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Georges Brassens, Lettre à Toussenot


Charles Cros

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Message par bix_229 le Dim 3 Mar - 19:40

Charles Cros
(1842 - 1888)

Charles Cros Ob_d9910

Charles Cros, né le 1er octobre 1842 à Fabrezan (Aude) et mort le 9 août 1888 à Paris, est un poète et inventeur français. Il participa avec ses frères Antoine Cros (médecin) et Henry (peintre et verrier) aux dîners des Vilains Bonshommes et aux réunions du Cercle des poètes zutiques entre 1869 et 18724. Il servit la Commune de Paris en 1871, comme aide-major au 249e bataillon. Il est le père du poète Guy-Charles Cros (1879-1956).

Passionné de littérature et de sciences, Charles Cros est professeur de chimie à l'Institut parisien des sourds-muets de 1860 à 1863, avant de se consacrer à la recherche scientifique.
En 1867, il présente à l'Exposition universelle un prototype de télégraphe automatique. En 1869, il présente à la Société française de photographie un procédé de photographie en couleurs qui est à l'origine du procédé actuel de trichromie.
En 1877, il adresse à l'Académie des sciences un mémoire décrivant le principe d'un appareil de reproduction des sons, qu'il nomme « paléophone ». Son document suggère que les vibrations sonores peuvent être gravées dans du métal à l'aide d'un crayon rattaché à une membrane vibrante, et que, par la suite, en faisant glisser un stylet rattaché à une membrane sur cette gravure on parviendrait à reproduire le son initial. Avant que Charles Cros n'eût la possibilité de suivre son idée, voire de construire un prototype, Thomas Edison, aux États-Unis, mettait au point le premier phonographe. Cependant, dans un de ses textes à la mémoire de son ami publié dans Le Chat noir, l'écrivain Alphonse Allais prétend avoir vu et entendu les sons restitués par un phonographe construit par Charles Cros bien avant le modèle d'Edison. On pense généralement que les deux hommes ne connaissaient pas leurs travaux respectifs.

Charles Cros publie ses premiers poèmes dans le Parnasse contemporain et fréquente les cercles et cafés littéraires de la bohème de l'époque (le Cercle des poètes Zutistes — qu'il a créé —, les Vilains Bonshommes, les Hydropathes), ainsi que le salon de Nina de Villard qui sera sa maîtresse jusqu'en 1877. Mais il est davantage connu pour ses monologues, dont le plus connu est Le Hareng saur, qu'il récite lui-même dans des cabarets parisiens comme Le Chat noir.
Son œuvre de poète, brillante — elle sera plus tard l'une des sources d'inspiration du surréalisme — est cependant ignorée à son époque. Il le résumera amèrement dans un sonnet, Je sais faire des vers perpétuels.
Un musée lui est consacré à Fabrezan.
source : Wikipédia

Bibliographie :

- Plainte, 1873.
- Le Coffret de santal, 1873, augmenté en 1879.
- Le Fleuve, 1874.
- La Vision du Grand Canal des Deux Mers, 1888.
- Le Collier de griffes, posthume, 1908.
- Inédits et documents, éditions Jacques Brémond, 1992.
- Vers inédits, éditions l'Autre Tigre, 1992.
- Derniers textes savants retrouvés, chez l'auteur à Nîmes, 1999.
- Monologues, Éditions Marguerite Waknine, 2013.
- « Un Drame interastral » (1872). Réédité dans l'anthologie La Tête dans les étoiles…, Bibliogs, 2017.
- Œuvres complètes, Éditions du Sandre, 2010.
- Charles Cros - Tristan Corbière, Œuvres complètes, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1970.




Je suis l'expulsé des vieilles pagodes
Ayant un peu ri pendant les mystères ;
Les Anciens ont dit : il fallait se taire
Quand nous récitions, solennels, nos odes.

Charles Cros, 1842-1888, est né dans l'Aude. Ses parents étaient enseignants et son éducation fut soignée.
Très tôt, Charles fit preuve d'ingéniosité et même d'invention.
Bien avant d'autres, il inventa la photo en couleur, un télégraphe automatique, pour n'en citer que quelques unes. Il écrivit aussi un mémoire fantaisiste "sur les moyens de communication avec les planètes."
Plus tard, il "monta à Paris," -comme on dit dans le Midi- et il fréquenta les salons parisiens et aussi des groupes  avant-gardistes, tels que les Zutistes, les Hydropathes. Il y fit la  connaissance de Verlaine et de Rimbaud qui faillit le tuer en versant un poison dans son verre. Anecdote !
Et il fréquenta aussi les chansonniers du fameux cabaret Le Chat Noir. Et son meilleur ami, qui n'était autre que le célèbre Alphonse Allais, humoriste de haut vol.
C. Cros échappe à tous schémas. Cros est indéfinissable. C'est pour cela sans doute qu'il occupe une place bien à part.

Sa vie fut brève  mais bien remplie. Cros vivait au gré de sa fantaisie qui était grande.
Pourtant ses dernières années furent tristes et solitaires.
Malgré sa verve toute méridionale et ses amis, il semblait savoir qu'il n'était pas de son temps.
Il se mit à boire et mourut très vite.

Son oeuvre se résume à deux recueils : Le Coffet de santal et Le Collier à griffes.
Mais elle s' impose par son originalité, son humour, souvent noir et rien ne convient mieux que de l'exprimer.


Dernière édition par bix_229 le Dim 3 Mar - 19:49, édité 1 fois
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Message par bix_229 le Dim 3 Mar - 19:46

BERCEUSE


Endormons-nous, petit chat noir.
Voici que j'ai mis l'éteignoir
Sur la chandelle.
Tu vas penser à des oiseaux
Sous le bois, à des félins museaux...
Moi rêver d'elle.

Nous n'avons pas pris de café,
Et dans notre lit bien chauffé
(Qui veille pleure)
Nous dormirons, pattes dans bras.
Pendant que tu ronronneras,
J'oublierai l'heure.

Sous tes yeux fins, appesantis,
Reluiront les oaristys
De la gouttière.
Comme chaque nuit, je croirai
La voir, qui froide a déchiré
Ma vie entière.

Et ton cauchemar sur les toits
Te dira l'horreur d'être trois
Dans une idylle.
Je subirai les yeux railleurs
De son faux cousin, et ses pleurs
de crocodile.

Si tu t'éveilles en sursaut
Griffé, mordu, tombant du haut
Du toit, moi-même
Je mourrai sous le coup félon
D'une épée au bout du bras long
Du fait qu'elle aime.

Puis hors du lit, au matin gris,
Nous chercherons, toi, des souris,
Moi, des liquides
Qui nous fassent oublier tout,
Car, au fond, l'homme et le matou
Sont bien stupides.


mots-clés : #poésie
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Message par Aventin le Lun 4 Mar - 19:30

Du recueil Le collier de griffes cette Inscription, témoignant soit d'un second degré à toute épreuve, soit d'une fatuité sans nom (je vise la dernière strophe) - je penche plutôt pour la première hypothèse. N'empêche, Cros manie avec une belle aisance le douze-pieds, les rimes plates pimentées d'une croisée pour la chute de la strophe, surlignée à chaque fois d'un point. Poème formellement équilibré, si ce n'est soupesé, et mesuré, plaisant, il manque un peu d'apport symboliste à mon goût.

 



Inscription


Mon âme est comme un ciel sans bornes ;
Elle a des immensités mornes
Et d’innombrables soleils clairs ;
Aussi, malgré le mal, ma vie
De tant de diamants ravie
Se mire au ruisseau de mes vers.

Je dirai donc en ces paroles
Mes visions qu’on croyait folles,
Ma réponse aux mondes lointains
Qui nous adressaient leurs messages,
Éclairs incompris de nos sages
Et qui, lassés, se sont éteints.

Dans ma recherche coutumière
Tous les secrets de la lumière,
Tous les mystères du cerveau,
J’ai tout fouillé, j’ai su tout dire,
Faire pleurer et faire rire
Et montrer le monde nouveau.

J’ai voulu que les tons, la grâce,
Tout ce que reflète une glace,
L’ivresse d’un bal d’opéra,
Les soirs de rubis, l’ombre verte
Se fixent sur la plaque inerte.
Je l’ai voulu, cela sera.

Comme les traits dans les camées
J’ai voulu que les voix aimées
Soient un bien, qu’on garde à jamais,
Et puissent répéter le rêve
Musical de l’heure trop brève ;
Le temps veut fuir, je le soumets.

Et les hommes, sans ironie,
Diront que j’avais du génie
Et, dans les siècles apaisés,
Les femmes diront que mes lèvres,
Malgré les luttes et les fièvres,
Savaient les suprêmes baisers.
Aventin
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Message par anagramme le Lun 4 Mar - 23:08

Merci pour ce fil, très intéressant.
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Message par Jack-Hubert Bukowski le Mar 7 Mai - 8:07

Je viens de trouver un poème de Charles Cros qui touche à ma sensibilité et qui ne traite pas trop lubriquement du corps des femmes... Wink

«Excuse»

Aux arbres il faut un ciel clair,
L'espace, le soleil et l'air,
L'eau dont leur feuillage se mouille.
Il faut le calme en la forêt,
La nuit, le vent tiède et discret
Au rossignol, pour qu'il gazouille.

Il te faut, dans les soirs joyeux,
Le triomphe ; il te faut des yeux
Eblouis de ta beauté fière.
Au chercheur d'idéal il faut
Des âmes lui faisant là-haut
Une sympathique atmosphère.

Mais quand mauvaise est la saison,
L'arbre perd fleurs et frondaison.
Son bois seul reste, noir et grêle.
Et sur cet arbre dépouillé,
L'oiseau, grelottant et mouillé,
Reste muet, tête sous l'aile.

Ainsi ta splendeur, sur le fond
Que les envieuses te font,
Perd son nonchaloir et sa grâce.
Chez les nuls, qui ne voient qu'hier,
Le poète, interdit et fier,
Rêvant l'art de demain, s'efface.

Arbres, oiseaux, femmes, rêveurs
Perdent dans les milieux railleurs
Feuillage, chant, beauté, puissance.
Dans la cohue où tu te plais,
Regarde-moi, regarde-les,
Et tu comprendras mon silence.

Tiré du recueil Le Coffret de santal
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Message par Jack-Hubert Bukowski le Ven 28 Juin - 9:26

Ce n'est pas facile d'aborder les poètes, la poésie et les poèmes. Il nous faut cheminer et se mettre dans l'état d'esprit pour recueillir ce qui coule de source.

Charles Cros est d'un autre temps et il est clair que je ne l'aurais pas écrit ainsi, mais je vous soumets ce poème :

«Soir»

Je viens de voir ma bien-aimée
Et vais au hasard, sans desseins,
La bouche encor tout embaumée
Du tiède contact de ses seins.

Mes yeux voient à travers le voile
Qu'y laisse le plaisir récent,
Dans chaque lanterne une étoile,
Un ami dans chaque passant.

Chauves-souris disséminées,
Mes tristesses s'en vont en l'air
Se cacher par les cheminées.
Noires, sur le couchant vert-clair.

Le gaz s'allume aux étalages...
Moi, je crois, au lieu du trottoir,
Fouler sous mes pieds les nuages
Ou les tapis de son boudoir.

Car elle suit mes courses folles,
Et le vent vient me caresser
Avec le son de ses paroles
Et le parfum de son baiser.

Extrait tiré du recueil Le coffret de santal
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Message par Bédoulène le Ven 28 Juin - 14:46

plus classique avec les rimes mais de belles images !

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Message par Jack-Hubert Bukowski le Sam 29 Juin - 10:55

Toujours dans Le coffret de santal :

«Bonne fortune»

À Théodore de Banville.


Tête penchée,
Œil battu,
Ainsi couchée
Qu'attends-tu ?

Sein qui tressaille,
Pleurs nerveux,
Fauve broussaille
De cheveux,

Frissons de cygnes
Sur tes flancs,
Voilà des signes
Trop parlants.

Tu n'es que folle
De ton corps.
Ton âme vole
Au dehors.

Qu'un autre vienne,
Tu feras
La même chaîne
De tes bras.

Je hais le doute,
Et, plus fier,
Je te veux toute,
Âme et chair.

C'est moi (pas l'autre !)
Qui t'étreins
Et qui me vautre
Sur tes seins.

Connais, panthère,
Ton vainqueur
Ou je fais taire
Ta langueur.

Attache et sangle
Ton esprit,
Ou je t'étrangle
Dans ton lit.
Jack-Hubert Bukowski
Jack-Hubert Bukowski

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