Chamaco_VilaMatas

On sait que l’un des aspects les plus séduisants de la littérature est sa possibilité d’être une sorte de miroir qui avance ; un miroir qui, comme certaines horloges peut avancer.

Enrique Vila-Matas, Perdre des théories

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    Claude Louis-Combet

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    topocl

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    Claude Louis-Combet

    Message par topocl le Mar 6 Déc - 18:56

    Claude Louis-Combet
    (Né en 1932)



    Né à Lyon en 1932, Claude Louis-Combet, après le décès de son père en 1937, est élevé par sa grand-mère maternelle. La femme, la mère est dans son écriture la charnière et la chair, le clou qui rive à la vie, le lien avec l'imaginaire. Il passe sa jeunesse dans des séminaires et entre en religion en 1950, il fera un an de noviciat avant de s'enfuir pour faire son service militaire. Il racontera cette expérience dans son premier roman : Infernauds Paluds (1970). Cette aventure mystique marquera profondément l'écrivain et toute son écriture sera centrée sur une mystique du sang, de la prière hérétique, de l'extirpation du religieux dans l'âme. Claude Louis-Combet lutte contre Dieu, contre l'emprise de la foi dans sa vie et même s'il a renoncé à croire, il continue à s'interroger sur la foi. Son oeuvre est traversé par l'immensité des questionnements qui le hantent et ses études de philosophie, faites à Lyon de 1958 à 1958 vont aussi dans le sens d'une réflexion sur soi, sur l'intime et sur le monde.
    Claude Louis-Combet a été enseignant à Besançon de 1958 à 1992. Après avoir été professeur de philosophie, il est devenu formateur pour les instituteurs travaillant auprès d'enfants handicapés.
    Il écrit entre mythes et religions, des textes forts, sans concession, des textes envoûtants, habités. Immenses.


    Bibliographie

    1970 Infernaux Paluds, Flammarion,
    1971 Miroir de Léda, Flammarion,
    1972 Tsé-Tsé, Flammarion,
    1977 Mémoire de Bouche, La Différence,
    1979 Marinus et Marina,
    1985 Du sens de l'absence,
    1985 Ecrire de langue morte,
    1990 Le Péché d'écriture,
    1991 Ouverture du cri, Cadex,
    1992 Dadomorphes & Dadopathes, avec 5 gravures de Dado,
    1992 Beatabeata
    1993 Augias et autres infamies,
    1995 Blesse, ronce noire,
    1997 L'Âge de la rose,
    1998 Le Petit Œuvre poétique,
    1998 Le Recours au mythe,
    1999 Proses pour saluer l'absence,
    2000 Le Chemin des vanités d'Henri Maccheroni,
    2002 L'Homme du texte,
    2002 Transfigurations, nouvelles,
    2004 D'île et de mémoire,
    2004 Terpsichore et autres récits,
    2005 Les Errances Druon,
    2005 Ouvertures, dessins de Marie Morel,
    2005 L'Heure canidée,
    2006 Cantilène et fables pour les yeux ronds,
    2006 Visitations,
    2009 Grand siècle d'atopie,
    2009 La Sphère des mères,
    2009 Magdeleine, à corps et à Christ, sur huit photographies d’Élizabeth Prouvost,
    2010 Le Livre du Fils,
    2011 Des transes et des transis,
    2011 Gorgo,
    2011 La Sœur du petit Hans,
    2011 A l'Escarcelle de Rêves, sur et avec des illustrations de Pierre Bassard,
    2011 J'ai regret de vous (préface), ouvrage de Yaël Cange avec des illustrations de Robert Groborne,
    2012 L'Origine du cérémonial,
    2012 Huysmans au coin de ma fenêtre,


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    Re: Claude Louis-Combet

    Message par topocl le Mar 6 Déc - 18:58

    Blesse, ronce noire


    Voici une pépite noire, à la fois troublante et fascinante. Claude Louis-Combet nous fait revivre, à travers un long poème d'une prose tourmentée, le destin tragique de Georg Trakl, poète maudit, et de sa jeune sœur, « celle par qui la  ténèbre arrive », qui s’aimèrent d'un amour proscrit, à la fois lumineux et désespéré. Ou plutôt ce que lui, Claude Louis-Combet, en recréée, les sources autres que les poèmes ayant été détruites par la famille,. Peu importe, d'ailleurs, on pourrait être dans une fiction, l’histoire n'en perdrait ni n’en gagnerait en intensité : c'est ce que semblent indiquer les personnages jamais nommés (seul le 4e de couverture leur donne une identité – par respect pour ceux qui se restent ?).

    Le garçon a tout juste dix ans et sa sœur vient d'en avoir cinq. De tous les êtres qui peuplent la maison, cette petite fille a été reconnue par son frère, depuis le commencement, comme celle par qui la ténèbre arrive. Cette nécessité s'est installé entre eux dès le temps des premiers regards et des premiers contacts et elle s'est développée comme une très obscure force d'attraction à partir des yeux noirs qu'ils ont, l'un et l'autre, et avec lesquels, la plupart du temps sans dire un mot, ils s'entendent, chacun s'émerveillant de la présence de l'autre et tous deux partageant constamment se silence occulte qui est, peut-être, l’âme en son fond, avec sa charge de rêve et de désir, et qui, chez les enfants qui s'aiment, fait de chacun le double fascinant de l'autre - ou sa promesse, tout au moins, l'annonce d'une identité merveilleusement élargie dans sa réplication.

    Dès l'enfance ils vécurent dans l'évident éblouissement l'un de l'autre, le temps oeuvrant à intensifier cette passion indicible, souffre d'une souffrance infinie.

    Tu seras mon éternel amour parce que tu seras mon éternel péché. Toujours l'évidence la faute vous interdira de pécher.

    La vie les éloigne sans jamais les séparer et ne fera qu'exacerber l'urgence de cette passion dangereuse. La permanence de leur amour, par-delà l’immédiate transgression, exige en contrepartie le renoncement au bonheur. Ils s'éloignent, ils s'égarent, ils se réfugient dans d’artificiels paradis, cheminement déchirant de l'amour fou à la folie ordinaire, ils finissent par se perdre dans les abîmes d'une stupeur abyssale. Ils vibrent du malheur des justes.

    Claude Louis-Combet nous parle de cet amour impossible qui bouleverse la vie de ces pauvres enfants abandonnés de la vie, mais les engouffre vers des destins tragiques et dérisoires. Un style inimitable, vibrant et tourmenté, sublime cette passion, la dissèque, faisant la part belle à des sentiments d'exception. D'une poésie sauvage, il évite le scabreux, pour décrire le naufrage de ces deux amants indéfectibles. Les protagonistes jamais nommés (le garçon, la sœur, l’amante) en gagnent une présence étrange.

    Un livre magique, tout à fait singulier, sombre, douloureux mais pourtant brillant et séduisant qui nous parle de la solitude de l'enfance,  d’une douleur sauvage.



    (commentaire rapatrié)


    Dernière édition par topocl le Jeu 15 Déc - 7:50, édité 1 fois


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    Re: Claude Louis-Combet

    Message par ArenSor le Jeu 8 Déc - 13:52



    "Blesse, ronce noire"

    C’est un diamant noir, ce livre ! L’histoire d’une fusion incestueuse entre un frère et une sœur, vécue comme geste blasphématoire et apothéose divine. La chute en enfer n’en sera que plus terrible. Alors le Verbe se révèle impuissant devant la malédiction et la mort. La référence christique dans cette tragédie grecque est permanente : le frère pénètre sa sœur comme la lance le flanc du Christ et la branche d’aubépine devient la couronne d’épines. Il est vrai qu’il s’agit ici de Georg Trakl, nouveau poète maudit, dans la lignée de Baudelaire, Lautréamont ou Rimbaud - on pense évidemment à la relation entre ce dernier et Verlaine. Mais d’autres références viennent à l’esprit : Dante, Shakespeare, Milton, Hölderlin,  Bataille… Le récit est servi par une écriture très dense, précise et tranchante dont les longues phrases se referment sur elles-mêmes et parfois ouvrent vers l’indécis et le rêve, permettant ainsi au lecteur de retrouver son souffle dans cette tension extrême du style.
    « Blesse, ronce noire » fait partie de ces livres dont on peut sortir quelque peu « essoré » mais que l’on range précieusement dans un coin de sa bibliothèque. Un alcool fort que je ne suis pas près d’oublier.content

    Merci shanidar pour cette très belle découverte Smile

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    Re: Claude Louis-Combet

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