Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot


Chuck Palahniuk

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Message par Tristram le Dim 20 Jan - 18:08

Chuck Palahniuk

né en 1962


Chuck Palahniuk Chuck_11



Charles Michael « Chuck » Palahniuk, né le 21 février 1962 à Pasco dans l'État de Washington, a grandi avec sa famille dans un mobil home, dans les environs de Burbank, Washington. Ses parents se sont séparés et ont divorcé, le laissant lui et ses trois frères et sœurs chez leurs grands-parents à leur ranch à bétail dans l'Eastern Washington.
Dans la vingtaine, Palahniuk est étudiant en journalisme à l'Université de l'Oregon, obtenant son diplôme en 1986. Il s'installe à Portland peu après. Après avoir écrit pour le journal local pendant une courte période, il a commencé à travailler en tant que mécanicien de moteurs diesel, continuant dans le même emploi jusqu'à ce que sa carrière d'écrivain décolle.
Ayant assisté par hasard à un séminaire d'introduction gratuit de l’organisation Landmark Education, compagnie offrant des programmes de développement personnel, il quitte son emploi de journaliste en 1988. Il fait du bénévolat pour les sans-abri, puis dans un hospice.
Monstres Invisibles fut refusé par les éditeurs en raison de son contenu trop provocant, et il entrepris alors l'écriture de Fight Club, qui rencontre un succès notable et est porté à l'écran en 1999 par David Fincher.

Œuvres

Romans

• Fight Club (Fight Club, 1996) Gallimard 1999
• Survivant (Survivor, 1999) Gallimard 2001
• Monstres invisibles (Invisible Monsters, 1999) Gallimard 2003
• Choke (Choke, 2001) Denoël 2002
• Berceuse (Lullaby, 2002) Gallimard 2004
• Journal intime (Diary, 2003)Gallimard 2005
• À l'estomac (Haunted, 2006) Denoël 2006
• Peste (Rant, 2007) Denoël 2008
• Snuff (Snuff, 2008) Sonatine 2012
• Pygmy (Pygmy, 2009) Denoël 2010
• Tell-All, 2010
• Damnés (Damned, 2011)Sonatine 2014
• Invisible Monsters Remix, 2012
• Le Purgatoire (Doomed, 2013) Sonatine 2017
• Orgasme (Beautiful You, 2014) Sonatine 2016
• Fight Club 2 (Fight Club 2, 2016) roman graphique Super 8  2016
• Adjustment Day, 2018

Récit et recueils de nouvelles

• Fugitives and Refugees: A Walk in Portland, Oregon, 2003
• Le Festival de la couille et autres histoires vraies (Stranger than Fiction, 2004) Denoë l2005
• Make Something Up: Stories You Can't Unread, 2015


Dernière édition par Bédoulène le Dim 20 Jan - 20:40, édité 2 fois (Raison : correction taille photo, taille écriture, nettoyage de la biblio)

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« Nous causâmes aussi de l’univers, de sa création et de sa future destruction ; de la grande idée du siècle, c’est-à-dire du progrès et de la perfectibilité, et, en général, de toutes les formes de l’infatuation humaine. »
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Message par Tristram le Dim 20 Jan - 18:31

Survivant

Chuck Palahniuk Surviv10

Tender Branson a détourné un Boeing 747, et relâché passagers et équipage. Dans l'avion en pilotage automatique, avec l’équivalent d’environ 7 heures de vol selon le carburant restant, il raconte sa vie à l'enregistreur de vol avec l'espoir que la boîte noire gardera une trace de son récit. Les pages du roman sont numérotées dans l'ordre décroissant, et il se déroule du chapitre 47 au premier, en compte à rebours du crash.
C’est fort brillant, il y a d’étranges moments irréels alternés avec d’impitoyables aperçus de la société états-unienne.
Très vite on rapproche le texte de Chuck Palahniuk de ceux de Bret Easton Ellis et de l’"anticipation sociale", mais cette comparaison n’est pas réductrice. Il y a du gore et du cynisme, mais pas que cela ‒ et notre époque ne peut honnêtement pas exclure une autoreprésentation ignoble.
Rescapé de l’église creedish, genre amish, une secte qui aurait apporté la Délivrance à ses membres par le suicide collectif, qu’il aurait manqué parce qu’absent, Tender Branson bénéficie du « programme de conservation des survivants »…
« À grandir au sein de la colonie du district de l’église, la moitié de vos études concernait la doctrine et les règles de l’église. L’autre moitié concernait le service. Le service comprenait le jardinage, les bonnes manières, l’entretien des tissus, le ménage, la menuiserie, la couture, les animaux, l’arithmétique, l’art d’ôter les taches, et la tolérance. »

« Nous croyions que tous ces enseignements étaient destinés à nous rendre intelligents. Ça ne faisait que nous rendre plus stupides. Avec tous les petits faits que nous apprenions, nous n’avions jamais le temps de penser. Aucun d’entre nous n’envisageait jamais ce que serait une vie passée à nettoyer derrière un inconnu tous les jours de notre existence. »

« Nous savons ce pour quoi vous avez été programmé, à ce stade. Nous sommes préparés à vous placer en observation pour empêcher que cela se produise. »
Occasion de casser de l’assistante sociale et de la psychologie appliquée :
« Les obsessionnels compulsifs, me dit-elle, se consacraient soit à la vérification des choses, soit à leur nettoyage (Rachman et Hodgson, 1980). Selon elle, j’appartenais à la seconde catégorie.
En vérité, j’aimais nettoyer, tout bonnement, mais toute ma vie j’avais été entraîné à obéir. Tout ce que je faisais, c’était essayer de faire en sorte que son diagnostic paraisse juste. L’assistante sociale m’énonçait les symptômes, et je faisais de mon mieux pour les illustrer de façon manifeste avant de la laisser m’en guérir.
Après avoir été un obsessionnel compulsif, j’ai été un cas de stress post-traumatique.
Puis j’ai été agoraphobe. […]
Pendant environ trois mois après ma première rencontre avec l’assistante sociale, j’ai été un cas de dissociation de la personnalité parce que je ne voulais pas parler de mon enfance avec la dame.
Puis j’ai été un schizoïde parce je ne voulais pas me joindre au groupe hebdomadaire de thérapie qu’elle dirigeait.
Ensuite, parce qu’elle a pensé que cela ferait une bonne étude de cas, j’ai eu le syndrome de Koro, lorsque vous êtes convaincu que votre pénis devient de plus en plus petit et que, une fois disparu, vous mourrez (Fabian, 1991 ; Tseng et al., 1992).
Après cela, elle m’a fait avoir le syndrome de Dhat, lorsque vous êtes en crise parce que vous êtes convaincu que vous perdez tout votre sperme lorsque vous avez des rêves mouillés ou que vous pissez un bock (Chadda et Ahuja, 1990). L’idée se fonde sur une vieille croyance hindoue selon laquelle il faut quarante gouttes de sang pour créer une goutte de moelle osseuse et quarante gouttes de moelle pour créer une goutte de sperme (Akhtar, 1988). Elle m’a dit qu’il n’était pas surprenant que je sois tout le temps fatigué. […]
Quels qu’aient pu être mes véritables problèmes, je ne voulais pas les voir réglés. Aucun des petits secrets que je portais à l’intérieur de moi ne voulait être découvert et expliqué. Par des mythes. Par mon enfance. Par la chimie. Ma peur était : que resterait-il alors ? Et donc aucun de mes ressentiments ou frayeurs véritables n’est jamais réapparu à la lumière du jour. »

« À la fin de cette édition du DSM sont notées les révisions effectuées depuis la dernière édition. Et les règles ont déjà changé.
Voici les nouvelles définitions de ce qui est acceptable, de ce qui est normal, de ce qui est sain.
L’inhibition orgasmique masculine devient le désordre orgasmique masculin. Ce qui était l’amnésie psychogénique devient l’amnésie dissociative.
Le désordre de l’angoisse du rêve devient le désordre du cauchemar.
D’édition en édition, les symptômes changent. Des gens sains d’esprit deviennent fous selon un nouveau critère. Des gens qualifiés de fous sont des modèles exemplaires de santé mentale. »

« Les gens n’aiment pas qu’on remette de l’ordre dans leur vie. Personne ne veut voir ses problèmes résolus. Ses drames, ses égarements, ses histoires réglées, sa vie débarrassée de ses merdes. Sinon, que resterait-il à tout un chacun ? Rien que l’inconnu, ce vaste inconnu qui fiche la trouille. »
Ainsi formé au nettoyage par la secte, il est donc devenu "homme de ménage" « dans le monde extérieur méchant et malfaisant », domestique d’un couple de riches qu’il ne voit jamais mais qui le surveille sans cesse :
« Tout à côté du téléphone mains-libres se trouve un gros agenda, un cahier-journal où ils consignent toutes les choses que je dois faire. Ils veulent que je sois à même de rendre compte de mes dix années à venir, tâche après tâche. De cette façon, tout ce qui fait votre existence se transforme en élément d’une liste. Quelque chose à accomplir. Vous y gagnez à voir votre vie totalement mise à plat. La plus courte distance entre deux points, c’est une ligne temporelle, un programme détaillé, une carte de votre temps, l’itinéraire du restant de votre existence. Rien ne vous montre mieux qu’une liste la ligne droite qui va d’ici aujourd’hui à la mort. »
Son numéro de téléphone étant pris pour celui d’un appel de détresse, il assassine impunément en conseillant le suicide aux désespérés.
« Gravés ici à jamais se trouvent les noms des gens qui ont suivi mes conseils. Allez-y. Tuez-vous. »
Il rencontre la sœur d’une de ses victimes au mausolée, et en tombe amoureux :
« Je demande : donc va-t-elle se suicider comme son frère ?
"Non", fit Fertilité.
Elle lève la tête et me sourit.
Nous dansons, un, deux, trois.
Elle dit : "Pas question que je me tire une balle. Je prendrai probablement des cachets." »
Considéré comme le seul survivant de la secte, il devient un produit marketing bodybuildé aux mains de son agent publiciste, « un chef spirituel, une célébrité religieuse » :
« Vous vous rendez compte que les gens prennent de la drogue parce que c’est la seule aventure personnelle qui leur reste dans leur petit monde de loi et d’ordre, tellement limité en temps, entièrement obnubilé par la propriété individuelle omniprésente.
C’est uniquement dans la drogue et la mort que nous verrons un tant soit peu de neuf, et la mort maîtrise bien trop l’individu.
Vous vous rendez compte qu’il ne sert à rien de faire quoi que ce soit si personne ne regarde. »

« Vous êtes devenu anaérobie, vous brûlez du muscle en lieu et place du gras, mais votre esprit est d’une limpidité de cristal. La vérité, c’est que tout ceci n’était que partie intégrante du processus suicidaire. Parce que le bronzage et les stéroïdes ne sont véritablement un problème que si vous envisagez de vivre longtemps. Parce que la seule différence entre un suicide et un martyre, vraiment, c’est la couverture presse. »

« L’autre option qu’envisage l’agent est que nous nous passions d’intermédiaires pour fonder notre propre grande religion. Établir notre propre marque. Être ainsi reconnus. Et vendre directement au consommateur. »
Fertilité, dont la profession est mère porteuse (quoique stérile), son « boulot de malfaisance », est aussi voyante (comme l’était son frère), et permet à Tender d’annoncer des miracles :
« C’est une sorte de journal télévisé avant les faits. »
Voici une partie d’une scène remarquable où, installé dans les toilettes à lire les graffiti, Tender écoute la voix de Fertilité par le trou dans la cloison :
« La bouche dit : "Nous nous ennuyons tous à mourir. " Le mur dit : j’ai baisé Sandy Moore.
Tout autour, dix autres mains ont gratté : moi aussi. Quelqu’un d’autre a gratté : y a-t-il quelqu’un ici qui n’ait pas baisé Sandy Moore ?
Tout à côté, il y a gratté : pas moi.
Tout à côté, il y a gratté : pédé.
"Nous regardons tous les mêmes programmes télévisés, dit la bouche. Nous entendons tous les mêmes choses à la radio, nous nous répétons les uns aux autres les mêmes bavardages. Il n’y a plus de surprises. Il n’y a juste qu’un peu plus de pareil au même. Des rediffusions."
À l’intérieur du trou, les lèvres rouges disent : "Nous avons tous grandi avec les mêmes programmes de télévision. C’est comme si nous avions tous les mêmes implants de mémoire artificielle. Nous ne nous souvenons de pratiquement rien de notre enfance véritable, mais nous avons un souvenir exact de tout ce qui est arrivé aux familles des sitcoms. Nous avons tous les mêmes buts fondamentaux. Nous avons tous les mêmes craintes."
Les lèvres disent : "L’avenir n’est pas brillant. Très bientôt, nous aurons tous les mêmes pensées au même moment. Nous serons parfaitement à l’unisson. Synchronisés. Unis. Égaux. Exacts. À la manière des fourmis. Insectes dans l’âme. Des moutons."
Tout est tellement peu original. Dérivé de dérivé. Référence d’une référence d’une référence.
"La grande question que les gens posent n’est pas : quelle est la nature de l’existence ? dit la bouche. La grande question que les gens posent, c’est : d’où ça vient ?"
J’écoutais le trou à la manière dont j’écoutais les gens se confesser au téléphone, à la manière dont j’écoutais les cryptes en quête d’un signe de vie. J’ai demandé : pourquoi donc a-t-elle besoin de moi ? »
Evidemment, la suppression du statut iconique de Tender accoutumé à la célébrité déclenche un syndrome de manque d’attention :
« Je ne veux pas d’un foutu cheeseburger tout graisseux et plein de gras, je lui hurle en retour.
"Il faut que vous mangiez du sucre, du gras, du sel, jusqu’à redevenir normal, dit Fertilité. C’est pour votre propre bien."
Il me faut une épilation à la cire de tout le corps, je hurle. Il me faut du gel coiffant.
Je martèle la porte à coups redoublés.
Il me faut deux bonnes heures dans une bonne salle d’haltérophilie. Il me faut trois cents étages à grimper sur un bon stepper. »
Adam Branson, son « aîné de trois minutes trente secondes », fut l’héritier de la famille creedish, qui tirait ses revenus de l’esclavage des autres enfants loués à l’extérieur de la communauté, ilotes castrés spirituellement à défaut de physiquement.
« Le sexe est l’acte qui nous sépare de nos parents. »

« La campagne Genesis a été le remède vite fait élaboré par l’agent. Chaque jour un peu plus, tout dans mon existence était un remède remédiant à un remède précédent qui remédiait à un remède précédent, jusqu’à ce que j’oublie ce qu’était le problème originel. Dans le cas présent, le problème était que vous ne pouvez pas être un Américain adulte vierge sans que quelque chose n’aille pas chez vous. Les gens sont incapables de concevoir en autrui une vertu qu’ils sont incapables de concevoir en eux-mêmes. Au lieu de croire que vous êtes plus fort, c’est tellement plus facile d’imaginer que vous êtes plus faible. Vous êtes un drogué du plaisir solitaire. Vous êtes un menteur. Les gens sont toujours prêts à croire le contraire de ce que vous leur dites. »
Adam "suicide"-t-il les ultimes Creedishs ? Tender est-il vraiment resté à bord jusqu’au crash ?
Voyages trans-US en maison préfabriquée sur poids-lourd ! District de l’église détruite transformé en décharge de pornographie obsolète ! Images, symboles forts, peut-être plus de notre société psychopathe que de son avenir.
« Ne me demandez pas quand parce que je ne m’en souviens pas, mais à un moment donné je n’ai pas cessé d’oublier de me suicider. »

« Les confessions qu’on me faisait dans mon appartement, les confessions qu’on me faisait à la télévision nationale, tout ça, c’est exactement pareil à l’histoire que je raconte en ce moment dans l’enregistreur de vol du cockpit. Mon confessionnal. »


mots-clés : #religion #romananticipation


Dernière édition par Bédoulène le Dim 20 Jan - 20:42, édité 1 fois (Raison : miniature et #)

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Message par Bédoulène le Dim 20 Jan - 20:44

merci Tristram, mais perso je ne suis pas friande des romans d'anticipation

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"Lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal" Le Club des incorrigibles optimistes de J.M. Guenessia "

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