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Joséphine Bacon

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poésie - Joséphine Bacon Empty Joséphine Bacon

Message par Jack-Hubert Bukowski le Dim 17 Fév - 8:22

Joséphine Bacon
Née en 1947

poésie - Joséphine Bacon Joseph14

Joséphine Bacon est une poète innue originaire de Pessamit, née en 1947.  Réalisatrice et parolière, elle est considérée comme une auteure phare du Québec. Elle a travaillé comme traductrice-interprète auprès des aînés, ceux et celles qui détiennent le savoir traditionnel et, avec sagesse,  elle a appris à écouter leur parole.  Joséphine Bacon dit souvent d’elle-même qu’elle n’est pas poète, mais que dans son cœur nomade et généreux,  elle parle un langage rempli de poésie où résonne l’écho des anciens qui ont jalonné sa vie. Chez Mémoire d’encrier, elle a écrit son premier recueil Bâtons à message/Tshissinuashitakana (2009) en pensant à ces nomades amoureux des grands espaces, et a reçu le Prix des lecteurs du Marché de la poésie de Montréal en 2010 pour son poème « Dessine-moi l’arbre ». Toujours chez Mémoire d’encrier, elle a publié en collaboration avec José Acquelin Nous sommes tous des sauvages (2011), en 2013 Un thé dans la toundra/Nipishapui nete mushuat (Finaliste au Prix du Gouverneur général et Finaliste au Grand Prix du livre de Montréal) et en 2018, Uiesh • Quelque part.

Source : Site Internet de Mémoire d'encrier

Oeuvres publiées

Uiesh / Quelque part, Mémoire d'encrier, 2018
Un thé dans la toundra / Nipishapui nete mushuat, édition bilingue innu/français, Mémoire d'encrier, 2013
Nous sommes tous des sauvages, recueil écrit à quatre mains par Joséphine Bacon et José Acquelin, Mémoire d'encrier, 2011
Bâtons à message / Tshissinuashitakana, édition bilingue innu/français, Mémoire d'encrier, 2009


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poésie - Joséphine Bacon Empty Re: Joséphine Bacon

Message par Jack-Hubert Bukowski le Dim 17 Fév - 8:55

Uiesh. Quelque part (2018)

poésie - Joséphine Bacon Joseph12

J'ai connu le plaisir d'une première lecture du recueil en me rendant à mon premier cours d'Études autochtones de la session en métro. Le recueil se lit de manière relativement aisée. Plus ça va, plus Joséphine Bacon a tendance à adopter la forme brève (si on compare avec Bâtons à message). Il s'agit d'une des poétesses d'origine autochtone à s'illustrer sur la scène québécoise qui est l'une des plus accomplies avec Natasha Kanapé Fontaine. Comme elles sont toutes deux originaires de la même réserve de Pessamit sur la Côte-Nord, il y a naturellement une forme de passage du témoin historique même si elles s'illustrent toutes deux en même temps.

Natasha Kanapé Fontaine m'a elle-même parlé encore une fois en personne du fait qu'elle prenait exemple sur Joséphine Bacon. À cette époque, mes premières tentatives de lire Joséphine Bacon n'avaient pas été concluantes, probablement à cause de la facture bilingue de ses recueils. En amassant des citations dans mon périple syndical aux Postes, je suis tombé sur un long extrait dans Bâtons à message qui m'avait conquis à la poésie de Joséphine Bacon.

Dans son tout dernier recueil, Uiesh. Quelque part, Joséphine Bacon excelle à l'art de la poésie brève. J'ai dû sélectionner quelques poèmes et il y a tellement de passages savoureux. Il faut savoir prendre le temps de reposer la lecture et la reprendre.

J'ai cent mots à te raconter
Mon vieil âge
Mes rides

Je n'ai plus l'alerte des pas
Le souffle court
J'avance dans mon songe
Sans fatigue

Je sais entendre les feuilles
J'apprends le monde
Mon âge vieillit avec moi

Je n'ai pas cent mots
Je n'ai pas cent ans

(p. 12)

Comme nous savons, les Autochtones sont attachés à la terre et aux éléments naturels, dont la neige :

J'ai vu la naissance de l'hiver
La neige abandonne
Ses fragiles flocons
Dans un monde torturé
Sa finesse éblouit
La terre des nomades

(p. 28)

Le rapport des Autochtones face à leur histoire a son grain :

Je ne suis pas demain
Je suis aujourd'hui
Mon coeur retourne
Dans l'espace
Quand tu racontes mon histoire

Je suis la grande lune
Qui traverse le temps
Tourbillon de neige
Je m'affole
Que vive la tradition

(p. 40)

Encore une fois, sans crier gare :

Mes grands-pères ont parcouru la terre
Mes grand-mères ont donné naissances à nos mères
Je suis de cette tradition de paroles
Ma terre est bafouée
Par un serpent venimeux
Où coule mon histoire

(p. 64)

Le rapport à la nature est essentiel pour les Autochtones :

Tu parles d'étoiles
Je te parle de rivières
Tu parles d'astres
Je te parle de lacs
Tu parles de l'infini
Je te parle de la toundra
Tu parles d'anges
Je te parle d'aurores boréales
Tu parles des cieux
Je te parle de la terre

(p. 74)

Conscience d'être :

Ne me tue pas d'être vivante
Ne me tue pas de sourire
Ne me tue pas d'aimer
Ne me tue pas d'être humaine

Tue-moi
Si j'oublie

(p. 90)

Appel intergénérationnel :

Poing en l'air
Guerrière aux larmes
Sans vacarme
Je suis territoire
Tu m'as construite
Je suis souvenance
Tu poursuis mon enseignement

(p. 94)

Il y a quelques années, j'ai également connu la chance de voir une conférence de José Acquelin. Ça me manque de n'avoir pas encore vu Joséphine Bacon, mais je la lirai sans doute encore. Elle est très humble, discrète, naturelle et sage dans sa manière d'être. Les autres personnes ont tendance à la mettre en valeur et j'y vois une forme de revanche historique dans la mesure où elle a longtemps enseigné. Elle s'est révélée à la poésie après 2009. Imaginez si elle avait connu l'occasion d'une publication antérieure de ses poèmes en langue innue.


mots-clés : #poésie


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Message par bix_229 le Dim 17 Fév - 11:07

Merci Jack ! En effet on reconnait le style imagé des autochtones.
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poésie - Joséphine Bacon Empty Re: Joséphine Bacon

Message par Jack-Hubert Bukowski le Ven 28 Juin - 9:47

Joséphine Bacon est particulièrement puissante dans Bâtons à message. Dans ce recueil qu'elle a écrit en langue innue, elle a notamment écrit :

Le Nord m'interpelle.

Ce départ nous mène
vers d'autres directions
aux couleurs des quatre nations :
blanche, l'eau
jaune, le feu
rouge, la colère
noir, cet inconnu
où réfléchit le mystère.

Cela fait des années que je ne calcule plus,
ma naissance ne vient pas d'un baptême
mais plutôt d'un seul mot.

Sommes-nous si loin
de la montagne à gravir?

Nos soeurs de l'Est, de l'Ouest,
du Sud et du Nord
chantent-elles l'incantation
qui les guérira de la douleur
meurtrière de l'identité?
Notre race se relèvera-t-elle
de l'abîme de sa passion?

Je dis aux chaînes du cercle :
Libérez les rêves,
comblez les vies inachevées,
poursuivez le courant de la rivière,
dans ce monde multiple,
accommodez le songe.

p. 28
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Message par Bédoulène le Ven 28 Juin - 14:43

un merci Jack pour ce beau poème sur l'identité

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Message par Jack-Hubert Bukowski le Sam 29 Juin - 11:21

C'est peut-être de l'identité, mais je pense que Joséphine Bacon cherche surtout à transmettre quelque chose à travers l'expérience de l'autochtonie. Pour ma part, j'ai tendance à me poser la question souvent avec les parallèles que je fais en lien avec ma condition sourde. Comment en parler, comment faire réaliser aux gens qu'ils errent dans leurs préconceptions, et comment le dire surtout. La poésie est un cheminement, y faire frayer un certain aspect de vérité, et l'exprimer en prenant les traits de notre condition : je pense que Joséphine Bacon tente de nous prendre sous son aile.
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