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Georges Devereux

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Message par chrysta le Sam 5 Jan - 11:42

Georges DEVEREUX
Né à Lugoj le 13 septembre 1908 et mort à Paris le 28 mai 1985

Georges Devereux George10

Georges Devereux (né Győrgy Dobó), est un psychanalyste et anthropologue franco-américain d'origine hongroise. Il est l'un des fondateurs de l'ethnopsychanalyse.

Győrgy Dobó est né dans une famille juive de Lugoj, ville alors hongroise de la province du Banat, située dans l'actuelle Roumanie. Son père, avocat et président de la communauté juive néologue de Lugoj, avait des vues socialisantes et francophiles alors que sa mère était plus conservatrice et germanophile. Sa sœur Ilona Deutsch était la mère du physicien hongro-américain Edward Teller.

Après le suicide de son frère aîné István en 1926, Győrgy part en Allemagne et en France, où il fréquente les milieux artistiques et littéraires. Il apprend le métier de libraire et fait la connaissance de Klaus Mann et d'Eugène Ionesco. Il tente d'étudier la physique et la chimie à Paris sous la direction de Marie Curie et Jean Perrin, mais abandonne au bout d'un an et demi. Il entreprend alors des études de sociologie et d'anthropologie à l'École pratique des hautes études (EPHE) et apprend le malais à l'école des langues orientales.
Il se rend en Indochine étudier les populations Sedang, puis part aux États-Unis poursuivre son cursus à l'Université de Berkeley auprès d'Alfred Kroeber et Robert Lowie. Toujours dans le cadre de ses études, il vit parmi les indiens Mohaves, apprenant leur langue et leurs coutumes. Il consacre son doctorat à l'étude de leur mentalité et de leur vie sexuelle. Il dira que les Mohaves lui ont permis de mieux comprendre les théories de Freud.

En 1933, Győrgy Dobó se fait baptiser dans la foi catholique ; il adopte le nom de Georges Devereux et s'invente des ancêtres français.
Il entreprend une cure psychanalytique auprès de Marc Schlumberger, qu'il interrompt au bout d'un an, puis une deuxième analyse auprès de Robert Jokl. Il fait ensuite un stage psychanalytique de quelques années à la clinique Menninger de Topeka, dans le Kansas, où peuvent exercer des non-médecins. C'est là qu'il fait la rencontre d'un indien de la tribu des Pieds-Noirs, Jimmy Picard, qui sera l'un de ses plus importants cas d'étude et le sujet de publication de Psychothérapie d'un indien des plaines (1951). Par la suite, il est reçu membre de l'American Psychoanalytic Association, ce qui lui assure la qualité de membre de la Société psychanalytique de Paris lorsqu'il émigre à Paris.
En 1963, Claude Lévi-Strauss et Roger Bastide l'aident à intégrer l'École pratique des hautes études.
À sa mort en 1985 à Paris, Georges Devereux est incinéré, et ses cendres sont transférées chez les Indiens mohaves.

Bibliographie sélective

Devereux est l'auteur de près de quatre cents textes dont :

- Cléomène le roi fou : études d'histoire ethnopsychanalytique, Aubier, 1998
- Tragédie et Poésie grecques, Flammarion, 1992
- Les Rêves dans la tragédie grecque, Les Belles Lettres, 2006
- Femme et mythe, Flammarion, 1982
- Ethnopsychanalyse complémentariste, Flammarion, 1972
- Essais d'ethnopsychiatrie générale, Gallimard, 1970
- De l'angoisse à la méthode dans les sciences du comportement, Flammarion, 1980 (ed originale en anglais en 1967)
- Ethnopsychiatrie des indiens mojaves, Les Empecheurs de penser en rond, 1996
- Psychothérapie d'un indien des plaines : réalités et rêve, 1951
- La Renonciation à l'identité. Défense contre l'anéantissement, Payot, 2009
- Baubo, la vulve mythique, 1983

Il a également fondé et dirigé la revue Ethnopsychiatrica.

source : Wikipédia
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Message par chrysta le Sam 5 Jan - 11:45

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La renonciation à l'identité

Ce petit ouvrage reprend une conférence donnée à la Société psychanalytique de Paris, le 17 novembre 1964, par Georges Devereux (1908-1985), autour de la question de la protection de l’identité. L’ethnopsychanalyste y explique que notre identité est continuellement menacée depuis l’enfance par les parents et la société, qui tentent d’abolir notre individualité pour nous ramener à des sujets « normés ». Or, pour lutter contre cette destruction, on développe quantité de masques et de déguisements, comme par exemple en analyse, où les résistances ne seraient que des manifestations normales de protection de notre identité.

J’ai découvert ce livre et la théorie qu’il développe avec un certain intérêt. C’est étonnant car, bien que ne relevant pas des mêmes orientations, il s’apparente un peu d’une certaine manière à des livres plus axés sur la spiritualité qui traitent de la « mise de masques » dès l’enfance pour se préserver et être aimé (Trilogie notamment « La grande mascarade » T1, « L’ode à la joie » et « La croisade des enfants » de A.B Winter).

Devereux, quant à lui, de sa place d’ethnopsychanalyste, développe l’hypothèse que chaque être préserve son identité vraie, soit en y renonçant, soit en la travestissant, ce pour éviter le danger qui existe à ce que d’autres ou lui-même connaissent cette véritable identité, le risque étant l’anéantissement, l’asservissement, l’emprise,etc.

L’élaboration de l’identité, sa formation et ses assises sont étroitement dépendantes de l’environnement (milieu familial, culturel, social, etc…), et, je dirai, de l’histoire familiale dans laquelle s’inscrit l’individu. L’identité se construit donc par le croisement, l’influence, de différents facteurs. Cela car se sont les milieux dans lesquels évolue l’individu qui influencent et déterminent ses représentations, ses normes de comportement, ses jugements de valeur, etc. En ce sens, selon Devereux, l’identité est le produit d’un processus de différenciation, par enrichissement et par accumulation de plusieurs éléments hétérogènes, de traits significatifs n’appartenant jamais exclusivement à un seul individu. Elle prend son départ selon lui dès lors que l’enfant sort de l’unité duelle avec sa mère, soit dès les primo différenciations appuyées sur le « non » de l’enfant (non dit ou agi). Pour Devereux, l’exigence d’une obéissance immédiate de l’enfant, obéissance aveugle et automatique, sans explications, ne permet pas à l’enfant de se constituer un sentiment de continuité de soi  à travers le temps et, par conséquent, de son identité. Devereux pose l’idée que les enfants ayant été brimés dans leur individualité finissent par croire que souhaiter posséder une individualité sera considéré par des êtres tout puissants comme une effronterie et sera punie par la destruction de l’identité voire de l’existence du coupable.

Posséder une identité est, selon Devereux, profondément dangereux. Pour le citer :                   « Le fantasme que la possession d’une identité est une véritable outrecuidance qui, automatiquement, incite les autres à anéantir non seulement cette identité, mais l’existence même du présomptueux – en général par un acte de cannibalisme, ce qui transforme le sujet en objet. Les patients les plus gravement atteints cherchent à se protéger contre ce risque, en renonçant à toute véritable identité ; ceux qui sont moins atteints se constituent une fausse identité. »

Il introduit cette idée dans sa manière de penser les désordres psychiques, la névrose relevant pour lui d’un masquage de l’identité là où la psychose serait une renonciation à cette identité. D’après lui, « tout symptôme est une résistance soit contre l’acquisition et l’attribution d’une identité soit contre la découverte de l’identité réelle du sujet – identité que celui-ci ne veut ni connaître lui-même ni permettre aux autres de connaître. » En effet, il développe l’idée que, dès que nous comprenons un être, dès que nous établissons son identité, dès que nous pouvons prévoir son comportement, nous avons une emprise sur lui et donc nous sommes en mesure d’intervenir dans sa vie, tant pour le bien que pour le mal. Question se pose de ce fait de la dangerosité de la cure analytique et de comment prendre en compte cela dans la cure pour accompagner le patient sans le fragiliser.

Ce livre, et cette recherche théorique autour de l’identité, des ses travestissements et de la renonciation à celle-ci a animé les travaux de Devereux, et respire sa propre histoire. Il est en effet issu de famille juive et a lui-même été amené à changer de nom et de religion pour cacher ses origines. Cet ouvrage, son titre, semblent ainsi faire écho aux propres peurs d’anéantissement er d’asservissement de l’auteur liées à son histoire, et peut être à la quête de sa propre identité.


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Message par Bédoulène le Sam 5 Jan - 16:22

merci Chrysta, cela me parait très intéressant.

Es-tu d'accord avec ses dires ?

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Message par Tristram le Sam 5 Jan - 16:33

Attention au contresens sur "identité"...
"Préserver son identité vraie" n'est-il pas se protéger de l'empreinte sociale ? apprendre à mentir ? se défendre de l'emprise magique ? garder son jardin secret ? de la résistance à l'analyse ?
J'ai lu du Dereveux (côté anthropologie et mythologie), mais c'était avant numérisation des citations...

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Message par bix_229 le Sam 5 Jan - 17:16

Je sais que Femmes et mythe a été contesté par les féministes actuelles.
Mais il faudrait le lire ou le relire dans le contexte de l'époque.
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Message par chrysta le Sam 5 Jan - 17:22

@Bédoulène a écrit:merci Chrysta, cela me parait très intéressant.

Es-tu d'accord avec ses dires ?

Je ne crois pas que l'idée soit d'être ou non d'accord. C'est son hypothèse qui parle de son histoire qu'il projette comme un fait plus général.
Après, ce n'est pas un point qui cliniquement m'a déjà interpelée, sauf dans le cas de descendants de personnes de filiation juive.
Après, chaque nouveau point théorique peut permettre aussi de penser différemment la clinique.
En faire une généralité je ne pense pas que je la ferai, mais peut être entendre différemment des symptômes qui puissent relever de cette hypothèse
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Message par chrysta le Sam 5 Jan - 17:28

@Tristram a écrit:Attention au contresens sur "identité"...
"Préserver son identité vraie" n'est-il pas se protéger de l'empreinte sociale ? apprendre à mentir ? se défendre de l'emprise magique ? garder son jardin secret ? de la résistance à l'analyse ?
J'ai lu du Dereveux (côté anthropologie et mythologie), mais c'était avant numérisation des citations...

Dans ce que j'ai compris de Devereux, l'identité se construit et elle se construit en partie sur le terreau de l'influence sociale. Telle que je comprends ta phrase, il s'agirait de préserver notre identité en ne cédant pas à la dimension sociale. Alors que chez Devereux, l'identité est non consciente, la personne ne la connait pas, ne se connait pas. Elle ne préserve rien consciemment, elle le fait inconsciemment. Et cela selon 3 axes:
- empêcher les autres de découvrir son identité
- s'empêcher soi même de découvrir son identité
- s'empêcher de comprendre l'identité des autres
LA résistance à l'analyse serait selon lui un empêchement que le thérapeute découvre notre identité et nous la fasse découvrir
Il n'y a pas de volonté dans le phénomène décrit par Devereux, donc on n'est pas du côté du mensonge, du choix d'être soi ou non, on est du côté que, dans tous les cas, notre identité est toujours masquée pour qu'on ne la découvre pas ni que les autres ne la découvrent
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