nam fait rage et le samouraï est tiraillé entre son pays natal et le pays de son père. Doit-il choisir entre Pearl Harbour et Hiroshima et trahir un camp ou bien l'autre ? Qui est-il exactement ? Un vrai samouraï ? Un fou ? Un être par qui le Mal survient ? Un récepteur-émetteur ? Pourquoi des câbles semblent le relier à une machine invisible ? Pourquoi ne rêve-t-il plus ? Pourquoi l'accuse-t-on d'être celui par qui la guerre, une nouvelle guerre, arrive sur le sol américain ?

La première partie de ce roman déjanté, apocalyptique et schizophrène n'est qu'une longue suite d'interrogations face aux évènements qui surviennent dans la vie de Kenzo/Anima/Okube… , sa fuite rocambolesque, ses rencontres surréalistes, ses déphasages bizarres. La seconde partie apporte des réponses et poursuit son investigation sur les thèmes du métissage, de l'honneur, du désir adolescent forcément incestueux, sur l'importance de l'origine, de savoir d'où l'on vient, de savoir si on est bien Kenneth Badway (mauvaise route pour la traduction). Oui, il s'est trompé de chemin ce tout jeune homme qui se voit rejeté parce que coule en lui du sang étranger, du sang ennemi. Cela génère chez lui un sentiment paranoïaque qui le précipite dans la maladie et une schizophrénie dont on voit, dans ce roman assez incroyable, le déroulement en temps réel.

Car c'est bien là le véritable enjeu du livre : parler d'une maladie, décrire les hallucinations, les délires, les prises de risque d'un jeune homme désespéré et raconter aussi comment la théorie du complot, du secret, du danger gangrène progressivement tout un pays (y compris une armée, les services secrets et une famille).

Sacré challenge que celui relevé par Fabrice Colin et à mon avis parfaitement rempli. Grâce à une écriture hyper nerveuse, asséchée, qui se contente de mettre en mot les actes des personnages, éliminant les sentiments, se complaisant dans quelques scènes de sexe torrides mais jamais vicieuses, Fabrice Colin écrit un ovni littéraire, quelque chose de jamais vraiment lu, dans lequel j'ai aimé me perdre, être happée, reconstruisant à mon idée les personnages croisés (une sorte d'Assurance tout risque trop géniale !) et des paysages révélés : le désert essentiellement mais aussi la Californie, ses dinners, ses routes trop longues et cette Amérique raciste, blanche, machiste et anti-communiste à la Hoover.

Et puis, sans y toucher, mine de rien, ce roman m'a appris un nombre incalculable de choses sur le Japon et sur sa relation à l'Amérique.

Jouissif quoique un brin fêlé.
avatar
shanidar

Messages : 1600
Date d'inscription : 02/12/2016

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Fabrice Colin

Message par shanidar le Mer 10 Mai - 12:56



La poupée de Kafka

Excellent roman.

L'idée est de faire revivre sur trois générations la figure de Kafka et de confronter ces trois générations parfois violemment parfois amoureusement les unes aux autres.

Else Fechtenberg est une vieille dame aigrie, celle à qui Kafka quelques temps avant sa mort aurait offert une poupée et aurait écrit quelques lettres. La poupée comme les lettres ont disparues et restent une énigme pour les amateurs de Kafka. Abel Spieler fait partie de cette coterie qui rêve de retrouver les derniers écrits du grand écrivain praguois, il est professeur à la Sorbonne, coureur de jupons patenté et menteur éhonté. Sa fille Julie, subit son influence malgré ses intenses réticences (ce qui donne lieu tout au long du roman à une passionnante description des liens entre une fille et son père, ce que l'on ne trouve pas si souvent en littérature). Pour séduire son père, Julie va donc se lancer dans la recherche des lettres, de la poupée et de la petite fille à qui elles furent adressées et elle va rencontrer l'irascible Else, la menteuse, la frelatée, la revêche Else qui va tout faire pour repousser Julie tout en trouvant dans sa jeunesse et dans sa naïveté un regain de vie et de tendresse filiale.

A ce trio détonant, il faut ajouter les villes de Paris, Berlin et Prague qui marquent de leur empreinte la vie et les recherches des protagonistes ; sans oublier l'attirance ultime pour la montagne, Saint-Gervais et le Mont Blanc, lequel surplombe la fin (palpitante) d'un récit qui se lit avec gourmandise.

La langue de Colin attise le plaisir du lecteur par sa sécheresse, sa tension, son humour palpable, sa tentation (jamais assouvie) d'une forme douloureuse voire tragique et une manière assez unique de présenter les joutes verbales, acides, arides entre les trois personnages. De surprises en dénis, de découvertes en falsifications, Fabrice Colin emporte son lecteur dans un récit mouvant et émouvant, truffé de mensonges, d'anecdotes et de tentatives de réconciliation. Le télescopage des trois générations offrent de brillants échanges dont l'ingéniosité et la violence ne parviennent pas à cacher totalement l'amour qui s'en échappe.

J'ai pris énormément de plaisir à lire ce roman joueur et enjoué, qui sans complexe lance des ponts entre les temps et les êtres et parvient bien souvent à toucher le lecteur en son cœur. Le seul bémol étant une fin que j'ai trouvé un peu trop ouverte à mon goût (sans doute parce que j'aurais aimé que ce roman dure encore plus longtemps).


mots-clés : #famille
avatar
shanidar

Messages : 1600
Date d'inscription : 02/12/2016

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Fabrice Colin

Message par shanidar le Mar 23 Mai - 17:15

Blue Jay Way



Un thriller un peu atypique que celui proposé par Fabrice Colin puisqu'il s'étend sur 550 pages sans que jamais vraiment le lecteur sache si l'action a démarré ou si nous sommes encore dans une fiction, dans le fantasme du narrateur… C'est à la fois très étonnant et un peu lassant au bout du compte.

Julien est un jeune franco-américain complètement désabusé, dont le père mort dans l'avion s'écrasant sur le Pentagone le 11 septembre laisse une place fantomatique dans la vie. Totalement hors circuit après une séparation amoureuse qui le laisse sur la pente d'une dépression chronique, le jeune homme dont la tête est malgré tout bien faite, est invité par une grande écrivaine américaine à devenir le chaperon de son fils, lequel survit mal à une expérience de télé-réalité produite par son propre père.

Si le thriller de Colin a un intérêt (mais ce n'est pas le seul) c'est bien celui de nous montrer ce que la modernité (postmodernité ?) américaine fait des cerveaux de sa jeunesse : totalement azimuté par les drogues, l'alcool et l'argent facile, vivant dans un luxe indécent, s'appropriant un racisme d'élite écœurant, le jeune Ryan est un être brisé avant l'âge, sans profondeur, anéanti et vivant une relation particulièrement violente avec son père, inlassablement branché à des substituts de personne (son téléphone) et ne prenant jamais vraiment part à une vie normale (vivante).

Et si le livre devait porter un sous-titre il serait sans doute : Tuer le père, puisque l'ensemble des enjeux se situe dans les relations difficiles (impossibles) entre un fils et son daron.

Mais pas seulement. Puisque Colin nous propose également une réflexion, que j'ai trouvé particulièrement alambiquée, sur la manipulation mentale, la manière dont un psychopathe est capable de diriger à distance les pulsions et les impulsions des êtres. Et Colin lorgne également du côté de la question de la fiction, puisque le lecteur n'est jamais vraiment sûr de la 'réalité' de la narration. Ce que lui raconte Julien arrive-t-il vraiment dans la vie du livre ou bien ne s'agit-il que de littérature ?


J'ai regretté que Fabrice Colin ne développe pas plus les personnalités (pourtant très atypiques) des personnages secondaires (y compris celui d'Ashley, sorte de midinette pas si conne que ça et par qui le drame arrive). J'aurais aimé aussi, passer peut-être un peu moins de temps à boire des bières le long de la piscine surplombant L.A. et plonger un peu plus la tête dans les saletés des uns et des autres. Il n'en reste pas moins que ce roman se lit tout seul et qu'il laisse un certain goût désagréable lié à notre contemporanéité connectée, sa déshumanisation programmée et l'impossibilité physique de se toucher vraiment.


mots-clés : #polar #psychologique
avatar
shanidar

Messages : 1600
Date d'inscription : 02/12/2016

Voir le profil de l'utilisateur
  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Re: Fabrice Colin

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


  • Revenir en haut
  • Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

 Des Choses à lire :: Lectures par auteurs :: Écrivains européens francophones

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum