Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot


Joseph Ponthus

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Message par Bédoulène le Dim 24 Fév - 0:36

Joseph Ponthus
Né en 1978

Joseph Ponthus P1925910


Joseph Ponthus est un écrivain français.

Après des études de littérature à Reims et de travail social à Nancy, il a exercé plus de dix ans comme éducateur spécialisé en banlieue parisienne où il a notamment dirigé et publié "Nous... La Cité" (Editions Zones, 2012).

Ancien ouvrier dans le secteur alimentaire, Joseph Ponthus a écrit un livre sans ponctuation qui se lit comme un long poème témoignant du quotidien à l'usine, de la pénibilité du travail et des divagations induites.

Il vit et travaille désormais en Bretagne.
Source : Editions la Table ronde

https://www.youtube.com/watch?v=3vzxCHXNzAY


Bibliographie

A la ligne 2019


Dernière édition par Bédoulène le Dim 24 Fév - 8:22, édité 1 fois

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Message par Bédoulène le Dim 24 Fév - 0:51

A la ligne

Joseph Ponthus 41-lgl10


"Dédicace
Ce livre
Qui est à Krystel et lui doit tout
Est fraternellement dédié
Aux prolétaires de tous les pays
Aux illettrés et aux sans dents
Avec lesquels j’ai tant
Appris ri souffert et travaillé
A Charles Trenet
Sans les chansons duquel je n’aurais pas tenu
A M.D.G
Et
A ma Mère"

Tout d’abord l’écriture, de la prose sous forme de poésie, pas de ponctuation tout « A la ligne » ; et j’ai trouvé que cela était une scansion  anarchique et originale.

C’est une incursion dans le milieu ouvrier, celui des usines, du travail à la chaine, le très dur travail physique auquel s’ajoutent les odeurs à s’habituer dans ce cas (usine de produits marins et abattoir) Le narrateur travaille en qualité d’intérimaire donc un travail aléatoire. Bien qu’il ait fait des études (hypôkhagne) il ne trouve pas de travail dans son métier et comme il faut gagner  « ses sous » pour vivre, il accepte toutes les missions  confiées par l’agence d’intérim.

Ces feuillets d’usine qu’il écrit le soir en rentrant chez lui c’est du temps de repos en moins alors qu’il sait que le lendemain matin il va en pâtir, mais c’est essentiel pour lui l’écriture.

A l’usine il y a les autres ouvriers ceux qui sont là depuis des années, qui seront encore là demain, ils souffrent comme lui, à tous les niveaux de la chaine, l’abattoir est un lieu fermé, pas une seule fenêtre pour égarer le regard alors pour tenir quand c’est trop dur il chante, des chansons de Charles Trenet, quand c’est possible ou dans sa tête, il invite les mots d’auteurs quand les faits s’y prêtent.
Il y a le secours à la pause du café et de la cigarette !

La pause :
« Trente minutes
C’est tout dire
La pointeuse est évidemment avant ou après le vestiaire
Suivant que l’on quitte ou prenne son poste
C’est-à-dire
Au moins quatre minutes de perdues
En se changeant au plus vite
Le temps d’aller à la salle commune chercher un café
Les couloirs les escaliers qui ne semblent jamais en finir
Le temps perdu
Cher Marcel je l’ai trouvé celui que tu recherchais
Viens à l’usine je te montrerai vite fait
Le temps perdu
Tu n’auras plus besoin d’en tartiner autant »


Parfois l’angoisse quand une longue mission est annulée pour problème mécanique ce qui veut dire pas d’argent !

« Le week-end n’a plus le même goût
Pas celui du repos avant la bataille
Pas de tonnes de bulots à travailler lundi pour deux mois
Assurés
Pas sûr de bosser la semaine prochaine »


A l’école il recevait son bulletin, à l’usine il a  un carnet où toute ton activité est portée et qui n’avoue pas sa fonction véritable, presser un peu plus le petit citron ouvrier.
« Si j’avais su
Vingt ans plus tôt
Sur les bancs de l’élite
Prétendue
Que le père Godot m’aiderait à en rire de tout ça
Vingt ans plus tard
De l’intérim
Des poissons panés
Du bulletin non-dit »


L’écriture lui étant essentielle il écrit ces « feuilles d’usine, il écrit à sa femme quand il part au travail et qu’elle rentrera plus tard, à sa mère (deux émouvantes lettres) il écrit sur son chien, il écrit…………

« Un texte
C’est deux heures
Deux heures volées au repos au repas à la douche et à la balade
Du chien
J’ai écrit et volé deux heures à mon quotidien et à mon
Ménage
Des heures à l’usine
Des textes et des heures
Comme autant de baisers volés
Comme autant de bonheur
Et tous ces textes que je n’ai pas écrits »


A sa femme :
[…]
Il y a qu’il faut le mettre ce point final
A la ligne
Il y a ce cadeau d’anniversaire que je finis de t’écrire
Il y a qu’il n’y aura jamais
Même si je trouve un vrai travail
Si tant est que l’usine en soit un faux
Ce dont je doute
Il y a qu’il n’y aura jamais
De
Point final
A la ligne »


Une pause dans le travail d’usine, il retrouve pour quelques semaines un  emploi  comme,  « personne ressource » auprès d’un centre de vacances pour handicapés,  plus adapté à son métier.

Période de fêtes, la cadence s’affole !

« On a gagné une guerre contre le bulot et nous-mêmes un
Vendredi 23 décembre 2016
Les deux jours de Noël seront les plus précieux du monde
Et les plus rapides
A peine le temps du repas de famille dominical
Qu’il faut rentrer après le café
Demain l’embauche est si tôt »
« A la prochaine
L’usine
A la prochaine
Les sous
Les sous à aller gagner racler pelleter avec les bras le dos les reins les dents serrées les yeux cernés et éclatés les mains désormais caleuses et  rêches la tête la tête qui doit tenir la volonté bordel
A la prochaine »


Je demande au chef combien de temps durera la mission
Il me répond
« Tant que tu seras  gentil »
Malgré les doigts coupés
Les jambes de bois
Le pied que j’ai failli perdre
L’abattoir vend du rêve
Et Kopa joue au ballon en rentrant de la mine
Et j’essaie d’écrire comme Kopa jouait au ballon
Allez Raymond
Je bois un coup à la santé de tes doigts coupés
De la main de Cendrars
De la tête d’Apollinaire
De mon pied sauvé par une coque de métal
Au bar des amputés des travailleurs des mineurs et des
Bouchers »


« Pas une sieste pas une nuit sans ces mauvais rêves de carcasses
De bêtes mortes
Qui me tombent sur la gueule
Qui m’agressent
Atrocement
Qui prennent le visage de mes proches ou de mes peurs les
Plus profondes »


A son chien Pok Pok :

« Si tu savais en rentrant chaque jour
Comme ça me coûte d’aller te promener
Mais en rentrant à chaque fois
La joie et même plus que la joie de te savoir derrière la porte
Vivant
A frétiller de la queue et du popotin
A faire cette fête des retrouvailles »


autres :

« Une soirée et une nuit belles
Comme la liberté volée
Ca n’a pas de prix »

« J’ai vu les horaires les planques et les moyens de sortir les trucs
Deux langoustes donc
Juste faites en rentrant hier avec un riz basmati tiède et de la mayo maison
C’est pas mal la langouste
Je ne vole rien
C’est rien que de la réappropriation ouvrière
Tout le monde le fait »


« A l’usine on chante
Putain qu’on chante
[….]
Et ça aide à tenir le coup
Penser à autre chose
Aux paroles oubliées
Et à se mettre en joie
Quand je ne sais que chanter
J’en reviens aux fondamentaux
L’internationale «

« Je sais que la première occurrence du mot crevette est chez Rabelais
Cela me plaît et se raccord aux relents gastriques de l’usine »
« Ca suffit à mon bonheur de la matinée
Me dire que j’avais dépoté des chimères »


Ce qui m’a intéressé c’est bien le rapport de l’homme et du travail, le poids de la souffrance physique dans ces lieux se compte en tonnes. Ces hommes sont surexploités ; des ouvriers se mettent en grève, il les rejoindrait bien s’il n’était pas intérimaire et ne risquait de perdre le boulot, comme il rejoindrait bien les copains de la ZAD Notre-Dame des Landes.  

Je n’aurais jamais pensé pouvoir lire un récit sur les abattoirs mais là (nonobstant le fait que je ne mange plus de viande depuis plus de 20 ans mais pas d’hypocrisie j’ai été carnivore avant) et que les détails ne sont pas ragoûtants,  j’ai lu ces « feuillets d’usine » comme un hommage aux ouvriers d’ usine.

C’ est vraiment un plaisir de découvrir le premier livre de cet auteur, un témoignage vibrant sur le travail en usine, à la chaine, et la particularité du travail intérimaire, statut précaire et donc angoissant  par le manque d’ assurance sur le lendemain.

Le rapport entre les hommes est aussi  intéressant , leur soutien malgré le peu de partage étant donné la vitesse à laquelle défile le travail à assumer, suffit d’une clope , d’un coup d’épaule, d’un regard.

C’était une lecture émouvante , utile  et que je vous engage à faire.


Mots-clés : #autobiographie #documentaire #identite #mondedutravail #social #viequotidienne #identité[/color]


Dernière édition par Bédoulène le Dim 24 Mar - 23:54, édité 3 fois

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Message par animal le Dim 24 Fév - 8:23

Merci Bédou ! ça doit faire cogiter lourdement cette lecture.

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Message par Bédoulène le Dim 24 Fév - 8:26

précision : en fait la chaine est devenue "la ligne" donc A la ligne c'est aussi bien l'écriture que la ligne à l'usine

l'écouter : https://www.youtube.com/watch?v=3vzxCHXNzAY

Patrick Franceschi et Andréï Makine ont aussi alors qu'ils étaient étudiants travaillé en usine

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Message par topocl le Dim 24 Fév - 10:02

C'est comme une poésie géante?
ou un commentaire de bix géant?

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Message par Bédoulène le Dim 24 Fév - 10:05

c'est à lire et c'est prenant, regarde la video.

prose libre !

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Message par Nadine le Dim 24 Mar - 16:18

Joseph Ponthus 41-lgl10

A la ligne
Feuillets d'usine


Un livre que j'ai reçu avec beaucoup de plaisir, en cadeau, qui a eu tout de suite le pouvoir de me happer. Merci encore.

La prose de Ponthus est juste, elle décrit avec lyrisme mais sans artifice, ou parfois crûment, et même cyniquement, sans perdre jamais de vue sa position d'énonciateur.

et me voilà , comme Bédou, à lire sur les abattoirs sans m'en offusquer , alors que bon: je suis plutôt de ceux qui n'auront jamais cliqué sur le player des cameras cachées dénonçant des dérives au protocole de mise à mort, qui inondèrent internet ya pas si longtemps (ma ville fait d'ailleurs partie des abattoirs qui ont scandalisé, et j'ai un collègue qui y a exercé, avec goût, avec qui j'ai donc eue le loisir d'échanger et approfondir la question de ce témoignage littéraire.)

Ce que je retiens, sur le fond, de ce livre, c'est l'abattoir, vraiment,
sa description, ses rouages, son horreur admise par l'auteur mais peu à peu apprivoisée, et c'est ce point qui intéresse lors de la lecture, je trouve. Le vif du sujet.

C'est là que l'expérience humaine prend sa valeur, et non dans la mise en scène de l'intellectuel devenu interimaire en Bretagne dans l'agro alimentaire.(Il n'est pas tellement intello en plus, plutôt Amoureux des lettres. ). C'est  dans l'hommage non dissimulé que veut rendre Ponthus à ces métiers de chaîne qu'on est conquis. Ce type de travail, ce contexte socio professionnel moderne, tout le monde ne connait pas : il le rend très bien. C'est un bon naturaliste.

j'aurais pu accueillir avec davantage de gratitude et d'ouverture ses expressions plus intimes, qu'il décline finalement avec assez de modestie. Car il ne se prend pas pour un grand écrivain, il ne se fait pas de cadeau. Mais ça m'a beaucoup moins plu ce versant là, de son récit introspectif, j'aurais préféré un livre qui passe le cap du Roman, plutôt qu'à s'en tenir au récit inspiré. De sa pomme. A l'usine. Un récit inspiré à l'usine ça m'aurais davantage plu aussi.(c'est le cas mais il faut se farcir les description de son profil à lui que j'ai tendance à ne pas aimer, à trouver immature  y compris dans sa sincérité à se dévaloriser) Mais il se prend en fil rouge et ce pas de côté que son caractère, son vécu et ses aspirations initiales envers la vie produit pour la construction du récit m'a un peu ennuyé. C'est ma seule critique négative. ça aurait pu être très fort si il avait réussi à romancer un peu son personnage, et renoncé à s'inscrire dans la formule.
Car il raconte bien.
Il a tout de même bien transmis ce qu'a produit en lui le fait de devenir un corps plus noué, plus fort, plus musculeux. Mais il a choisi de s'exposer au feu du regard , et dans le cas du miens, ça lui porte préjudice. Bon. c'est mon avis, partial à souhait.

Je conseille vivement aussi, avec les limites ci dessus émises. L'animateur de La grande librairie est à mon avis un peu dithyrambique, j'espere que l'auteur saura devenir encore plus exigeant malgré ces flatteries, car si c'est très réussi, il n'y a pas encore preuve qu'il puisse faire autre chose que témoigner merveilleusement bien d'un vécu. Sa mise en scène de soi est en revanche très commune.

A découvrir pour comprendre ce que vivent beaucoup de gens d'aujourd'hui.
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Message par Nadine le Dim 24 Mar - 16:37

Du coup, me relisant pleine du sentiment d'être mesquine et facile juge, je me rends compte que c'est une littérature aussi très intéressante pour plonger dans la question de la légitimité. C'est, que j'aime ou pas le type qui raconte, une poignante illustration de ce que j'ai pu  vivre dans ma génération et dans ma vie : une variation très personnelle sur le sentiment de déclassement, de désir de s'intégrer, de cul entre deux chaises, du rôle de l'amour des mots et du dire dans la vie,  face au manque d'idéal intime, ou face à une identité fantôche, dumoins dérisoire, à extraire de la glaise à tout prix.
Touchant.

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Message par Valérie Lacaille le Dim 24 Mar - 16:54

Joseph Ponthus 41-lgl10

A la ligne

Mon avis sur A la ligne que j'ai beaucoup aimé, tant pour le style inhabituel que pour le message exprimé:

"Quand un ancien élève d’hypokhâgne se retrouve ouvrier dans un abattoir à l’extrémité de la Bretagne, par amour, après un passage dans les cités de la banlieue parisienne en tant qu’éducateur, on obtient un écrit dont plume déménage !
« A l'agence d'intérim, on me demande quand je peux commencer
Je sors ma vanne habituelle littéraire et convenue
"Eh bien demain dès l'aube à l'heure où blanchit la campagne"
Pris au mot j'embauche le lendemain à six heures du matin »

Ce premier roman n’est pas commun. Par sa forme : l’auteur écrit comme il pense, sans ajustement syntaxique ni ponctuation. Il revient à la ligne à chaque proposition… Cela me semblait déstabilisant au départ, mais non, absolument pas.  La lecture coule de source, comme passent les crevettes sur le tapis, les carcasses de vache le long des rails, comme jaillit le jet d’eau sensé laver toute ces cochonneries pré ou post mortem de milliers d’animaux destinés à orner vos assiettes ; Dieu merci, je suis végétarienne, je me contenterais, peut-être, du tofu égoutté ?

Le fond du roman est lui aussi inattendu. Ce récit autobiographique navigue entre les pensées hautement littéraires de notre auteur / narrateur et la réalité du monde du travail contemporain. L’utilité d’avoir une tête bien faite et bien pleine s’annihile devant le besoin instauré par une société capitaliste qui veut avant tout produire et consommer. Et pour assouvir ces deux besoins, il faut de la main d’œuvre, trouvée rapidement et pour pas cher. Faisant fi de son désir de trouver un travail à la mesure de ses compétences intellectuelles, et parce qu’il « faut des sous », Joseph Ponthus se résigne, pousse la porte d’une agence d’intérim et se retrouve dès le lendemain à trier les crevettes et les bulots.

La découverte de ce métier physique d’ouvrier va lui permettre d’aller de découvertes en déconvenues, de réfléchir aux auteurs lus et étudiés naguère, de tracer une ligne de démarcation entre théorie, pratique et idéalisme et d’en ressortir, sur  divers points, plus fort : « L’usine m’a apaisé comme un divan »."

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Message par Nadine le Dim 24 Mar - 17:34

Valérie, ce livre pourrait vraiment plaire à des jeunes, je lis que tu enseignes, en as tu eue écho auprès de tes élèves ? C'est si important que la littérature témoigne du vécu, certains de leurs parents doivent vivre cette vie.
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Message par Valérie Lacaille le Dim 24 Mar - 19:39

@Nadine a écrit:Valérie, ce livre pourrait vraiment plaire à des jeunes, je lis que tu enseignes, en as tu eue écho auprès de tes élèves ? C'est si important que la littérature témoigne du vécu, certains de leurs parents doivent vivre cette vie.

Je ne suis pas certaine que les références citées dans le livre de Ponthus soient accessibles à des jeunes de moins de vingt ans...

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Message par topocl le Dim 24 Mar - 20:45

Wouah, il a la cote, Ponthus!

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Message par églantine le Dim 24 Mar - 21:24

@Nadine a écrit:Du coup, me relisant pleine du sentiment d'être mesquine et facile juge, je me rends compte que c'est une littérature aussi très intéressante pour plonger dans la question de la légitimité. C'est, que j'aime ou pas le type qui raconte, une poignante illustration de ce que j'ai pu  vivre dans ma génération et dans ma vie : une variation très personnelle sur le sentiment de déclassement, de désir de s'intégrer, de cul entre deux chaises, du rôle de l'amour des mots et du dire dans la vie,  face au manque d'idéal intime, ou face à une identité fantôche, dumoins dérisoire, à extraire de la glaise à tout prix.
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Et c'est une des grandes richesses de la littérature de nous renvoyer à nous-mêmes .
J'aime bien être bousculée , dérangée , jusque dans la violence intérieure souvent , ça permet de se remettre en question et de faire le choix d'avancer ou pas .
Il faut d'ailleurs que je revienne sur Annie Ernaux un jour . Cool
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Message par Tristram le Dim 24 Mar - 21:32

Eglantine a écrit:Et c'est une des grandes richesses de la littérature de nous renvoyer à nous-mêmes .
Ouaip (mais j'aime bien aussi quand d'aventure elle m'envoie ailleurs) !
J'ai eu des expériences similaires dans mon jeune temps (remplacer bulots et carcasses par harengs et albacores), et je me tâte pour y retâter... question ouverte...

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Message par topocl le Dim 24 Mar - 21:33

Des expériences de lectures ou des expériences de vie?


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Message par Tristram le Dim 24 Mar - 21:38

Les deux ; finalement, on se rappelle plus du froid, de la connerie, du no future "vécus dans sa chair" ! lire Ébène de Ryszard Kapuściński c'est bien, mais on se souvient finalement plus d'une rencontre inopinée avec un éléphant énervé.

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Message par topocl le Dim 24 Mar - 21:39

(De mon côté, je pourrais te parler des TD de dissection, charmant premier contact de première année)

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Message par églantine le Dim 24 Mar - 21:40

@Tristram a écrit:
Eglantine a écrit:Et c'est une des grandes richesses de la littérature de nous renvoyer à nous-mêmes .
Ouaip (mais j'aime bien aussi quand d'aventure elle m'envoie ailleurs) !
J'ai eu des expériences similaires dans mon jeune temps (remplacer bulots et carcasses par harengs et albacores), et je me tâte pour y retâter... question ouverte...
N'empêche qu'elle nous renvoie quand même à nous mêmes , systématiquement .Consciemment ou pas .
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Message par Tristram le Dim 24 Mar - 21:48

@Topocl a écrit:(De mon côté, je pourrais te parler des TD de dissection, charmant premier contact de première année)
Moi aussi, étude de l'humeur de l’œil de bœuf, de la tachycardie chez la grenouille vive, très Chien andalou et Docter Mengele, mais ça m'a beaucoup moins marqué finalement (c'était pas ma chair, sans doute).
Eglantine a écrit:N'empêche qu'elle nous renvoie quand même à nous mêmes , systématiquement .Consciemment ou pas .
J'ai pas trop le problème avec Conrad et Stevenson (heureusement) !

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Message par Bédoulène le Dim 24 Mar - 23:47

ah! merci Nadine et Valérie pour votre commentaire.

Contrairement à toi Nadine j'ai apprécié qu'il se révèle. Et avant tout c'est la relation de l'homme au travail qui m'a intéressée ; et je trouve tout de même une particularité dans le monde du travail à l'intérim ; peut-être parce que j'ai été moi-même, un certain temps intérimaire.

Ensuite, j'ai écouté son intervention dans l'émission dont j'ai posé le lien plus haut et j'ai été sensible à la raison qui lui a fait quitter son travail pour suivre sa femme en Bretagne : l'amour !

Peut-être que ce sera son seul livre, peut-être que le prochain sera moins réussi, mais je me souviendrais de cette lecture là !

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"Lire et aimer le roman d'un salaud n'est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c'est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal" Le Club des incorrigibles optimistes de J.M. Guenessia "

"Il n'y a pas de mauvais livres. Ce qui est mauvais c'est de les craindre." L'homme de Kiev Malamud
Bédoulène
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